Candide de Voltaire, mise en scène d’Arnaud Meunier, collaboration artistique d’Elsa Imbert, version scénique et dramaturgie de Parelle Gervasoni.

Candide de Voltaire, mise en scène d’Arnaud Meunier, collaboration artistique d’Elsa Imbert, version scénique et dramaturgie de Parelle Gervasoni.

 

©Sonia Barcet

©Sonia Barcet

 Le héros endosse le costume du voyageur-philosophe. Méthodiquement, à l’allemande, il épuise le catalogue des misères humaines, écrit René Pomeau qui retrouve dans ce conte philosophique (1759)  pour grands enfants, les Confessions de Jean-Jacques Rousseau…

 Une revue plutôt navrante de nos misères où l’émotion tourne à l’ironie amère, et un chef-d’œuvre d’une absolue nécessité, à l’écriture brillante et juste. Guerres en Bulgarie, tremblement de terre à Lisbonne, naufrage, condamnation par l’Inquisition, autant d’invites que nous fait Voltaire à interroger la place des femmes, le colonialisme, la religion, la guerre, l’origine du mal et la recherche du bonheur. Une comédie amère sur les puissants, la bêtise humaine et l’égoïsme avec une critique d’avant-garde de l’esclavagisme et les formes d’oppression. 

Comme l’auteur, Candide avait cru, «naïvement », que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais le naïf a dû bientôt déchanter  et se rendre à l’évidence des faits. Et cette sagesse bien terre à terre se contente de peu : «Mlle Cunégonde est devenue bien laide et Mme Denis bien grosse, on se chicane ferme à Constantinople, comme à Genève ou à Paris, mais c’est une bien belle chose que de cultiver son jardin ».

Réclamant la liberté pour les esprits, Voltaire milite pour qu’on permette à chacun d’adorer ou de ne pas adorer Dieu, à sa manière et rêve d’une humanité réconciliée. Une générosité utopique qui tend vers une religion naturelle de la vie.  Des questions éloquentes encore aujourd’hui à l’aune d’une actualité déconcertante. L’esprit libre et sarcastique  de l’écrivain a pénétré tous les esprits, rendant intolérables superstitions et abus du clergé. La tolérance religieuse est une conquête définitive et Voltaire a vulgarisé un esprit critique « qui ne s’en laisse pas conter ». Le même esprit incisif a inspiré Arnaud Meunier, avec un théâtre-récit qui met en valeur les éclats éblouissants de l’acteur-conteur dont les rôles vont d’un jusqu’à plusieurs personnages, animant l’histoire avec jubilation. Cette œuvre initiatique ne vise pas  pas uniquement l’ « élite » intellectuelle mais aussi le « grand public ». Et son ton irrévérencieux en fait un matériau privilégié pour le théâtre. Le metteur en scène reste attentif à la situation du jeune héros dans un contexte de guerres et d’atrocités commises aux quatre coins du monde : massacres, autodafés… depuis la Westphalie, la Bulgarie, la Hollande, Paraguay, jusqu’à Bordeaux, Lisbonne, Cadix, Surinam, Venise, Constantinople…

 Ce Candide est un projet de la  troupe de la Comédie de Saint-Etienne qu’Arnaud Meunier dirige depuis 2011, un chant joyeux et salutaire qui nous invite à cultiver notre jardin, au moment où l’injonction du « vivre ensemble » va des prétendues élites vers les déclassés ». Mais c’est aussi une aventure épique et musicale, grâce aux musiciens sur le plateau : Matthieu Desbordes, à la batterie et Matthieu Naulleau, au piano. Et cet univers scénique inspiré des illustrations impertinentes et malicieuses de Candide par Joann Sfar dans sa Petite bibliothèque philosophique.

Tout, ici, est dans l’axe :  scénographie somptueuse, lumières subtiles d’Aurélien Guettard, costumes à la belle griffe d’Anne Autran, perruques de Cécile Kretschmar, fresques colorées et éloquentes de la vidéo de Pierre Nouvel, avec un ciel où des fumées s’échappent dans un faux firmament, tempête majestueuse d’une catastrophe naturelle avec des vagues violentes: le spectateur se croit sur un bateau.

 Notre regard  plonge sur ce plateau d’une de blancheur immaculée où officient les musiciens et  nous assistons à la lecture vivante d’un beau livre d’images. Avec des soldats aux uniformes d’époque, le Grand Inquisiteur, le Juif commerçant et négociant, l’Imam, des figures non épargnées, si ce n’est le derviche qui apparaît en vidéo (Emmanuel Vérité) et un sage paysan turc…

Les acteurs s’amusent manifestement au cours de cette épopée fascinante et acidulée : Tamara Al Saadi est une Cunégonde facétieuse et pleine d’élan. Romain Fauroux, issu de l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, incarne un Candide vif mais innocent qui veut comprendre le monde et  s’en remettre toujours à Plangloss son philosophe de prédilection (Philippe Durand). Cécile Bournay dessine un personnage comique des plus attachants, enthousiaste et ludique : une vieille chanteuse et accordéoniste déclamant ses vérités… malgré les épreuves. Jacques l’Anabaptiste (Gabriel F. ) et le bon Martin (Sylvain Piveteau) accompagnent et réconfortent le pauvre Candide dans sa traversée du monde et dans les épreuves douloureuses qu’il doit subir.  Un spectacle esthétisant et rieur, placé du côté de la raison et de la dignité humaine…

 

 Véronique Hotte

 Spectacle vu au Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) le 6 mars.

Les Scènes du Jura-Scène Nationale, les 11 et 12 mars. Comédie de Colmar, Centre Dramatique National d’Alsace, du 18 au 20 mars. Théâtre du Gymnase, Marseille (Bouches-du-Rhône) , du 24 au 26 mars.

Théâtre du Beauvaisis-Scène Nationale, les 1er et 2 avril. Théâtre de Villefranche, Scène conventionnée, les 8 et 9 avril. Théâtre de Montbéliard-Scène Nationale, le 16 avril. Théâtre de la Ville, du 21 avril au 7 mai.

 


Pas encore de commentaires to “Candide de Voltaire, mise en scène d’Arnaud Meunier, collaboration artistique d’Elsa Imbert, version scénique et dramaturgie de Parelle Gervasoni.”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...