Métamorphoses, mise en scène de Luca Giacomoni, d’après Ovide

Métamorphoses d’après Ovide, mise en scène de Luca Giacomoni

©SIMONE PEROLARI POUR M LE MAGZINE DU MONDE

©SIMONE PEROLARI (répétition) POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

Après Iliade, une série théâtrale en dix épisodes d’après Homère, réalisée en partenariat avec le centre pénitentiaire de Meaux, qui rassemblait comédiens professionnels et personnes incarcérées, le metteur en scène poursuit son exploration d’œuvres antiques avec cette adaptation des Métamorphoses. Parmi les centaines de récits que comprend ce long poème, il a choisi de privilégier les mésaventures de jeunes nymphes et jeunes femmes violentées par les Dieux, punies pour leur avoir résisté et condamnées à errer de par le monde sous diverses formes monstrueuses, animales ou végétales.

Depuis la création du monde, bien des mythes relatent la vengeance, la jalousie, le désir de posséder, de Dieux en proie à la satisfaction de leurs désirs sexuels. Illustration de la puissance suprême d’Eros dans le monde divin mais aussi de la force maléfique indomptable des Dieux de l’Olympe, jusque dans la vengeance des épouses délaissées. En conviant un groupe de femmes rencontrées à la Maison des Femmes de Saint-Denis, lors d’ateliers-théâtre, à travailler sur ce projet, Luca Giacomoni a pu constater l’impact de ces histoires, venues de la plus lointaine Antiquité, sur leur vécu traumatique. Hors scène, plusieurs témoignent de la véritable thérapie corporelle et émotionnelle  qu’elles ont traversée, à travailler sur les mésaventures d’Echo, de Daphné, Io ou encore Méduse…

Pour autant,  le spectacle ne peut être assimilé à une simple pratique réparatrice, voire à un travail d’utilité sociale comme les théâtres en proposent dans le cadre de leur mission de service public. L’ambition est ailleurs : en intégrant trois de ces stagiaires au groupe de ses actrices et d’une musicienne, le metteur en scène compose un éventail de sept sensibilités qui ouvre le spectre du ressenti des spectateurs. Sans démonstration inutile, en laissant faire le charisme de chacune, il a permis à un groupe de se trouver, de collaborer et d’inventer ensemble. Grâce à la traductrice et adaptatrice Sara di Bella, Ovide se fait entendre dans  chacune de leurs langues :  français, flamand, allemand, mais aussi peul, yoruba et bandjoun. Et bien sûr, le latin. Se tisse alors un concert de voix de femmes dans cet espace-temps archaïque mais soudain très actuel, avec ces corps agissant au présent.

Ovide se prête assez joyeusement à cette intrusion : en bousculant les codes narratifs de son temps, en intégrant l’épopée, la tragédie, la poésie dans un même poème, il a donné au mot de «métamorphose» qu’il a probablement inventé, un sens à la fois magique et cruel. Et il a aussi recyclé toutes les œuvres orales dont il a hérité.

Ce spectacle n’est pas manichéen, il laisse ouverte la porte à la vengeance des victimes dont la cruauté peut égaler celles de leurs bourreaux. Et se fait alors entendre la violence des femmes qu’on a trompées et dont la cruauté ne connaît alors pas de limites. Quelques scènes sont particulièrement réussies comme la transformation de Io en génisse par Zeus, errant de part le monde  puis recouvrant son corps de jeune fille en Egypte où elle devint Isis. En associant théâtre corporel et récit musical, ces sept jeunes femmes, qui jouent aussi tous les personnages masculins, nous entraînent dans un monde intemporel et terriblement contemporain. Il manque peut-être à ce spectacle, la sauvagerie qui animait les divinités de l’Olympe. Et quelque chose de plus sorcier. Mais ces femmes cherchent à retrouver la paix, après de terribles traumatismes et nous donnent sans doute quelque chose de beaucoup plus précieux que leur colère. Elles nous permettent de toucher à la continuité entre l’être humain, l’animal, le végétal, le minéral qui cohabitent dans ce monde mythologique comme une énigme à déchiffrer. Et en regardant une huppe, un rossignol ou une hirondelle, gardons à l’esprit que ce sont peut-être des êtres magiques, de pauvres âmes transformées en oiseaux…

Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 14 février, Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ de Manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne). Métro : Château de Vincennes + navette gratuite.

 


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