Entretien avec Nicolas Royer, directeur de l’Espace des Arts-Scène Nationale de Chalon-sur-Saône

 

Entretien avec Nicolas Royer, directeur de l’Espace des Arts-Scène Nationale de Chalon-sur-Saône

-Nos lecteurs avaient beaucoup apprécié la réponse que vous aviez faite à Matthias Langhoff (voir Le Théâtre du Blog) et cela donne envie d’ en savoir plus sur la vie actuelle de cette maison que vous dirigez depuis octobre dernier…

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-Vous vous en doutez… Pour tous les directeurs de lieux comme le nôtre, la situation est difficile et c’est un euphémisme. Le bâtiment est fermé au public mais on continue à y travailler: le service de comptabilité reste ouvert pour assurer les salaires et on fabrique des masques -déjà plus de 1.400- pour les premiers de cordée à Chalon: éboueurs, personnel de crèche, etc… Et nous avons mis les appartements d’artistes à disposition de infirmières, médecins et personnel soignant de l’hôpital pour qu’ils ne soient ps obligés de rentrer chez eux: cela  leur fait gagner un temps précieux. Et tous les soirs, de 18h à 22h, on allume le grand lustre à leds du hall, pour dire que l’Espace des Arts reste vivant.

-Et après le 11 mai?

- Le déconfinement aura bien lieu chez nous mais avec toutes les limites draconiennes de sécurité. Cela me semble gérable: nous avons 14.000 m2 à notre disposition. Le télétravail restera de mise pour ceux de mes collaborateurs qui le peuvent. Et il faut quant à moi que je fasse tout un plan de reports possibles ou d’annulations des spectacles déjà programmés. Pas simple mais Bonnet blanc ou Blanc bonnet, un projet de Matthias Langhoff avec son très ancien complice Manfred Karge reste programmé  avec le grand acteur François Chattot et Emmanuelle Wion qui a beaucoup joué avec Langhoff (Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht, Femmes de Troie d’après Euripide, L’Inspecteur Général de Gogol, Lenz, Léonce et Léna de  George Büchner). On attend le décor pour le 11 mai. Mais il y aura un protocole sanitaire très contraignant. C’est le prix à payer pour assurer cette création…

Par ailleurs, Léna Bréban mettra en scène un cabaret d’une cinquantaine de minutes qui aura lieu à partir du 21 mai, avec six comédiens-chanteurs -dont  Alexandre Zambeaux- qui sont aussi musiciens et qui savent danser, au pied des E.P.H.A.D de Chalon. Leurs résidents assisteront au spectacle depuis leur balcon. Ce projet est travaillé en amont avec un médecin généraliste pour développer une certaine forme d’interactivité avec le public. Le spectacle sera filmé  puis envoyé aux résidents. C’est une expérience à travailler avec souplesse car les paramètres ne sont plus du tout les mêmes et les répétitions ont lieu sur une surface de quelque 200 m2 pour que les interprètes n’aient pas de contact physique…

- Et l’histoire du festival d’Avignon cette année?

- Il faudrait sans doute que notre  Ministère de tutelle, celui de la Culture dise enfin comment il entend accompagner, repenser un festival comme celui-ci soumis que ce soit le in mais surtout le off  à un système ultra-libéral à bout de souffle. Et la situation ne peut que s’aggraver si on ne prend pas de mesures radicales.  Il y a un beau passage  là-dessus dans la lettre que Matthias m’avait envoyée (voir Le Théâtre du blog).  Et les prix de location des appartements et des salles  pratiqués depuis un bonne dizaine d’années à Avignon intra-muros et que vous citiez dans un précédent article, tiennent du scandale. Mais il faut aussi plutôt que tout attendre de l’Etat, que le secteur culturel se mobilise contre des pratiques plus que douteuses pour réussir enfin à faire émerger une demande artistique et citoyenne de production et de diffusion. Il faut que cesse cette mercantilisation à outrance où on  oublie  l’art et le besoin d’expériences au théâtre,  mais souvent aussi le public…

- Comment voyez-vous le spectacle français à l’horizon 2021?

- Cela peut vous surprendre mais plutôt bien… Je suis peut-être naïf et optimiste mais cette immense crise une fois passée obligera dans quelques mois les artistes à être plus réactifs. Mais  bon, si des acteurs un peu âgés et/ou qui ne sont pas dans un très bon état de santé, ne veulent pas prendre de risques en venant jouer, il ne faudra prendre aucun risque et trouver des solutions. Un vaccin contre le corona, n’est pas, on le sait pour demain… Autre crainte souvent évoquée par des directeurs de lieux comme le nôtre: le public voudra-t-il revenir, disons en septembre?  Devant cette situation inédite, nous devrons inventer, inventer encore un nouveau champ économique situé entre deux extrêmes, dit avec juste raison, Matthias Langhoff.

- Et dans le reste de la France, comment voyez-vous les choses?

- Les théâtres à Paris qui programment des spectacles avec des vedettes comme Isabelle Huppert,  le Théâtre National de la danse à Chaillot, etc. pourront s’en sortir ,comme les Centres Dramatiques Nationaux et les Scènes Nationales.  Loi oblige, ils doivent avoir un fond de réserve, ce qui permet de mieux affronter l’avenir. Le cas des compagnies indépendantes comme celles de Pauline Bureau ou Julien Gosselin est différent  mais elles ont quand même des portes de sortie. Quant au vivier que représentent les petites compagnies régionales soutenues par les collectivités territoriales et et les grandes Régions, cela sera beaucoup plus difficile si elles n’ont pas la capacité de se réinventer!  Il faut bien voir aussi que c’est toute une richesse potentielle qui risque de disparaître en quelques années du paysage théâtral. Il faudra trouver des commandes et sans doute aussi modifier un système artistique devenu pervers. On peut citer le cas de compagnies à qui le dossier d’aide de la Région a été déclaré irrecevable au motif qu’elles n’avaient pas de contrat signé! Et il faut bien savoir qu’actuellement, quand un lieu refusera un projet artistique, pour beaucoup de compagnies cela équivaudra le plus souvent à un arrêt de mort…

Pour nous, la saison 2020-2021 avait été déjà programmée et s’il faut procéder à des annulations, on le fera avec le plus grand discernement, même si parfois, il faudra couper la poire en deux. L’essentiel à mes yeux est que personne n’y perde. Il y a ici trente permanents et vingt intermittents…

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Mais Sébastien Martin, le président de la Communauté d’agglomération nous a tout de suite apporté son soutien et il n’y aura pas chez nous de chômage partiel. “On n’a pas, dit-il, refait entièrement tout ce théâtre pour avoir trois jongleurs sur son parvis!”

Philippe du Vignal

Espace des Arts-Scène Nationale, 5 bis avenue Nicéphore Nièpce, Chalon-sur-Saône. T. : 03 85 42 52 12

 

 


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