Oncle Vania d’Anton Tchekhov, mise en scène de Stéphane Braunschweig

 

Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

Crédit photo : Elisabeth Carecchio

Le directeur a monté avec tact, précision et sensibilité, cette pièce (1897) de Tchekhov dont il a déjà mis en scène La Cerisaie La Mouette et Les Trois Sœurs. Plus de douze décennies après sa création, il fait entendre la voix du dramaturge russe qui, à travers son art révèle les motivations intérieures des êtres et les relations nouées entre eux : travail, pouvoir, convictions, amour, amitié, reconnaissance sociale, grand âge.  Soit l’état existentiel d’un monde mais aussi de manière anticipée, l’état physique d’une planète qui aujourd’hui se dégrade sûrement, en perdant un capital-santé irréversible.

  «L’homme a été doué de raison et de force créatrice pour multiplier ce qui lui était donné, mais, jusqu’à présent, il n’a pas créé, il a détruit. Les forêts, il y en a de moins en moins, les rivières tarissent, le gibier a disparu, le climat est détraqué.et, chaque jour, la terre devient plus pauvre et laide… »Ainsi, parle Astrov, le médecin éclairé d’Oncle Vania, et porte-parole de l’auteur. Et on comprend l’attirance amoureuse qu’a pour lui, Sonia, la nièce de Vania. Ces solitaires gèrent la demeure familiale et ce médecin de campagne inspiré, habité et actif sauve de la hache  les bouleaux et les autres arbres. Cet « homme qui plantait des arbres» avant l’heure, donne vie à une jeune forêt: «Toqué» peut-être, mais précurseur lucide bien conscient de favoriser la vie des hommes dans mille ans. Même si pour l’heure, tout semble détraqué et les scientifiques sonnent l’alarme  pour que l’on réagisse au pillage de notre environnement naturel. Le sous-titre de la pièce : Scènes de vie à la campagne, est la métaphore de la disparition d’un monde, entre catastrophes climatiques ouvertes et catastrophes relatives : échecs personnels et sentimentaux.

Stéphane Braunschweig a conçu ici les abords d’une villégiature ensoleillée, avec bains de soleil et piscine intégrée dont l’eau scintillante se reflète sur les parois en lattes de bois. Au lointain, une forêt de troncs d’arbres verticaux, élancés vers le ciel dont n’apparaît que la partie médiane. Et à l’acte III, ne reste du paysage boisé vivant initial des arbres sur pied, qu’une étendue horizontale  dévastée… un paysage de guerre, avec une accumulation de souches et branches grises, à la suite de coupes de bois… Au-dessus de l’avancée scénique, un  grand panneau de bois qui pourrait rappeler le fonctionnement de la guillotine, que soutiennent deux montants de bois et dont la lunette pourrait rétrécir, sous la menace d’un couperet prêt à s’abattre. Une vision d’enfer où tout pourrait disparaître : terres et hommes, alors même que la population mondiale ne cesse d’augmenter…

 On a le sentiment d’étouffement et destruction que peuvent avoir des personnages, malgré la médecine, la volonté d’écologie, le travail quotidien de la propriété, le désir d’art. Et il y a aussi toujours le rêve d’un ailleurs et d’un bonheur inaccessibles. Vania est amoureux de la seconde femme de son beau-frère, Elena comme le médecin Astrov, lui, plus chanceux quant à la réciprocité. Quant à Sonia, la nièce, elle éprouve un attrait irrésistible mais sans lendemain pour Astrov.

Pourtant avec des désirs à jamais insatisfaits, les êtres réussissent à vivre  malgré leurs peines. Et les grands acteurs du Théâtre des Nations de Moscou impulsent à la pièce tout l’élan tonique et l’émotion dont ils sont capables. Larmes versées, apitoiement sur soi et  compassion… Mais malgré tout, la vie l’emporte.

 Véronique Hotte

Le spectacle a été joué à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon Paris (VI ème),  du 20 au 26 janvier. T. : 01 44 85 40 40.

 

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