Un communiqué de l’Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles

Un communiqué de  l’Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles

Emmanuel Macron continue à se coltiner l’étiquette de Président des riches et sans doute mal conseillé, semble vouloir tout diriger depuis sa tour de contrôle à l’Elysée, notamment dans le domaine de la Culture, bien mal en point en ces temps de Corona virus.

Capture d'écran - Compte facebook de la CGT CHU de Toulouse

Capture d’écran – Compte facebook de la CGT CHU de Toulouse

Les ministres semblant être priés soit de se taire soit comme le pauvre Franck Riester, prendre humblement des notes quand Jupiter parle. Et voilà qu’un petit tsunami bouleverse la monde  de la Culture… Le ministre a annoncé une possible réouverture des « petits » festivals de moins de 5.000 personnes. Puis dans un étonnant rétropédalage, il a indiqué que devaient être respectées  des précautions sanitaires rigoureuses. Comprenne qui pourra! Par ailleurs on savait depuis longtemps l’étrange complicité entre Macron et Philippe de Villiers, secrétaire d’Etat à la culture en 86 sous Jacques Chirac, puis député souverainiste de Vendée et président du Conseil général de ce département, et enfin député européen. Il a toujours défendu ce qu’il appelle les « racines chrétiennes » de la France… Cela a au moins le mérite d’être clair.

Mais cette décision de réouverture du Puy du Fou par Macron lui-même, après une entrevue avec le vicomte, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. On veut bien que dans ce vaste parc à thème en plein air, les risques de contagion du Corona soient plus limités. XVM7b0f846c-9ddc-11ea-b283-52467c942af2Mais bon, alors que tous les festivals de cet été ont été annulés et que toutes les grandes salles, comme les plus petits cabarets, ne pourront pas rouvrir avant octobre dans le meilleur des cas, cette décision exceptionnelle venant du plus haut de l’Etat, fait désordre et donne une image lamentable du pouvoir politique. Surtout après deux mois où, comme Macron l’a reconnu à demi-mot, les annonces se sont suivies de façon contradictoire… Comme celle concernant la fête de la Musique qui aura finalement bien lieu… Tout se passe comme si Macron multipliait les maladresses et les gaffes genre  trumpien…

Malgré les précautions sanitaires prises au Puy du Fou  comme ailleurs, les rassemblements importants, avec le brassage de populations venant de toute la France et de l’étranger que cela induit, sont tous à risques. Oui, mais voilà, le de Villiers très copain avec Macron a fait jouer la fibre économique et son site vendéen- une affaire de famille très rentable que dirige  son fils Nicolas-  est un pilier de l’activité commerciale (tous secteurs confondus) de cette  région. Alors Jupiter n’a pas hésité. Et le vicomte  s’est empressé de tweeter : Merci à Emmanuel Macron de son message chaleureux. Merci d’avoir transféré le dossier du Puy du Fou Conseil de Défense. Le Puy du Fou va revivre. Le Puy du Fou vivra !” Mais là, la pilule est un peu grosse  à faire avaler aux professionnels de la Culture des autres régions qui, à juste titre, pensent que l’on se moque d’eux. Et d’autant plus que les fameuses aides annoncées par différents ministres tardent à se manifester…

 

Le Palais de l'Elysée Photo X

Le Palais de l’Elysée
Photo X

Autoritarisme de l’Elysée, mépris des corps sociaux intermédiaires, difficulté à prendre calmement les bonnes décisions, rétro-pédalages du Premier Ministre visiblement en désaccord avec le Président concernant l’affaire du Puy du fou.. Cela commence à faire beaucoup ! Gouverner, c’est prévoir mais là on est loin du compte… Macron peine à s’exprimer et ses effets d’annonce ne sont jamais très crédibles. Il devrait sans doute relire son cher Paul Ricœur: Ce qui caractérise la communication, c’est d’être unilatérale. » En effet, communiquer à tout va n’a jamais été une preuve de bonne gouvernance. Et Macron risque de le payer cher d’abord  à la rentrée quand il aura choisi Gérald Darmanin comme Premier Ministre mais aussi au moment de sa réélection…

 

Philippe du Vignal 

 

La Pétition:

 Et un peu de la cohérence est-ce trop demander, Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Ministre ?

Depuis les premières restrictions concernant les salles de spectacle, le 9 mars, les annonces présidentielles et gouvernementales concernant les activités artistiques et culturelles s’enchaînent de manière erratique. Comment peut-on affirmer le 16 avril que de « petits festivals » pourraient se tenir à partir du 11 mai, comme si ces milliers d’événements étaient en mesure de s’adapter d’un jour à l’autre à de nouvelles conditions d’accueil, alors qu’aujourd’hui la quasi-totalité des festivals d’été est annulée et que les festivals d’automne n’ont à ce jour aucune visibilité quant aux conditions de leur tenue ?
Comment peut-on annoncer le 15 mai que la Fête de la musique aura bien lieu, que les parcs à thèmes et les lieux de culte rouvrent, alors que l’ensemble de nos établissements sont fermés au public, qu’aucun atelier de pratiques artistiques de proximité n’est autorisé, qu’aucune équipe artistique n’a pu réellement reprendre son activité, et que la plupart des salles de spectacle ou de concert n’envisagent aucune reprise possible de la diffusion avant janvier 2021 ?

 

Festival d'Aurillac Photo X

Festival d’Aurillac en 2019
Photo X

Comment peut-on interdire les événements de plus de 5.000 personnes jusqu’au 1 er septembre  et les regroupements de plus de dix personnes jusqu’au 2 juin, sans limitations intermédiaires à venir, et rouvrir le Puy du Fou ?Comment peut-on faire de telles annonces alors qu’elles sont en totale contradiction avec les protocoles sanitaires promus par le ministère de la Culture pour l’ensemble des pratiques artistiques et culturelles, pour la tenue des festivals et la réouverture des lieux au public ? Comment peut-on être autant déconnecté de nos réalités professionnelles, de nos calendriers, de nos outils de travail ?Comment peut-on annoncer le 6 mai des mesures pour la culture (prolongation des droits pour les intermittents du spectacle, commandes publiques massives pour les créateurs, fonds festivals…) et n’en n’avoir, trois semaines après, aucune traduction concrète ? Comment peut-on « refonder une ambition culturelle pour la France » en « libérant les énergies créatrices et en donnant aux artistes confiance et visibilité » sans qu’aucune mesure sérieuse de politique publique ne soit prise ?

Comment peut-on annoncer pour le secteur culturel 50 millions d’euros par-ci, 5 millions par-là, alors que le tourisme, fortement dépendant de nos activités, se voit proposer une enveloppe de 18 milliards ? Comment peut-on si peu connaître les domaines de la culture qui sont faits de professionnels, organisés et structurés ? Comment peut-on nous traiter comme des amuseurs publics, des histrions égocentriques vivant par et pour leur passion, alors que nos activités ont un poids économique direct de 47,5 milliards d’euros, soit 2,2 % de l’économie française et concernent 2,4 % de sa population active ?

Comment peut-on tenir aussi peu compte des artistes et de la Culture, quand ils s’appuient sur les droits humains fondamentaux, revendiquent l’émancipation des personnes et le développement de leurs capacités ? Comment peut-on privilégier la rentabilité économique et les seules industries, au détriment de la multiplicité des forces citoyennes au service de l’intérêt général ?

Vos annonces distillées au compte-goutte, contradictoires et incohérentes épuisent les acteurs, ajoutent de la confusion à la situation, de la désespérance à la fragilisation. Souhaitez-vous vraiment que le monde des arts et de la Culture sorte de cette crise ? Alors, faites-le avec nous, pas contre nous !

Les signataires

ACTES IF – Réseau solidaire de lieux culturels franciliens
AJC – Association Jazzé Croisé
CITI – Centre International pour les Théâtres Itinérants
FAMDT – Fédération des acteurs et Actrices de Musiques et Danses Traditionnelles
FEDELIMA – Fédération de lieux de musiques actuelles
FERAROCK – Fédération des Radios Associatives Musiques actuelles
La Fédération de l’Art Urbain
FNAR – Fédération nationale des arts de la rue
FNEIJMA – Fédération Nationale des Ecoles d’Influence Jazz et Musiques actuelles
France Festivals – Fédération des festivals de musique et du spectacle vivant
FRACA-MA – Pôle région Centre-Val de Loire musiques actuelles
GRAND BUREAU – Réseau musiques actuelles Auvergne-Rhône-Alpes
OPALE – Organisation pour Projets Alternatifs d’Entreprise
OCTOPUS – Fédération des Musiques Actuelles en Occitanie
PAM – Pôle de coopération des Acteurs de la filière Musicale en Région Sud
Le Pôle – Pôle de coopération des acteurs pour les musiques actuelles en Pays de la Loire
RIF – Réseau des Musiques Actuelles en Ile-de-France
RIM – Réseau des indépendants de la musique
Le Réseau Musiques Actuelles Grand Est
SCC – Syndicat des Compagnies et Cirque de Création
SMA – Syndicat des Musiques Actuelles
SYNAVI – Syndicat national des arts vivants
THEMAA – Association Nationale des Théâtres de Marionnettes et des Arts associés
UFISC – Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles

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Archive pour mai, 2020

Une pétition des artistes-auteurs

Coronavirus : les artistes-auteurs, au bord du gouffre, lancent une pétition pour leur survie

 Les artistes-auteurs lancent un cri d’alarme. Une pétition, créée par l’auteur français de fantasy Adrien Tomas et soutenue par diverses organisations dont la C.F.D.T. , demande l’abondement d’un fonds d’urgence en faveur de tous les artistes-auteurs, avec un guichet unique sous l’égide de l’État.

Texte de la pétition:

Que serait notre vie de confinés sans culture, c’est-à-dire sans livres, sans images, sans chants, sans musiques, sans films, sans séries, sans jeux, etc. Aujourd’hui, les ressources culturelles en ligne explosent : bibliothèques numériques, visites virtuelles d’expositions temporaires ou de musées,

Musée du Louvre Italie Salle de la Joconde

Musée du Louvre Italie Salle de la Joconde

streaming de films, spectacles ou concerts, etc.

Et pourtant, les créateurs de ces œuvres sont encore une fois laissés pour compte. L’impact de la crise sanitaire et économique sur l’exercice particulier de leur activité professionnelle est parfaitement incompris du Gouvernement. Les conditions  pour être aidé par le fonds dit «de solidarité» pour les non-salariés sont particulièrement aberrantes pour un artiste-auteur: seules nos recettes moyennes sur un an ont un sens, nullement nos recettes mensuelles, aléatoires par nature. Les droits d’auteur sont globalisés et versés en fin d’année par les éditeurs, les producteurs et les organismes de gestion collective. Nos diffuseurs et nos commanditaires honorent nos factures quand bon leur semble…

Outre ce fonds d’aide inadapté à nos conditions d’exercice, le ministre de la Culture -en guise d’aides « complémentaires et subsidiaires » à cet hypothétique principal-  a fait le choix de soutenir en « silos » des secteurs de diffusion, et non pas les artistes-auteurs eux-mêmes. Pour les créateurs, après plusieurs décennies de défaillance administrative, un nouveau parcours du combattant se dessine. Au lieu d’envisager un dispositif clair  pour les artistes-auteurs avec des critères communs et connus de tous, le plan de soutien ministériel adoube des opérateurs, publics ou privés et multiplie les guichets d’aide, sans aucun souci de cohérence ni d’équité.

Frank Riester ministre de la Culture

Frank Riester ministre de la Culture

Un secteur se définit par l’activité économique exercée : les artistes-auteurs créent des œuvres. Le secteur est constitué de l’ensemble des auteurs d’œuvres littéraires, dramatiques, graphiques, plastiques, photographiques, audiovisuelles, cinématographiques, musicales, etc. Sans créateurs, pas de livre, d’art, de graphisme, de design,  de photo, de film, de spectacle, de musique…

La crise du coronavirus met à l’épreuve le modèle obsolète de la politique culturelle: celui qui confond le secteur de la création avec les industries culturelles,  l’économie de l’artiste-auteur et l’économie de l’œuvre, l’amont et l’aval, la création et la diffusion. Soutenir la création, c’est soutenir les créateurs et créatrices et non les amalgamer avec les divers acteurs de l’aval qui, sans les artistes-auteurs, n’existeraient pas.

L’auteur et l’acte de création un rapport de Bruno Racine, rendu au ministre de la Culture le 22 janvier, a pointé la « dégradation de la situation économique et sociale des artistes-auteurs » mais aussi le caractère préjudiciable du « traitement en « silos » que le ministère leur réserve ». Comme tous les travailleurs, l’ensemble des créateurs est bien évidemment touché de plein fouet par la crise sanitaire du covid-19

La rue de Lappe près de la Place de la Bastille absolument vide

La rue de Lappe près de la Place de la Bastille absolument vide

dont les répercussions socio-économiques sont nombreuses à court et moyen terme. Or, face à cette crise, la « gestion éclatée des enjeux de la création » et des créateurs par le ministère de la Culture s’avère catastrophique, aujourd’hui plus encore qu’hier.

Condamner les artistes-auteurs à quémander aléatoirement des aides d’urgence éclatées dans une myriade de guichets inégalement dotés -ouverts à certains et non à d’autres-  selon le type d’œuvres créées, selon leur région, selon leurs diffuseurs, la direction du service ministériel ou  l’opérateur public auquel ils sont rattachés, selon leur appartenance à une société de perception de droits d’auteur ou  leur entregent, ou encore l’information à laquelle ils auront eu accès ou non: tout cela est inacceptable. En ce temps de crise inédit, l’heure est à la solidarité et à la mutualisation, non au parcours du combattant et à la rupture d’égalité entre artistes-auteurs. Depuis le début de la crise sanitaire, les syndicats d’artistes-auteurs demandent l’abondement d’un fonds d’urgence en leur faveur avec un guichet unique sous l’égide de l’État.

Aujourd’hui, une fois de plus, ils demandent au ministre de la Culture de tenir sa promesse politique : remettre les artistes-auteurs au centre de la politique culturelle. Plus que jamais, leur survie en dépend.

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Livres et revues


Livres et revues

Beaucoup de lecture, cela ne peut faire que du bien… Dans notre confi-déconfinement cantalien, nous avons quand même la possibilité de lire, prêtés par le bureau de poste qui fait aussi office de relais pour la bibliothèque du département, le pa récent mais toujours aussi savoureux Dos Crawlé d’Eric Fottorino Et 14 de Jean Echenoz mais aussi un numéro de la collection d’une année de Elle, sagement rangée dans une chambre. On ne parle pas encore des événements de mai prochain mais on apprend plein de choses… Ainsi dans la rubrique Paris chuchote: 81 % de foyers français possèdent la télévision en noir et blanc et 0,002% la couleur: soit 16.000 ménages! Et dans la rubrique Elle a tout vu entendu lu, on annonce la parution de C’est le bouquet (cinquième tome de L’Hygiène des Lettres d’Etiemble chez Gallimard: « Etiemble a la dent dure. Un savoureux portrait du Nouveau Roman et de ses figures les plus importantes” par celui qui fut un des nos meilleurs profs de la Sorbonne… Et un remarquable essayiste…

Et on annonce aussi la sortie de Week-End de Jean-Luc Godard avec Mireille Darc et Jean Yanne. “Le cinéaste  accuse  avec force une grandeur et un pessimisme impitoyables, dit René Bernard, le chargé de cette rubrique  mais reste assez sceptique quant à l’intérêt du film. Il nous invite plutôt à écouter les Sonates et interludes pour piano préparé de John Cage interprétés par Maro Ajemian, un pionnier de la musique sur bande magnétique… Bien vu!

Au programme de la semaine de télévision: Les Saintes chéries, un feuilleton hebdomadaire avec Micheline Presle et  Daniel Gélin mais aussi La grande Farandole, une émission de variétés de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, avec entre autres : Marie Laforêt, Adamo, Michel Delpech… une autre époque et French Cancan de Jean Renoir le dimanche soir. Mais aussi Le Misanthrope par la compagnie du Grenier de Toulouse, dans la mise en scène de Maurice Sarrazin . “La pièce est jouée dans des décors 1900, afin de rapprocher Molière de notre époque. “(???? sic) “ La maison qui lui sert de cadre est celle où Proust séjourné près de Trouville”. Et encore Lola de Jacques Demy, avec Anouk Aimée… Bon, mais pour deux chaînes seulement, on a vu pire…

Au sommaire aussi: une double page assez émouvante avec  7 Nouvelles vedettes sont nées:  Soit de jeunes actrices comme Marianne Faithfull Coronavirus Pandemic Causes Climate Of Anxietyqui joue dans le film La Motocyclette avec Alain Delon, avant de devenir la chanteuse que l’on connaît.

Et la très craquante Olga Georges-Picot en blouson et jupe courte rouge qui fait la couverture de ce numéro de Elle. Elle joua dans des films de Woody Allen, Alain Resnais et Alain Robe-Grillet et s’est suicidée à soixante-et-un ans.  Elle en aurait tout juste quatre-vingt…Et aussi bien connue des amoureux des films d’Eric Rohmer, 19209102Haydée Politoff, la merveilleuse  Collectionneuse qui a aujourd’hui soixante-treize ans…

Olga Georges-Picot

Olga Georges-Picot.


 

Corinne Le Poulain Le cocu magnifiquequi fut révélée au théâtre avec Quarante Carats de Barillet et Grédy , joua aussi Oscar avec Louis de Funès  et tourna avec de nombreux réalisateurs de cinéma dont Jean-Pierre Mocky et qui fut emportée par un cancer foudroyant il y a cinq ans..
Il y a aussi dans cette double page Albane Navizet,images-1 la vedette de La Fille d’en face, le premier film de Jean-Daniel Simon. Mais elle joua aussi Valparaiso, Valparaiso (1973), Infidélités (Le Désir) (1974) et Histoire d’O (1975) une adaptation du célèbre roman de Pauline Réage.

Et encore Annie Buron

sur la croisette, à droite avec Jecques Perrin et Marie-France Pisier

 à droite avec Jacques Perrin et Marie-France Pisier

qui fut révélée par L’Ecume des jours de Charles Belmont avec Jacques Perrin, Marie-France Pisier et le grand Sami Frey.

 

Et enfin  Karen Blanguernon, aux  longs cheveux noirs, le regard un peu triste. Elle a été un temps, l’épouse de  Guy Bedos… Puis elle épousa Dirk Sanders qui lui fit tourner  entre autres  Tu sera terriblement gentille. Elle joua aussi dans les films d’Henri Verneuil, Sydney Pollack, René Clément mediumet elle  écrivit  aussi plusieurs romans :   La Vie volée, 1981, Coups bas, l’année suivante   (Denoël) et  Léa s’en va, Balland en 1989. Puis un peu plus tard Ne pas dépasser la dose prescrite.

Elle s’est suicidée à soixante-et un ans. Elle en aurait aujourd’hui quatre-vingt.

Ce numéro de Elle comporte aussi un long article très bien documenté de Stanislas Fontaine: Les 82.000 infirmières de nos hôpitaux. Le docteur P. raconte qu’il téléphone vers une heure du matin à l’Institut du Cancer de Villejuif et tombe sur Marianne, une infirmière. Il est étonné mais elle  lui répond: “Je ne suis pas de nuit mais la malade m’a demandé de rester. “Alors, lui dit-il, vous êtes de repos demain.” Non, je reprends à huit heures.”  Tout est dit en ces quelques mots!
Et à propos d’une autre infirmière: “Bien sûr les jours, les heures qu’elle fait en plus sont récupérables. »  (… ) « Seulement voilà, si, à la fin de l’année, on n’a pas récupéré les jours auxquels on a droit, ils ne sont pas reportés l’année suivante.” (…) “A vingt-deux ans, Geneviève travaille depuis deux ans dans un service. Depuis son ouverture, vingt infirmières ont passé . Quatre seulement sont restées.“ (…)  “Il faut aussi de l’argent. Sur ce point, nous n’avons pas à être très fiers de nous. Nous les Français, dépensons sensiblement moins pour nos hôpitaux que les pays d’un niveau de civilisation comparable. “  Cela vous rappelle quelque chose! A l’E.N.A., Emmanuel Macron ne lisait sans doute pas Elle.

C’était en janvier 1968 et beaucoup de nos lecteurs n’étaient pas nés…. Une autre époque?  Sans doute mais en fait pas si sûr…

 Philippe du Vignal

 Elle n° 1152 du 18 janvier 1968.

 

Zakouski, création et mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine

Zakouski, création et mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine

Cela se passe dans un jardin privé, à Montbéliard. Avec Hervée de Lafond, Jacques Livchine, Eric Prévost, Catherine Fornal, les frères Dreyfus, Seb Dec et Youssri el Yaakoubice. Les comédiens-auteurs du kapouchnik, ce cabaret mensuel du Théâtre de l’Unité,  ont décidé de ne pas rester les bras croisés jusqu’en septembre  et ont créé une petite forme d’une heure dix qui pourra être reprise dans  des jardins privés ou… mais quand?  sur des places publiques…

Jacques Livchine, le directeur avec Hervée de Lafond du Théâtre de l’Unité, ne décolère pas  dans son Journal de bord:  « Le théâtre ce n’est pas que le théâtre de salle avec sa billetterie et ses réservations, et ses sièges rouges, le théâtre, c’est aussi un art de place publique, un art  de rue libre, un art  de place de village, de parvis de cathédrale. Le théâtre aime s’épanouir librement dans les espaces publics sous le ciel  et nous fabriquerons à vue le 26 mai  sur une place de Besançon, une grandiose image autour  d’un cercueil, symbole  pour nous des errements du gouvernement et de ses médecins  qui nous empêchent d’enterrer nos morts mais qui, en même temps, autorisent l’ouverture du parc du Puy du Fou! »

Ici, huit comédiens  et un nombre de spectateurs limité à  cinquante-trois! Nous sommes tous assis à un mètre les uns des autres dans un beau jardin ensoleillé. IMG_5175Cela se passe en de courtes séquences : 1) Lavage de mains, 2) Mon confinement,  3) Course sur la musique de Haendel, 4) Les prénoms et noms de famille, 5) Les Francs- Comtois, 6) Les banalités de jardin, 7) Un chant polonais au violoncelle, 8) Macron, Edouard Philippe, Brigitte, 9) Les couturières et les masques, 10 ) Je voudrais pas crever, 11) le pangolin, 12) les chambres à coucher,  13) Dom Juan et Sganarelle  sur la médecine 14) Les messages SMS, 15) La mort de la voisine, 16) L’astéroïde, 17) La mort du beauf, 18) Mes déménagements, 19) Charles II et la peste  20) Lavage de mains, 21 Danse endiablée et salut…

Un mélange inspiré de La Vie mode d’emploi de Georges Perec, mais aussi de vraies histoires personnelles arrivées aux  acteurs et des thèmes d’actualité dans le style  kapouchnik. Et c’est plutôt réussi.IMG_5186 Quelques images attrapées au vol : chaque acteur assis se lave les mains et présente son confinement. Hervée de Lafond ravie, court sur la musique de Jules César de Handel. Deux Francs-Comtois se plaignent : « Même  l’été est annulé.  » Un sketch  joué par Catherine Fornal  et Sébastien, puis  la comédienne chante en polonais, accompagnée au violoncelle. Elle  lit ensuite  un texte d’Hanah Arrendt sur la soumission des peuples. Et il y a une belle séquence sur ces couturières bénévoles qui proposent des masques mais à qui l’Etat demande 1.110 € pour obtenir le certificat de conformité!!!

Youssri et Hervée jouent Macron et Brigitte. Puis le pangolin  se défend d’être le responsable de cette pandémie. Dom Juan et Sganarelle,  discutent médecine. On lit des SMS vraiment reçus : « Je cherche des solutions pour démissionner de ma vie ».  Et Catherine Fornal fait le récit glaçant de sa voisine  que l’on a découverte morte chez elle.  Jacques Livchine interprète en russe le chant qu’il a interprété devant le cercueil de François, son beau-frère décédé il y a peu… On raconte l’histoire de Charles II et de ses soldats qui entrent dans une  maison où huit personnes sont mortes de la peste. Il y a une bataille d’oreillers historique, puis tout le monde se lave les mains et  s’endort sur la table, avant de se mettre à danser…

Un spectacle tonique dans le désert culturel qui nous entoure. Dans la belle lumière de cette fin d’après-midi, du thé sur le samovar,  des gâteaux et du jus de gingembre… Tout le monde a du mal à se quitter.

Edith Rappoport

Spectacle vu dans le jardin de la maison de Marie-Pierre Gluntz  à Montbéliard (Doubs),  le 20 mai.

Ce mini- spectacle sera  présenté à nouveau le 6 juin à 18h dans un jardin à Montbéliard, si la météo est clémente. (Informations au Théâtre de l’Unité, 9 allée de la Filature, 25400 Audincourt. T : 03 81 34 49 20. Attention 50 places seulement réservations: estelle.chardon@theatredelunite.com

 


Cabaret sous les balcons, mise en scène de Léna Bréban

Cabaret sous les balcons, mise en scène de Léna Bréban

 -Vous aviez un projet au Vieux-Colombier: une adaptation de Sans Famille d’Hector Malot (1830-1907), le célèbre roman qui a fait pleurer des générations d’enfants…L’auteur raconte les aventures d’un enfant abandonné, Rémi, vendu par ses parents adoptifs à Vitalis, un saltimbanque, et parcourant  avec lui les routes françaises, puis anglaises…

- Pour le moment, pas de nouvelles, vu la situation. Mais cela reste un projet auquel je tiens beaucoup.Il me semble que ce roman très populaire a encore des choses à nous dire, même s’il a été écrit il y a presque un siècle et demi. L’histoire de cet enfant qui exerce plusieurs petits métiers avant de découvrir le secret de ses origines, continue à nous fasciner. Et l’œuvre a souvent été adaptée au cinéma et à la télévision. Comment par exemple, ne pas être ému par la mort de Joli Cœur, le petit singe ou par celle de Vitalis, ce saltimbanque qui est, en fait, un ancien chanteur d’opéra…  Et ce  roman parle aussi de la vie des artistes ambulants au XIX ème siècle, c’est à dire aussi un peu de nous, actuellement. Quant à Comme il vous plaira de Shakespeare que je dois mettre en scène au Théâtre de la Pépinière à Paris, il est reporté d’un an…

- Et ce cabaret ?

-J’ai appelé Nicolas Royer, le directeur de l’Espace des Arts à Chalon-sur-Saône où j’avais mis en scène Verte d’après Marie Desplechin, un spectacle pour enfants (voir Le Théâtre du Blog) et je lui ai proposé d’aller jouer dehors sur les places de la ville.  Le président de la région Sébastien Martin a dit qu’il fallait faire quelque chose pour les résidents des E.P.H.A.D. et des maisons de retraite qui se trouvent coupés de leur famille à cause des mesures de confinement. L’Espace des Arts-Scène nationale de Chalon-sur-Saône a proposé la création d’un cabaret pour eux. J’ai donc réuni quatre acteurs-chanteurs-musiciens : Antonin Maurel, Adrien Urso, Léa Lopez, Cloé Sénia et Alexandre Zambeaux (et je joue aussi) pour ce spectacle de quarante-cinq minutes que je mets en scène.

-Comment se sont passées ces répétitions en ces temps de confinement?

-Nicolas Royer nous a abonné à Zoom et dans un premier temps, nous avons donc travaillé plusieurs heures par jour. Petit (mais en fait gros problème) : un accompagnement au piano en décalage d’une seconde et quand on chante, il faut s’adapter! Et de plus, règles de sécurité sanitaire obligent, impossible de jouer sur l’instrument d’un autre… Et nous avons donc commencé les répétitions en visioconférence ! Mais ce n’est pas simple de chanter ensemble quand les ordinateurs ont donc chacun une seconde de décalage ! Pour cette forme de quarante-cinq minutes, notre équipe est accompagnée par un médecin-conseil pour que tout se déroule dans le respect des gestes sanitaires. Les résidents de l’E.P.H.A.D. eux, assistent au spectacle depuis le balcon de leur chambre: on est donc loin d’eux et difficile de savoir ce qu’ils ressentent! Il y a aussi quelque quarante spectateurs en bas donc au même niveau que les acteurs-chanteurs-danseurs. Mais tous à 1,50 m les uns des autres. Pour certaines chansons, nous sommes masqués et quant au couple d’amoureux sur la scène : Cléo Sénia  et Alexandre Zambeaux, il le sont aussi un dans la vie donc pas de difficulté…  Et le spectacle est sonorisé.

-Et côté nerf de la guerre, comment cela se passe ?

-Très simplement :  ce cabaret est financé par la Région et par l’E.P.H.A.D. « Au-delà des conséquences terribles du Covid 19, disent Sébastien Martin, le président du Grand Chalon et Nicolas Royer, l’isolement est un facteur aggravant pour de nombreux résidents âgés et donc isolés qui ont dû, pendant de longues semaines, être privés des liens familiaux et amicaux. Pour leur apporter un réconfort, les équipes de l’Espace des Arts ont proposé la création d’un spectacle pour les résidents des E.H.P.A.D et maisons de retraite de notre territoire. Mesures sanitaires obligent, cette création est destinée à être jouée à l’extérieur. C’est un cabaret où l’on chante et où l’on fait chanter, où les artistes  essayent de dire que la vie peut être en rose. Et que l’on peut encore danser au petit bal perdu, que l’on ait vingt ans ou que l’on en ait cent. Parce qu’accueillir le public, c’est aussi aller au-devant du public. Partout où la parole peut poser un tréteau – hier ceux de Copeau à   ceux de Vitez… – il peut y avoir théâtre. »

Antonin Maurel, Léa Lopez, Léna Bréban, Alexandre zambeaux et Cloé Cénia

-Comment voyez-vous l’avenir du théâtre en France et en Europe ?

-Noir sans aucun doute, du moins cette année. Le théâtre, c’est avant tout respirer le même air, être présent ensemble au même moment, public et acteurs. Et même cela complique évidemment le travail de mise en scène mais c’est assez passionnant d’avoir à subir la contrainte de ces fameux gestes-barrières : il faut trouver des solutions… Et ces retrouvailles avec un plateau nous ont redonné, en ces temps de confinement, aux acteurs comme à moi, une pêche certaine… Et nous espérons, aussi et surtout, donner  l’espoir  et la vie aux résidents des E.H.P.A.D. même par ces temps de Coronavirus dont on se moque pour l’exorciser (photo). Nous voulons vous dire qu’on pense à ceux qui ont connu d’autres temps, d’autres guerres. A ceux qui ont été des jeunes hommes fougueux et des femmes amoureuses, des mamans et des grands-pères. A ceux qui portent l’histoire de notre pays et leur histoire intime. Nous voulons continuer à les faire rêver,  rire et s’émouvoir. Avec des numéros burlesques et de clown, voire même avec un peu de Shakespeare. Et avec des chansons d’Edith Piaf, de Michel Fugain et Bourvil que les résidents peuvent chantonner avec nous. Si on n’a pas encore le droit de s’approcher à nouveau les uns des autres, nos voix peuvent encore se mêler…

Philippe du Vignal

Espace des Arts,  5 B avenue Nicéphore Niépce, 71100 Chalon-sur-Saône. T: 03 85 42 52 12.

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Race et Théâtre/Un Impensé politique de Sylvie Chalaye


Livres et revues:

Race et Théâtre/Un impensé politique de Sylvie Chalaye

shapeimage_1Pourquoi les scènes en France ne sont-elles pas le reflet chromatique de la société ? Pourquoi les comédien.ne.s noir.e.s sont-ils si peu distribué.e.s ? Les rôles se définissent-ils par la couleur de la peau ou par le talent de l’acteur ? Les artistes non blancs se sont engagés, depuis une vingtaine d’années, dans plusieurs actions pour faire entendre les préjugés et le racisme dont ils sont victimes. L’an passé, des manifestants ont empêché la compagnie Démodocos dirigée par l’helléniste Philippe Brunet, de jouer Les Suppliantes d’Eschyle à la Sorbonne, en raison d’une mise en scène qu’ils trouvaient « racialiste»: les Danaïdes y étaient représentées par des comédiennes blanches  qui portaient des masques noirs…

Sylvie Chalaye, anthropologue et historienne des représentations de l’Afrique et du monde noir dans le spectacle, aborde ces épineuses questions en les situant dans un contexte  sociétal, historique et politique : « Être racisé ou ethnicisé, c’est être réduit à sa couleur de peau et assigné au rôle du Noir, de l’Africain. C’est aussi être exclu du récit national.» (…) «Comme si les indépendances avaient suscité l’amnésie d’une histoire commune. » Il faut d’abord revenir un peu en arrière et on a oublié, entre autres exemples, qu’en 1952, Jean Vilar engageait pour jouer Sganarelle Daniel Sorano, métis franco-sénégalais (photo ci-contre) et que Jean-Marie Serreau, adepte d’un théâtre babélien,  intégra des acteurs de toute origine et monta Homme pour Homme de Bertolt Brecht avec Bachir Touré. Roger Blin confia le rôle de Dom Juan au Guadeloupéen Robert Liensol. Mais, note Sylvie Chalaye, dès les années soixante-dix, avec la montée du nationalisme, l’acteur noir se met à incarner l’immigré, l’étranger et commence à “faire signe“ dans les distributions.

On laisse aussi entendre comme Jean-Pierre Miquel, alors directeur du Conservatoire National d’Art Dramatique! Que les acteurs non-blancs n’ont pas d’avenir dans le paysage français. Seuls, Peter Brook, un Anglais, et Bernard-Marie Koltès font exception. Face à cette fermeture, Pierre Debauche créera en 1984, le festival des Francophonies de Limoges, ouvert aux théâtres d’Afrique et d’Outre-Mer. Avec le danger que les espaces francophones comme la Chapelle du Verbe incarné, au festival d’Avignon off, deviennent des “enclos“, des « entre-soi d’à-côté “…

Autre aspect : l’acteur noir doit assumer la figure de l’étranger, de l’Autre (souvent maléfique), mais il aussi une aura héritée, malgré lui, de l’Histoire coloniale et cela peut aveugler les spectateurs qui ne voient plus que le Noir, et non l’acteur. « Quand serons- nous banales? » demande la comédienne Aïssa Maïga qui joue dans Noire n’est pas mon métier* : «Je suis née en France, je suis Française. Mais j’ai conscience, quand j’interprète un personnage de Racine, Corneille ou Molière, que cela brouille les spectateurs qui se demandent pourquoi je suis là. » Pourtant, les héroïnes noires ne manquent pas : Phèdre, Andromaque ou Cléopâtre… Seulement, il n’était pas envisageable alors de les porter à la scène dans leur altérité. Pour  Sylvie Chalaye: «Quand on ne voit que le Noir, c’est l’acteur qu’on assassine ». La carnation n’est pas l’incarnation et il faudrait faire abstraction de la couleur.  Mais cela est-il possible ?

 Le chapitre Le Blackface ou l’invention du nègre-spectacle aborde la pratique, issue d’une tradition clownesque raciste aux Etats-Unis qui consiste à  grimer de noir des acteurs blancs pour caricaturer les esclaves qui se divertissaient dans les plantations en imitant les Blancs : «Non contents de s’approprier une forme artistique, les Blancs la détournaient et n’en ont retenu, ni la portée satirique, ni le caractère subversif. » Aujourd’hui, cette mascarade, condamnée aux Etats-Unis et en France, est très mal perçue par les acteurs et le public afro-descendants. Pour eux surtout, travestir un acteur blanc en Noir est une aberration et mène à une désappropriation de leur propre histoire.

Dans le chapitre Sortir de l’enclos, l’auteure souligne qu’au XXI ème siècle, le public a changé. Il serait temps en effet que le théâtre reflète mieux la société, dans et pour laquelle il exerce. Il doit  s’ouvrir à la diversité sur les plateaux mais aussi en dehors, en employant des auteurs,  artistes et salariés «issus de la diversité». Et, bien entendu, il faut qu’il aille vers de nouveaux publics. Il y a du pain sur la planche! Mais ce livre se veut optimiste: «Penser la race au théâtre, ce n’est pas chercher à ne pas la voir, c’est désapprendre à l’identifier pour mieux apprendre à jouer ensemble autrement et à déjouer les imaginaires coloniaux qui se sont construits sur son invention. » Il y a visiblement encore du chemin à faire: le monde du théâtre a une responsabilité dans la fabrication des stéréotypes et cet ouvrage peut aider à les éliminer. Sylvie Chalaye fait le tour d’une question complexe et, le théâtre étant «un miroir tendu au monde », cet essai alimentera sans doute une réflexion plus globale…

 Mireille Davidovici

Le livre est publié par Actes Sud-Papiers (2020). 16 €. (disponible en livre numérique).

*Noire n’est pas mon métier d’Aissa Maïga est édité aux éditions du Seuil (2018).

Les déconfinés parlent aux déconfinés (suite)

 

Les déconfinés parlent aux déconfinés

 

Catherine Guizard, attachée de presse: 

 -Comment avez-vous vécu ce « problème douloureux », comme disait autrefois Monseigneur Marty, archevèque de Paris?

 -Difficilement! Je pense à toutes les équipes de théâtre avec lesquelles je travaille et à aux perspectives  que nous avions pour mars, avril et mai.  Avec, entre autres exemples, ce Tramway nommé désir  que vous aviez aimé ( voir Le Théâtre du Blog). Le spectacle a connu un beau succès et les représentations devaient se poursuivre jusqu’au 12 avril. Et on a vu une baisse régulière de la fréquentation puis l’arrêt obligatoire des spectacles  comme Un Espion au Théâtre de l’Athénée qui avait commencé le 4 mars.

-Les conséquences pour les petites salles parisiennes doivent être redoutables?

-Oui, c’est gravissime. Trouver des créneaux pour reporter des spectacles continue à friser l’impossible puisque cela implique la disponibilité des acteurs et les répétitions qui  ont été plus que difficiles en ces temps de confinement. Comme le Théâtre Essaïon ou  la Manufacture des Abbesses, se pose la question du loyer! Un impératif catégorique pour les directeurs de tous les petits lieux…

 -Et votre travail?

-Sans perspectives, du moins à l’heure actuelle…Je suis salariée comme Nadège,  l’administratrice de notre association et nous bénéficions du chômage partiel à hauteur de 35%.

- Et le festival off d’Avignon comme les autres manifestations d’été?

-La situation n’est pas plus brillante. Un exemple entre autres:  la création d’Alain Timar au Théâtre des Halles  sera remise à plus tard, puisque le in est annulé, le off ne peut être programmé. Dans une petite entreprise comme la nôtre, le chiffre d’affaires est fondé sur les festivals d’été comme par exemple: Grignan, le off d’Avignon, Parades à Nanterre et la trente cinq cinquième édition d’Humour & Eau salée à Saint-Georges de Didonne près de Royan safe_imagequi lui est bien maintenu début août, avec quarante représentation et quelque 8.000 spectateurs attendus.

-Une petite parole d’espoir?

-Essayer d’être au maximum bienveillants les un envers les autres. Mais une chose est sûre: il y aura un avant et un après et les cartes dans tout le milieu du spectacle seront rebattues…

 

Notes de lecture de Georges Perros

En  cette période exceptionnelle où le Ministère de la Culture invite à participer à l’initiative: Culture chez nous, l’Association Jean Vilar a souhaité continuer à mettre en valeur et à partager les trésors que conservent les archives de la Maison. Et elle a proposé de découvrir ou de relire les notes de lecture que Georges Perros écrivait pour Jean Vilar. De 1951 à 1963, l’écrivain Georges Poulot, devenu ensuite Georges Perros était lecteur au Théâtre National Populaire installé à l’époque à Chaillot.

Georges Perros auto-portrait

Georges Perros : auto-portrait

Ami inséparable de Gérard Philipe, il fut d’abord comédien et pensionnaire à la Comédie-Française, avant d’abandonner le plateau pour l’écriture. Il lira ainsi  pendant douze ans les nombreux manuscrits adressés à Jean Vilar et lui transmettait des notes de lecture… Un aspect moins connu de ce poète dont Isabelle Chevallier avait monté récemment à Bordeaux une adaptation de Gardavu (voir Le Théâtre du Blog).

On peut  lire Lectures pour Jean Vilar de Georges Perros,  préface de Jean-Pierre Nedelec, éditions Le temps qu’il fait (1999) et la totalité de ses Oeuvres (hors sa correspondance)  dans la collection Quarto Gallimard  (2017).

 

Philippe du Vignal
 

Maison Jean Vilar, 8 rue de Mons, Avignon (Vaucluse). accueil@maisonjeanvilar.org

 

 
 

Quelques petits cadeaux à saisir (suite)

 

Quelques petits cadeaux à saisir (suite)

 La Révolte de Villiers de l’Isle-Adam, mise en scène de Salomé Broussky

Dans cette une pièce (1870)  une pièce cruelle un couple au dialogue des plus incisifs sur l’émancipation féminine. Créée en  1870), elle avait fait scandale à l’époque et retirée de l’affiche  cinq jours après la première…  La Révolte a été souvent mise en scène, notamment par Marc Paquien puis par Charles Tordjman ( voir Le Théâtre du Blog).

Enfin par Salomé Broussky au Théâtre des Déchargeurs il y a trois ans  avec Timothée Lepeltier et Sarah-Jane Sauvegrain, puis dans le off à Avignon. La pièce n’a rien perdu de sa modernité, malgré quelques longueurs. Elisabeth à son mari :  « Remettez-vous. À cause de cette nature malheureusement exceptionnelle peut-être, mais qui était en moi et dont personne ne daignait tenir aucun compte, voyez-vous, monsieur, si les autres ne sont pas dupes des mots, moi je ne suis pas dupe des faits ! »47e6329cbfe7fa1f42d67515e2ea6972a28316592c18076618896e263b6f542a

Cela se passe dans un milieu de la haute bourgeoisie:  Élisabeth,  l’épouse de Félix,  un  banquier cynique, tient ses comptes depuis plus de quatre ans. Très forte en affaires, elle a réussi à tripler sa fortune Mais un soir, elle se révolte et quitte son mari. Anéanti par cet abandon auquel il ne s’attendait pas du tout….   Elisabeth a décidé d’aller vivre part enfin selon ses principes. Mais quelques heures après, elle reviendra elle aussi anéantie! Lucide, elle a vite compris qu’elle ne pourrait jamais suivre l’idéal auquel elle croyait….« Tant qu’il y aura de la poésie sur la Terre, proclame Félix, les honnêtes gens n’auront pas la vie sauve ». Accablée et méprisante, elle répond juste: « Pauvre homme”.

Captation intégrale du spectacle sur vimeo .

Quelques petits cadeaux à saisir (suite et non fin…)

 

Quelques petits cadeaux à saisir (suite et non fin…)

Le Musée du louvre

« En cette période très particulière où plus que jamais nos esprits sont à l’affût d’évasion, dit Jean-Luc Martinez, le Président-directeur du Musée du Louvre, vous pourrez retrouvez des contenus en ligne pour petits et grands, renouvelés chaque mercredi pour continuer à découvrir la richesse de notre musée et de ses œuvres . »
Nous n’avons pu tout voir mais il y a quelques minutes succulentes comme ce Cours d’histoire de l’art avec un déchiffrage de combats de héros homériques peints sur des vases grecs. Le conservateur  malgré une gestuelle un peu appuyée et une mise en scène pompeuse, en donne une lecture tout à fait passionnante.220px-Detail_Niobid_Painter_Louvre_G343
Vous pouvez aussi vous initier aux couleurs du Moyen-Age avec le grand spécialiste Michel Pastoureau, voir les œuvres incontournables des collections, et les chefs-d’œuvre méconnus de ce grand musée,  faire une visite virtuelle de l’exposition Figure d’artiste…

Mais aussi une réalité virtuelle en tête à tête avec la Joconde. Et pour les enfants, Les Contes animés du Petit Louvre et le magazine Le petit Ami du Louvre.

Bref, de quoi occuper vos soirées, au lieu de regarder une mauvaise captation d’un pas très bon spectacle ou des pseudo-créations que les théâtres essayent à tout prix, en ces temps de disette, de nous refourguer pour manifester leur présence…

Philippe du Vignal

#LouvreChezVous

 

 

 

Petites nouvelles de Russie pendant la pandémie

Photo Béatrice Picon-Vallin

Photo Béatrice Picon-Vallin

Petites nouvelles de Russie pendant la pandémie

 

  On se disait; le confinement serait propice à écrire tous les articles en retard. Ceux qu’on voulait absolument écrire : sur Iouri Boutoussov et son bouleversant Oncle Vania d’Anton Tchekhov. Le décor est en carton et il y a sur  les portes le nom des personnages; tout sera détruit à l’acte IV. Mais aussi sur Andrei Mogoutchi et son étonnant Orage d’Alexandre Ostrovski, transformé en opéra parlé, au Grand Théâtre Dramatique de Saint-Pétersbourg  dont la salle est coupée par un «chemin des fleurs»  inspiré de celui du kabuki,  et que l’héroïne Catherine lentement parcourra au final, une évocation puissante de son suicide en haut d’une falaise.  Le rideau peint à la façon du traditionnel palekh (peinture colorée sur laque noire) retrace les épisodes de la vie de Catherine, le hanamichi ou chemin de fleurs et les instruments de l’orchestre.

 Deux metteurs en scène qu’on aimerait voir invités ici pour travailler avec des acteurs français ou pour présenter les  spectacles qu’ils ont réalisés avec leur  troupe. La France a abandonné les Russes pour lesquels il y avait eu un si grand engouement. Rappelons-nous la découverte d’Anatoli Vassiliev,  les tournées de Piotr Fomenko, Frères et soeurs de Lev  Dodine… Le théâtre russe actuel se cherche, enrage, crie; il y a des charlatans comme partout  mais il faut que les  programmateurs de festivals quand ils pourront se réorganiser, aillent voir ce qui se passe dans les  grandes villes et les régions.

Oncle Vania de Iouri Boutoussov

Oncle Vania de Iouri Boutoussov

Nous avons donc commencé des articles, tout au début de notre vie de confinée mais  nous n’avons pu terminer. Les doigts ne tapiouchaient sur le clavier pour prendre des nouvelles des uns et des autres,  échanger des informations qu’il fallait ensuite essayer  de comprendre ou d’en digérer les  contradictions. Et puis il y avait  l’abondance de spectacles mis à la disposition de tous,  les sites des théâtres qui ouvraient  généreusement leurs archives, leur répertoire : cela n’en finissait pas. Au début, c’était formidable et je pense, utile :  cela aura enrichi la culture des gens de théâtre et changé peut-être leur approche de la scène. Mais ça n’a pas duré, pour nous en tout cas. Trop, c’était trop, et il y avait des spectacles qui ne passaient pas l’écran… parce que leur dispositif avait trop d’écrans.
 D’autres étaient des captations exsangues, quand on avait eu la chance de voir  le spectacle.  D’autres encore qui étaient sur plusieurs sites à la fois comme The Encounte à l’Odéon, au Festival d’Aix, à la Schaubühne, mais avec ou non, un son binaural? Essentiel pourtant… Une offre incroyable, immense, un moment unique sans doute… J’ai profité  de ce plongeon dans le passé pour voir  des spectacles bien-aimés comme Bal masqué de Vassiliev sur le site de la Comédie-Française ou  ceux que je n’avais pu voir comme entre autres  Hamlet dans la mise en scène de Thomas  Ostermeier. Certaines séries télévisuelles ou Netflix nous ont étonné et fait réfléchir sur les bienfaits d’une écriture  dramaturgique collective.  Mais vivement qu’on puisse retourner au théâtre dans des salles, en plein air,  dans la rue, sur un balcon, une terrasse, un bar, une place, un champ,  un détour de chemin, un lieu ! N’importe où. Mais du théâtre vivant…

Ces articles sur les spectacles vus à Moscou ou Pétersbourg viendront  mais plus tard.  Quand l’énergie et la foi peut-être seront revenues. Aujourd’hui, il est  utile d’informer nos lecteurs sur la vie des théâtres russes ces dernières semaines. Que font-ils dans leur période de confinement, d’ « auto-isolation » comme on dit en russe?  Comme tous, ils diffusent largement leurs archives et essaient  souvent d’organiser autrement leur site existant, pour donner un travail intéressant aux  acteurs en utilisant tous les moyens technologiques à leur  disposition.

Le magique petit théâtre indépendant KnAM de Komsomolsk-sur-Amour,  si talentueux,  offre sur Facebook ses spectacles pour une modique  somme et organise des entretiens. La STD  russe (Union des Gens de théâtre) organise  des Zoom  pédagogiques ; sur Zoom toujours, elle  lance  le projet : Monologue où elle donne l’opportunité à des acteurs de travailler avec  les  plus grands metteurs russes. Elle  vient d’organiser sur Zoom encore,  un débat : Le théâtre et la  nouvelle réalité ouvert à tous, avec des représentants des organisations théâtrales de différentes régions de la Fédération de Russie (entre autres  de Novossibirsk,  de  Voronej,  de la république du Tatarstan,  de la république tchétchène, particulièrement attentive à la circulation du virus car proche du Daghestan où la situation est très grave et  de la république des Komis  où la neige tient encore. Ils  exposaient publiquement leurs problèmes financiers. Un des intervenants annonce que le projet de transformation-reconstruction d’un cinéma en théâtre  est validé et que la vie donc continue… Et  particulièrement émouvante,  une intervention de  Nikolaï Koliada… Dans un discours nerveux et passionné, il a défendu son théâtre indépendant d’Ekaterinenbourg, bien connu  en Russie et à l’étranger (en France notamment) qui est  privé de moyens de subsistance, puisque « privé »,  et  il  a  appelé à l’aide de l’Etat et aussi à la générosité de tous. Un appel qui avait déjà été entendu  depuis quelques jours,  il le disait et remerciait. Il allait pouvoir payer les salaires des comédiens… Il demandait d’envoyer les dons sur son compte en banque et  les collègues réagissaient positivement : chacun connaît l’histoire de ce théâtre: Koliada, auteur de pièces très jouées,  y met tous ses droits d’auteur  et on sait qu’il fera bon usage  de ces dons surtout pour éviter d’avoir à disperser sa troupe.

 La plupart des intervenants demandait que soient autorisées les répétitions dans le respect des règles sanitaires et et  les représentations avec un nombre réduit de spectateurs, et que soient aidés les théâtres indépendants: on autorise bien, disaient-ils, les tournages de films et les salons de beauté… On se rendait compte que  tous les théâtres étaient en ligne , que certaines troupes avaient déjà commencé à répéter avec  deux ou trois  acteurs et deux ou trois techniciens,  après une prise quotidienne de leur  température et que la solidarité déjouait les  prévisions catastrophistes. A Khabarovsk, la première d’un opéra qui devait avoir lieu le 4 avril, a été donnée… à la télévision,  un véritable événement ! Le théâtre pour enfants  de Sverdlovsk a à affronter le problème du retour du jeune public de façon plus aiguë car où sera-t-il en septembre, quand toutes les écoles ne fonctionneront sans doute pas encore normalement ?   

La revue Teatr, particulièrement active offre sur son site des informations  précises  et quotidiennes  sur le calendrier des  spectacles diffusés par les théâtres d’Europe et de Russie, et distribuant les nouvelles d’Europe : les théâtres autrichiens qui reprennent leur vie et qui autorisent les répétitions, le festival de Salzbourg qui aura lieu, avec un programme réduit  et un public limité à 1.000 personnes. La consultation du site donne  l’impression qu’il se passe des tas de choses on line (les Russes utilisent à profusion ce terme) et on a même déjà inventé le concept de  « ièce-zoom » au Théâtre de chambre de Voronej.

Le Bolchoï a ainsi donné on line la première de Dimitri Tcherniakov Sadko de Rimski Korsakov. Rimini Protocoll vient de créer en avril, en plusieurs langues, Neuf mouvements, dans le contexte de la pandémie : une forme de théâtre à la maison et  il en a sorti la version russe avec le vénérable Théâtre d’art (son site : Théâtre d’art mobile et le Goethe Institut). C’est une audio-performance  de six minutes quarante-cinq qui transforme  l’espace de la maison  en théâtre, et le public peut voir l’espace du confinement devenir lieu de surgissement d’un spectacle.  Il suffit de suivre les indications données sur son mobile par la voix d’un acteur russe : Piotr Skvortsov, en confinement. Le  Théâtre Alexandrinski va lancer  en août un programme en août : L’autre scène, un « espace inconnu » préviennent  les jeunes participants issus de tous les arts vivants qui concoctent  des projets variés : multimédia pour un spectateur, spectacle documentaire sur WhatsApp, performances interactives, radio-spectacles améliorés et également interactifs…  

Et le 25 mai  aura lieu au Théâtre La Vieille maison de Novossibirsk la première d’un spectacle ambulatoire  avec réalité augmentée, mis en scène par Mikhaïl Patlassov, sur une artiste-légende du punk rock russe. Les projets sont multiples, plus ou mois intéressants, parfois énigmatiques ; ça bouge, «  ça remue » dirait Matthias Langhoff. Est-ce bon signe pour le théâtre ? Nul ne sait encore,  mais ça remue … Le 27 avril, Teatr a organisé un grand débat public Marina Davydova, sa directrice  et Andreï Mogoutchi,  le directeur artistique du BDT (Grand Théâtre Dramatique de Saint-Pétersbourg) , on line et en direct. La question était « Le théâtre après la quarantaine : les nouveaux défis d‘une époque nouvelle. » Andreï Mogoutchi, son éternelle casquette vissée sur sa tête,  tout en noir jusqu’aux gants,  parlait  de la pandémie et du confinement comme  d’une pause obligée, mais qui pour tous devait revêtir une importance capitale, se référant à ceux qui, comme Nekrochius ou Tcherniakov, n’ont, un jour, pas réussi à honorer  un contrat :  Faust pour Nekrochius, un spectacle Tchekhov pour Tcherniakov.  Il notait les  difficultés à s’arrêter,  symptôme de la maladie de trop créer dont souffre le théâtre. Pour lui, le confinement est le signe d’« un adieu à une époque ».  Comparant l’effet de présence au « streaming », il avouait qu’il avait beaucoup de mal à voir ses propres  spectacles,  captés tels quels dans le rectangle de l’écran : « Quand on le regarde on line (sic), le théâtre est beaucoup moins intéressant» et se pose alors la question du public. Pour qui cette abondance ?  Ce n’est pas un art qu’on présente là, surtout dans le chaos de l’abondance. Pour Mogoutchi, avant la diffusion des archives captées par la vidéo, il s’agit de se préparer à ce qui peut, à ce qui va changer.  Il  faut regarder l’espace qui nous entoure comme un théâtre, dit-il, ce qui nous rappelle les cours de mise  en scène de Meyerhold aux jeunes metteurs en scène qui, en 1918, partaient faire du théâtre dans les campagnes…

Le théâtre est une zone à risques. Aura-t-on besoin de ce théâtre- zone à risques qui met dans l’inconfort et la tension ? Mogoutchi  se souvenait alors  d’un  de ses spectacles monté en Afrique où il avait  été invité par Daniele Finzi Pasca, metteur en scène italiano-suisse et qu’il avait dû présenter devant des enfants qui avaient perdu toute leur famille. Ce qu’il fallait, c’était d’abord et juste s’occuper d’eux, et là prenait tout son sens le « théâtre de la caresse » qui est celui de  Finzi Pasca. Le public reviendra-il après le virus ? N’aura-t-il pas d’autres problèmes à résoudre ? Il faudra s’occuper de lui… Et ne pas oublier les théâtres indépendants qui ont besoin de l’aide financière des théâtres nationaux. Partager donc ! Aujourd’hui, selon lui, l’éthique est plus importante que l’esthétique.

Mogoutchi a  donc créer le BDT Digital, entièrement gratuit, qui va prendre l’humain en charge. Et d’abord les acteurs. Il va  les « aider à trouver des formes intermittentes pour créer mieux ».  Il a confié à de jeunes comédiens et à des metteurs en scène des projets digitaux dans l’espace Internet : une recherche un peu chaotique pour l’instant, rien de convaincant…  Mogoutchi lui-même a fait des expériences avec les nouvelles technologies quand il était metteur en scène au Théâtre Alexandrinski  et responsable de la Nouvelle scène expérimentale très bien équipée. Il sait de quoi il parle.  Et il sait aussi qu’il faut prendre le temps et  s’occuper des moins jeunes : les acteurs ont choisi des textes, les ont monté ensemble pour trouver quelque chose  de « tendre » à dire au public : « les gens ont besoin de médicaments », Mogoutchi aime cette image et la reprendra.

Les idées fusent  pour ce site: un festival d’affiches de théâtre ? Un théâtre imaginaire où des théâtrologues viendraient « raconter » des spectacles anciens importants de l’histoire russe ou encore des spectacles qui n’ont pas eu lieu ? Ce serait là  du travail pour les metteurs en scène et  les chercheurs destiné à transmettre toute une réalité non matérialisée qui fonde le théâtre réalisé. Mais il faut trouver « des cadeaux, de la joie, des médicaments  à offrir à la ville ». Les acteurs sont des gens fragiles et le manque de contact leur est néfaste. Il faut donc transformer la peur que comme nous, ils ressentent , en colère, en  énergie.  Mais comment ?

Un  nouveau débat on line a eu lieu quelques jours après cette rencontre. Cette fois,  à la suite d’une représentation de Que faire ? mise en scène de Mogoutchi d’après le célèbre roman de Tchernichevski, et à partir de discussions et improvisations.  Depuis sa création en avril 2014,  ce spectacle est accompagné de débats avec le public et avec des invités, des personnalités de l’art et des sciences. Ce soir-là, il était intitulé :  Un homme nouveau dans un monde nouveau ».

 Ne pas les laisser mourir, un marathon  théâtral pour les médecins et les hôpitaux. Le projet  Que faire ?  contre la Covid 19. Il met au centre de « l’attention la plus élémentaire », tous les soignants. Privés de toute protection, ils se battent contre la maladie. L’idée d’un marathon (cela correspond au principe du téléthon bien connu des Français )  se développe ; les acteurs vont se faire les porte-voix des médecins invisibles- ceux qui écrivent parfois sur les réseaux sociaux, dans des posts sur Instagram,  ou ceux qui demeurent au front,  silencieux.  Plus de 250 travailleurs médicaux ( chiffre officiel)  sont morts à la tâche, dans le « hachoir » des hôpitaux. « Nous ne voulons pas seulement leur dire merci, mais prendre soin d’eux parce qu’ils sont les personnes les plus indispensables ». Le 17 mai commence l’action théâtrale #aidelesmédecins. Et sont mises en ligne, quarante et une vidéos de récits  de médecins qui risquent leur vie quotidiennement, lus par les acteurs du BDT, distribués par Mogoutchi.
Quatre millions de roubles ont été ainsi récoltés à la suite de ce premier marathon. «C’est peu mais nous devons continuer dans la mesure  de nos forces,  si un masque de plus ou une blouse de protection  sauve une ou plusieurs vies,  cela vaut la peine. Les artistes de théâtre ne doivent pas laisser mourir  ces médecins et aides-soignants avec qui ils ont tous des relations nécessaires et  privilégiées.
 

Le projet se construit en marchant, dans l’action. D’autres théâtres comme  le Gogol Centre, le Sovremennik…. veulent y participer, et prendre le relai  dans ce marathon. Il faut des textes !  Anonymes ou signés,  à récolter dans le pays tout entier. La revue Teatr aide à la collecte. Textes de médecins, témoins, journalistes versés dans les questions médicales.  Un gigantesque théâtre documentaire en temps réel s’organise :  les acteurs lisent des histoires vraies, des expériences qui viennent d’être vécues, ils disent tout ce qu’il est important de dire à qui ne sait pas la vérité  de ce qui se passe en Russie. La voix  des comédiens permet à l’audace d’aller jusqu’au bout de cette vérité parfois dangereuse à prononcer…   

Ce  « teatr.doc » digital ( voir Les théâtres documentaires sous la direction  d’E. Magris et de B. Picon-Vallin) à l’échelle de cet immense  pays  permet aux acteurs qui se mettent en jeu de choisir à qui ira l’argent récolté: à celui qui en a le plus besoin, dans la zone rouge où se trouve sa ville ou sa région. Pétersbourg, d’ou est parti le marathon, est un épicentre  où la situation est particulièrement grave. « Je n’avais jamais fait du théâtre social » dit Mogoutchi. Mais  il s’agit aussi d’un genre : un développement, un renouvellement  magistral du théâtre documentaire, voire un théâtre politique.  C’est sans doute du care, mais s’il est empathique, il n’est ni  doucereux, ni lénifiant, ni moralisateur, ni auto-satisfait : il agit, il est efficace et met en avant des paroles cachées.  Les médecins et le personnel médical ont ici le premier rôle : celui qu’ils ont dans la vie. Il faut lire le témoignage d’une femme-médecin qui entend son post lu par une  des plus grandes actrices du BDT,  Alice Frendlikh  et elle considère que ce « cadeau est pour elle plus important  et bouleversant que n’importe quelle reconnaissance de l’Etat ». Et le marathon donne l’idée à d’autres médecins d’écrire à leur tour … 

 « Vous nous aviez demandé quel théâtre doit exister en une époque de quarantaine. Il me semble,  écrit Marina Davydova, qu’il doit aujourd’hui avoir ce visage. Théâtres de toute la Russie, unissez-vous ! »

Béatrice Picon-Vallin

Site de la revue Teatr : oteatr.info

 

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