Festival BRUIT Voyage voyage, un spectacle d’Anne-Lise Heimburger

Festival BRUIT

Voyage voyage, un spectacle d’Anne-Lise Heimburger

 Dans un lavomatic, il fait chaud, on  s’asseoit, on pose sa vie, on reste seul ou on parle avec les autres clients. Les hublots laissent voir le linge qui tourne : le temps qui s’écoule… Rien ne se passe. Donc tout peut arriver. Surtout à ces petites heures de la nuit qui défont les âmes et autorisent les aveux, voire les audaces. Anne-Lise Heimburger, avec un joli sens du paradoxe, affiche les fantasmes du voyage dans cet espace sans perspective grâce aux cinq interprètes  qui incarnent autant de solitudes, disgrâces et fuites en avant.
Un dragueur insatiable surjouant un ego, pourtant balafré (Barthélémy Meridjen), une hôtesse de l’air qui voudrait bien atterrir sur le tarmac de l’amour (Alexandra Flandrin), un pianiste égaré dans ses partitions (Alexis Pivot), un grand type bavard, emprunté et émouvant de maladresse (Laurent Ménoret) et une soprano échouée là, dégoulinante de pluie.

Tout a commencé avec la longue (très longue) annonce de la météo marine de France-Inter et on comprend que le son va jouer le rôle d’un sixième personnage. Au fur et à mesure des entrées, sorties, dialogues avortés sur la philosophie du tri ou l’âge qui s’avance, toute une variété d’univers sonores, décalés et jouissifs, nous  font accepter les facéties de la mise en scène d’Anne-Lise Heimburger. On la découvre aussi elle-même en délicieuse soprano qui apporte à cette cavalcade de linge sale, la verticalité lyrique d’une extrême douleur .

Les rencontres se font par effraction, à deux, au gré des entrées et sorties, puis une voix nous emmène sur les ailes du voyage baudelairien : Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme, Le cœur gros de rancune et de désirs amers…), sans illusion pourtant (Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes, aux yeux du souvenir, que le monde est petit). L’amertume de ces sympathies interrompues pourrait l’emporter mais le retour de l’hôtesse de l’air transforme la laverie en cabine d’avion et tout le monde embarque pour une destination inconnue, les hublots faisant illusion.

Tous croient en un Eldorado ou peut-être seulement veulent-ils trouver «du nouveau ». Ou avoir une vie qui en vaut la peine. Beethoven file sur le piano, comme eux, à la recherche d’un possible paradis. Les improvisations ont mené ces cinq comédiens sur les chemins de grande randonnée où ils ont laissé, pour notre plus grand plaisir, le sens des réalités. Et lorsque résonne Desireless avec son immarcescible Voyage, Voyage, tout le public décolle. Ce théâtre musical joue la carte du collectif où chaque acteur ose cependant inventer son propre espace mental et poétique. Nous sommes, nous spectateurs, les passants devant la vitrine de ce lieu protégé mais transparent, aquarium fantasmatique où nagent des esseulés…

 Marie-Agnès Sevestre

Spectacle vu au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre. Métro : Château de Vincennes + navette gratuite.

 

 


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