Espaces publics /Espaces de luttes, dixième Université buissonnières des Arts de la rue à Maxéville

Espaces publics/Espaces de luttes: dixième Université buissonnière des Arts de la rue à Maxéville

034202002110830-copieUn rapide compte-rendu d’un foisonnement de témoignages et il y avait beaucoup de générosité dans ces rencontres. La Fédération des Arts de la Rue a réuni ses adhérents pour deux jours présidés par Luc Carton, autour de différents ateliers.  Il est l’un des acteurs de la réforme du décret sur les Centres Culturels de Bruxelles et de Wallonie adopté en novembre 2013 par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous sommes, dit-il, dans une société de la connaissance. L’individu contemporain possède, jusqu’à l’excès, les outils de la connaissance qui constituent la culture. Cet excès souffre d’un déficit de capacité de mobilisation socio-économique et socio-politique à partir de ces savoirs : «Nous en savons beaucoup plus que ce qu’on nous autorise à faire !La reconnaissance des droits culturels est une condition essentielle qui permettrait aux individus de structurer les débats et d’exprimer une pensée sur la vie en société qui soit réellement agissante, œuvrant ainsi à une nécessaire transition démocratique. Dans cette société de la connaissance, il s’agit de mobiliser l’expérience, l’expertise de chacun, et ce à partir de l’exercice rigoureux du travail des mots. « Seule l’expérience individuelle et collective de la contradiction, du conflit et de la conduite, nous apprend réellement ce qu’est la démocratie.  C’est à partir de la connaissance,  de la conscience et  de la critique, que pourront se construire une action sur le monde. Luc Carton a souligné l’épuisement des forces et des formes politiques, mais aussi la nécessité de déconcentration, transition et refondation. Et comment il faut comprendre aujourd’hui les enjeux culturels, le droit au travail, à l’alimentation et au logement.

067202002110985-copieJean-Louis Laville, économiste et sociologue,  évoque le dilemme entre Etat et marché. Au XIX ème siècle, ont été créées des associations qui s’imposent dans l’espace public, avec les printemps des peuples en 1830 et 1848… Il montre comment l’essor économique est privilégié pour aller plus loin dans la démocratie: l’invention sociale est l’affaire de tous. Dans les années 1960-70, naît le néo-libéralisme avec un projet de restructuration de la société et une vision répressive des associations,  d’où l’importance d’initiatives citoyennes. Les scénarios qu’il imagine pour demain : 1) Le monde de la société civile se réduit avec des contrôles rapprochés. 2) Un néo- libéralisme à composante sociale avec le retour de la philanthropie. 3) On donne place à la diversité, les associations ont le droit d’être dans l’espace public donc  dans une économie solidaire. Il faut déconstruire le discours dominant sur les associations. Le nombre de gens qui y militent ne se maintient que si leurs membres peuvent en vivre. Il faut montrer la diversité des formes économiques. La technocratie est autiste au niveau national.

Luc Jambois, diplômé en économie, a dirigé durant  vingt-cinq ans un centre de gestion spécialisé du secteur culturel. Cofondateur, en Alsace, du Réseau d’appui aux associations, il est aujourd’hui consultant indépendant et assure de nombreuses missions dans le cadre des dispositifs locaux d’accompagnement. Il évoque ici la pratique coopérative, seule forme juridique démocratique. La professionnalisation sera impérative, avec une progression de partenariats encouragés par les pouvoirs publics, avec aussi des solidarités à promouvoir dans le secteur économique, pour accueillir  des lieux d’accueil et de production.

Atelier n° 1: Les différentes pratiques coopératives :

8404414329102428590410594956403052836814848nOn peut se passer d’un président pour mettre en œuvre un modèle collégial et il y a un guide de l’emploi intermittent pour les compagnies. Atelier n°2 : Restriction des libertés collectives et individuelles. Depuis 2001, il y a la loi anti-casseurs. Les gilets jaunes se sont déployés contre la retraite des policiers qui sont en dehors de la citoyenneté. Faut-il continuer à parler avec les autorités ?
Atelier n° 3 : l’Art en campagne. A qui s’adresser, aux élus de la ville ou de l’opposition ? Les enjeux de l’évaluation ont toujours existé avec le désir permanent de réduire les dépenses publiques. Un Etat, pour être moderne, doit accepter d’être évalué et de laisser émettre  des jugements. On est fortement contaminé par la démesure de la mesure, fasciné par la gloire et l’argent. «Vous les artistes, vous n’êtes pas rentables ! ».

L’atelier Economie solidaire à but non lucratif a réuni vingt-cinq participants. Ce sera la quinzième année du Festival au château de Maxéville, contre-exemple de l’Institution. Dans une communauté où l’on apprend les uns des autres. Le Collectif Michto de Nancy a géré dans l’urgence et avec des moyens limités, cette édition 2020 en mars, avec une aide de 6.000 euros de la Région, une autre de la municipalité de Maxéville, et une subvention de 5.000 euros du Conseil départemental. Thèmes abordés: Comment parler d’un projet et à partir de quelles valeurs, des manifestations culturelles ont-elles un impact économique? Qu’aurais-je fait, si je n’étais pas allé dans ce festival, avec la somme dépensée ? Les gens peuvent voir sans payer, c’est un bien collectif comme la Défense Nationale.

160202002111902-copieL’évaluation a toujours existé, dit Luc Jambois. Il y a toujours eu un désir de réduire les dépenses publiques. Un Etat pour être moderne, doit se laisser évaluer. Nous sommes fortement contaminés par la démesure de la mesure avec la fascination de le gloire et de l’argent : « Vous les artistes, vous n’êtes pas rentables ! ». Comment parler d’un projet et à partir de quelles valeurs ? Comment évaluer l’impact économique de manifestations culturelles ? L’intérêt commun, l’égalité, la confiance…Avec peu de moyens financiers et humains. Y’en a marre d’être la dernière roue du carrosse ! Il y a une remise en cause des liberté publiques et de la démocratie comme en Chine ou au Brésil. Le crime démocratique : 1) Evolution législative en 2015,  avec la loi sur le renseignement. 2) Loi sur la sécurité intérieure, loi anti-casseurs, la militarisation pour réprimer les manifestations. 3) Manifestations de gilets jaunes: 1.000 personnes condamnées à de la prison. Prise de conscience des violences subies, mise à mal des contre-pouvoirs. 4) Restriction des libertés des associations et les coupes de subventions, comme à Roubaix, pour le projet de rénovation d’un quartier de chômeurs: 55 % de la population. Dans cette ville de 55.000 habitants, le maire a été élu avec 5.000 voix! Il faut réfléchir au financement de la vie associative.

Pour Luc Carton, la démarche artistique dans l’espace public n’est plus une évidence. Celui de type impérial est aboli, comme l’est le marché sur la grand place de Bruxelles. On ne va pas s’en prendre au corps des citoyens. L’espace public est de plus en plus immatériel avec la privatisation. Il faut chercher la rue là où elle se niche dans l’enchevêtrement des territoires. Notre pluralité est intérieure. Comment faire société ? Par un travail de langage sans violence. La démocratie est précieuse. De 1789 à 1848, nous avons eu un Etat de droit. En 1945 est née la Sécurité Sociale. A la fin des années soixante, on s’est dit qu’il ne fallait pas perdre sa vie à la gagner. Il y a un conflit dans la domaine de la Culture et la question du pouvoir sur le travail est nulle. « Pour moi l’espace public est un espace de rencontres inattendues, un espace d’égales libertés, un espace de commune humanité. L’espace public est en grève. Il faut se préoccuper du sens du travail. En Belgique il y a un ersatz d’Etat. Comment faire place à la prise en compte du vivant sur le système espace/temps ? Le théâtre est un outil formidable.

Atelier 4 Judith Pavard : Enfants des cités, enfants de bidonvilles : l’art pour aller vers l’autre, avec la compagnie Koshka Luna

Elle évoque 400 familles dans les bidonvilles de Montreuil (Seine-Saint-Denis) où vivent soixante-seize ethnies, il y a des difficultés avec les non-francophones… Il y a 20.000 Roms en France. Judith Pavard travaille avec les associations de quartier et a suivi une centaine d’enfants pendant cinq ans, grâce à des micro- subventions.  Il y a des métiers interdits aux Roms dont les noms de familles sont souvent liés à une activité de dresseurs d’animaux, musiciens… Judith Pavard travaille sur la magie et a monté Carmen avec dix-sept enfants l’an dernier.

Atelier 1 : Prendre place : L’occupation des ronds points par les Gilets jaunes

Un bon endroit pour que les gens se parlent entre eux. L’assemblée des assemblées prépare les élections municipales. Plus besoin de hiérarchie, un intellectuel ne peut jamais savoir ce qui va arriver. Autrefois, on pensait séparément le social et le culturel. Mais maintenant, les populations en savent beaucoup plus. Le nouveau mode de développement a intégré le social, l’économique et le culturel dans un compromis démocratique libéral. Et il y a  tout un marché qui s’investit de responsabilités sociales et de plus en plus la représentation politique est considérée comme devant être culturelle.

Edith Rappoport
La dixième édition de l’Université buissonnière des Arts de la rue a eu lieu les 11 et 12 février à Maxéville (Meurthe-et-Moselle).
 


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