Loin de Garbo, conte musical de Sigrid Baffert, composition de d’Alexis Ciesla, illustration de Natalie Portier

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Loin de Garbo, conte musical de Sigrid Baffert, composition d’Alexis Ciesla, illustration de Natalie Portier, mise en scène du collectif de l’autre Moitié

Ce spectacle est dédié à tous les exilés de l’Ouest, de l’Est, du Sud et du Nord, à nos aïeux de Pologne et Sicile venus à pied, en train ou en bateau pour reconstruire un possible. A Garbo, on fête en musique les noces de Darius et Greta : «Venez, venez, venez; en piste, rois ou nomades, chantez, dansez, chantez, dansez, chantez ! » Les tourtereaux qui n’ont pas grand chose, s’installent chez leur oncle Raskine. Il a un grand manteau qu’il porte hiver comme été:  une seconde peau pesant au moins un quintal, « un arbre généalogique qui remonte jusqu’au Jurassique ». Un matin, Greta sent une musique nouvelle: « Un fils, chante Darius, je vais avoir un fils! » « Ou une fille, « ajoute Greta. Et Milo verra le jour au milieu de la nuit…

Mais interdit de jouer avec dièses et bémols, interdit de jouer avec la main droite et avec son instrument complet, puis d’émettre le moindre son. Ils prennent alors leur courage à deux mains, leurs jambes à leur cou et leur fils sous le bras. Avec l’oncle Raskine, ils traversent l’unique pont de Garbo et marchent jusqu’à la mer, sans se retourner. Après une longue traversée, ils parviennent à une frontière où un officier exige qu’ils lui jouent «quelque chose d’unique, rien que pour moi ! ». Ils  arrivent à passer mais un  autre officier exige qu’ils laissent là leurs instruments. Ils acceptent et passent de longues nuits dehors, blottis sous un grand manteau, puis trouvent un appartement délabré. Ils travaillent dans une usine de petits pois. Après de longs mois, Milo rapporte un vieux piano déglingué qu’ils réparent et ils arrivent à acheter un saxophone. Oncle Raskine s’éteint. La famille survit en cousant des vêtements et en jouant de belles musiques.

Cette remarquable comédie musicale avec de belles projections d’images est interprétée par une troupe soudée et raconté par Jean-Pierre Daroussin… Un beau livre sur cette saga familiale cousue main a été publié par les éditions des Braques et il a remporté le prix de l’Académie Charles Cros.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 24 janvier, au Foyer Georges Brassens, Beaucourt (Territoire de Belfort).


Archive pour 4 février, 2020

Derniers Remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Guillaume Séverac-Schmitz

©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

Derniers Remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Guillaume Séverac-Schmitz

 Retour à la maison familiale: elle ne protège plus mais se fissure en minuscules et terribles guerres, séparations et malentendus entre les personnages à la recherche d’un passé irrattrapable : ces thèmes travaillent et obsèdent Jean-Luc Lagarce. J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne, Juste la fin du monde, Le Pays lointain c’est toujours l’histoire d’un homme qui revient au pays et qui n’arrive pas à dire la chose exacte pour laquelle il est venu. Ici, ils sont trois avec  leurs conjoints et la fille adolescente d’Hélène. De ces amis de longue date, deux ont refait leur vie, Paul et Hélène se sont séparés et remariés chacun de son côté. Et ce jour-là,  (les vingt-quatre heures de la tragédie classique), Paul et Hélène sont venus prendre les arrangements nécessaires pour vendre la maison, l’abri enchanté de leur jeunesse que Pierre habite encore, contre un loyer. Chacun affirme vouloir « régler les choses », « ne pas faire d’histoires ». Et c’est là que tout commence.

Guillaume Séverac- Schmitz,  son dramaturge Clément Camar-Mercier  et le collectif Eudaimonia ont travaillé le potentiel comique de l’écriture de l’auteur. Infini respect des mots, les siens et ceux de l’autre, souci scrupuleux de l’expression exacte produisent l’inverse de l’effet attendu : les précautions de langage se retournent et créent le soupçon : qu’y a-t-il sous ce mot de « taciturne » qu’Hélène assène à Pierre (qui vient du reste de parler d’abondance) ? Quel noir dessein, quelle perfidie, quel non-dit, tout simplement ? Les personnages pataugent, s’enfoncent, et partiront sans avoir rien réglé. Jean-Luc Lagarce sait comme nous, que le «une fois pour toutes» n’existe pas. Quant aux pièces rapportées, elles ironisent, en tout conscience ou involontairement, sur la situation et rétablissent un calme objectif.

 

Christophe Raynaud de Lage

Christophe Raynaud de Lage

Prenons donc la pièce comme une comédie. Ce qui fait rire? La situation paradoxale créée par ce souci d’un langage exact, mais surtout par l’inquiétude des personnages. Vendre la maison, ce serait effacer une fois pour tous les rêves de jeunesse. Ce serait simple, en effet. Mais ces rêves balayés s’obstinent là, comme un inconfort, un tourment interne. Et voilà un ressort comique puissant : l’effort humain, voué à l’échec, pour maîtriser son bonheur…Pour autant, Guillaume Séverac-Schmitz n s’est pas focalisé sur le rire et accorde autant d’attention  aux moments de respiration, d’ouverture, qu’aux tensions. Comme avec Richard II de Shakespeare et La Duchesse de Malfi de John Webster (voir Le Théâtre du Blog). Le metteur en scène revendique la théâtralité, ne l’efface pas au bénéfice de la fable, de l’émotion qu’elle doit provoquer ou d’une illusion de réalité. Les scènes se mettent en place dans un espace unique dont les délimitations changent avec la lumière, ce qui rythme le jeu et déplace notre regard: question de point de vue. ..Et dans cette théâtralité très dessinée, le metteur en scène laisse la place à des moments où les rapports entre les personnages ne sont pas résolus. Ce qui apporte une certaine gravité et nous ramène au propos de la pièce : non, on ne revient pas sur ses pas, on en fait d’autres, ailleurs. La nostalgie se défait d’elle-même et cela n’empêche pas de vivre. Quant à tourner la page ? Voilà un bon spectacle, ombres et lumières. Il n’épuise pas la pièce de Jean-Luc Lagarce, ce qui est plutôt bon signe et lui donne, sans forcer, une belle puissance comique. C’est appréciable.

 Christine Friedel

Le spectacle a été créé au Cratère, Scène Nationale d’Alès (Gard).

Le 25 février, Théâtre des Trois Ponts, Castelnaudary (Aude) ; les 27 et 28 février, Théâtre Le Sillon, Clermont-L’Hérault (Hérault). Le 10 mars, Scène Nationale du Grand Narbonne (Aude).  Du 22 au 24 avril, Théâtre Daniel Sorano, Toulouse (Haute-Garonne). Les 12 et 13 mai, Théâtre-Scène Nationale d’Angoulême (Charente).

La pièce et l’œuvre de Jean-Luc Lagarce sont publiées  aux éditions Les Solitaires Intempestifs.

Quatrième biennale d’art flamenco : Impulso par Rocio Molina et ses invités

©Simone Fratini

©Simone Fratini

 

Quatrième biennale d’art flamenco :

Impulso par Rocio Molina et ses invités

Cette danseuse surprenante a invité ses amis artistes à fêter le flamenco avec elle, chacun à sa manière. Une soirée de trois heures, unique et très libre mais un peu longue, où elle marie des styles différents avec la même folie partagée avec enthousiasme  par le public, dans un dispositif tri-frontal. Le performeur François Chaigneau arrive sur scène, travesti comme à son habitude, avec des chaussures à talons cachant des chaussons de danse. L’artiste aime monter dans les gradins et choisit cette fois, trois spectateurs  dont les musiques de leurs smartphones vont rythmer ses improvisations avec Rocio Molina. La talentueuse Rosalba Torres, ancienne élève de Philippe Decouflé, d’Anne Teresa de Keersmaeker et Alain Platel, entreprend un très beau duo avec l’enfant terrible du flamenco qui, survoltée, ne quittera presque jamais la scène.

Pour cette soirée, elle  s’est entourée de musiciens exceptionnels : deux guitaristes répondent au contrebassiste et au percussionniste. Et Bruno Galeone à l’accordéon, accompagne la chanteuse Maria Mazzotta, une autre invitée de la danseuse. Et il y a aussi le grand chanteur de flamenco  José Angel Carmona. Tous fonctionnent en parfaite harmonie avec Rocio Molina. Le spectacle s’inscrit dans la riche programmation de cette quatrième biennale d’art flamenco, organisée en collaboration avec celle de Séville. Une culture avec des styles différents mais toujours destinée au plus grand nombre, comme le souhaite Didier Deschamps, le directeur de Chaillot-Théâtre National de la danse…

Jean Couturier

Spectacle vu le 1 er février, à Chaillot-Théâtre national de la Danse, 1 place du Trocadéro,  Paris (XVI ème). T.  01 53 65 30 00. Le festival qui comprend sept pièces, continue jusqu’au 13 février.

 

 

Falaise mise en scène de Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, dramaturgie de Barbara Métais-Chastanier

 

Falaise mise en scène de Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, dramaturgie de Barbara Métais-Chastanier

 

© Francois Passerini

© Francois Passerini

Après Bestias et , la compagnie Baro d’evel, mêle danse, acrobatie et musique dans cette épopée vertigineuse où se rencontrent huit humains, un cheval et des pigeons, au pied de hautes et sombres murailles, truffées de failles, qui vont petit à petit se lézarder puis se fracturer. On embarque pour une heure quarante mouvementée.

Jouant comme d’habitude sur le noir et blanc, la compagnie fait  appel,  pour la première fois, au scénographe Luc Castells. « Il n’y a pas, précise Camille Decourtye, d’agrès autre qu’un décor à plusieurs étages,  et des accroches qui nous permettent d’évoluer. »

Une étrange tribu surgit : cinq circassiens (dont les metteurs en scène), deux danseurs et un acteur-performeur de danse urbaine… venus d’on ne sait où. Que font-il là et où vont-ils ? Les murs accouchent de corps ou les aspirent. Une mariée avec son bouquet apporte une touche de blanc parmi ces personnages de noir vêtus. L’humanité s’agite, des conflits divisent le groupe, des individus isolés tentent de rejoindre leurs semblables, un mariage s’esquisse mais le couple part en morceaux, comme les murs… Un cortège funèbre s’avance : c’est pour de rire…

Devant cet univers tragique, on pense à la réplique inaugurale de Fin de partie : « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un et un jour, soudain, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas.» Et,  comme chez Samuel Beckett, il y a ici du clownesque et des saynètes comiques  viennent épicer la pièce.  « Je suis, pour ma part, dit Blaï Mateu Trias, fils de clown et catalan. Même si on s’attaque ici à des thèmes un peu dramatiques, pour autant l’absurde et l’humour sont toujours là. On travaille sur le clown et les animaux amènent à l’inattendu, à l’hésitation, au quiproquo, tout ce qui permet des bouleversements dans des scènes. »

 Au milieu de cette agitation permanente, des pigeons blancs traversent le plateau, volètent de ci de là. Et apportant la lumière dans cette noirceur, un cheval passe et repasse, ange immaculé dans ce monde qui tombe en ruine… Hommes et bêtes vont bientôt s’apprivoiser, les volatiles, symboles de paix, picoreront sur les épaules des artistes. Le cheval amical et facétieux fera quelques pas de danse avec Camille Decourtye. Venue d’un milieu équestre, cette voltigeuse choisit dès 2004, d’intégrer le cheval dans les projets de la compagnie, puis d’autres animaux : «On vit avec eux des moments incroyables, parce qu’on est tous dans le présent, eux, nous et les spectateurs. »

Dans ce spectacle dense et très écrit où l’acrobatie est chorégraphiée avec précision et où la musique éclate en fanfare, les animaux apportent un souffle de liberté et contribuent à créer de magnifiques  images.Dans quel monde sommes nous ? « plaçait un homme, une femme et un corbeau dans un espace neutre et blanc, dans du vide, dit Camille Decourtye. Mais dans Falaise, la société existe à travers les grands rituels de la vie : autour de la naissance, la mort, l’amour, le mariage, etc. et aussi la fêlure, l’effondrement… Comment dans cette cité en train de s’effondrer trouver la force de réinventer un futur ? »

Avec un vent d’optimisme, dans ce théâtre élégant, s’imbriquent travail du corps et de la voix, cirque, danse, transformation de l’espace et de la matière, spontanéité de l’animal… Pour trouver la pulsation qui relie les êtres vivants dans notre monde menacé. Un voyage sensoriel qu’il ne faut pas manquer.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 6 février, MC93 de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Les 10 et 11 mars, Espace Malraux, Scène Nationale de Chambéry (Savoie) ; les 17 et 18 mars, Bonlieu, Scène Nationale d’Annecy (Hatue-Savoie) ; d
u 23 au 30 avril, Théâtre de la Cité avec le Théâtre Garonne, Toulouse (Haute-Garonne.
Du 14 au 19 mai, Le Grand T, Nantes et du 27 au 29 mai, Théâtre de Lorient (Finistère).

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