Contes et Légendes, une création théâtrale de Joël Pommerat

Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

Contes et Légendes, une création théâtrale de Joël Pommerat

L’auteur et metteur en scène s’est attaché, tout au long de son œuvre, à évoquer l’enfance. En montant des contes classiques qu’il revisite de façon subversive, comme Le petit Chaperon rouge, Pinocchio, Cendrillon. Ou en intégrant des enfants dans ses autres spectacles… Avec cette dernière création, il s’est intéressé à l’enfance comme période de construction de soi, dans une société futuriste où des robots humanoïdes seraient intégrés à notre quotidien.

L’identité artificielle, accompagnant l’acte invisible de «grandir», participerait alors de l’expérience inouïe d’une coprésence possible entre une humanité dite naturelle et une autre reconstruite, dite artificielle. Comment saisir à la fois, cette double identité? Ici, il privilégie de petits récits scintillants, éclairés par les lumières d’Eric Soyer qui a aussi créé la scénographie… Des fragments d’existence où enfants et parents croisent des robots humanoïdes qui sont comme un écho, une reproduction de l’humain, autorisant d’emblée toutes les métaphores et poétisations. Joël Pommerat pose ainsi la question du naturel et de l’artificiel mais aussi celles du théâtre, du réel et du fait de vivre. Et, entre ces questions, s’est aussi glissée celle du « genre » : les garçons ados sont ici joués par de jeunes actrices trentenaires d’environ 1,55 m qui donnent l’impression  que ces ados ont entre treize et quinze ans. Elles jouent avec humour et distance, déclinant les clichés obligés du genre masculin: arrogance et virilité que l’un d’eux prononce maladroitement mais de façon explicite : musculinité !

Une cour de récréation d’un collège, avec flots d’injures entre garçons et filles, insultes sexistes et machistes. Avec aussi une parole crue dont les images métaphoriques des parties, dites honteuses, se situent, comme bloquées, en dessous de la ceinture! L’inverse: des garçons jouant des filles était impensable car allant à l’encontre des valeurs reconnues et conventions.Le théâtre de Joël Pommerat est d’une sensibilité et d’une intelligence si rares quant à la réception des clichés sociologiques de notre monde, que le jeu des comédiennes, très maîtrisé, donne la victoire à l’artifice de la masculinité. La virilité n’étant qu’une construction d’attitudes et de codes gestuels qui se conjuguent d’instinct, quand on exprime des émotions reconfigurées… Dans un jeu de cache-cache entre soi et l’autre, entre vérité intime et représentation sociale.

L’être humain se présente alors comme une reconstruction proche du robot. Et les adultes ne sont pas oubliés, révélateurs des maux et contradictions subis par les jeunes. Le professeur de théâtre enseigne à ses élèves la confiance en soi, l’audace obligée pour s’imposer face à l’autre, le regarder droit dans les yeux pour exister et survivre. Et un père répète qu’il ne peut assurer les tâches pratiques, puisqu’il a une activité professionnelle très prenante. La mère, étant en ce cas, la seule garante du bon fonctionnement de la maison. Un spectacle admirable d’humanité effleurée puis touchée juste et astucieusement moquée, pour enfin révéler l’absurdité de visions obsolètes. Avec d’excellents interprètes: Prescillia Amany Kouamé, Jean-Edouard Bodziak, Elsa Bouchain, Léna Dia, Angélique Flaugère, Luce Grunstein, Lucie Guien, Marion Levesque, Angeline Pelandakis et Mélanie Prezelin, tous rigoureux et d’une belle présence.

 Véronique Hotte

Nanterre-Amandiers, Centre Dramatique National, 7 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de- Seine), jusqu’au 14 février. T. : 01 46 14 70 00.

Théâtre Olympia-Centre Dramatique National de Tours, du 3 au 7 mars. Théâtre de la Cité, Centre Dramatique National de Toulouse-Occitanie, du 13 au 20 mars. Espace Jean Legendre, Compiègne, les 26 et 27 mars.
Centre Dramatique National d’Orléans, les 2 et 3 avril. La Comédie-Scène Nationale de Clermont-Ferrand, du 8 au 10 avril. Le Phénix-Scène nationale de Valenciennes, les 28 et 29 avril.
L’Estive-Scène Nationale de Foix et de l’Ariège, les 5 et 6 mai. La Criée-Théâtre National de Marseille, du 13 au 17 mai. Scène Nationale de
Chateauvallon, du 27 au 29 mai.

MC2-Scène Nationale de Grenoble, du 9 au 13 juin.

 


Archive pour février, 2020

Vertiges, texte et mise en scène de Nasser Djemaï

Vertiges, texte et mise en scène de Nasser Djemaï

©jean louis Fernandez

©jean louis Fernandez

Une cuisine, parce que c’est le centre de la vie, le royaume de la mère qui n’en a pas d’autre. Moderne, simple, « comme tout le monde », le petit monde des cités où vivent les Algériens de France et leurs descendants. Pratique, commode et chez nous. La mère le sait, elle qui n’aime ni sortir ni parler vraiment le français de France, y restera et défendra son territoire.

Un fantôme, une sorte de djinn au féminin hante l’appartement : ce n’est rien, juste la voisine… Et comme elle est seule, on laisse la porte ouverte… Le fils aîné, bien intégré et qui a réussi, revient au nid familial mais désemparé à cause de son divorce, il essaie d’y remettre un ordre rationnel et s’emmêle dans le subtil réseau de communication non verbale, le désordre organique et les non dits qui y règnent. Il s’apercevra qu’il n’a pas vraiment compris sa propre vie et que c’est plus grave qu’il ne croit, plus complexe. S’intégrer, c’est parfois recouvrir d’une solide couche de béton, une histoire bien vivante mais qui finit par resurgir dans la douleur.
Le père, malade,  parmi les feuilles de sécurité sociale qui volent et les médicaments pris un peu au hasard, fera-t-il une fois de plus le voyage au pays ? Là où poussent, tant bien que mal, une maison que personne n’habitera (et qui fait quand même des envieux là-bas) et les arbres qu’il a plantés, un à un, à la naissance de chaque enfant…

Ici, Nasser Djemaï porte presque un regard de sociologue sur ces immigrés des première et deuxième générations, sur l’intégration de l’aîné, la situation précaire du cadet, un technicien diplômé mais sans emploi,  et de la fille, aide-soignante dans un E.P.H.A.D.  Un métier de service, indispensable et mal payé mais elle ne se plaint pas : c’est sa raison sociale, honorable et qui lui permet d’avoir son indépendance. Quant au père, il paye probablement de son cancer, les années d’exposition à l’amiante qui était à la pointe du progrès dans le bâtiment…

Mais l’auteur-metteur en scène nous fait voir plus loin, plus profond, sans résolution magique mais sans craindre l’apparition de l’irrationnel. Le décor de la cuisine se met à s’ouvrir, à basculer au rythme de la mer, cette frontière permanente et mouvante qui sépare du Pays. Le ciel y fait irruption et les nuages défilent. Et la famille, toujours en chamaillerie, se réunit autour d’un rituel à inventer. Car, décidément, on ne retourne pas au pays. Il a trop changé, les membres de la famille aussi et celle qui a pourtant le moins changé, la mère, ancre la famille de ce côté-ci de la Méditerranée.

Vertiges, comme les autres pièces de la trilogie (voir Le Théâtre du Blog) Héritiers  puis Invisibles, repris récemment à la MC93, est une pièce politique : Nasser Djemaï examine avec un regard profond et poétique ce que la société fait des êtres. Il n’oublie pas ce que ces êtres et leurs liens de famille ont quelque chose d’unique et d’irréductible. La pièce pourrait aussi porter le titre d’Héritiers ; dans les deux autres volets du triptyque, pour des raisons qui ne sont pas symétriques, la famille refuse l’héritage : la vieille demeure  française prend l’eau et la nouvelle maison algérienne ne sera jamais finie. Pas grave : la famille de Vertiges cherche à inventer de nouveaux rituels, à trouver sa place dans son histoire et une France qui devra bien se reconnaître un jour dans ses immigrés, partie intégrante de son identité.   

La pièce, créée à Grenoble en 2017, puis  jouée au Théâtre des Quartiers d’Ivry, a gagné en clarté et en force, avec toujours la même humanité. Lounès Tazaïrt (qui jouait aussi dans Invisibles) est ici le Père qui veut donner le change et qui fume en cachette et Fatima Aibout (la Mère) donnent beaucoup de charme à leur résistance au fils aîné “moderne “, lequel en perd la tête (excellent Zakariya Gouram). Issam Rachyq-Ahrad et Clémence Azincourt, les cadets, jouent franco leur situation et leur âge. Comme la voisine-fantôme (Martine Harmel), cela donne un vraie famille, pleine de  rivalités, compliquée mais solide et qu’on ne peut s’empêcher d’aimer.

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline, 19 rue Malte Brun, Paris (XIX ème), jusqu’au 8 février. T. :01 44 62 52 52.

Le 24 mars, Scène nationale d’Alençon (Orne).
Le 9 avril, L’Avant-Scène,  Cognac (Charente) ;  le 21 avril, Théâtre Jacques Cœur, Lattes (Hérault) et le 24 avril, Théâtre de la Maison du peuple, Millau (Aveyron)

Les pièces de Nasser Djemaï sont publiées aux éditions Actes Sud-Papiers.

Loin de Garbo, conte musical de Sigrid Baffert, composition de d’Alexis Ciesla, illustration de Natalie Portier

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Loin de Garbo, conte musical de Sigrid Baffert, composition d’Alexis Ciesla, illustration de Natalie Portier, mise en scène du collectif de l’autre Moitié

Ce spectacle est dédié à tous les exilés de l’Ouest, de l’Est, du Sud et du Nord, à nos aïeux de Pologne et Sicile venus à pied, en train ou en bateau pour reconstruire un possible. A Garbo, on fête en musique les noces de Darius et Greta : «Venez, venez, venez; en piste, rois ou nomades, chantez, dansez, chantez, dansez, chantez ! » Les tourtereaux qui n’ont pas grand chose, s’installent chez leur oncle Raskine. Il a un grand manteau qu’il porte hiver comme été:  une seconde peau pesant au moins un quintal, « un arbre généalogique qui remonte jusqu’au Jurassique ». Un matin, Greta sent une musique nouvelle: « Un fils, chante Darius, je vais avoir un fils! » « Ou une fille, « ajoute Greta. Et Milo verra le jour au milieu de la nuit…

Mais interdit de jouer avec dièses et bémols, interdit de jouer avec la main droite et avec son instrument complet, puis d’émettre le moindre son. Ils prennent alors leur courage à deux mains, leurs jambes à leur cou et leur fils sous le bras. Avec l’oncle Raskine, ils traversent l’unique pont de Garbo et marchent jusqu’à la mer, sans se retourner. Après une longue traversée, ils parviennent à une frontière où un officier exige qu’ils lui jouent «quelque chose d’unique, rien que pour moi ! ». Ils  arrivent à passer mais un  autre officier exige qu’ils laissent là leurs instruments. Ils acceptent et passent de longues nuits dehors, blottis sous un grand manteau, puis trouvent un appartement délabré. Ils travaillent dans une usine de petits pois. Après de longs mois, Milo rapporte un vieux piano déglingué qu’ils réparent et ils arrivent à acheter un saxophone. Oncle Raskine s’éteint. La famille survit en cousant des vêtements et en jouant de belles musiques.

Cette remarquable comédie musicale avec de belles projections d’images est interprétée par une troupe soudée et raconté par Jean-Pierre Daroussin… Un beau livre sur cette saga familiale cousue main a été publié par les éditions des Braques et il a remporté le prix de l’Académie Charles Cros.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 24 janvier, au Foyer Georges Brassens, Beaucourt (Territoire de Belfort).

Derniers Remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Guillaume Séverac-Schmitz

©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

Derniers Remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Guillaume Séverac-Schmitz

 Retour à la maison familiale: elle ne protège plus mais se fissure en minuscules et terribles guerres, séparations et malentendus entre les personnages à la recherche d’un passé irrattrapable : ces thèmes travaillent et obsèdent Jean-Luc Lagarce. J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne, Juste la fin du monde, Le Pays lointain c’est toujours l’histoire d’un homme qui revient au pays et qui n’arrive pas à dire la chose exacte pour laquelle il est venu. Ici, ils sont trois avec  leurs conjoints et la fille adolescente d’Hélène. De ces amis de longue date, deux ont refait leur vie, Paul et Hélène se sont séparés et remariés chacun de son côté. Et ce jour-là,  (les vingt-quatre heures de la tragédie classique), Paul et Hélène sont venus prendre les arrangements nécessaires pour vendre la maison, l’abri enchanté de leur jeunesse que Pierre habite encore, contre un loyer. Chacun affirme vouloir « régler les choses », « ne pas faire d’histoires ». Et c’est là que tout commence.

Guillaume Séverac- Schmitz,  son dramaturge Clément Camar-Mercier  et le collectif Eudaimonia ont travaillé le potentiel comique de l’écriture de l’auteur. Infini respect des mots, les siens et ceux de l’autre, souci scrupuleux de l’expression exacte produisent l’inverse de l’effet attendu : les précautions de langage se retournent et créent le soupçon : qu’y a-t-il sous ce mot de « taciturne » qu’Hélène assène à Pierre (qui vient du reste de parler d’abondance) ? Quel noir dessein, quelle perfidie, quel non-dit, tout simplement ? Les personnages pataugent, s’enfoncent, et partiront sans avoir rien réglé. Jean-Luc Lagarce sait comme nous, que le «une fois pour toutes» n’existe pas. Quant aux pièces rapportées, elles ironisent, en tout conscience ou involontairement, sur la situation et rétablissent un calme objectif.

 

Christophe Raynaud de Lage

Christophe Raynaud de Lage

Prenons donc la pièce comme une comédie. Ce qui fait rire? La situation paradoxale créée par ce souci d’un langage exact, mais surtout par l’inquiétude des personnages. Vendre la maison, ce serait effacer une fois pour tous les rêves de jeunesse. Ce serait simple, en effet. Mais ces rêves balayés s’obstinent là, comme un inconfort, un tourment interne. Et voilà un ressort comique puissant : l’effort humain, voué à l’échec, pour maîtriser son bonheur…Pour autant, Guillaume Séverac-Schmitz n s’est pas focalisé sur le rire et accorde autant d’attention  aux moments de respiration, d’ouverture, qu’aux tensions. Comme avec Richard II de Shakespeare et La Duchesse de Malfi de John Webster (voir Le Théâtre du Blog). Le metteur en scène revendique la théâtralité, ne l’efface pas au bénéfice de la fable, de l’émotion qu’elle doit provoquer ou d’une illusion de réalité. Les scènes se mettent en place dans un espace unique dont les délimitations changent avec la lumière, ce qui rythme le jeu et déplace notre regard: question de point de vue. ..Et dans cette théâtralité très dessinée, le metteur en scène laisse la place à des moments où les rapports entre les personnages ne sont pas résolus. Ce qui apporte une certaine gravité et nous ramène au propos de la pièce : non, on ne revient pas sur ses pas, on en fait d’autres, ailleurs. La nostalgie se défait d’elle-même et cela n’empêche pas de vivre. Quant à tourner la page ? Voilà un bon spectacle, ombres et lumières. Il n’épuise pas la pièce de Jean-Luc Lagarce, ce qui est plutôt bon signe et lui donne, sans forcer, une belle puissance comique. C’est appréciable.

 Christine Friedel

Le spectacle a été créé au Cratère, Scène Nationale d’Alès (Gard).

Le 25 février, Théâtre des Trois Ponts, Castelnaudary (Aude) ; les 27 et 28 février, Théâtre Le Sillon, Clermont-L’Hérault (Hérault). Le 10 mars, Scène Nationale du Grand Narbonne (Aude).  Du 22 au 24 avril, Théâtre Daniel Sorano, Toulouse (Haute-Garonne). Les 12 et 13 mai, Théâtre-Scène Nationale d’Angoulême (Charente).

La pièce et l’œuvre de Jean-Luc Lagarce sont publiées  aux éditions Les Solitaires Intempestifs.

Quatrième biennale d’art flamenco : Impulso par Rocio Molina et ses invités

©Simone Fratini

©Simone Fratini

 

Quatrième biennale d’art flamenco :

Impulso par Rocio Molina et ses invités

Cette danseuse surprenante a invité ses amis artistes à fêter le flamenco avec elle, chacun à sa manière. Une soirée de trois heures, unique et très libre mais un peu longue, où elle marie des styles différents avec la même folie partagée avec enthousiasme  par le public, dans un dispositif tri-frontal. Le performeur François Chaigneau arrive sur scène, travesti comme à son habitude, avec des chaussures à talons cachant des chaussons de danse. L’artiste aime monter dans les gradins et choisit cette fois, trois spectateurs  dont les musiques de leurs smartphones vont rythmer ses improvisations avec Rocio Molina. La talentueuse Rosalba Torres, ancienne élève de Philippe Decouflé, d’Anne Teresa de Keersmaeker et Alain Platel, entreprend un très beau duo avec l’enfant terrible du flamenco qui, survoltée, ne quittera presque jamais la scène.

Pour cette soirée, elle  s’est entourée de musiciens exceptionnels : deux guitaristes répondent au contrebassiste et au percussionniste. Et Bruno Galeone à l’accordéon, accompagne la chanteuse Maria Mazzotta, une autre invitée de la danseuse. Et il y a aussi le grand chanteur de flamenco  José Angel Carmona. Tous fonctionnent en parfaite harmonie avec Rocio Molina. Le spectacle s’inscrit dans la riche programmation de cette quatrième biennale d’art flamenco, organisée en collaboration avec celle de Séville. Une culture avec des styles différents mais toujours destinée au plus grand nombre, comme le souhaite Didier Deschamps, le directeur de Chaillot-Théâtre National de la danse…

Jean Couturier

Spectacle vu le 1 er février, à Chaillot-Théâtre national de la Danse, 1 place du Trocadéro,  Paris (XVI ème). T.  01 53 65 30 00. Le festival qui comprend sept pièces, continue jusqu’au 13 février.

 

 

Falaise mise en scène de Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, dramaturgie de Barbara Métais-Chastanier

 

Falaise mise en scène de Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, dramaturgie de Barbara Métais-Chastanier

 

© Francois Passerini

© Francois Passerini

Après Bestias et , la compagnie Baro d’evel, mêle danse, acrobatie et musique dans cette épopée vertigineuse où se rencontrent huit humains, un cheval et des pigeons, au pied de hautes et sombres murailles, truffées de failles, qui vont petit à petit se lézarder puis se fracturer. On embarque pour une heure quarante mouvementée.

Jouant comme d’habitude sur le noir et blanc, la compagnie fait  appel,  pour la première fois, au scénographe Luc Castells. « Il n’y a pas, précise Camille Decourtye, d’agrès autre qu’un décor à plusieurs étages,  et des accroches qui nous permettent d’évoluer. »

Une étrange tribu surgit : cinq circassiens (dont les metteurs en scène), deux danseurs et un acteur-performeur de danse urbaine… venus d’on ne sait où. Que font-il là et où vont-ils ? Les murs accouchent de corps ou les aspirent. Une mariée avec son bouquet apporte une touche de blanc parmi ces personnages de noir vêtus. L’humanité s’agite, des conflits divisent le groupe, des individus isolés tentent de rejoindre leurs semblables, un mariage s’esquisse mais le couple part en morceaux, comme les murs… Un cortège funèbre s’avance : c’est pour de rire…

Devant cet univers tragique, on pense à la réplique inaugurale de Fin de partie : « Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un et un jour, soudain, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas.» Et,  comme chez Samuel Beckett, il y a ici du clownesque et des saynètes comiques  viennent épicer la pièce.  « Je suis, pour ma part, dit Blaï Mateu Trias, fils de clown et catalan. Même si on s’attaque ici à des thèmes un peu dramatiques, pour autant l’absurde et l’humour sont toujours là. On travaille sur le clown et les animaux amènent à l’inattendu, à l’hésitation, au quiproquo, tout ce qui permet des bouleversements dans des scènes. »

 Au milieu de cette agitation permanente, des pigeons blancs traversent le plateau, volètent de ci de là. Et apportant la lumière dans cette noirceur, un cheval passe et repasse, ange immaculé dans ce monde qui tombe en ruine… Hommes et bêtes vont bientôt s’apprivoiser, les volatiles, symboles de paix, picoreront sur les épaules des artistes. Le cheval amical et facétieux fera quelques pas de danse avec Camille Decourtye. Venue d’un milieu équestre, cette voltigeuse choisit dès 2004, d’intégrer le cheval dans les projets de la compagnie, puis d’autres animaux : «On vit avec eux des moments incroyables, parce qu’on est tous dans le présent, eux, nous et les spectateurs. »

Dans ce spectacle dense et très écrit où l’acrobatie est chorégraphiée avec précision et où la musique éclate en fanfare, les animaux apportent un souffle de liberté et contribuent à créer de magnifiques  images.Dans quel monde sommes nous ? « plaçait un homme, une femme et un corbeau dans un espace neutre et blanc, dans du vide, dit Camille Decourtye. Mais dans Falaise, la société existe à travers les grands rituels de la vie : autour de la naissance, la mort, l’amour, le mariage, etc. et aussi la fêlure, l’effondrement… Comment dans cette cité en train de s’effondrer trouver la force de réinventer un futur ? »

Avec un vent d’optimisme, dans ce théâtre élégant, s’imbriquent travail du corps et de la voix, cirque, danse, transformation de l’espace et de la matière, spontanéité de l’animal… Pour trouver la pulsation qui relie les êtres vivants dans notre monde menacé. Un voyage sensoriel qu’il ne faut pas manquer.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 6 février, MC93 de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Les 10 et 11 mars, Espace Malraux, Scène Nationale de Chambéry (Savoie) ; les 17 et 18 mars, Bonlieu, Scène Nationale d’Annecy (Hatue-Savoie) ; d
u 23 au 30 avril, Théâtre de la Cité avec le Théâtre Garonne, Toulouse (Haute-Garonne.
Du 14 au 19 mai, Le Grand T, Nantes et du 27 au 29 mai, Théâtre de Lorient (Finistère).

Nijinski ou La dernière Danse du dieu bleu, d’après Les Cahiers de Nijinski,mise en scène de Flavia Lorenzi

Nijinski ou la dernière Danse du dieu bleu, d’après Les Cahiers de Nijinski, traduction de Christian Dumais-Lvowski, mise en scène de Flavia Lorenzi

nijinskiLe 5 décembre 1913, l’immense danseur écrit à Gabriel Astruc qui, en 1909, avait mis en place la première saison des Ballets Russes au Théâtre du Châtelet:  «Prière de communiquer aux journaux que je ne travaillerai plus avec Diaghilev.»  Première fracture dans la carrière de cet artiste exceptionnel. Et, en 1919, survient une deuxième fracture : à Saint-Moritz,  il déclare devant un public surpris et effrayé: «Je vais vous montrer comment, nous, les artistes, vivons, aimons, souffrons, comment nous créons nos œuvres.» Le soir-même, Vaslav Nijinski commence ses Cahiers, un journal intime bouleversant qu’il écrit en trois mois. Quelques semaines plus tard, il est interné dans une clinique psychiatrique en Suisse.

Ses écrits révèlent alors aux psychiatres, puis au grand public, son supposé désordre schizophrénique. Plusieurs scientifiques ont analysé le cas de Vaslav Nijinski dont le parcours de vie présentait déjà un décalage par rapport à la normalité. Ces Cahiers serviront de modèle pour la description de la schizophrénie par le psychiatre Alfred Adler qui en préfacera la première édition (1936). Une pathologie décrite en 1911, par le psychiatre suisse Eugène Bleuler : folie réelle ou induite par les traitements de l’époque? Un bon sujet de thèse…   Le danseur  a subi deux cent-vingt quatre injections d’insuline équivalant à des électrochocs  de façon à le placer dans un coma hypoglycémique !

Nijinski ou La dernière Danse du dieu bleu est une adaptation des Cahiers dans une nouvelle traduction*. Flavia Lorenzi et son acteur Arman Saribekyan nous présentent le parcours exceptionnel d’un artiste hors normes et parfois visionnaire : «On m’a dit que j’étais fou, je croyais que j’étais vivant.» Devant un simple rideau de fond,  le comédien du Théâtre du Soleil incarne parfaitement les mots et les maux du danseur, avec, pour seuls accessoires, une chaise et une petite table de maquillage. Accompagné par des extraits de musiques d’Igor Stravinsky et de Frédéric Chopin, il nous emporte  en  une heure et sans caricature, dans la vie de Vaslav Nijinski.

Le public découvre ses relations : conflictuelles avec son amant et mentor Serge de Diaghilev, et ambiguës avec sa femme, Romola qui a récupéré ses textes après son internement. Par ailleurs, il avait un lien avec Dieu qu’il considérait comme son égal et il signera ses Cahiers : «Dieu et Nijinski, Saint-Moritz-Dorf, le 27 février 1919.» Et il parle aussi de son art : «J’ai montré en dansant, trop de nervosité. Mais c’est exprès, le public me comprend mieux quand je lui apparais vibrant. La placidité chez un artiste est loin d’avoir son agrément.» Il évoque enfin sa sensibilité : «Il arrive à des charretiers de fouetter leur bête à mort.»  «Le cheval tomba et moi, tout bouleversé, me retins de sangloter tout haut. Je m’apitoyais donc en silence.» Nous sortons de ce spectacle, touchés par cette existence dépeinte à cœur ouvert. Un beau travail théâtral…

Jean Couturier

Jusqu’au 9 février, Théâtre du Soleil, Cartoucherie, route du Champ de Manœuvre,  Vincennes (Val-de-Marne). Métro : Château de Vincennes + courte navette gratuite. T. : 01 43 74 24 08.

Les Cahiers de Nijinski, traduction de Christian Dumais-Lvowski, sont parus en 2.000 chez Actes-Sud.

 

 

La Vallée de l’étrange, scénario de Thomas Melle, conception et mise en scène de Stefan Kaegi et Thomas Melle

La Vallée de l’étrange, scénario de Thomas Melle, conception et mise en scène de Stefan Kaegi et Thomas Melle

© Gabriela Neeb

© Gabriela Neeb

Le collectif suisse Rimini Protokoll, fondé vers 1990 par Helgard Haug, Stefan Kaegi et Daniel Wetzel, nous réserve toujours d’étonnantes surprises. Comme ce solo d’une heure… Une expérience déroutante où il donne corps et voix à un robot, un sosie anima-tronique de l’écrivain Thomas Melle. Stefan Kaegi signe seul la mise en scène mais s’en tient à la ligne artistique du collectif : confronter réel et fiction. Et on ne sait pas où débute le théâtre et où s’achève la réalité comme avec Nachlass (2017) ou, au dernier festival d’Avignon, avec Granma. Les Trombones de La Havane (voir  Le Théâtre du Blog).

«Je suis, dit Stefan Kaegi, de plus en plus troublé par les humanoïdes et je voulais en mettre un sur le plateau.» Ici, il travaille pour la première fois avec un romancier et un concepteur de robots. Assis dans un fauteuil, Thomas Melle donne une conférence sur l’instabilité à partir de la biographie de l’Anglais Alan Turing, père de l’intelligence artificielle (1912-1954). Ce génie mathématique décrypta les codes de l’Enigma, une machine électromécanique portable servant au chiffrement et au déchiffrement de l’information, surtout utilisée par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale. Quelques années plus tard,  il inventa les premiers ordinateurs mais eut une fin tragique: condamné en 1952 pour homosexualité à une castration chimique, il s’empoisonna avec une pomme traitée au cyanure (voir La Machine de Turing dans Le Théâtre du Blog).

L’écrivain s’inspire aussi de son livre Le Monde dans le dos où il relate la vie d’un homme souffrant de bipolarité. Et il a construit un humanoïde à sa ressemblance, qui apparaît en public à sa place. Ce robot nous parle, manipule un ordinateur, un vidéo-projecteur et les éclairages du plateau. Nous avons beau être avertis:  quand nous voyons des électrodes plantés derrière son crâne, entendons une voix enregistrée pas toujours synchrone avec les lèvres de cette créature, regardons sur un écran, la fabrication de ses mains et  de son crâne en latex, et les circuits électroniques qui le composent, y croyons-nous ? Ne s’agirait-il pas d’un artifice de théâtre ?

Le roboticien japonais Masahiro Mori appelle «vallée de l’étrange», notre inquiétude face à un robot trop parfait : plus il paraît humain, plus ses imperfections apparaissent monstrueuses.Et c’est le cas ici. Nous sommes troublés par cet être trop familier : malgré son faciès et son corps figés, la ressemblance avec la réalité nous trouble. Tout au long du spectacle, le doute et le malaise subsisteront : s’agit-il d’un comédien jouant Thomas Melle grimé en cyborg, ou d’un cyborg singeant l’écrivain qui lui prête sa voix? La réponse vient à la fin, quand, invités sur scène, nous pouvons observer de près les circuits électroniques et  autres électrodes servant à piloter l’humanoïde, désormais immobile et silencieux…

Du bel ouvrage qui nous fait méditer sur l’intelligence artificielle, alors qu’on utilise de plus en plus des robots pour remplacer les hommes : machines parlantes faisant office de caissières, humanoïdes domestiques fréquents au Japon qui, en guise d’assistants de vie,  tiennent compagnie aux vieillards ou servent même de partenaires sexuels. «Le sujet de cette conférence, ce n’est pas moi, c’est vous», avait prévenu le cyborg-acteur. Ici on perçoit la complexité de notre réalité sous toutes ses facettes, pour mieux la questionner: Finalement, qu’est-ce qui fait de nous, des êtres humains ?

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 1er février, au Centre Culturel Suisse, 32-38 rue des Francs-Bourgeois, Paris (III ème). T. : 01 42 71 44 50.
Du 5 au 8 février, Théâtre Paris-Villette (Paris XIX ème) et du 12 au 27 février,  Scène Nationale Les Deux Scènes, Besançon (Doubs).
Les 6 et 7 mars,  Theaterfestival deutscher Sprache, Arche Theater, Prague (République Tchèque) et les 20 et 21 mars, NTGent, Théâtre national de Gand (Belgique).

hélas de Nicole Genovese, mise en scène de Claude Vanessa

hélas de Nicole Genovese, mise en scène de Claude Vanessa

 

© Charlotte Favre

© Charlotte Favre

Rituel : un dîner en famille. Tous les soirs,  même bonne humeur obligatoire,  mêmes mini-querelles et mêmes phrases automatiques : «Cela fait du bien une bonne douche !», « J’ai pris les assiettes dans le lave-vaisselle» et mêmes demandes sans réponse : «Et pour ma tenue de patinage artistique ? » Le Père, la Mère, le Fils, la Fille : l’archétype de la famille, avec une pièce rapportée: l’Oncle, chômeur et peintre. Et un personnage secondaire très important : la télévision, avec Des Chiffres et des lettres  (quel suspense !) et plus Belle la Vie…

Le spectateur malin, aidé par la malice de l’autrice, comprend vite que des grains de sable vont faire grincer la cérémonie, par définition: répétitive. En une douzaine de séquences identiques (au bout d’un moment, on cesse de compter) mais avec des variantes. Chaque membre de la famille commence à perdre les pédales et cherche à les retrouver, en s’accrochant désespérément à la norme. Et dire que le repas à la française a été classé au patrimoine immatériel de l’humanité ! Arrivent heureusement des éléments perturbateurs : le fameux Oncle chômeur qui va couvrir les murs, de ses peintures (qu’on pourrait qualifier de sommaires, en pensant à la guitare sommaire de Boby Lapointe) et une adjointe à la Culture vitaminée qui nous donne la clé de ce qui se passe…

Il s’agit d’un PROJET, sociologique et culturel. Se méfier de l’adjectif « culturel » qui englobe toutes sortes de pratiques vaines, terriblement formalisées et dévoratrices de subventions. Un robuste morceau de bravoure : les dix minutes de remerciements de la dite adjointe aux institutions diverses, acronymes et aux titres désespérants de vide et de prétention qui rebondissent chaque fois qu’on pense qu’elle en a  fini:  » sans oublier l’association X. et son président Z. » Du Valère  Novarina en plus satirique…

L’intrusion de l’Adjointe, en usurpatrice du rôle de la mère, dégénère en une scène très violente, côté Grand Guignol et  Boris Vian, revendiqués l’un et l’autre par l’auteur. Le tout donne un spectacle le plus souvent drôle, bien joué dans le style : mécanique humaine, avec une énergie et une discipline jamais prises en défaut, à travers les répétitions et variations. Il relève plus d’un art bricolé et brutal, que de l’art « brut » et s’appuie à la fois sur des analyses subtiles et sur  la naïveté supposée du metteur en scène. Une poésie revendiquée finit par se glisser dans les fissures du « normal » et le spectacle s’achève par un pieux rangement de tous les objets qui ont été, à un moment on un autre, les armes de cette guerre froide (ou brûlante) en famille.

Un beau retour, donc, au théâtre « de l’absurde », bienvenu en ces temps angoissés. Le spectacle, défoulatoire, ne propose aucune issue. A nous de la trouver dans la performance finale. Mais il nous donne l’occasion de rire, en toute innocence, des claques qui ne se perdent pas et des coups qui, parfois, se mettent à pleuvoir.

Christine Friedel

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ de Manœuvre, Vincennes, (Val-de-Marne). Métro : Château de Vincennes+ courte navette gratuite, jusqu’au 9 février. T. : 01 43 28 36 36.

Galilée, texte et mise en scène de Lazare Herson-Macarel

Galilée Cie jeunesse aimable ©Maxence&Jonas 07

Galilée, texte et mise en scène de Lazare Herson-Macarel

 Ce jeune metteur en scène avait monté avec succès Cyrano de Bergerac d’après Edmond Rostand  (voir Le Théâtre du Blog). On retrouve la même sensibilité et la même intelligence dans cette réécriture de La Vie de Galilée de Bertolt Brecht. «On ne peut écrire, dit-il, un “Galilée“ sans avoir à l’esprit les trois versions que Brecht en a donné entre 1926 et 1952. J’ai tenté de relever ce pari en essayant de rester fidèle à l’esprit de son auteur : sa joie, sa légèreté, son esprit dialectique et son idéal d’éducation populaire. »

 Lazare Herson-Macarel s’empare de la structure narrative du dramaturge allemand, mais y insuffle sa propre interprétation d’un débat qui court tout au long de la pièce : le combat entre  ancien ordre et nouveau, entre oppression du pouvoir et liberté. Combat que, dans sa naïveté don quichottienne, le héros ne sait pas qu’il est perdu d’avance. « Nous sommes les Vénitiens de 1610, dit  le metteur en scène.   « Nous ne sommes pas au centre du monde!, criait Galilée au XVIIème siècle ». « Nous ne sommes pas immortels!» crient les scientifiques d’aujourd’hui. »

 La compagnie de la Jeunesse aimable s’inscrit en faux contre le pessimisme de Bertolt Brecht  qui projetait sur Galilée sa propre situation face au nazisme et elle fait du théâtre une joyeuse tribune, en faveur du triomphe de la vérité contre l’obscurantisme et d’une révolution où ceux d’en bas tiendront aussi, un jour, le haut du pavé. «Il y a trois grandes révolutions dans l’histoire de la pensée occidentale : Galilée, Darwin et moi », écrivait Sigmund Freud, oubliant peut-être Karl Marx…

 Autour d’un plateau circulaire, sur des châssis mobiles s’inscrivent, à la craie, lieux , dates, schémas et formules mathématiques.  La scénographie conçue par Margaux Nessi, laisse apparaître et disparaître les comédiens : elle figure un monde en mouvement, contraire à la vision d’Aristote plaçant la Terre au centre de l’univers… Une thèse de l’Église catholique romaine que Galileo Galilei va pourfendre avec ses découvertes astronomiques  dans Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, considéré comme un livre parmi les plus importants de l’histoire de la Science.

Galilée Cie jeunesse aimable ©Maxence&Jonas 50 - copie La pièce raconte d’abord la résistance du savant et de son entourage, quand en 1616, on lui interdit de poursuivre ses recherches. Elle dit sa foi en la science, en l’espoir de progrès et de confort social qu’elle devrait apporter. La publication de son livre en 1632 entraînera son procès l’année suivante et  le savant est condamné l’année suivante à une résidence surveillée jusqu’à sa mort dix ans plus tard. On voit le vieux Galilée, aveugle et couvert de cette craie qui fut son arme et avec laquelle, malgré l’opprobre, il trouva encore la force d’écrire ses Discorsi e Dimonstrazioni matematiche intorno a due scienze attenanti alla mecanica ed i movimenti locali (1638) qu’il put remettre à son disciple.

 Et malgré cette image finale, le spectacle reste un hymne au progrès et aux idées nouvelles. Une belle humeur anime le plateau, avec des intermèdes musicaux ponctuant les épisodes de cette vie de Galilée, et des chansons accompagnées au piano, dans l’esprit des songs brechtiens. A mi-parcours, le théâtre devient une scène de carnaval.  Malgré quelques séquences inutiles ralentissant le rythme et quelques faiblesses dans la direction d’acteurs, ce spectacle relève élégamment, en deux heures, le défi que s’est fixé Lazare Herson-Macarel. Un artiste à suivre.

Mireille Davidovici

Spectacle vu le 31 janvier au Théâtre Jean Arp (saison hors-les-murs sous chapiteau) stade Hunebelle,  Clamart, (Hauts-de-Seine).  T. : 01 71 10 74 31.

Le 11 février, Scènes du Golfe,Vannes (Morbihan).

 

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