Cabaret sous les balcons, mise en scène de Léna Bréban

Cabaret sous les balcons, mise en scène de Léna Bréban

 -Vous aviez un projet au Vieux-Colombier: une adaptation de Sans Famille d’Hector Malot (1830-1907), le célèbre roman qui a fait pleurer des générations d’enfants…L’auteur raconte les aventures d’un enfant abandonné, Rémi, vendu par ses parents adoptifs à Vitalis, un saltimbanque, et parcourant  avec lui les routes françaises, puis anglaises…

- Pour le moment, pas de nouvelles, vu la situation. Mais cela reste un projet auquel je tiens beaucoup.Il me semble que ce roman très populaire a encore des choses à nous dire, même s’il a été écrit il y a presque un siècle et demi. L’histoire de cet enfant qui exerce plusieurs petits métiers avant de découvrir le secret de ses origines, continue à nous fasciner. Et l’œuvre a souvent été adaptée au cinéma et à la télévision. Comment par exemple, ne pas être ému par la mort de Joli Cœur, le petit singe ou par celle de Vitalis, ce saltimbanque qui est, en fait, un ancien chanteur d’opéra…  Et ce  roman parle aussi de la vie des artistes ambulants au XIX ème siècle, c’est à dire aussi un peu de nous, actuellement. Quant à Comme il vous plaira de Shakespeare que je dois mettre en scène au Théâtre de la Pépinière à Paris, il est reporté d’un an…

- Et ce cabaret ?

-J’ai appelé Nicolas Royer, le directeur de l’Espace des Arts à Chalon-sur-Saône où j’avais mis en scène Verte d’après Marie Desplechin, un spectacle pour enfants (voir Le Théâtre du Blog) et je lui ai proposé d’aller jouer dehors sur les places de la ville.  Le président de la région Sébastien Martin a dit qu’il fallait faire quelque chose pour les résidents des E.P.H.A.D. et des maisons de retraite qui se trouvent coupés de leur famille à cause des mesures de confinement. L’Espace des Arts-Scène nationale de Chalon-sur-Saône a proposé la création d’un cabaret pour eux. J’ai donc réuni quatre acteurs-chanteurs-musiciens : Antonin Maurel, Adrien Urso, Léa Lopez, Cloé Sénia et Alexandre Zambeaux (et je joue aussi) pour ce spectacle de quarante-cinq minutes que je mets en scène.

-Comment se sont passées ces répétitions en ces temps de confinement?

-Nicolas Royer nous a abonné à Zoom et dans un premier temps, nous avons donc travaillé plusieurs heures par jour. Petit (mais en fait gros problème) : un accompagnement au piano en décalage d’une seconde et quand on chante, il faut s’adapter! Et de plus, règles de sécurité sanitaire obligent, impossible de jouer sur l’instrument d’un autre… Et nous avons donc commencé les répétitions en visioconférence ! Mais ce n’est pas simple de chanter ensemble quand les ordinateurs ont donc chacun une seconde de décalage ! Pour cette forme de quarante-cinq minutes, notre équipe est accompagnée par un médecin-conseil pour que tout se déroule dans le respect des gestes sanitaires. Les résidents de l’E.P.H.A.D. eux, assistent au spectacle depuis le balcon de leur chambre: on est donc loin d’eux et difficile de savoir ce qu’ils ressentent! Il y a aussi quelque quarante spectateurs en bas donc au même niveau que les acteurs-chanteurs-danseurs. Mais tous à 1,50 m les uns des autres. Pour certaines chansons, nous sommes masqués et quant au couple d’amoureux sur la scène : Cléo Sénia  et Alexandre Zambeaux, il le sont aussi un dans la vie donc pas de difficulté…  Et le spectacle est sonorisé.

-Et côté nerf de la guerre, comment cela se passe ?

-Très simplement :  ce cabaret est financé par la Région et par l’E.P.H.A.D. « Au-delà des conséquences terribles du Covid 19, disent Sébastien Martin, le président du Grand Chalon et Nicolas Royer, l’isolement est un facteur aggravant pour de nombreux résidents âgés et donc isolés qui ont dû, pendant de longues semaines, être privés des liens familiaux et amicaux. Pour leur apporter un réconfort, les équipes de l’Espace des Arts ont proposé la création d’un spectacle pour les résidents des E.H.P.A.D et maisons de retraite de notre territoire. Mesures sanitaires obligent, cette création est destinée à être jouée à l’extérieur. C’est un cabaret où l’on chante et où l’on fait chanter, où les artistes  essayent de dire que la vie peut être en rose. Et que l’on peut encore danser au petit bal perdu, que l’on ait vingt ans ou que l’on en ait cent. Parce qu’accueillir le public, c’est aussi aller au-devant du public. Partout où la parole peut poser un tréteau – hier ceux de Copeau à   ceux de Vitez… – il peut y avoir théâtre. »

Antonin Maurel, Léa Lopez, Léna Bréban, Alexandre zambeaux et Cloé Cénia

-Comment voyez-vous l’avenir du théâtre en France et en Europe ?

-Noir sans aucun doute, du moins cette année. Le théâtre, c’est avant tout respirer le même air, être présent ensemble au même moment, public et acteurs. Et même cela complique évidemment le travail de mise en scène mais c’est assez passionnant d’avoir à subir la contrainte de ces fameux gestes-barrières : il faut trouver des solutions… Et ces retrouvailles avec un plateau nous ont redonné, en ces temps de confinement, aux acteurs comme à moi, une pêche certaine… Et nous espérons, aussi et surtout, donner  l’espoir  et la vie aux résidents des E.H.P.A.D. même par ces temps de Coronavirus dont on se moque pour l’exorciser (photo). Nous voulons vous dire qu’on pense à ceux qui ont connu d’autres temps, d’autres guerres. A ceux qui ont été des jeunes hommes fougueux et des femmes amoureuses, des mamans et des grands-pères. A ceux qui portent l’histoire de notre pays et leur histoire intime. Nous voulons continuer à les faire rêver,  rire et s’émouvoir. Avec des numéros burlesques et de clown, voire même avec un peu de Shakespeare. Et avec des chansons d’Edith Piaf, de Michel Fugain et Bourvil que les résidents peuvent chantonner avec nous. Si on n’a pas encore le droit de s’approcher à nouveau les uns des autres, nos voix peuvent encore se mêler…

Philippe du Vignal

Espace des Arts,  5 B avenue Nicéphore Niépce, 71100 Chalon-sur-Saône. T: 03 85 42 52 12.

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