A l’Université populaire, un article d’une collègue critique dramatique

A l’Université populaire, un article d’une collègue critique dramatique

C’est le meilleur théâtre de Paris, le plus riche et le plus varié. La Comédie-Française, l’Odéon, au besoin, l’Opéra et l’Opéra-Comique lui fournissent des vedettes, Le Parlement et l’Académie des conférenciers. Il y a des chiens savants, des jongleurs ; c’est le seul endroit où les mimes prennent la parole et où l’on voit, comme dimanche soir, des chansonniers débuter dans la pantomime.

 

L'Ecole des femmes, mise en scène  au Théâtre de l'Odéon de Stéphane Braunschweig en 2018

L’Ecole des femmes, mise en scène au Théâtre de l’Odéon de Stéphane Braunschweig en 2018


Et que parlez-vous de « troupes homogènes » ? L’interprétation de L’École des femmes rassemblait des comédiens de l’Odéon, du Fémina, de l’Athénée, autour d’une surprenante Agnès, une fluette enfant du faubourg, touchante et neuve, et pas même maquillée sous sa cornette de linge. La bonne volonté ébauche, à l’Université populaire, des miracles que le public parachève. Car le « meilleur théâtre de Paris » s’emplit du « meilleur public ». Il n’y en n’a pas de plus avide de plus sensible. Si la flatterie le blesse, s’il se replie sous la cordialité maladroite, il attend et reçoit la parole de l’orateur ou du comédien comme une chose précieuse et tangible ; certains visages tendus ont l’air, sur les bancs les plus proches de la scène, de vouloir happer un fruit.C’est véritablement l’élite intelligente d’un peuple qui se rassemble ici, respectueuse des textes qu’on lui lit, courtois au point de se retenir, jusqu’au baisser du rideau, la toux et les applaudissements. Presque tous ceux qui viennent passer ici la soirée sacrifient quelques heures de leur sommeil. Ils portent encore sur eux, hommes et femmes, des brins de fil, des paillettes de métal fondu, de taches de vernis ou d’acide. La plupart des femmes et des jeunes filles appartiennent à la fine race de Paris, qui a des petites mains et des yeux vifs. Dimanche soir, parmi la foule qui s’écrasait dans la salle et montait le long des murs comme une eau refoulée, il n’y avait pas un seul homme qui eût « un verre de trop ». Et il faut bien que l’Université populaire soit un lieu unique, où le zèle des camarades machinistes, des camarades figurants, des camarades metteurs en scène est si contagieux qu’on pouvait, ce même dimanche, sous l’apparence un peu poudreuse d’un accessoiriste improvisé qui portait bravement une échelle, reconnaître M. Simyan, ancien ministre, rapporteur du budget des Beaux Arts.

Jeu : de quand date ce texte? Sûrement pas d’hier mais peut-être d’après-demain, quand quelques-uns auront retrouvé le goût du théâtre populaire. Comme l’annonce pour « après », parmi d’autres,  le Théâtre de la Ville à Paris, avec son programme :Tenir Parole. À savoir: être fidèle à ses engagements et donner toute sa place à la parole et à la connaissance.

Chiche : voici venu le moment de travailler et beaucoup s’emploient en ce mois de mai pas encore réellement déconfiné, à ce que le théâtre ressurgisse de l’ombre. Là encore, on n’y peut rien, mais le mot est sévère. Suffit !  Assez d’ombre ! On aimerait bien, puisque ministre de la Culture il y a, que Frank Riester fasse un peu la lumière sur sa politique. Mais les artistes n’attendent pas, contre peurs et rumeurs et avant tout contre la démagogie, « la flatterie qui blesse,  la cordialité maladroite » AVT_Sidonie-Gabrielle-Colette_8570

De qui, cet article, plein d’une heureuse confiance dans les artistes et un peuple curieux, intelligent, joyeux, ni méprisé ni méprisant ? De l’écrivaine Colette  (paru dans Le Matin en février 1914. Elle n’a jamais été, jamais voulu être une « tête politique », mais, ce jour là une belle politique culturelle s’est imposée à elle, tout simplement. Ce texte a été  de nouveau publié en 1918, rassemblé avec d’autres où elle relate l’arrestation de la bande à Bonnot, la visite du roi d‘Angleterre sous le titre : Dans la foule. Où l’on voit la différence entre foule et… peuple. Colette a été ensuite chargée de la critique dramatique à L’Eclair en 1918.

Christine Friedel

On trouvera Dans la foule, dans le premier volume des œuvres de Colette, (1873-1954) collections Bouquins, Robert Laffont, 2019.

 


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