Le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas, mise en scène de Louise Vignaud

 Le  Quai de Ouistreham de Florence Aubenas, mise en scène de Louise Vignaud

oustreham

© Rémy Blasquez

Après une immersion de six mois dans le monde du travail précaire à Caen, la journaliste nous relate son expérience. Dans une langue simple et directe dont s’empare Magali Bonat. Nous la suivons pendant une heure quinze à la recherche d’un emploi, puis s’échinant à nettoyer bureaux, locaux commerciaux et surtout les ferries venus d’Angleterre et amarrés au port de Ouistreham près de Caen. 

Qu’ils relatent une guerre ou le quotidien en France et en Europe, avec ses reportages Florence Aubenas nous emmène auprès des gens, comme ses chroniques sur les Gilets jaunes dans Le Monde. Ce texte ne fait pas exception et avec une grande humanité, elle nous plonge dans l’univers des femmes de ménage. Sous-prolétariat invisible, elles  travaillent au point du jour ou à la nuit tombée et, payées à la tâche, doivent cumuler les heures aux quatre coins de la ville. Corvéables à merci et sans garantie d’emploi!

Le spectacle commence dans le noir et une voix enregistrée nous raconte les prémices de ce livre publié en 2010 : « La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu’en dire, ni comment en prendre la mesure. (…) «Je suis journaliste: j’ai eu l’impression de me retrouver face à une réalité que je n’arrivais plus à saisir. J’ai décidé de partir pour chercher anonymement du travail. » (…) «Je me suis inscrite au chômage, avec un baccalauréat pour seul bagage.»

Magali Bonat, dirigée avec sobriété par Louise Vignaud, se glisse dans la peau de la journaliste. Seuls accessoires, un tableau en papier et une chaise. Mots bruts, formules marquantes, humour : ses seules armes pour nous guider depuis les bureaux de Pôle-Emploi, aux entretiens d’embauche bidons puis, quand elle est au volant de sa petite Fiat verte, surnommée « le tracteur », vers les quais de Ouistreham.

Une vie d’errance et de dur labeur qu’elle partage avec ces travailleuses de l’ombre, unies par une belle solidarité. Marie-Lou, Madeleine, Denise… Elles ont chacune une histoire lourde que l’actrice évoque avec des petits gestes et sensibilité mais sans pathos. Et elle dessine aussi en filigrane, avec justesse, le portrait d’une journaliste assez courageuse pour aller s’infliger une telle vie, loin de son confort parisien. Créé il y a deux ans au Théâtre des Clochards célestes à Lyon que dirige Louise Vignaud, ce spectacle nous incite à relire ce Quai de Ouistreham plusieurs fois primé et les chroniques de Florence Aubenas.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 15 mars, Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier, Paris (XIV ème) T. : 01 45 45 49 77.

Du 31 mars au 4 avril, Scène nationale de Sète (Hérault) ; du 19 au 28 mars, Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon (IVème).
Le 8 avril, Le Pied aux planches, Largentière (Ardèche).  

 Le Quai de Ouistreham est publié aux éditions de l’Olivier et chez Points-Poche.

 

 

 

 

 


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