Je ne vous aime pas de Pierre Notte, mise en scène de Marianne Wolfsohn

FRA - THEATRE - JE NE VOUS AIME PAS

©Pascal Gely

Je ne vous aime pas de Pierre Notte (avec la complicité de Marianne Wolfsohn), mise en scène de Marianne Wolfsohn

 

L’une est parisienne et comédienne professionnelle, l’autre a joué dans une troupe d’amateurs. L’une est en tournée, l’autre, une “programmatrice“, la reçoit. Ont-elle vraiment le théâtre en commun ? En tout cas, sûrement le désir. Mais les abîmes sociaux et culturels qui les séparent, rendent impossible toute solidarité. (La pièce marcherait encore mieux s’il n’y  avait pas cette histoire de vengeance enfantine quand elles fréquentaient le même atelier d’art dramatique pour adolescents… Grosses ficelles! Mais le meilleur n’est pas là.

Pierre Notte connaît bien le théâtre et à tous les étages, du haut en bas de la pyramide (car pyramide il y a), de la Comédie Française, aux ateliers pour amateurs  ici présents avec ces belles « paroles données » par les habitantes de la Communauté de communes en Picardie Verte  et dites ici par Silvie Laguna. L’auteur a vécu une arrivée dans une salle polyvalente : de celles qui, pouvant servir à tout, ne sont bonnes à rien ! Il a dû aussi affronter les difficultés techniques et l’incompréhension des agents municipaux devant un « plan de feux », (implantation des projecteurs). Mais aussi gérer le malentendu définitif entre le « ça ira »  signifiant en fait : ça n’ira pas du tout et que l’art est perdu en route, et un sincère : « on a fait pour le mieux ».

Choc des cultures : snobisme devenu seconde peau  et dignité offensée d’une France périphérique qui se sait larguée : par le gros bout de la lorgnette (celui qui permet de voir les petites choses…). Dans cette marge que représente la vie culturelle, et en particulier le théâtre, l’auteur jette un regard juste, à peine caustique, sur l’état de notre société. Le spectacle est annoncé comme fait pour être joué partout et c’est même son  thème propre.

Mais dommage ! La metteuse en scène ne relève pas le défi et il aurait fallu plus d’audace. A l’écoute, la pièce est plus fragmentée et on regrette que les différents moments de découverte d’une femme par l’autre, et ceux des lieux par la nouvelle arrivante- soient lissés. Le  plateau des Déchargeurs même étroit  (on l’a vu quand même souvent  très bien habité !) déborde heureusement grâce aux couloirs et coulisses. Mais c’est une façon de ne pas prendre la scène à bras le corps, ni l’espace partagé avec le public. Et la guerre entre deux régions, deux situations sociales, deux femmes éclate trop fort et trop vite. On aurait aimé qu’elles (Marianne Wolfsohn et Nathalie Bécue) se flairent un peu plus, se mesurent avant de s’attaquer, même si l’auteur les a jetées d’emblée dans le malentendu et l’hostilité.

Bref, ce n’est sans doute pas la meilleure œuvre de Pierre Notte dont on a vu récemment  L’Effort d’être spectateur, sorte de conférence qu’il jouait lui-même (voir Le Théâtre du blog). Et, sur un thème proche, ce texte n’a pas  l’ampleur des Prétendants de Jean-Luc Lagarce… Mais, truffée de petits faits vrais et détails, elle en dit long sur les incompréhensions et les divisions de la France actuelle. Et les actrices, même si elles commencent donc trop fort, « assurent» vraiment et sans chercher à tout résoudre. Ces « paroles données » ne sont pas là seulement à titre documentaire mais offrent une dimension politique à cette comédie vite façonnée (on vous laisse découvrir la péripétie finale…). Eh! Oui, le théâtre sert à quelque chose : il permet à ceux qui n’ont pas la parole de la prendre quand même et de la donner riche et libre. Sans oublier qu’il est là justement pour faire plaisir ; et ça marche.

 

Christine Friedel

Théâtre des Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris (Ier) T. :01 42 36 00 50

du 3 mars au 28 mars

 

 


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