Paradoxe(s) Thierry Hancisse s’entretient avec Laurent Goumarre

Paradoxe(s) Thierry Hancisse s’entretient avec Laurent Goumarre

© Stéphane Lavoué, coll. Comédie-Française

© Stéphane Lavoué, coll. Comédie-Française

«Je n’aime pas ce qui est normal. Le comédien le prouve par sa longue fidélité à la Comédie-Française où il est entré comme artiste auxiliaire (après un bref passage au cours Florent) à vingt-et-un ans, en 1985. Remarqué par Yves Gasc et Jean-Luc Boutté, il y devient sociétaire en 1993. Formé aux arts plastiques à Namur, dans sa Belgique natale, il monte et joue Escurial de Michel de Ghelderode à dix-neuf ans. Son premier choc de théâtre : il fait un malaise sur le plateau à la première mais vit un moment de grâce, il se sent bien : «La scène est l’endroit précis où l’émotion que je ressens, s’exprime par des gestes.» 

Jean-Luc Boutté lui pose une question qui va bouleverser sa façon d’aborder un personnage : «De quel droit te présentes-tu sur scène pour faire rire ou pleurer? » Il trouvera la réponse plus tard en jouant La Vie est un Songe  de Calderon, mise en scène par José Luis Gomez à l’Odéon-Théâtre de l’Europe en 1992. Quand beaucoup de ses camarades meurent du sida, il est ému par  le témoignage d’un enfant atteint après une transfusion sanguine. Il  pense à lui pendant toutes les répétitions. A ce moment-là, dit-il, «son conscient émotionnel est venu chercher l’inconscient du public. » Il  découvre cette boucle sensorielle où l’acteur, en état de grâce, touche la sensibilité du  public. Pour lui, il ne faut aucun cas s’enfermer dans la rigidité d’un personnage.

Son parcours d’acteur, non linéaire, se nourrit de déflagrations qui font évoluer son jeu. Ainsi, sa rencontre en 2002, avec Anatoli Vassiliev pour Amphitryon de Molière, marque un tournant dans sa vie artistique. Il apprend  alors à se créer un solide bagage émotionnel sur lequel se place naturellement le texte. «Ne joue, que si cela t’est nécessaire. Ce n’est pas parce que c’est écrit, qu’il faut le faire», lui dit le metteur en scène russe, pour qui  le résultat final est moins important que les étapes de construction et déconstruction du texte pendant les répétitions.

Thierry Hancisse se découvre un lien particulier à l’œuvre. Doté d’une bonne mémoire, il ne lit pas la pièce avant les premières répétitions : «J’essaie d’en retarder au maximum, l’apprentissage.» Modeste, il n’a pas d’exigences par rapport à tel ou tel rôle: «Je fais partie de la troupe, on me prend ou on ne me prend pas. » Laurent Goumarre et le public ont été impressionnés par la sincérité de ce comédien. Il reste le moins de temps possible dans sa loge qu’il voit comme un lieu de passage. «Il n’y a pas pour moi de transition entre la vie et le théâtre.  » Et, à peine sorti de cet entretien, il a filé salle Richelieu pour jouer dans La Puce à l’oreille de Georges Feydau (voir Le Théâtre du Blog).  

Jean Couturier

Unique représentation vue le 3 février, Studio de la Comédie-Française, Pyramide inversée,  99 rue de Rivoli,  Paris (Ier). T. : 01 44 58 98 58.

 

 

       


Archive pour 7 février, 2020

Festival Les Singuliers, au Cent Quatre

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Festival Les Singuliers, au Cent Quatre

La fabrique d’art tourne ici à plein régime. Dans les halls, comme chaque fois qu’on vient ici, des dizaines de danseurs, acrobates et jongleurs s’entraînent. Certains ont déroulé leur tapis sur le béton et l’on sent que leur pratique devient peu à peu un art et peut-être un métier. Les ateliers, dans les étages et sous-sols, bouillonnent tout autant de créativité et donnent parfois lieu à des présentations publiques.

 Les Singuliers avec «des formes plurielles» sont une ouverture pour les artistes en résidence ici. Souvent quelques jours seulement dans un lieu de travail pas forcément adapté et une modeste participation à la production d’un spectacle, mais les créateurs ont au moins ici le temps et l’espace dont ils ont besoin.  Au Cent Quatre musique et arts visuels fusionnent, faisant fondre les catégories et le théâtre rappelle avec vivacité qu’il est aussi un art pluriel.

On regrette d’avoir manqué le spectacle d’Olivier Martin-Salvan (artiste associé) sur les Écrits bruts réunis par Michel Thévoz, avec des robes-sculptures conçues par Clédat et Petitpierre, «face à son double musicien, Philippe Foch, enfermé dans une cage iridescente et dont il finit par absorber les barreaux comme autant d’instruments ». Il est bon d’avoir des regrets, parfois et cela agit comme une piqûre de rappel nous enseigne à avoir l’œil vif  la prochaine fois et à garder aiguisée, notre curiosité.: l’art vivant est éphémère, par nature et par définition…

Parmi les artistes associés, Marie Vialle et Thomas Bellorini ont présenté leur travail. La comédienne tente de  faire passer, par la danse, le chant et le spectacle, ce qu’a provoqué en elle, la lecture du discours adressé par David Foster Wallace aux étudiants du Kenyon College (Ohio), trois ans avant son suicide. Les Vagues, les amours, c’est pareil, est un moment gracieux et léger, qui fait parfois sourire mais qui ne nous transmet pas grand chose de l’auteur ni du texte que Marie Vialle a voulu, dit-elle: «mettre en mouvement ». Pour nous, cela ne s’est pas produit. Au festival des Singuliers, il peut y avoir un décalage entre la création en cours et sa présentation au public.

Femme non rééducable, mis en scène par Thomas Bellorini est d’une autre force. Au pied d’une gigantesque image énigmatique, l’ombre d’un corps écrasé dans une neige de guerre, les acteurs-musiciens, disposés en carré, viennent tour à tour témoigner, au centre, au micro qui est la place assignée à la parole. Un à un, ils reconstituent le chemin qui a mené à l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, journaliste à éliminer parce qu’elle n’avait cessé de témoigner de la corruption, de l’atroce guerre en Tchétchénie, de la dictature de Kadyrov et du mensonge d’État. Sans changer un mot de ses entretiens avec les tyrans, la journaliste dit ce qu’ils lui ont fait payer d’une vie traquée et de son assassinat…

Pourtant, cet oratorio n’a rien d’un faire-part de deuil. On n’entend pas le thrène (lamentation funèbre) sur une martyre et Anna Politovskaïa en est une, au sens étymologique: elle témoigne . La parole, sans cesse relayée, ouverte par la musique, reprend là où elle a été interrompue, creuse une vérité mais sans consolation, du côté d’une vie qui ne lâche rien, jamais. Que dire ? C’est très fort et beau, sous l’image tragique et obsédante qui ne quitte pas l’écran. Le spectacle sera repris dans un an, mais nous savons déjà qu’il est de ceux qui ne se laissent pas oublier.

Nous n’aurons pas tout vu de ce qui est le plus spécifique du Cent Quatre : les croisements entre musiques (au pluriel, toujours) et arts visuels, les confrontations entre la chanson en train de s’écrire et son public, les performances… Tant mieux pour ceux qui ont pu suivre ce festival dans toute sa diversité, en attendant le prochain…  Et Le Cent Quatre est aussi un théâtre où une équipe d’excellents comédiens joue actuellement L’Heure bleue, une  tragédie familiale de David Clavel.

Christine Friedel

Le Cent Quatre, 5 rue Curial, Paris (XIX ème) T. : 01 53 50 00 00.

 

 

 

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