Gestez chez vous ! sur une idée de Luis Torreao et Esther Wahl,

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Gestez chez vous ! sur une idée de Luis Torreao et  Esther Wahl, musique de Robin Gentien

Nombreux sont les projets de réalisation en ces temps de confinement avec la participation d’un public invité à collaborer à une création qui verra le jour… plus tard quand nous connaîtrons des jours meilleurs.  Les metteurs en scène et chorégraphes ne manquent pas d’imagination…

A l’image de la compagnie Hippocampe. En partenariat avec le Théâtre Victor Hugo-Scène des Arts du Geste à Bagneux (Hauts-de-Seine) et avec  le soutien de la Ville de Paris, elle invite à un projet de création participative avec Sonia Alcaraz, Mélody Maloux, Guillaume Le Pape, Luis Torreao, Esther Wahl et… ceux que cela intéresse.

« Dans un premier temps, quelques instructions pour composer une courte pièce de mouvements et la filmer en vidéo. Durée : un peu plus d’une minute avec vos propres gestes entrent en jeu. une structure pour créer les mouvements, une musique commune et deux thématiques à explorer: celle de «l’improductivité» (ennui et/ou contemplation)  et celle de «la joie» (libération et jubilation). Ces vidéos (que vous téléchargerez d’abord sur Youtube ou Vimeo) seront publiées sur une page du site de la compagnie et sur Facebook  (au choix). Nous avons fait des courtes vidéos pour expliquer comment procéder dans la première étape. »

« Dans un deuxième temps, nous vous proposerons d’apprendre une série de mouvements que nous avons préparés, où vous aurez une place pour inclure ceux que vous aurez déjà créés.  A la fin, chacun aura une pièce composée de mouvements créés par la compagnie Hippocampe et par vous. Nous organiserons, en partenariat avec le Théâtre Victor Hugo, une Sortie de confinement en juin ou en septembre avec présentation publique du résultat de ce travail commun… . Cela sera le temps de libérer nos gestes !

Le but : créer un lieu d’échanges, ouvert à tous, en ce temps d’enfermement et célébrer le bonheur d’être en vie. Aussi, à travers les tutoriels proposés ci-dessous, la compagnie Hippocampe vous amène sur le terrain des Arts du mime et du geste, aux frontières entre la danse et le théâtre.

Les tutoriels: Vidéo 1 : Introduction ; vidéo 2 : Chemin de base. vidéo 3 : variations vidéo 4 (à venir) : Gestes libérés, la performance.

https://www.mime-corporel-theatre.com/mimesis/310-gestez-chez-vous-une-creation-participative.html   https://www.facebook.com/Gestez-Chez-Vous-103465261322578/   L’envoi de vidéos sont à envoyer:  hippocampe@mime-corporel-theatre.com

Philippe du Vignal

 


Archive pour avril, 2020

Des petits cadeaux à saisir…

Des petits cadeaux à saisir…

Le Théâtre des Champs-Elysées, ce soir à 19 h 30 (mais pour 24 h seulement!), l vous propose de voir -c’est gratuit-  une captation  réalisée en 2014 de La Clémence de Titus, un « opera seria » en deux actes composé par Wolfgang Amadeus Mozart en 1791. Ici, mis en scène par Denis Podalydès, direction Jérémie Rhorer, scénographie d’Eric Ruf et costumes de Christian Lacroix. Cette création avait coproduite avec l’Opéra de Saint-Etienne, avec Kurt Streit  (Titus),  Karina Gauvin (Vitellia), Kate Lindsey (Sextus),  Julie Fuchs (Servilia) Julie Boulianne (Annius), Robert Gleadow ( Publius) Leslie Menue (Bérénice)   et le Chœur Aedes.

Rémission texte et dramaturgie de Yann Verburgh, mise en scène d’Eugen Jebeleanu

Le texte épisodes I et II par la  compagnie des Ogres avec Claire Puygrenier sera créé à la Comédie de Caen-Centre Dramatique National de Normandie. Les cinq courtes fictions audio créées en confinement peuvent être écoutées sur son site.  Les épisodes suivants seront disponibles au cours des semaines à venir.

Tentons en vain d’isoler le virus de la peste: La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède  de  Pierre Desproges

Une archive INA à ne pas rater:  vous pouvez revoir le fameux sketch  (1984) où ce Monsieur Cyclopède nous explique que les chercheurs ont beaucoup de mal à isoler le virus de la peste….
https://www.youtube.com/watch?v=qU8P1GbqJL4

Mediapart, annonce son directeur Edwy Plenel, sera en accès libre ce week-end, et invite toutes celles et tous ceux qui ont entendu parler de ce journal par ouï-dire, sans le lire ou le connaître, à juger par eux-mêmes…

« Il y aura un mois ce week-end qu’Emmanuel Macron annonçait la fermeture de tous les établissements d’enseignement face à l’épidémie du Covid-19. Un petit mois, et déjà une éternité. En ces temps de crise inouïe, l’information est la première force sur laquelle nous devons compter. Pas de mobilisation sans confiance et pas de confiance sans vérité : pour combattre l’épidémie, en tirer les leçons, inventer l’après, nous avons d’abord besoin de comprendre. Le savoir nous protège quand le secret nous désarme. »

Le Théâtre de l’Odéon laisse entrer le théâtre chez vous pendant la période de confinement avec des spectacles accessibles sur la page Théâtre et canapé de son site. Familier de l’œuvre du grand dramaturge et poète norvégien Henrik Ibsen, Stéphane Braunschweig a mis en scène sept de ses pièces au Théâtre National de Strasbourg. A voir quatre d’entre elles : Brand, Rosmersholm, Une Maison de poupée et Le Canard sauvage. Les captations n’offrent jamais la fraîcheur d’une représentation mais bon, cela vaut quand même le coup,  profitez en bien..

Vous pouvez aussi voir sur ce même site:  три сестры [Les Trois Sœurs] d’Anton Tchekhov. Timofei Kouliabine, jeune directeur du théâtre de Novossibirsk, a présenté en 2017 aux Ateliers Berthier,  une mise en scène assez longue de cette pièce… en langue des signes russe. ( Notre amie Christine Friedel était restée un peu sceptique voir Le Théâtre du Blog). Mais bon, histoire de se rendre compte, on peut toujours voir quelques scènes de cette version sous-titrée !

Le Théâtre de la Tempête vous propose de découvrir  en captation de cette pièce culte du théâtre contemporain qui y a été  créée cette saison: Les Bonnes de Jean Genet, mise en scène Clément Poirée avec Louise Grinberg, Anne-Lise Heimburger et Laurent Menoret.
https://vimeo.com/366974915

Philippe du Vignal.

 

Le festival d’Avignon? (suite)

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Le festival  d’Avignon, une soixante-quatorzième édition?

Olivier Py, son directeur, a dit, au cours d’une conférence en presse en ligne, toute  sa solidarité avec ceux qui  sont atteints par le coronavirus et son admiration pour tous les soignants. Il a précisé, avec l’aide d’interventions filmées des artistes, le profil de cet événement international qui, cette année et vu les circonstances, serait de toute façon hors-normes… à condition qu’il soit maintenu. Ce qui devient de plus en plus problématique: «Nous ferons tout pour assurer cette édition, même s’il faudra prendre des mesures des mesures exceptionnelles comme le report au mois d’août d’une partie du programme et une réduction des jauges. Mais nos équipes travaillent à distance et aucun des artistes, a aussi précisé Olivier Py, ne s’est désisté. »  Mais… en ont-ils vraiment le choix? »

Un report et une réduction des jauges partent de bonnes intentions mais cela parait surréaliste! La lourde machine qu’est devenu le festival, est une formidable vitrine mais aussi un grand marché. L’annulation est maintenant probable, quoi qu’en dise Olivier Py  et aura, en tout cas, de lourdes conséquences à la fois sur la vie des troupes du in et du off, encore plus exposées. Le in avec quarante cinq spectacles dont une grande majorité de créations, trois cent représentations et un budget de 13 millions d’euros, est une entreprise aux financements importants qui génère aussi des millions de chiffres d’affaires et contribue à la création d’emplois saisonniers.

Et quand l’annulation tombera, Olivier Py en est bien conscient, l’économie du spectacle et celle d’Avignon comme celle de la région toute entière: hôtellerie, restauration, commerces, services… (soit  quelque cent millions de retombées attendues pour chaque festival) en prendront un sérieux coup. Et rappelons-le, le festival est subventionné par les Ministères de la Culture, de l’Education Nationale, de la Justice. Mais aussi… par la Ville d’Avignon, la Communauté d’agglomération du Grand Avignon, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Département du Vaucluse, la Direction régionale des affaires culturelles de Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Préfecture du Vaucluse !

Le Ministère de la Culture a, de son côté, créé une cellule d’accompagnement pour soutenir les festivals annulés ou reportés. «Devant les nombreuses incertitudes créées par la crise sanitaire et l’hétérogénéité des situations et des souhaits de chaque festival, Franck Riester souhaite apporter un accompagnement au cas par cas aux organisateurs.  Avec l’appui des Directions générales du ministère de la Culture et leurs opérateurs, sur les Directions régionales des affaires culturelles et les Directions des affaires culturelles outre-mer ».

Prudent, Olivier Py a aussi répété encore une fois -un signal de détresse?- que la décision de maintenir ou non le festival, appartiendra aux autorités sanitaires… Certes, il avait dû être annulé en 2003 -c’était la première fois de son histoire, à cause de la grève des intermittents- mais l’économie du spectacle était à l’époque moins fragile…

Dans le off, position analogue : «Nous n’avons pas suffisamment d’éléments pour recommander l’annulation ou le maintien », dit Pierre Beffeyte. On prépare le festival comme s’il allait avoir lieu. » Président de l’association Avignon Festival et Compagnies qui coordonne le off, il envisage lui aussi un report mais si le festival devait être supprimé, « le scénario de l’annulation pour cas de force majeure serait plus simple et plus protecteur pour les compagnies. »
Une situation qui pose la question du cachet des acteurs, dit un  responsable de compagnie. «Nous attendons une décision gouvernementale. S’il y a un arrêté d’annulation comme pour le festival Hellfest, je pourrais faire jouer le chômage partiel et déclarer quand même les comédiens. Tous les contrats se retrouvent dans un cas de force majeure.”

Dans le in un thème choisi cette année  (depuis longtemps, souligne-t-il) par Olivier Py: Éros et Thanatos. « Le désir et la mort que Freud a érigés en créance ultime, sont l’alpha et l’oméga de toutes les histoires humaines. Ces  dieux magnifiques, ces deux paramètres irrévocables de notre inconscient ont aujourd’hui une foule de serviteurs technologiques. Comment comprendre leurs nouveaux visages? Comment conjurer la violence qui est inhérente à leur sacre? Le théâtre n’est pas le lieu qui les oppose mais celui qui les réunit, qui les fait danser dans la forêt de l’inconscient collectif. »

(…)  « Nous mourons, nous désirons, et l’un par l’autre, le théâtre dansé, dit ou chanté, rend à notre énigme son enthousiasme originel. Et c’est de là que peut se repenser une politique qui ne soit pas l’organisation laborieuse des intérêts mais les conditions mêmes de l’accès au sens. La culture ne serait qu’un catéchisme formel ou une valeur spéculative, si elle ne demandait pas aux artistes de nous rappeler les deux vérités qui bornent notre existence : « Connais ton désir et souviens-toi que tu vas mourir. » (…)

Côté théâtre,  plutôt des valeurs sûres et des fidèles du festival sous le règne d’Olivier Py et avant. Comme cette création d’Ivo Van Hove qui retrace la vie de l’inventeur de la psychanalyse, celle d’avant la célébrité quand il avait une trentaine d’années: ce sera à la FabricA dans un décor d’un blanc immaculé. Et sera présenté le troisième volet d’Histoire(s) du théâtre d’Angelica Liddell dont elle n’a dévoilé qu’une page blanche sur fond de musique d’opéra! Il faut juste espérer que ce ne sera pas du même tonneau que ses deux derniers spectacles assez médiocres  présentés cet hiver, au théâtre de la Colline (voir Le Théâtre du Blog).

Gwenaël Morin comme souvent, revisite les classiques avec une grande rigueur en les faisant jouer dans un milieu inhabituel comme une cour d’une H.L.M au festival d’Aurillac. Il créera Andromaque à l’infini. « C’est, dit-il, la tragédie d’un homme qui, pour l’amour d’une femme en tuera le fils. C’est aussi ma propre tragédie :  la tentative à l’infini de monter cette pièce. »

Le grand metteur en scène lituanien Oskaras Korsunivas mettra en scène Othello de Shakespeare. Et Olivier Py et Enzo Verdet présenteront eux un Othello astrologue avec les détenus du Centre pénitentiaire du Pontet-Avignon. Ils travaillent avec eux chaque année sur un petit spectacle, le plus souvent dans des conditions pas faciles de représentation imposées par l’administration pénitentiaire: «J’admire, dit Olivier Py, leur état d’esprit par rapport à ce texte. »

Dans la Cour d’honneur, Jean Bellorini qui a été récemment nommé au T.N.P. à Villeurbanne, a été invité à créer Le Jeu des ombres de Valère Novarina à la Cour d’Honneur. « Quand je lui ai demandé un texte, dit-il,  j’ai eu envie qu’il parte de l’Orféo de Claudio Monteverdi où la musique est salvatrice, plus forte que l’amour et la mort. J’ai toujours admiré la puissance de sa langue, la force des mots sensibles et sensés de ces damnés de la terre qui accueillent les vivants pour les sonder, les analyser, presque les radiographier…

Comme d’habitude, sous le coup de midi, un feuilleton théâtral quotidien et gratuit -encore faut-il réussir à y trouver une place! – dans les jardins de la bibliothèque Ceccano. Cette année Hamlet de Shakespeare, en onze épisodes dont un To be or not to be et cinq représentations de la pièce «légèrement contractée » (sic !)  en une heure, alors qu’elle en dure au moins trois, dirigée par Olivier Py. Avec des comédiens professionnels, des élèves de l’E.R.A.C.  et des amateurs. Le texte est d’ores et déjà écrit et publié par Acts-Sud. Onze heures de théâtre en perspective !



Il y aura aussi Le Tambour de soie/ Un Nô moderne de Kaori Ito, une danseuse japonaise et d’Yoshi Oïda, un des acteurs fétiches de Peter Brook,  un spectacle inspiré d’un des Cinq Nô modernes de Yukio Mishima avec pour dramaturge Jean-Claude Carrière. Et Emma Dante,  metteuse en scène italienne de théâtre et d’opéra est maintenant bien connue en France et au festival où elle est venue avec Le Sorelle Macaluso (2014) et Bestie di scena (2017). Elle présentera cette année Pupo di Zucchero (La Statuette de sucre) et La Festa dei morti (La Fête des morts), l’histoire de trois jeunes prostituées qui ont recueilli l’enfant handicapé d’une de leurs compagnes tué par un client …

 On ne peut tout détailler de cette riche programmation mais signalons l’incontournable Vive le sujet qui, chaque année, dans la petite cour du lycée Saint-Joseph fait le plein. Avec cette fois, au programme : Nach, Johanny Bert, Loïc Touzé…

 Mais aussi Condor d’Anne Théron, dramaturge et metteuse en scène. Passionnée par l’écriture et notamment de plateau, elle crée ce qu’elle nomme des « objets », des langages scéniques composites tels des essais. Corps, vidéo, son et surtout voix de l’acteur sont ses matériaux de jeu. Le spectacle met en scène les retrouvailles quarante après les événements qui ont fait des dizaines de milliers de morts dans plusieurs pays d’Amérique latine, d’un frère collaborateur des dictatures militaires et une sœur qui les a combattus (voir l’entretien avec Anne Théron dans Le Théâtre du Blog). Avec Autophagies, des histoires de bananes, riz, tomates, cacahuètes,  palmiers.  fruits,  sucre, chocolat, Eva Doumbia, d’origine ivoirienne, fait une histoire critique du colonialisme qui sera aussi jouée à Elbeuf, Marseille et  Abidjan. Et dans Quando pases sobre mi tumba (Quand tu passeras sur ma tombe) de Sergio Blanco… un dramaturge se suicide après avoir proposé son corps à un jeune nécrophile hospitalisé qui se prépare à le recevoir…

En danse, une programmation très internationale dont la plupart des chorégraphes sont déjà connus du festival. Ainsi Israël Galvàn, présent l’an dernier avec Gatomaquia bailando para cuatro gatos (voir Le Théâtre du blog) poursuit ses audaces stylistiques nées d’une parfaite maîtrise de la culture chorégraphique flamenca. Il présentera avec le chanteur, guitariste et compositeur Niño de Elche, Melizzo Doble.

 Le Grec Dimitris Papaioannou avait orchestré la cérémonie  d’ouverture des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 et The Great Tamer le révéla au public du festival il y a trois ans. Il vient ouvrir cette édition avec une nouvelle création à la Cour d’honneur du Palais des Papes….

Autres retrouvailles : la compagnie libanaise d’Ali Chahrour,  à la Cour minérale, avec Du temps où ma mère racontait. On se souvient avec émotion de Fatmeh et Leila se meurt, voilant et dévoilant les corps féminins et de May he rise and smell the fragrance, vu en 2018 (voir Le Théâtre du Blog). Il crée une gestuelle issue des mythes arabes et du contexte politique, social et religieux qui est le sien, avec des relations profondes entre corps et mouvement, entre tradition et modernité.
Également à la Cour minérale, Lamenta de Rosalba Torres Guerrero et Koen Augustijnen qui s’inspirent des « miroloyia » de l’Épire : des lamentations instrumentales et vocales aux fêtes et funérailles. Des artistes qui ont en commun un intérêt pour l’hybridation des cultures : leur Badke, créé à Ramallah en 2013 est à l’origine, sept ans plus tard de ce Lamenta avec neuf danseurs grecs.

Il y aura aussi l’Israélien Hofesh Shechter avec Double Murder propose deux pièces. L’une avec dix interprètes, présentée au Neederlands Dans Theater de la Haye en 2015, et une création avec sept danseurs. Barbarians avait été très applaudie en 2015 à Avignon et Show, présenté il y a deux ans au Théâtre des Abbesses à Paris, nous avait tout à fait convaincus.

Une riche programmation, solide et équilibrée mais sans vraiment d’audace et sans grand spectacle « populaire » (mais ce n’est pas vraiment la marque de fabrique d’Olivier Py! )  avec, comme d’habitude, des œuvres signées de grands noms de la mise en scène et de la chorégraphie, capables d’attirer un large public mais aussi des compagnies moins connues, qu’elle soient françaises ou étrangères. En fait, tout se passe comme si Olivier Py dont le mandat devait être renouvelé cette année, avait voulu nous dire : je ne suis pas dupe: une annulation  se profile de plus en plus mais je ne peux pas encore le dire. Et avec Paul Rondin, mon administrateur et mes équipes, j’aurais fait le maximum sur les plans artistique et technique. J’ai bien compris qu’il y avait peu d’espoir mais la décision d’annuler le festival ne m’appartient pas. Et si le Gouvernement déclare que c’est un cas de force majeure, cela me permettra de faire jouer les assurances et d’indemniser les compagnies. Mais Olivier Py a aussi donné l’impression qu’il était bien conscient que ces histoires de réduction des jauges ou de report de dates ne tenaient pas vraiment la route… Surtout,  après que la date d’un possible déconfinement limité ait été repoussée il y a quelques jours.

Une occasion en tout cas pour revoir la conception même du festival d’Avignon. On ne va pas revenir au temps de Jean Vilar mais, que ce soit dans le in comme dans le off,  il y a eu une inflation ces dernières années de tout un apport technologique  en  volume de lumière, son et vidéo, en scénographies souvent imposantes nécessitant l’emploi de matériaux et techniques de plus en plus coûteuses à mettre en œuvre et compliquées, en déplacements en avion à travers toute l’Europe, voire de plus loin, de personnels artistiques et techniques, de matériels, costumes et éléments de décors…
Soyons enfin lucides: même si on ne veut pas le voir, dans le monde du spectacle, tout se paye aussi en dépenses d’énergie, et donc en dérèglement climatique. Sans compter dans la seule ville d’Avignon, les  transports massifs par camions, de nourriture fraîche, de boissons pour remplir réfrigérateurs et congélateurs des bars, buvettes, restaurants, etc., les climatisations tournant à plein régime dans les grandes comme les petites salles du in et du off, les supermarchés, hôtels et logements accueillant une marée de spectateurs pendant plus de trois semaines… Il serait grand temps de concevoir une autre économie du spectacle beaucoup moins gourmande!
C’est sans doute une autre histoire dont Olivier Py n’ a pas voulu parler mais qu’il ne pourra pas longtemps éluder… 

 Philippe du Vignal et Mireille Davidovici

Festival in d’Avignon du 3 au 23 juillet et festival off d’Avignon du 3 au 26 juillet. (sous toutes réserves)

 

L’Opéra de Paris en ligne

L’Opéra de Paris en ligne

Durement touché par les grèves qui ont précédé la venue de la pandémie en France, l’Opéra invite pendant le confinement, ses fidèles et les autres à voir ou à revoir  les spectacles du répertoire. Un partenariat avec France-Télévisions et son offre Culturebox, il  rend accessibles depuis le monde entier, gratuitement, certaines créations emblématiques dans leur intégralité.

 Le site de la Comédie-Française  s’ouvre directement sur sa web tv, La Comédie Continue ! mais celui de l’Opéra *propose, si besoin, de créer un compte Opéra et fait défiler l’annonce de Bastien et Bastienne et du Barbier de Séville. D’autres spectacles sont à découvrir, comme par exemple, une soirée hommage à Jerome Robbins, du 13 au 19 avril puis Cendrillon, chorégraphie de Rudolf Noureev, du 18 avril au 19 juin, Body and Soul  chorégraphié par Crystal Pite à partir du 25 avril et Giselle jusqu’au 5 août…

 Une fenêtre s’ouvre aussi sur Aria, un site annexe qui dévoile, de façon ludique, le monde de l’Opéra et du Ballet. La 3 E Scène, connue depuis plusieurs années, permet de faire une visite virtuelle du Palais Garnier et de voir fictions et documentaires.

 Par ailleurs, l’abonnement grand public est ouvert depuis le 2 avril et  la saison 2020-2021 promet de belles découvertes où redécouvertes dont plusieurs reprises : une trilogie Shechter/ Robbins/Pite ; deux classiques, La Bayadère et  Roméo et Juliette, chorégraphiés par Rudolf Noureev  et Le Parc par Angelin Preljocaj.

Et deux spectacles rendront justice à  Roland Petit, aujourd’hui plus reconnu à l’étranger qu’en France : le mythique Notre-Dame de Paris avec les costumes dessinés par Yves Saint-Laurent et une Soirée-hommage au chorégraphe. Les traditionnelles présentations de l’Ecole de danse, comme le gala d’ouverture de la saison danse, auront lieu le 22 septembre.

 D’ici là, nous espérons pouvoir vous rendre compte de quatre spectacles prometteurs, dont une soirée Cherkaoui/Eyal/Ashton, une autre Jiří Kylián. Et La première venue de la compagnie Peeping Tom puis le retour attendu d’Ohad Naharin avec Sadeh21.

 Les mots de Pina Bausch résonnent cruellement: «Dansez, sinon nous sommes perdus.»

Jean Couturier

*Operadeparis.fr  

 

 

Entretien avec Anne Théron


Photo : Jean-Louis Fernandez

Photo : Jean-Louis Fernandez


Entretien avec Anne Théron

Elle est romancière, dramaturge, scénariste mais aussi metteuse en scène. Passionnée par l’écriture dite «de plateau », elle a fondé la compagnie Les Productions Merlin avec laquelle elle crée des « objets » avec recherches sur le corps, la vidéo et le son.  Elle créera Condor de Frédéric Vossier au prochain festival d’Avignon s’il n’est pas annulé (voir Le Théâtre du Blog) mais de toute façon en septembre à la MC93 de Bobigny.

Artiste associée au Théâtre National de Strasbourg, Anne Théron met en scène cette pièce portant sur les temps de triste mémoire quand sévissaient des dictatures militaires en Amérique Latine, des années soixante-dix à quatre vingt. L’opération Condor, organisée par leurs services de sécurité et de renseignements, anéantissait patiemment et irréversiblement tous les opposants au régime.

C’était une initiative du gouvernement militaire de Pinochet au Chili : tortures puis tueries,  auquel participa l’Argentine avec les très violents et efficaces sbires de Videla, le Brésil, la Bolivie, l’Uruguay et le Paraguay. Frédéric Vossier  se pose la question de l’impossible liquidation de ce passé avec ses milliers de victimes sans doute massacrées et à jamais disparues. Anna, ancienne militante engagée au Brésil contre l’oppression, affronte aujourd’hui Paul son frère indigne, jadis serviteur zélé de la dictature (Frédéric Leidgens). Mireille Herbstmeyer incarne celle qui n’oublie pas.

 - Condor pose la question de la mémoire blessée. Comment se passe, en cette crise sanitaire, votre travail de metteuse en scène ?

 -A.T. On veut entrer sur le plateau avec des valises de sons et de lumières! Mais la construction du décor a dû être interrompue et il a fallu installer des leurres pour pallier les manques. J’ai la chance d’avoir une belle équipe : le spectacle à partir du texte en creux de Frédéric Vossier, est complexe et exige de nombreux effets spéciaux. On avance ensemble, heureusement on se connaît  très bien…
 
Barbara Kraft, directrice artistique de ma compagnie depuis vingt-cinq ans, est scénographe et costumière au cinéma, et depuis quinze années que je fais du théâtre, elle invente décors et costumes. Benoît Théron, mon frère, est créateur lumière, Varaniac Quard, créateur vidéo et régisseur général. Chaque spectacle est préparé en amont à l’extrême, habitude qui me vient du cinéma. A la trace (voir Le Théâtre du Blog) avait exigé des mois de préparation, avec des moments de tournage et je remercie au passage l’accueil chaleureux du Théâtre National de Strasbourg et de Stanislas Nordey avec qui j’entretiens d’excellents liens de travail.

 -Quelles sont vos méthodes d’appréhension de la scène ?

 A.T.  Dès qu’on arrive sur un plateau, pour chaque projet, on sait ce qu’on veut, du point de vue dramaturgique et de l’écriture. La dramaturgie fait entendre ce que le texte ne dit pas ; or, je pars du texte, le fondement du spectacle, afin qu’on l’entende pleinement. Et ce qui me passionne dans ce travail, c’est faire entendre cet intertexte secret entre l’écriture et la scène, en révéler le mystère, la fiction et l’imaginaire. Une façon encore de donner sa libre expression au silence du texte de Frédéric Vossier.

 -Quels sont les enjeux du spectacle?

 A. T. Exposer, avant tout, le traumatisme de cette femme, Anna, mutique en général depuis que sa vie s’est arrêtée, sans doute au moment des séances de tortures, supplices et viols des forces militaires. Le sentiment intérieur d’Anna prédomine et il faut faire entendre ce que la parole tue peut dégager d’effroi dans un silence symbolique assourdissant : une sensation de vertige et de vide intime. Le spectacle dévoile en fait  le cheminement d’un cauchemar psychique et politique.

 -Comment la scénographie participe-t-elle à la confrontation avec l’horreur ?

 A.T.  Cela se passe dans l‘appartement du frère d’Anna. Or, nous sommes dans un bunker éventré, à l’intérieur de la boîte crânienne de cette femme. Un encastrement dans le sable d’une dune, un paysage rappelant le Brésil que ce frère et cette sœur ont quitté depuis longtemps. Quarante ans plus tard, ils se retrouvent de chaque côté de cet immense précipice qu’est la mémoire existentielle.
Pour elle, c’est un traître, collaborateur de la répression, à la fois visage de l’impensable et caméra de surveillance : emblèmes d’enfermement des dictatures. Le dialogue est-il possible entre elle et lui qui, enfant déjà, tirait sur  les oiseaux pour en rapporter les dépouilles, comme l’écrit Frédéric Vossier?

 -A.T.  Frédéric Leidgens, à la douceur paradoxale et inquiétante, incarne à merveille cet ex-prédateur, soumis à des pulsions, à des expériences-limite, errant sans fin dans la nuit. Il répond évasivement aux questions d’Anna, portée par l’autorité naturelle de Mireille Herbstmayer. Cette sœur ne sait plus où sont les tombes parentales et le deuil lui est donc impossible…
Elle tente de revenir aux années soixante-quinze, quand elle était une résistante, et lui, un franc bourreau. Le public assiste à des brisures dans les propos disjoints, à des gestes esquissés : une floraison d’images hallucinatoires. Et la nuit d’horreur resurgit, pour que Paul accède enfin à la conscience de ses actes.

 -Que se dégage-t-il de ce théâtre existentiel et politique ?

 -A.T.  On vit cet emportement dans l’hallucination pour s’engouffrer dans les passages secrets dessinés par les lumières et les sons, comme envoûté par des images non perceptibles, des sensations de violence et d’étrangeté. On s’immisce dans la peur, les fantasmes, les divagations et les illusions, on éprouve un état confus d’emprisonnement dans les cris et les ombres – bruits d’hélico et  de vagues sur le rivage.
Condor pose la question de la mémoire blessée. Le spectacle interroge encore le Mal et la probabilité de grandir si différemment dans une même famille mais laisse ouverte la question de la maternité, du poids de l’amour de la mère et du rôle des femmes dans l’éducation. Reste en majesté la vitalité désespérée d’une femme qui se bat contre l’anéantissement, forte de sa résilience quand elle est apte à tenir le coup, surmontant l’expérience douloureuse et ultime d’être au monde.

 -Que peut-il advenir de cet enfer esthétiquement recréé ?

 -A.T  La difficulté de tout existence tient à ce partage subtil entre réalité et fiction, entre politique et famille, entre amour et haine. Et, parallèlement, je tiens à la corporéité des interprètes sur le plateau: elle prend ici tout son sens et je couds plastiquement la mise en scène autour des corps des acteurs dans leur singularité. Thierry Thieû Niang fait évoluer cette danse macabre à l’intérieur d’un tunnel labyrinthique de songes et d’émotions.
Dans la noirceur de ce parcours existe peut-être, tout au bout, une lumière… La fiction revient à aborder un ailleurs : le monde où je suis née ne m’a jamais convenu, et comme metteuse en scène, j’essaye d’inventer quelque chose qui puisse atteindre à la beauté…

 Propos recueillis par Véronique Hotte

Festival d’Avignon, Théâtre Benoît XII, du 5 au 12 juillet  (sous réserves).

MC93-Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny en septembre.
Théâtre Olympia -Centre Dramatique National de Tours, en octobre.

Le texte est publié aux Solitaires intempestifs.

 

Covid 19: du côté des auteurs

Covid 19: du côté des auteurs

 « En Allemagne, la nouvelle vient de tomber : 5 .000 euros ont été déjà versés à chaque artiste-auteur. Il faut dire qu’on sait identifier la profession créative. Chez nous, on commande le rapport Racine, on fait semblant de l’avoir perdu, on le retrouve in extremis mais on se garde bien de l’appliquer. Les auteurs gardent leur statut bricolé. » écrit, dans un article publié hier par Médiapart, Sophie Dieuaide, administratrice de La Ligue des auteurs professionnels et auteurs jeunesse.

 Elle fait allusion au rapport confié par Franck Riester, ministre de la Culture, en avril 2019, à Bruno Racine, conseiller-maître à la Cour des comptes, sur les  changements que les activités de création ont pu connaître ces trente dernières années, afin d’adapter les politiques publiques existantes en faveur des artistes, auteurs et créateurs. L’Auteur et l’Acte de création a été remis au ministre le 22 janvier.

 Sophie Dieuaide expose avec humeur et humour «le cauchemar administratif des auteurs qui croient avoir accès aux mesures économiques générales et même… spécifiques ». Ils ne s’en sortiront qu’avec un fonds d’urgence confié à un opérateur public, fonctionnant selon un dispositif simple et adapté, comme l’a alerté une dizaine d’organisations professionnelles (Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Ligue des auteurs professionnels, C.A.A.P., Guilde des scénaristes, etc.) : « Ont été annoncés un fonds de solidarité, une mesure arrêt-maladie pour garde des enfants et… grande nouvelle ! le Centre national du Livre aurait débloqué avant-hier un million d’euros pour les auteurs sur les cinq octroyés par le ministère de la Culture à la filière-livre. » (…) « Soit, vu le nombre d’affiliés à l’AGESSA : 185 euros par auteur… »

 Mais ce fonds de solidarité est un complément aux revenus de mars et d’avril et il faut pour l’obtenir, remplir un certain nombre de conditions et prouver une perte par rapport aux mêmes mois de l’année précédente. Mission quasi impossible, vu l’irrégularité des revenus des auteurs! «La S.A.C.D. (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) souligne la difficulté administrative pour ses auteurs de prétendre à cette aide : ils ne sont pas inscrits comme travailleurs indépendants ou auto-entrepreneurs avec un numéro de SIRET, précise Dominique Paquet, présidente d’honneur des E.A.T. (Écrivains Associés du Théâtre). Et la S.A.C.D. n’a pas réglé la question : «Nous travaillons actuellement avec le ministère de la Culture pour trouver une solution rapide à ce problème. » Elle a mis en place un fonds de solidarité covid19  qu’elle va décliner en plusieurs volets pour répondre aux besoins les plus urgents : «Les auteurs- membres les plus en difficulté en raison de l’annulation de contrats ou de spectacles en France ne bénéficiant d’aucun revenu fixe : allocation de retraite, salaire… et pouvant justifier de l’annulation de représentations d’un spectacle déclaré à la S.A.C.D. ou d’un contrat d’écriture, sous certaines conditions, peuvent demander une aide. »

 Selon la Société des Gens de Lettres (S.G.D.L.)« certains ajustements apparaissent toutefois nécessaires pour que les dispositifs annoncés puissent être opérationnels. Cet organisme a lui aussi appelé le Gouvernement « à adapter les critères d’éligibilité et conditions d’intervention de ces dispositifs pour compenser les pertes de revenus des auteurs ».

A suivre…

 Mireille Davidovici

 Ecrivains Associés du Théâtre, 10 rue Boulay, 75017 Paris. T. : 01 42 29 78 64
contact.eatheatre@gmail.com

 www.sacd.fr

 www.sgdl.org

 

 

Race et Théâtre/Un impensé politique de Sylvie Chalaye

Race et Théâtre / Un impensé politique de Sylvie Chalaye

9782330131371

 Pourquoi les scènes contemporaines en France ne sont-elles pas le reflet chromatique de la société ? Pourquoi les comédien.ne.s noir.e.s sont-ils si peu distribué.e.s ? Les rôles se définissent-ils  par la couleur de la peau ou par le talent de l’acteur? Les artistes non blancs se sont engagés, depuis une vingtaine d’année, dans pluiseurs actions pour faire entendre les préjugés et le racisme dont ils sont victimes. L’an passé, des manifestants ont empêché la compagnie Démodocos de jouer Les Suppliantes d’Eschyle au grand Amphithéâtre de la Sorbonne en raison d’une mise en scène « racialiste», où les Danaïdes étaient représentées par des comédiennes blanches au visage maquillé en noir. Sylvie Chalaye, anthropologue et historienne des représentations de l’Afrique et du monde noir dans les arts du spectacle, aborde ces épineuses questions et les situe dans un contexte  sociétal, historique et politique :  « Être racisé, ou ethnicisé c’est être réduit à sa couleur de peau et assigné au rôle du Noir, de l’Africain. C’est aussi être exclu du récit national. » (…) « Comme si les Indépendances avaient suscité l’amnésie d’une histoire commune. »

cyrano_sorano3Il faut d’abord revenir un peu en arrière. A-t-on oublié, entre autres exemples, qu’en 1952, Jean Vilar engageait Daniel Sorano, métis franco-sénégalais, et que Jean-Marie Serreau, adepte d’un théâtre babélien intégrant des acteurs de toutes origines, monta Homme pour Homme de Bertolt Brecht avec Bachir Touré, lui aussi franco-sénégalais. Ou que Roger Blin confia le rôle de Dom Juan au Guadeloupéen Robert Liensol ? Mais, note Sylvie Chalaye, dès les années soixante-dix, avec la montée du nationalisme, l’acteur noir se met à incarner l’immigré, l’étranger et commence à “faire signe“ dans les distributions. On laisse aussi entendre, comme Jean-Pierre Miquel, pourtant directeur du Conservatoire National d’art dramatique, que les acteurs non blancs n’auraient pas d’avenir dans le paysage français. Seuls l’Anglais Peter Brook et Bernard Marie Koltès font exception. Et Pierre Debauche créa, en 1984, le Festival des Francophonies de Limoges ouvert aux théâtre d’Afrique et d’outre-mer. Avec le danger que les espaces francophones à l’instar de la Chapelle du Verbe incarné au Festival d’Avignon, deviennent des “enclos“, des « entre-soi d’à-côté “…

Autre aspect: l’acteur noir doit assumer la figure de l’Etranger, de l’Autre (souvent maléfique), mais aussi une aura héritée malgré lui de l’histoire coloniale, au point d’aveugler les spectateurs qui ne voient plus que le Noir et non l’acteur. « Quand serons- nous banales ?  » s’exclame Aïssa Maïga dans Noire n’est pas mon métier* : «Je suis née en France, je suis française. Mais j’ai conscience que quand j’interprète un personnage de Racine, Corneille ou Molière, cela brouille les spectateurs, on se demande pourquoi je suis là. » Pourtant les héroïnes noires ne manquent pas : Phèdre, Andromaque ou Cléopâtre… Seulement, il n’était pas envisageable alors de les porter à la scène dans leur “altérité ». « Quand on ne voit que le Noir, dit Sylvie Chalayae, c’est l’acteur qu’on assassine ». La carnation n’est pas l’incarnation et il faudrait  faire abstraction de la couleur. Est-ce possible ?

 Dans Le Blackface ou l’invention du nègre spectacle, elle aborde la pratique, issue d’une tradition clownesque raciste aux Etats-Unis, qui consiste à  se grimer en «nègre » et  à se barbouiller le visage de noir, pour caricaturer les esclaves qui se divertissaient dans les plantations en imitant les Blancs : « Non contents de s’approprier une forme artistique, les Blancs la détournaient et n’en ont retenu ni la portée satirique ni le caractère subversif. » Aujourd’hui, cette mascarade est condamnée aux Etats-Unis et en France, et très mal perçue par les acteurs et le public afro-descendants. Pour eux, travestir un acteur blanc en Noir est un aberration et mène à une désappropriation de leur propre histoire.

 Sylvie Chalaye dans Sortir de l’enclos souligne qu’ au XXI e siècle, le public a changé et qu »il serait temps que le théâtre reflète mieux la société dans laquelle il exerce. Il doit  s’ouvrir à la diversité sur les plateaux mais aussi hors scène en convoquant, auteurs, artistes, salariés issus de la diversité. Et bien entendu aller vers de nouveaux publics…. Il y a du pain sur la planche !

 Mais ce livre se veut optimiste : « Penser la race au théâtre ce n’est pas chercher à ne pas la voir, c’est désapprendre à l’identifier pour mieux apprendre à jouer ensemble autrement et à déjouer les imaginaires coloniaux qui se sont construit sur son invention ». S’il y a encore du chemin à faire, le monde du théâtre a une responsabilité dans la fabrication des stéréotypes et cet ouvrage peut y aider. Sylvie Chalaye fait le tour d’une question complexe et le théâtre étant «un miroir tendu au monde », son essai alimentera sans aucun doute une réflexion plus globale.

 Mireille Davidovici

 Race et Théâtre, Actes Sud-Papiers 2020 16 € Disponible en livre numérique

 *Noire n’est pas mon métier d’Aissa Maïga, éditions Le Seuil (2018.)

Au Creux de l’oreille, les poissons pilotes de la Colline

 Au Creux de l’oreille, les poissons pilotes de la Colline

Une très belle façon de continuer de vivre la culture en période de confinement. Loin de l’exposition médiatique de certains médecins passés des salles de garde aux plateaux de télévision, des comédiens connus ou pas, dans un total anonymat, lisent des textes à l’oreille de leurs interlocuteurs. Cela nous rappelle le titre d’une célèbre émission radiophonique de France-Inter, L’Oreille en coin.

Il suffit de s’inscrire sur le site du Théâtre de la Colline ; pour l’instant plusieurs créneaux sont encore disponibles, jusqu’au 17 avril. Un message email et sms vous confirme votre rendez-vous, qui, pour notre part, a duré trente minutes.

Lucie, une élève comédienne, me téléphone et me propose trois textes au choix , Le Discours au congrès de la paix de 1849 de Victor Hugo, La Madeleine de Marcel Proust, extrait d’À la recherche du Temps Perdu et un texte de Peter Handke. Je demande les deux premiers: ils prennent une dimension surréaliste dans une période où nos sociétés dites modernes sont en pleine autodestruction. J’entends la jeune voix de Lucie et cela me rappelle les longues nuits d’archives littéraires et théâtrales quand, adolescent, j’écoutais France-Culture au creux de mon lit. Plus qu’une lecture c’est réellement une conversation : la lectrice et moi, sans nous voir, découvrons un pan de nos vies réelles ou imaginaires. Lucie le confesse, quelquefois ces rencontres peuvent être très émouvantes et prendre un tour intimiste quand, au bout du téléphone, elle parle avec un couple de personnes âgées. Ces gens, plus fragiles, étant la cible privilégiée de ce virus mortel.

Merci à Wajdi Mouawad, directeur du Théâtre de la Colline, d’avoir eu cette initiative, comme  Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville avec les Consultations poétiques par téléphone, une manifestation équivalente. Inscrivez-vous pour vivre un moment unique !

Jean Couturier

 https://www.colline.fr/spectacles/les-poissons-pilotes-de-la-colline

        

Adieu Jean-Laurent Cochet

Adieu Jean-Laurent Cochet
129cf31398f0f41d625080aab04daa4566475a0b8f1f2654c1478d31fd59564b-1Cet acteur passé par la Comédie-Française où il fut un temps pensionnaire dans les années soixante, est mort aujourd’hui à quatre-vingt cinq ans du coronavirus. Il avait réalisé de nombreuses mises en scène et beaucoup joué.

Mais il est surtout connu pour avoir créé un cours où il aura été le professeur de nombreux acteurs et notamment… de  Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, Richard Berry, Bernard Giraudeau, Fabrice Luchini, Emmanuelle Béart, Daniel Auteuil. Il était réputé pour sa pédagogie et sa rigueur technique, loin de toute effet de style.

« J’ai eu la chance, dit Fabrice Luchini, d’apprendre le métier: il fallait travailler le passage de texte, et pas la confidence personnelle. On devait d’abord apprendre à articuler pendant des heures. »   Sans lui, le théâtre comme le cinéma français aujourd’hui en deuil ne seraient sans doute pas les mêmes…

Il a écrit un bon livre sur  L’Art et la Technique du comédien, comme un supplément d’âme (*) où il parle avec intelligence de la création de personnages emblématiques du théâtre français comme Don Juan ou Figaro et du jeu. 

Philippe du Vignal



Les confinés parlent aux confinés

 Les confinés parlent aux confinés (suite)

Les Ballets de Monte-Carlo

Sur la chaîne Monaco info et le site France 3 PACA, cette compagnie offre à tous, la possibilité de voir ou de revoir une sélection d’œuvres de son répertoire.
Ce mercredi 8 avril à 17h et le samedi 11 avril à 17 h, c’est le film de La Belle de Jean-Christophe Maillot qui sera diffusé.  Sur la chaîne Monaco Info TV, sur le site internet www.monacoinfo.com ou sur l’application mobile « Monaco Info ».

Le Centre Dramatique National de Tours

Nous vous avions déjà signalé que la cinquième édition du festival WET° était reportée du 16 au 18 octobre. Jacques Vincey, son directeur et celui du Centre Dramatique National de Tours, a ouvert le site internet en grand à plusieurs initiatives!  Avec des mots au creux de l’oreille…

Les comédiens de l’ensemble artistique du T°  proposent de vous appeler au téléphone pour vous livrer quelques bribes de poésie, littérature ou  théâtre qui leur sont chères. Pour tenter l’expérience, rendez-vous sur le site: https://cdntours.fr/lectures-telephoniques

Mathilde Delahaye vous offre de regarder la captation de Nickel, sa dernière création et Vanasay Khamphommala a proposé aux comédiens de sa prochaine création Monuments hystériques de tenir un « journal du confinement ».  https://cdntours.fr/actualite/

Croustilleux La Fontaine

On peut visionner cette semaine l’intégralité de la captation du spectacle créé au Théâtre des Déchargeurs ! Le ténor Jean-François Novelli s’est entouré de la chanteuse Juliette et du compositeur Antoine Sahler pour mettre en scène et en musique les contes  plus osés du poète.  » On est donc très surpris quand on lit ses contes, dit Jean-François Novelli et  on retrouve le ton léger, coquin, badin de l’auteur de nos premiers émois poétiques, mais les thématiques ne sont plus les mêmes…

 » J’ai insisté, dit Juliette, auprès de Jean-François Novelli et Antoine Sahler, pour « en être ». Dès le premier abord, cette idée de spectacle m’a littéralement émoustillée ! Tout ce que j’aime:- du texte, (et pas des moindres, hein !), la haute tenue littéraire du XVII ème siècle dans toute sa splendeur au service d’un propos on-ne-peut-plus léger ! La syntaxe précieuse, le vocabulaire précis, tout ça pour raconter des histoires de nonnes affriolantes et de pâté d’anguilles, c’est la classe ! Mais aussi de la musique pour en faire de vraies chansons. Antoine a ce talent si délicieux et si rare pour faire des mélodies « qui restent » !

« On se surprendra à fredonner les airs évidents qui habillent ces concerts licencieux, j’en mets ma main au feu ! Et c’est aussi un talent particulier que de savoir faire rire la musique : entre les anachronismes évidents, musique au mètre de films érotiques ou clin d’œil aux Demoiselles de Rochefort, les références font mouche ! » (…) de la profondeur et du propos, qui nous concerne tous : l’amour et ses frasques, le désir, maître ô combien impérieux, et la joie, la simple joie – « ô doux remède, remède ami ! » – qui nous attend dans les blancs oreillers des lits accueillants. Et last but not least, de la dérision ; de la rigolade et du pouffage de rire, car tout ceci, du début à la fin, n’est pas très sérieux !  »

Les Chroniques de la danse en suspens, aux éditions Contredanse

Nos amis belges à Bruxelles avec  ces Chroniques de la danse en suspens, publient sur le site de Contredanse deux fois par semaine : un contenu phare (texte de réflexion, récit d’artiste, actualité du secteur, entretien), une idée inspirante (citation, partition, pistes de lecture…), les créations belges qui auraient dû voir le jour et une initiative parmi celles qui fleurissent ci et là (formations, appels, propositions). Le corps, la pratique, l’imaginaire

« Il y a le fait d’être confiné et la raison du confinement. Devoir danser entre le lit et les casseroles empilées et s’angoisser pour ses proches souvent loin, craindre la maladie. Comment continuer à travailler, permettre au corps de bouger et à l’esprit de vagabonder ? Les initiatives de formations en lignes sont multiples. Cours de Gaga, de yoga, master class, sur le site de Contredanse nous recensons toutes les formations en ligne sous la catégorie : #StaySafeAndKeepDancing. N’hésitez pas à l’alimenter. »

« Le temps, l’espace, le collectif: Comment ne pas rester immobile, lorsque l’espace n’est plus qu’intérieur, l’extérieur semble s’abstraire. Le temps n’est plus que durée. Ce mouvement d’éloignement ne préfigure aucun rapprochement. Comment ces artistes du mouvement,  de la communauté, du touché, du contact arrivent-ils à dépasser cette sidération ?

Philippe du Vignal

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