Des nouvelles de Meredith Monk…

 

Des nouvelles de Meredith Monk…

Meredith Monk… Nous l’avions connue il y presque cinquante ans à New York et nous n’avons jamais  perdu de vue cette figure insolite du paysage artistique américain qui donna un récital à Paris il y a quelques années à la Fondation Cartier (voir Le Théâtre du Blog). Compositrice et chanteuse mais aussi danseuse, chorégraphe et metteuse en scène, elle a créé à Houston  (Texas) un grand opéra: Atlas (1991) mais aussi des spectacles dans les rues de sa ville natale et réalisé plusieurs films.

Son travail  artistique participe à la fois du chant, de la musique, du théâtre, de la danse.  Et elle est considérée comme l’une des compositrices et interprètes les plus originales avec des innovations vocales: chuchotements, cris, grognements, sanglots, chant diaphonique. Meredith Monk elle possède un ambitus de trois octaves: du mi-bémol grave au contre mi-bémol. Elle a reçu la National Medal of Arts 2014, la plus haute distinction américaine en matière artistique, des mains du président Obama.

Parmi ses œuvres vocales les plus connues: Juice: A Theater Cantata pour 85 voix, jaw harp et deux violons (1969, Vessel, An Opera Epic pour 75 voix, orgue électronique, dulcimer et accordéon (1976), Dolmen Music pour six voix, violoncelle, percussion (1979), Book of Days pour 25 voix, synthétiseur, piano ou 7 voix, synthétiseur (version de chambre) (1985), Atlas: An Opera in Three Parts pour 18 voix et orchestre de chambre (1991), Magic Frequencies pour 6 voix, 2 claviers, percussion (1999), Impermanence pour huit voix, piano, clavier, marimba, vibraphone, percussion, violon, plusieurs instruments à vent de la famille des bois, roue de bicyclette (2000)Songs of Ascension pour ensemble vocal et quatuor à cordes (2006), Weave pour voix solo, chœur et orchestre (2010). Elle admire beaucoup la musique de compositeurs comme Steve Reich, Charlemagne Palestine et La Monte Young et se sent proche d’Henry Cowell, un compositeur emblématique des indépendants américains.

Meredith Monk, nous a-t-elle souvent dit, a été influencée par un certain mysticisme extrême-oriental. Et elle a toujours voulu faire un travail scénique. Elle a travaillé au Judson Dance Theater fondé par la grande Anna Halprin à New York en 1962  et a fait partie des happenings imaginés par Yvonne Rainer ou Trisha Brown… Et tous ses spectacles ont une couleur chorégraphique.
A 77 ans, cette frêle petite femme possède une incroyable énergie spirituelle et toujours aussi passionnée par le travail de la voix, continue à enseigner… Comme elle le raconte dans cette belle lettre pleine d’enthousiasme malgré le confinement qui sévit aussi dans son pays…

Philippe du Vignal

 

Photo Julia Cervantes

Photo Julia Cervantes

Chers amis,

J’espère que vous êtes en bonne santé et que vous avez  passé des moments de joie pendant cette étrange période de combat. Cela a été une épreuve de résilience, de courage et de compassion pour nous tous. J’ai pensé que la réalité était amplifiée par cette pandémie. L’incertitude et le caractère transitoire sont toujours les conditions sous-jacentes de nos vies, mais c’est juste que d’habitude, nous n’en sommes pas conscients. La crise m’a donné l’envie de chercher en moi de nouvelles manières de faire, et de partager mon travail. Je leur suis reconnaissante  de  chaque instant que mes proches m’ont donné.

Cette lettre  est un remerciement qui vient du cœur pour tous vos encouragements, pour votre confiance en moi et en mon travail au cours des années. En ce moment, je travaille dur sur ma nouvelle pièce Indra’net qui parle  de l’interdépendance, de la cause et de l’effet, et de la relation. J’ai travaillé là-dessus pendant  dix ans et cela me parait avoir aujourd’hui une pertinence et une résonance particulières.

Je suis très enthousiaste à l’idée de voir comment cela va grandir et se développer. Moi, avec les membres de l’équipe du Vocal Ensemble et de la House Foundation, sommes en train d’explorer de nouvelles voies de partage de travail avec vous. Au printemps dernier, j’ai dirigé deux classes à Harvard avec Katie Geissinger, ma merveilleuse partenaire enseignante qui est depuis longtemps membre du  Meredith Monk & Vocal Ensemble.

Quand la pandémie a frappé, nous avons dû  enseigner en ligne: un pari fou mais intéressant. L’un de nos cours de premier cycle était une classe de chorale où les étudiants devaient apprendre une séquence de ma musique pour la chanter en concert à la fin du mois d’avril. Bien entendu, il a été annulé et depuis nous sommes actuellement dans l’impossibilité de  chanter ensemble. Nous avons donc décidé de réaliser un concert virtuel par vidéo. Je suis très fière de ces jeunes chanteurs qui ont appris leur partition chez eux et ont travaillé voix par voix, avec nous dans la classe. Ils ont eu le courage de plonger dans cette nouvelle expérience. J’espère que vous prendrez plaisir à voir Champs/Nuages, une vidéo avec la musique que j’ai composée, chantée par la classe 184 du  Collège de musique de Harvard.

Meredith Monk

(traduction Ph. du V.)

https://vimeo.com/422857659/317bfec280
https://open.spotify.com/playlist/7a1scutDX6nOhMXx6QmBFA?si=XP2p-iJRQveadUBB0gtvKg

 

 


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