Maison de la Poésie : Pierre Pachet, Un écrivain aux aguets

Maison de la Poésie : 

 Pierre Pachet, Un écrivain aux aguets


entrecc3b4tes-maison-de-la-poc3a9sie-copie
Olivier Chaudenson le directeur de cette Maison, a souhaité mettre les auteurs eux-mêmes sur le devant de la scène. « Depuis une quinzaine d’années, dit-il, la littérature est marquée par l’essor de nouvelles formes d’expressions (lectures d’auteurs et de comédiens, croisements. Ce goût pour la performance, autrefois apanage de la poésie sonore, concerne désormais toutes les catégories d’auteurs et tous les genres. »

Poètes, romanciers et dramaturges sont donc conviés lors de soirées, souvent uniques, à faire entendre leurs textes, la plupart du temps avec comédiens, musiciens, vidéastes ou danseurs (voir Festival Contredanse Le Théâtre du Blog). Cet accès direct aux textes et aux écrivains permet une proximité avec les œuvres et désacralise la littérature… Une preuve qu’elle n’est pas réservée aux seuls initiés. D’une façon ou d’une autre, le spectacle aura toujours partie liée avec la littérature.

 Lors de cette rencontre à la mémoire de Pierre Pachet (1937-2016),  Anouk Grinberg a ressuscité devant nous, avec le talent qu’on lui sait, un écrivain peu connu du grand public mais très apprécié du monde littéraire. Elle nous a fait partager la délicatesse d’une écriture tournée vers l’intime en lisant des extraits des livres réunis par Yaël, la fille de l’auteur, dans un recueil volumineux préfacé par Emmanuel Carrère: «Depuis Autobiographie de mon père, écrit-il, j’étais fasciné par ses livres, par cette voix sourde et obstinée, par cette façon de regarder sans ciller tout ce qui compose une expérience humaine. Toute son œuvre est un exercice d’intranquillité et de vigilance. » 

 

© Hannah Assouline

Pierre Pachet © Hannah Assouline

Sous la houlette de Christine Lecerf, des proches de l’écrivain vont nous donner les clefs d’une œuvre singulière imprégnée du «devoir que l’on a d’être celui que l’on est ». Essayiste, traducteur, enseignant et critique littéraire, Pierre Pachet s’est intéressé aussi bien au sommeil, à la littérature de l’Est de Franz Kafka à Alexandre Soljenitsyne, qu’à l’Histoire et à la politique. Il laisse derrière lui une œuvre rare et subtile qui a fait son chemin auprès d’un petit cercle de lecteurs mais qui reste à découvrir. Ce recueil devrait y contribuer et sa fille, elle-même romancière, a consacré un livre, Le Peuple de mon père, à celui qui s’était risqué à une “auto-hétéro-biographie“ de son père: parfaite filiation !

 Alain Finkielkraut témoigne son admiration pour la capacité de cet écrivain à se mettre face à la singularité des gens. Il l’invita à plusieurs reprises à son émission sur France-Culture et le considère comme le plus grand lecteur en France : « Il va chercher chez les écrivains, la manière d’être soi ». Il souligne, dans ses livres personnels, « sa capacité d’attention à ce qui fait la force de vie des individus dans l’Histoire. » Il a été frappé par Conversation à Jassy : en 1996, Pierre Pachet se rend dans le nord de la Roumanie, région d’où son père est originaire. Sous la ville contemporaine de Iasi, il veut revoir la ville de Jassy, jadis riche d’une forte population juive, victime d’un pogrom en juin 1941. De ces lieux marqués par des frontières, annexions et expulsions, il se fait expliquer ce qu’est la Moldavie indépendante, ce que furent la Bucovine, la Bessarabie où vivait son grand-père, la Transnistrie d’où tant de Juifs furent déportés.

«J’y retrouve la complexité de ces sociétés qui sortent du communisme et tombent dans un capitalisme sauvage, dit Alain Finkielkraut. Pachet est habité par les deux douleurs de l’Europe : le communisme et le nazisme.  A travers l’histoire de son père,  il trace l’Histoire cabossée du XX ème siècle. Son œuvre, au plus près de l’intime, est  l’anthropologie de l’individu démocratique. »

 A son tour, Martin Rueff évoque Pierre Pachet critique littéraire et sa capacité d’attention aux détails de la vie des autres, et souligne l’intensité de sa vie intérieure, fondement de son écriture personnelle. « Dans L’Oeuvre des jours, il explore ce qu’il fait et comment il fait. Ce que font les jours et ce qu’il fait tous les jours. Ce livre montre une œuvre en travail, pour faire œuvre, comme on fait un chemin. « Il refuse la posture d’écrivain, signe des grands écrivains, conclut-il. »

Au terme de cette rencontre émouvante qui nous incite à poursuivre la lecture de Pierre Pachet, force est de constater qu’il se passe toujours quelque chose à la Maison de la poésie, à raison de deux événements par soirée…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu, le 10 février, à la Maison de la poésie, 157 rue Saint-Martin, Paris (III ème) T. 01 44 54 53.

Pierre Pachet, Un Ecrivain aux aguets, éditions Pauvert, 2020.

 

 

 

 

 


Répondre

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...