Les confinés parlent aux confinés (suite et pas fin)

Jean-Louis Heckel

Il est metteur en scène et directeur de la Nef-Manufacture d’utopies, à Pantin (Seine-Saint-Denis). En 1978, à sa sortie de l’école Jacques Lecoq, il entre dans la compagnie Philippe Genty et pendant huit ans, il va faire découvrir l’art de marionnette à un vaste public: ceux des cabarets d’Europe, comme ceux des grandes salles mythiques du monde entier, en jouant Facéties et Rond comme un cube. Puis il est comédien et marionnettiste dans la compagnie Renaud-Barrault de 85 à 86.

Lui et sa compagne Babette Masson, créent le Nada Théâtre qui connaît de beaux succès notamment avec Ubu en 90, Marie Stuart…. Avec elle, il dirigera le Centre culturel Boris Vian aux Ulis de 97 à 2005. Puis pendant dix ans jusqu’en 2014, il sera directeur pédagogique de l’institut international de la marionnette à Charleville-Mézières. En 2006, il créa la Nef-Manufacture d’utopies pour développer le théâtre d’objets et l’art de la  marionnette, qu’il associera à un travail d’écriture.
Nous avions envie de vous faire partager ce beau texte, plein à la fois d’ironie et de joie de vivre…

Jean Couturier

 

Chères confites, chers confits,                                                                            

En apnée haute, suspendu dans le temps, sidéré, je prends le temps in fine de vous parler de tous ces petits cons de virus qui, aussi minuscules soient-ils, nous obligent à nous arrêter. Plutôt objecteur de conscience, que va-t’en guerre, mon principal ennemi étant… moi-même.

photo Philippe Genty

photo Philippe Genty

Railler, conspuer, critiquer n’a jamais été mon mode d’expression favori. Réfugié apolitique chez ma cousine à Saint-Quentin-en-Yvelines, j’assiste tous les soirs au score calamiteux du match en cours entre les vivants et les morts. Aujourd’hui, comme tous les soirs, on pactise avec les voisins en frappant dans les mains ; ces mêmes mains qu’il ne faut plus donner et qui sont devenues l’ennemi public n° 1.
Depuis ce confinement, les poissons sont revenus dans la baie de Venise, on respire enfin à Pékin et on réalise tous avec effroi que les produits “made in China”, vitaux pour certains, nous rendent dépendants.

Et nous revoilà dans l’histoire du petit papillon dont les battements d’ailes déclenchent un tsunami de l’autre côté de la planète. Les petites gouttelettes de pluie transportées par les colibris nous paraissent bien dérisoires face aux vagues  déferlantes du marché mondial. Comment faire pour ne pas se sentir l’éternel petit David contre Goliath ? Notre solitude et notre isolement devraient avoir la même importance que cette nouvelle conscience planétaire incarnée par la toile et les réseaux sociaux.

Comment incarner la grandeur de l’humain, en se sentant confiné chez soi ? Une fois de plus, il nous faut descendre dans nos caves, dans nos mines les plus retranchées pour retrouver la force de la métaphore et de la poésie. Tous les jours, les internautes envoient des messages drôles et sarcastiques, tous les jours Wajdi Mouawad écrit et publie sur le site du Théâtre de la Colline, des chroniques pour prolonger le lien et ne pas couper le fil. Dans l’une d’elles, il parle des gens qui ne verront jamais l’été et je réalise que ça peut être moi… ou vous.

Alors, tâchons d’être à la hauteur de cette traversée du désert. On va faire une formidable fête le jour de l’enterrement du virus, s’embrasser et se serrer fort dans les bras car nous, les naufragés du radeau de la Méduse, auront touché terre. “Tu reviendras” , promet Hanna au petit garçon qui vient de lui confier son précieux flacon rempli d’eau de la pluie, avant de s’embarquer dans le train sans retour. “Oui, je reviendrai chercher la pluie du bon Dieu” lance le petit garçon à la fin La Pluie de Daniel Keene. La pièce sera reprise en novembre, comme beaucoup d’autres choses annulées aujourd’hui. Alors, nous serons là, sur le plateau et dans la salle  de la Nef pour attendre et accueillir le petit garçon.

Jean-Louis Heckel

 

 


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