Covid 19: du côté des auteurs

Covid 19: du côté des auteurs

 « En Allemagne, la nouvelle vient de tomber : 5 .000 euros ont été déjà versés à chaque artiste-auteur. Il faut dire qu’on sait identifier la profession créative. Chez nous, on commande le rapport Racine, on fait semblant de l’avoir perdu, on le retrouve in extremis mais on se garde bien de l’appliquer. Les auteurs gardent leur statut bricolé. » écrit, dans un article publié hier par Médiapart, Sophie Dieuaide, administratrice de La Ligue des auteurs professionnels et auteurs jeunesse.

 Elle fait allusion au rapport confié par Franck Riester, ministre de la Culture, en avril 2019, à Bruno Racine, conseiller-maître à la Cour des comptes, sur les  changements que les activités de création ont pu connaître ces trente dernières années, afin d’adapter les politiques publiques existantes en faveur des artistes, auteurs et créateurs. L’Auteur et l’Acte de création a été remis au ministre le 22 janvier.

 Sophie Dieuaide expose avec humeur et humour «le cauchemar administratif des auteurs qui croient avoir accès aux mesures économiques générales et même… spécifiques ». Ils ne s’en sortiront qu’avec un fonds d’urgence confié à un opérateur public, fonctionnant selon un dispositif simple et adapté, comme l’a alerté une dizaine d’organisations professionnelles (Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Ligue des auteurs professionnels, C.A.A.P., Guilde des scénaristes, etc.) : « Ont été annoncés un fonds de solidarité, une mesure arrêt-maladie pour garde des enfants et… grande nouvelle ! le Centre national du Livre aurait débloqué avant-hier un million d’euros pour les auteurs sur les cinq octroyés par le ministère de la Culture à la filière-livre. » (…) « Soit, vu le nombre d’affiliés à l’AGESSA : 185 euros par auteur… »

 Mais ce fonds de solidarité est un complément aux revenus de mars et d’avril et il faut pour l’obtenir, remplir un certain nombre de conditions et prouver une perte par rapport aux mêmes mois de l’année précédente. Mission quasi impossible, vu l’irrégularité des revenus des auteurs! «La S.A.C.D. (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) souligne la difficulté administrative pour ses auteurs de prétendre à cette aide : ils ne sont pas inscrits comme travailleurs indépendants ou auto-entrepreneurs avec un numéro de SIRET, précise Dominique Paquet, présidente d’honneur des E.A.T. (Écrivains Associés du Théâtre). Et la S.A.C.D. n’a pas réglé la question : «Nous travaillons actuellement avec le ministère de la Culture pour trouver une solution rapide à ce problème. » Elle a mis en place un fonds de solidarité covid19  qu’elle va décliner en plusieurs volets pour répondre aux besoins les plus urgents : «Les auteurs- membres les plus en difficulté en raison de l’annulation de contrats ou de spectacles en France ne bénéficiant d’aucun revenu fixe : allocation de retraite, salaire… et pouvant justifier de l’annulation de représentations d’un spectacle déclaré à la S.A.C.D. ou d’un contrat d’écriture, sous certaines conditions, peuvent demander une aide. »

 Selon la Société des Gens de Lettres (S.G.D.L.)« certains ajustements apparaissent toutefois nécessaires pour que les dispositifs annoncés puissent être opérationnels. Cet organisme a lui aussi appelé le Gouvernement « à adapter les critères d’éligibilité et conditions d’intervention de ces dispositifs pour compenser les pertes de revenus des auteurs ».

A suivre…

 Mireille Davidovici

 Ecrivains Associés du Théâtre, 10 rue Boulay, 75017 Paris. T. : 01 42 29 78 64
contact.eatheatre@gmail.com

 www.sacd.fr

 www.sgdl.org

 

 


Archive pour 8 avril, 2020

Race et Théâtre/Un impensé politique de Sylvie Chalaye

Race et Théâtre / Un impensé politique de Sylvie Chalaye

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 Pourquoi les scènes contemporaines en France ne sont-elles pas le reflet chromatique de la société ? Pourquoi les comédien.ne.s noir.e.s sont-ils si peu distribué.e.s ? Les rôles se définissent-ils  par la couleur de la peau ou par le talent de l’acteur? Les artistes non blancs se sont engagés, depuis une vingtaine d’année, dans pluiseurs actions pour faire entendre les préjugés et le racisme dont ils sont victimes. L’an passé, des manifestants ont empêché la compagnie Démodocos de jouer Les Suppliantes d’Eschyle au grand Amphithéâtre de la Sorbonne en raison d’une mise en scène « racialiste», où les Danaïdes étaient représentées par des comédiennes blanches au visage maquillé en noir. Sylvie Chalaye, anthropologue et historienne des représentations de l’Afrique et du monde noir dans les arts du spectacle, aborde ces épineuses questions et les situe dans un contexte  sociétal, historique et politique :  « Être racisé, ou ethnicisé c’est être réduit à sa couleur de peau et assigné au rôle du Noir, de l’Africain. C’est aussi être exclu du récit national. » (…) « Comme si les Indépendances avaient suscité l’amnésie d’une histoire commune. »

cyrano_sorano3Il faut d’abord revenir un peu en arrière. A-t-on oublié, entre autres exemples, qu’en 1952, Jean Vilar engageait Daniel Sorano, métis franco-sénégalais, et que Jean-Marie Serreau, adepte d’un théâtre babélien intégrant des acteurs de toutes origines, monta Homme pour Homme de Bertolt Brecht avec Bachir Touré, lui aussi franco-sénégalais. Ou que Roger Blin confia le rôle de Dom Juan au Guadeloupéen Robert Liensol ? Mais, note Sylvie Chalaye, dès les années soixante-dix, avec la montée du nationalisme, l’acteur noir se met à incarner l’immigré, l’étranger et commence à “faire signe“ dans les distributions. On laisse aussi entendre, comme Jean-Pierre Miquel, pourtant directeur du Conservatoire National d’art dramatique, que les acteurs non blancs n’auraient pas d’avenir dans le paysage français. Seuls l’Anglais Peter Brook et Bernard Marie Koltès font exception. Et Pierre Debauche créa, en 1984, le Festival des Francophonies de Limoges ouvert aux théâtre d’Afrique et d’outre-mer. Avec le danger que les espaces francophones à l’instar de la Chapelle du Verbe incarné au Festival d’Avignon, deviennent des “enclos“, des « entre-soi d’à-côté “…

Autre aspect: l’acteur noir doit assumer la figure de l’Etranger, de l’Autre (souvent maléfique), mais aussi une aura héritée malgré lui de l’histoire coloniale, au point d’aveugler les spectateurs qui ne voient plus que le Noir et non l’acteur. « Quand serons- nous banales ?  » s’exclame Aïssa Maïga dans Noire n’est pas mon métier* : «Je suis née en France, je suis française. Mais j’ai conscience que quand j’interprète un personnage de Racine, Corneille ou Molière, cela brouille les spectateurs, on se demande pourquoi je suis là. » Pourtant les héroïnes noires ne manquent pas : Phèdre, Andromaque ou Cléopâtre… Seulement, il n’était pas envisageable alors de les porter à la scène dans leur “altérité ». « Quand on ne voit que le Noir, dit Sylvie Chalayae, c’est l’acteur qu’on assassine ». La carnation n’est pas l’incarnation et il faudrait  faire abstraction de la couleur. Est-ce possible ?

 Dans Le Blackface ou l’invention du nègre spectacle, elle aborde la pratique, issue d’une tradition clownesque raciste aux Etats-Unis, qui consiste à  se grimer en «nègre » et  à se barbouiller le visage de noir, pour caricaturer les esclaves qui se divertissaient dans les plantations en imitant les Blancs : « Non contents de s’approprier une forme artistique, les Blancs la détournaient et n’en ont retenu ni la portée satirique ni le caractère subversif. » Aujourd’hui, cette mascarade est condamnée aux Etats-Unis et en France, et très mal perçue par les acteurs et le public afro-descendants. Pour eux, travestir un acteur blanc en Noir est un aberration et mène à une désappropriation de leur propre histoire.

 Sylvie Chalaye dans Sortir de l’enclos souligne qu’ au XXI e siècle, le public a changé et qu »il serait temps que le théâtre reflète mieux la société dans laquelle il exerce. Il doit  s’ouvrir à la diversité sur les plateaux mais aussi hors scène en convoquant, auteurs, artistes, salariés issus de la diversité. Et bien entendu aller vers de nouveaux publics…. Il y a du pain sur la planche !

 Mais ce livre se veut optimiste : « Penser la race au théâtre ce n’est pas chercher à ne pas la voir, c’est désapprendre à l’identifier pour mieux apprendre à jouer ensemble autrement et à déjouer les imaginaires coloniaux qui se sont construit sur son invention ». S’il y a encore du chemin à faire, le monde du théâtre a une responsabilité dans la fabrication des stéréotypes et cet ouvrage peut y aider. Sylvie Chalaye fait le tour d’une question complexe et le théâtre étant «un miroir tendu au monde », son essai alimentera sans aucun doute une réflexion plus globale.

 Mireille Davidovici

 Race et Théâtre, Actes Sud-Papiers 2020 16 € Disponible en livre numérique

 *Noire n’est pas mon métier d’Aissa Maïga, éditions Le Seuil (2018.)

Au Creux de l’oreille, les poissons pilotes de la Colline

 Au Creux de l’oreille, les poissons pilotes de la Colline

Une très belle façon de continuer de vivre la culture en période de confinement. Loin de l’exposition médiatique de certains médecins passés des salles de garde aux plateaux de télévision, des comédiens connus ou pas, dans un total anonymat, lisent des textes à l’oreille de leurs interlocuteurs. Cela nous rappelle le titre d’une célèbre émission radiophonique de France-Inter, L’Oreille en coin.

Il suffit de s’inscrire sur le site du Théâtre de la Colline ; pour l’instant plusieurs créneaux sont encore disponibles, jusqu’au 17 avril. Un message email et sms vous confirme votre rendez-vous, qui, pour notre part, a duré trente minutes.

Lucie, une élève comédienne, me téléphone et me propose trois textes au choix , Le Discours au congrès de la paix de 1849 de Victor Hugo, La Madeleine de Marcel Proust, extrait d’À la recherche du Temps Perdu et un texte de Peter Handke. Je demande les deux premiers: ils prennent une dimension surréaliste dans une période où nos sociétés dites modernes sont en pleine autodestruction. J’entends la jeune voix de Lucie et cela me rappelle les longues nuits d’archives littéraires et théâtrales quand, adolescent, j’écoutais France-Culture au creux de mon lit. Plus qu’une lecture c’est réellement une conversation : la lectrice et moi, sans nous voir, découvrons un pan de nos vies réelles ou imaginaires. Lucie le confesse, quelquefois ces rencontres peuvent être très émouvantes et prendre un tour intimiste quand, au bout du téléphone, elle parle avec un couple de personnes âgées. Ces gens, plus fragiles, étant la cible privilégiée de ce virus mortel.

Merci à Wajdi Mouawad, directeur du Théâtre de la Colline, d’avoir eu cette initiative, comme  Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville avec les Consultations poétiques par téléphone, une manifestation équivalente. Inscrivez-vous pour vivre un moment unique !

Jean Couturier

 https://www.colline.fr/spectacles/les-poissons-pilotes-de-la-colline

        

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