SPRING, festival des nouvelles formes de cirque en Normandie

SPRING, festival des nouvelles formes de cirque en Normandie

Un événement annuel très suivi et populaire, coordonné par la Plateforme 2 Pôles Cirque en Normandie/La Brèche à Cherbourg et le Cirque-Théâtre d’Elbeuf avec soixante partenaires sur tout le territoire normand. Coréalisé par la Métropole Rouen-Normandie, c’est le premier festival international de cirque contemporain à l’échelle d’une région et sur cinq semaines. « Cette année, le cirque contemporain outrepasse désormais le cadre européen, voire strictement français, dit Yveline Rapeau, la directrice de la Plateforme 2 Pôles Cirque en Normandie. Il a longtemps été son creuset. » (…) On commence cette première escale par l’Australie, un pays-continent avec Gravity and others Myths ou Casus Circus. »

Les spectacles de cirque vont ici à la rencontre d’autres disciplines : danse, théâtre, musique, arts plastiques… Avec cette année, entre autres, douze  créations de jeunes talents mais aussi d’artistes confirmés : le Cirque Plume, Stéphane Ricordel, Mathurin Bolze, Rachid Ouramdane, le Groupe acrobatique de Tanger… Chaque édition est aussi l’occasion de mettre en lumière des parcours artistiques, avec plusieurs spectacles d’un  artiste ou d’une compagnie et de mettre l’accent sur une tendance, un courant ou une thématique.

 La Fabrication, une proposition de Jean-Baptiste André et Anne Quentin

 Cela se passe à Cherbourg même, dans l’ancien et immense hôpital des armées René Le Bas au très beau parc.  Dans un studio de l’ex-Institut des métiers du cinéma de Normandie parrainée par le réalisateur Jean-Pierre Jeunet, un institut disparu en 2010 après quelques années pour des raisons financières… En 2008, le Campus des métiers de la culture et multimédias s’est installé dans cet ancien hôpital et, sur ce même site, se trouve aussi maintenant l’Ecole des arts et médias.

Présentations : Jean-Baptiste André, ancien élève au Centre National des Arts du Cirque de Châlon-en-Champagne a, comme spécialité, les équilibres sur les mains et le travail du clown. Mais il  a souvent collaboré avec des auteurs comme Fabrice Melquiot ou des chorégraphes ou metteurs en scène: Philippe Découflé, Rachid Ouramdane, Arnaud Meunier… Il y a trois ans, il a mis en place, avec la complicité d’Anne Quentin, critique de spectacles et particulièrement de cirque, une soirée-table ronde où chaque saison, est abordée, de façon à la fois théorique et pratique, une thématique circassienne.

839A12800Avec un, ou une invitée. En 2017 Julia Christ, philosophe et spécialiste de la théorie critique sur le thème de l’équilibre, trait d’union entre le cirque et la danse. L’an passé, c’était le tour du  circassien Mathurin Bolze sur le thème du collectif et de la communauté. Il avait mis en scène de façon remarquable le travail de fin de promotion en 2017 au Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne (voir Le Théâtre du Blog). Et en 2019, Jean-Baptiste André reçut Dimitri Jourde, auteur et interprète. Et cette année, Jani Nuutinen, artiste de cirque finlandais qui vit et travaille depuis longtemps en France, notamment avec Intumus Stimulus, un solo de mentalisme sous chapiteau.

 «L’enjeu est d’imaginer avec cette invité (e) une mise en pratique de l’exercice dit Jean-Baptiste André.  Chaque table ronde prend ainsi une tournure différente, dans une démarche  résolument artisanale et récréative. » Et cela doit se passer une heure chrono. Jean-Baptiste André et Anne Quentin parlent du minimalisme au
Eternels idiots

cirque. C’est intéressant, parfois un peu bavard et Jani Nuutinen évoque son expérience circassienne et se livre à un remarquable solo de jonglerie avec une fourche au long manche. Au bout de laquelle il fait longuement tourner un cercle de métal qu’il fera ensuite tomber. Jani Nuutinen restant au milieu  de ce cercle qui continuera de tourner avec bruit, jusqu’au silence total. Minimaliste et d’une rare beauté. Puis, il nous fera écouter une chanson de Ghosteenn, du dix-septième album du groupe australien Nick Cave and the Bad Seeds,  sorti  l’an  passé. Une belle chanson,  dit-il qui l’a bouleversé.
Puis Jean-Baptiste André demandera aux quelque trente spectateurs de le rejoindre sur le plateau pour une séance de relaxation avec étirements… Une conférence-performance très inégale, une longuette mais sympathique…

 
Temps Instables, installation vidéo de Fred Leterrier

Au Point du jour, Centre d’art et éditeur, deux installations vidéo. La première dans une grande salle, des canapés fatigués en cuir vert foncé ou en tissu imprimé, des tables basses sans doute achetés chez Emmaüs où sont placés d’anciens postes de télévision ventrus, ou plus petits et cubiques des années  soixante-dix.Lesquels offrent des images pas très nettes où un cow boy ou plutôt une parodie de cow-boy (Grégory Guilbert) essaye de s’emparer du câble où évolue une belle funambule (Océane Pelpel).

Puis, dans une seconde grande salle vierge de tout meuble, nous retrouvons la funambule dont on voit sur de grands écrans, des détails  comme ses pieds sur le fil quand elle avance. De belles images -obscènes au sens étymologique du terme- et qui contrastent avec celles de la première salle, sans doute volontairement un peu fatiguées comme les meubles. “Le spectateur, dit Fred Leterrrier, perd ses repères, passe du sourire à la crainte, s’attache à ces corps qui refusent d’avancer, au risque de tomber.”

Nous n’avons rien ressenti de tout cela ni bien compris le propos exact de cette exposition en deux volets mais restent les très belles images de la seconde salle, tout à fait en accord avec le thème cette année du festival Spring…

Eternels Idiots par la compagnie El Nucleo, mis en scène d’Edward Aleman et Sophie Colleu

839A0826 La suite et fin de cette journée à l’Espace culturel de La Hague, une belle salle avec un vaste plateau où sont installés quelques cloisons en grillage avec des costumes. Et une grande marelle en forme de marelle qui servira de terrain de jeu pour cinq acrobates exceptionnels: Edward Aleman, Alexandre Bellando, Célia Casagrande, Cristian Forero, Fanny Hugo, Jimmy Lozano

 “La tension qu’elle porte en elle, entre l’innocence de l’enfance et la lourdeur de la matière qui la constitue, incarne les contradictions que traversent les adolescents et devient ainsi le fil rouge du spectacle. » (…) A l’origine de ce projet, disent les metteurs en scène, il y a l’envie de parler de l’adolescence d’aujourd’hui. Initié en immersion dans des collèges, le processus de création d’Eternels Idiots a été conçu au contact direct des adolescents, de leurs cultures, de leurs peurs et de leurs quotidiens. Et puis, parce que chacun ne se voit vieillir qu’à travers le regard des plus jeunes, ce grand bain de jeunesse nous a renvoyé à nous, notre rapport au temps et ce qu’il a de plus universel. Ce jeu de miroir est-il éternel ? » Vous avez dit un poil prétentieux?

La dramaturgie, avec parfois un texte en voix off, est franchement bancale (bon, un des acrobates s’est blessé et est même présent sur scène mais cela n’a rien à voir) et le spectacle en souffre. Heureusement, les numéros d’acrobatie sont d’une rare beauté: portés  sur les mains, voire sur sur la tête, portés dynamiques où deux acrobates propulsent un voltigeur debout sur leurs mains, sauts et figures sur une sorte de brancard-trampoline, équilibre avec diverses figures et acrobaties en équilibre sur les mains, la tête ou la marelle en fer, etc..  Les cinq acrobates venus de Colombie il y a dix ans sont tous remarquables mais mention spéciale à la voltigeuse Célia Casagrande.
Les 13 et 14 mars, Théâtre de la Foudre, Petit-Quevilly. (Seine Maritime). Le 27 mars, L’Éclat, Pont-Audemer, (Eure). Le 12 mai, Quai des Arts, Argentan (Orne).

 Yokai Kemame, l’esprit des haricots poilus

conception et interpétation d’Hisashi Watanabe et Guillaume Martinet, mise en scène de Johan Swartsvager

 C’est un spectacle entre jonglage, acrobatie au sol et danse contemporaine. Une collaboration entre la compagnie française Defracto et une compagnie japonaise. Sur un carré de six mètres de côté, deux jongleurs et une fileuse/tricoteuse (on ne sait pas trop) assise dans un coin de ce carré. Au sol des boules et des mini-sculptures de coton blanc soigneusement rangées et dans chaque coin de petites boîtes de percussion en bois et fer mues électriquement à distance. Ici sont convoqués les yokai, ces esprits qui, dans la culture japonaise, peuvent habiter des choses, des êtres et des phénomènes… Des esprits malins, souvent espiègles, voire malfaisants mais parfois bienveillants, ils ont un comportement imprévisible qui peut porter chance ou malchance.

Minimalisme du plateau noir, grande élégance gestuelle, jonglage de tout premier ordre comme dans cette séquence où les deux acrobates se lancent des boules qu’ils rattrapent avec leur bouche. Comme ces biscuits que la jeune tricoteuse leur lance. Dans un paisible clair-obscur, il y a une belle interaction entre l’absolue maîtrise de leur corps par ces acrobates-jongleurs qui  se cordonnent parfaitement et ces objets intrigants, dont certains aux formes baroques, qui semblent leur obéir. Et malgré quelques longueurs,  cette singulière fascine la centaine de spectateurs sur les gradins en quadrifrontal, en particulier les enfants. Cette performance gestuelle accompagnée d’une musique de légères percussions   renouvelle l’art du jonglage.  Avec une mise en scène proche du minimalisme en arts plastiques et une gestuelle sans doute influencée par la philosophie de la soustraction d’Hideko Yamashita dans son livre DanShaRi.  Une preuve s’il en fallait une qu’une recherche comme celle-là peut aussi séduire un large public.

 Philippe du Vignal

 

L’intégralité des représentations du festival est, bien entendu et malheurusement annulée. La Brèche et le Cirque-Théâtre s’engagent à mettre tout en œuvre pour apporter leur soutien aux équipes artistiques qui devaient jouer pendant le festival avec leurs partenaires normands avec qui ils devaient accueillir les spectacles. T. : 02 35 52 93 93.

 

 

 


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