Securilif de Pierre Meunier et Marguerite Bordat

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Securilif  de Pierre Meunier et Marguerite Bordat

De quoi avons-nous peur au point de chercher à nous en préserver, au prix de la limitation de nos libertés ?  Un thème actuel dans la sphère du débat politique mais que ce spectacle laisse au libre arbitre de chacun.  Il s’apparente plutôt à «éclairer nos chemins d’inquiétude», comme le balance un représentant maladroit de la société de protection et d’assurance Securilif, venu nous vendre ses prothèses et autres dispositifs …

Le duo désormais à la manœuvre de la compagnie La belle Meunière préfère nous emmener dans un malicieux dédale de poids, contrepoids, envols impossibles et chutes douloureuses, dans le pur style qui fut celui de Pierre Meunier : la mise en place de structures mettant à l’épreuve les dynamiques du corps. C’est fou ce que chacun peut avoir envie d’essayer sans prendre conscience des risques ! Monter en haut d’un mur, tailler sa haie… ou même simplement marcher dans la rue.

Du discours vendeur, on passe donc à la pratique. Cages protectrices mais enfermantes, portes et serrures à secret et le summum : le « bubble man », autrement dit l’enfermement d’une personne dans un bibendum de plastique, la rendant insensible à toute attaque ! Autant de scènes s’apparentant à la danse, au cirque, et même au cabaret forain, alors que se dévide un alphabet des risques dont on retiendra le très concernant : «attaque terroriste en milieu culturel»… Notre désir de catastrophe est quasiment égal à notre besoin de protection. Et la société Securilif l’a bien vu et  veut «nous procurer une consommation fluide et confiante », au prix d’une position à adopter :   »regarder chacun comme un ennemi ». Notre espoir que quelque chose se passe enfin, qu’une catastrophe survienne pour secouer, par exemple, notre soumission à l’état d’urgence, devient compatible avec notre éperdu besoin de réassurance.

Le diagnostic personnalisé de nos risques est à notre portée, peuple que nous sommes, venu de son plein gré à Securilif : nous serons « soulagés de nous-mêmes ». Etres de panique, aspirant à la tranquillité mais débordés par des pulsions autodestructrices qui peuvent nous jeter hors de nous-mêmes et les conseils de Securilif s’adressent à nous.  Finalement, cette soirée dédiée à l’éradication de la peur et à «l’horizon légitime d’une quiétude retrouvée », prouve qu’une « alliance entre culture et sécurité » est possible…

Les trois acteurs déplace un grand nombre de matériels de sécurité : casques, cônes de signalisation, feux d’avertissement, triangles et autres gilets jaunes… Autant de signes avertisseurs du danger. La vie, c’est risqué comme un chantier en bord d’autoroute. Les interprètes se battent avec ces mécanismes, concepts et dispositifs absurdes dans un pas de trois terriblement burlesque. Les batailles les plus délirantes entre la matière sournoise et le corps fragile métaphorisent les démarches vertueuses à adopter. Un régal…

 Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 26 janvier, Maison des Métallos, en partenariat avec le Théâtre de La Ville,  94 rue Jean-Pierre Timbaud,  Paris (XI ème).

 


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