Le Pate(r), ou Comment faire vent de la mort entière, texte et mise en scène de Flore Lefèbvre des Noëttes

Le Pate(r), ou Comment faire vent de la mort entière, texte et mise en scène de Flore Lefèbvre des Noëttes

 

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© DR

 

«La guerre fait cercle autour de nos vies, traçant des périmètres plus ou moins larges, d’intensité variable, constitués d’incendies et de gravats, dit Jean-Yves Jouannais dans MOAB, épopée en vingt-deux chants. Même dans les moments de grande naïveté où nous pensons graviter à l’extérieur de ceux-ci, c’est en leur cœur que nous nous tenons.»

Quand l’enfance vous saute à la figure…  À la mort de sa mère, Flore Lefèbvre des Noëttes est rattrapée par les souvenirs : repas en famille nombreuse et fauchée, école, vacances à Saint-Michel-Chef-Chef et surtout ces êtres puissants et mystérieux que sont les parents. Les siens : une «mère courage» de treize enfants, prête à tout pour faire marcher sa tribu et simplement la faire vivre, tiraillée entre tradition aristocratique et gêne perpétuelle, associée aux nombreux séjours du père  en hôpital psychiatrique…

Le premier volet de la trilogie, La Mate, c’était cela : une mère “durrre“ pour ses enfants, mais tenace, pugnace, imaginative (il faut bien !) et au fond, admirée. La vraie vie ? Les vacances, décidément, avec du sable dans le maillot, débaroulant les dunes… Pas d’argent mais beaucoup de liberté, malgré les consignes. Bref, la vitalité et les joies plus ou moins féroces de l‘enfance dans cette famille où tout est extrême.

Suivit Juliette et les années 70: le collège puis le lycée, avec toujours un haut degré de révolte et d’humour : les blouses démocratiques et démoralisantes qu’il fallait porter avec nom et classe brodés par ses soins, la cruauté des profs et la non moins grande vacherie de leur caricature en retour… Et toujours les boutiques d’été de la Mate : Comptoir de l’Orient, Hibiscus où elle faisait turbiner ses filles : il fallait bien trouver de l’argent! Les premières amours, les chansons sur disques 45 tours, l’ivresse de l’autonomie et l’apprentissage du théâtre. «À l’ancienne», entre autres avec Pierre Debauche qui faisait apprendre les alexandrins  «à la voyelle» -essayez à cette aune, les plus beaux vers de Racine : « an o i en é e e e in on en ui »- Bravo à ceux qui auront reconnu le fameux : «Dans l’Orient désert, quel devint mon ennui » le célèbre vers de Bérénice. Il enseignait aussi bien d’autres choses et nombre d’acteurs à la forte personnalité sortis de ses mains, peuvent en témoigner. On salue sa mémoire…

Et puis il fallut bien oser parler du Pater familias, dit le Pate(r), au nom emblématique : Fervant de la Morantière. Pour ce troisième volet, la comédienne et autrice a quitté le  monologue et s’est entourée de Mireille Herbstmeyer et Agathe Lhuillier. On découvre ainsi les trois sœurs dans leur ouvroir, à ravauder des costumes militaires, en explorant chacune ce qu’on appelle ses petites misères: dépression, intestins en bataille…

Seulement, on s’aperçoit au fil du récit et des scènes entre elles, que ces petites misères cachent de grands non-dits. La folie du Pater ne fait plus rire. Les secrets, levés un à un, mènent à une évidence navrante : au fil des générations, la guerre rend fou. Un médecin militaire en guerre coloniale est tout, sauf un planqué et il est confronté au pire de ce que des hommes peuvent faire subir à d’autres hommes. Un officier écrit à sa jeune femme les flammes de son amour dans l’horreur des tranchées de la Grande Guerre, et l’ancêtre, héros anonyme et flamboyant des guerres napoléoniennes : « Eh ! Oui, les filles, vous êtes nées de cela, ce sont vos guerres, intestines. Et bizarrement, vous allez beaucoup mieux au bout de votre enquête.  Et vous trouvez ça drôle ? « Oui, dans ce troisième volet : celui de la maturité, le langage commun des trois sœurs, à commencer par leurs disputes et querelles, est encore et toujours l’humour, chacune avec sa (forte) personnalité. Enquête faite, elles n’ont pas changé, elles vont juste un peu mieux. Elles ont gardé toute leur vitalité qui se chante aussi en récitatifs et en songs brechtiens et fait vibrer le spectacle.

Christine Friedel

Le Colombier, Bagnolet (Seine-Saint-Denis). T. : 01 43 60 72 81, du 10 au 15 mars.

La pièce est publiée aux Solitaires Intempestifs.

 

 


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