La sextape de Darwin, ce que Noé ne savait pas! Texte et mise en scène de Brigitte Mounier

La Sextape de Darwin, ce que Noé ne savait pas ! Petit manuel de biodiversité, à l’usage de tous, texte et mise en scène de Brigitte Mounier

©Bekir Aysan

©Bekir Aysan

Un fond de scène turquoise,  le chant des oiseaux: on se croirait au cœur des premiers matins du monde ! Le plateau s’éclaire et une jeune personne, légèrement androgyne, joue de la flûte traversière avec délicatesse…  Une voix off féminine se fait entendre : « Dans le lagon, durant la pleine lune. » (…)  « Les poissons chauves-souris, les poissons-papillons, et les poissons-lanternes se regroupent, leur nage s’accélère, leurs couleurs changent. C’est le signal de la fête. »

Douce et merveilleuse atmosphère… Soudain, arrive une belle femme en tailleur blanc, qui pourrait être une mariée. Mais non, elle saisit le micro et prend la parole avec aplomb. Brigitte Mounier, comédienne-trapéziste, auteure du texte et ici conférencière, pour notre plus grand bonheur,  mène en souplesse le spectacle tambour battant et avec malice ! Le public d’abord perplexe puis très vite sous le charme, est captivé : discours riche et tout en couleurs, jeu, danse,  musique, chant se sont donnés rendez-vous pour raconter l’infinie fantaisie de la reproduction du vivant. Tendresse, comique et ruse se sont joints à ce   joyeux et poétique carnaval donné en l’honneur de Dame Nature.

Idée géniale de la compagnie des Mers du Nord: celle de nous faire découvrir, ou mieux connaître l’histoire véritable et en détails étonnants, drôles, de la perpétuation des différentes espèces. Toutes, sauf celle de l’homme, ou si peu : «Si notre culture nous enseigne que le sexe est une activité qui a pour fonction, la perpétuation de l’espèce et que le mâle et la femelle coopèrent gentiment, la nature, elle, nous montre l’étroitesse de notre imaginaire, nous rappelle la conférencière. »

Les danseurs Sarah Nouveau et Antonin Chediny sous la direction du chorégraphe Philippe Lafeuille, une chanteuse-actrice Marie-Paule Bonnemason, vont brillamment tour à tour se transformer en insecte coloré, limace, grenouille, vers de terre, bonobo et encore toute une multitude d’animaux. Tous étonnants dans leurs pratiques sexuelles et leur cérémonial amoureux, sans parler de leurs costumes !  On se pose la question : qui des deux, de l’homme ou de la limace par exemple, a le plus de talent et de grâce dans le jeu de la séduction ? Un vrai petit bijoux théâtral, lyrique et de danse mais aussi scientifique ! On sort de là,  le cœur gai comme un pinson, léger comme une libellule et l’esprit savant comme un singe !

Elisabeth Naud

Théâtre La Bruyère, 5 rue La Bruyère, Paris ( IX ème). T. : 01 48 74 76 99.


Archive pour 18 février, 2020

Maison de la Poésie : Pierre Pachet, Un écrivain aux aguets

Maison de la Poésie : 

 Pierre Pachet, Un écrivain aux aguets


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Olivier Chaudenson le directeur de cette Maison, a souhaité mettre les auteurs eux-mêmes sur le devant de la scène. « Depuis une quinzaine d’années, dit-il, la littérature est marquée par l’essor de nouvelles formes d’expressions (lectures d’auteurs et de comédiens, croisements. Ce goût pour la performance, autrefois apanage de la poésie sonore, concerne désormais toutes les catégories d’auteurs et tous les genres. »

Poètes, romanciers et dramaturges sont donc conviés lors de soirées, souvent uniques, à faire entendre leurs textes, la plupart du temps avec comédiens, musiciens, vidéastes ou danseurs (voir Festival Contredanse Le Théâtre du Blog). Cet accès direct aux textes et aux écrivains permet une proximité avec les œuvres et désacralise la littérature… Une preuve qu’elle n’est pas réservée aux seuls initiés. D’une façon ou d’une autre, le spectacle aura toujours partie liée avec la littérature.

 Lors de cette rencontre à la mémoire de Pierre Pachet (1937-2016),  Anouk Grinberg a ressuscité devant nous, avec le talent qu’on lui sait, un écrivain peu connu du grand public mais très apprécié du monde littéraire. Elle nous a fait partager la délicatesse d’une écriture tournée vers l’intime en lisant des extraits des livres réunis par Yaël, la fille de l’auteur, dans un recueil volumineux préfacé par Emmanuel Carrère: «Depuis Autobiographie de mon père, écrit-il, j’étais fasciné par ses livres, par cette voix sourde et obstinée, par cette façon de regarder sans ciller tout ce qui compose une expérience humaine. Toute son œuvre est un exercice d’intranquillité et de vigilance. » 

 

© Hannah Assouline

Pierre Pachet © Hannah Assouline

Sous la houlette de Christine Lecerf, des proches de l’écrivain vont nous donner les clefs d’une œuvre singulière imprégnée du «devoir que l’on a d’être celui que l’on est ». Essayiste, traducteur, enseignant et critique littéraire, Pierre Pachet s’est intéressé aussi bien au sommeil, à la littérature de l’Est de Franz Kafka à Alexandre Soljenitsyne, qu’à l’Histoire et à la politique. Il laisse derrière lui une œuvre rare et subtile qui a fait son chemin auprès d’un petit cercle de lecteurs mais qui reste à découvrir. Ce recueil devrait y contribuer et sa fille, elle-même romancière, a consacré un livre, Le Peuple de mon père, à celui qui s’était risqué à une “auto-hétéro-biographie“ de son père: parfaite filiation !

 Alain Finkielkraut témoigne son admiration pour la capacité de cet écrivain à se mettre face à la singularité des gens. Il l’invita à plusieurs reprises à son émission sur France-Culture et le considère comme le plus grand lecteur en France : « Il va chercher chez les écrivains, la manière d’être soi ». Il souligne, dans ses livres personnels, « sa capacité d’attention à ce qui fait la force de vie des individus dans l’Histoire. » Il a été frappé par Conversation à Jassy : en 1996, Pierre Pachet se rend dans le nord de la Roumanie, région d’où son père est originaire. Sous la ville contemporaine de Iasi, il veut revoir la ville de Jassy, jadis riche d’une forte population juive, victime d’un pogrom en juin 1941. De ces lieux marqués par des frontières, annexions et expulsions, il se fait expliquer ce qu’est la Moldavie indépendante, ce que furent la Bucovine, la Bessarabie où vivait son grand-père, la Transnistrie d’où tant de Juifs furent déportés.

«J’y retrouve la complexité de ces sociétés qui sortent du communisme et tombent dans un capitalisme sauvage, dit Alain Finkielkraut. Pachet est habité par les deux douleurs de l’Europe : le communisme et le nazisme.  A travers l’histoire de son père,  il trace l’Histoire cabossée du XX ème siècle. Son œuvre, au plus près de l’intime, est  l’anthropologie de l’individu démocratique. »

 A son tour, Martin Rueff évoque Pierre Pachet critique littéraire et sa capacité d’attention aux détails de la vie des autres, et souligne l’intensité de sa vie intérieure, fondement de son écriture personnelle. « Dans L’Oeuvre des jours, il explore ce qu’il fait et comment il fait. Ce que font les jours et ce qu’il fait tous les jours. Ce livre montre une œuvre en travail, pour faire œuvre, comme on fait un chemin. « Il refuse la posture d’écrivain, signe des grands écrivains, conclut-il. »

Au terme de cette rencontre émouvante qui nous incite à poursuivre la lecture de Pierre Pachet, force est de constater qu’il se passe toujours quelque chose à la Maison de la poésie, à raison de deux événements par soirée…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu, le 10 février, à la Maison de la poésie, 157 rue Saint-Martin, Paris (III ème) T. 01 44 54 53.

Pierre Pachet, Un Ecrivain aux aguets, éditions Pauvert, 2020.

 

 

 

 

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