Les déconfinés parlent aux déconfinés : Jean-Pierre Han

Les déconfinés parlent aux déconfinés:

Jean-Pierre Han, critique dramatique, directeur de la revue Frictions et rédacteur en chef des Lettres Françaises

-Toujours confiné? Mais on est vendredi 8 mai et cela touche à sa fin…

-Oui, confiné dans mon appartement à Paris et je ne suis pas atteint par le corona, c’est déjà cela! Nous n’allons plus au théâtre mais comme nous avons tous l’habitude de travailler chez nous, cela ne change donc pas grand chose.  Le comité de rédaction de Frictions, on le fait, même si on ne se voit pas très bien: Zoom a des hauts et des bas et cela demande une certaine gymnastique mentale. Et je travaille aussi sur des articles pour la presse papier. Pour Frictions, le montage du nouveau numéro était bouclé quand a été décidé le confinement, puis il a été imprimé. Et les paquets de numéros ont été livrés devant ma porte. Il ne m’a plus resté qu’à les descendre petit à petit dans ma cave : soit deux jours de gymnastique…header

Dans ce numéro de Frictions est évoqué de loin le confinement avec Guerre des virus une séquence d’un texte d’Heiner Muller: une scène très drôle qui n’a pas été retenue dans Germania III, les spectres du mort homme, un spectacle de Jean Jourdheuil qui me l’a signalée. C’est un dialogue ironique et très drôle dans un théâtre entre un auteur et un metteur en scène qui lui dit : « Dieu est le monde » Et l’auteur réplique :  “Dieu est peut-être un virus qui nous habite. » Heiner Muller décédé en 1995, était venu à Verdun, tu t’en souviens peut-être, pour la création d’un spectacle déambulatoire avec des textes de lui et de Michel Simonot… Cela devait se jouer à quelques kms des tranchées de la guerre de 14-18. Mais à la suite d’un entretien avec Heiner Muller assez virulent, le spectacle avait été censuré et finalement annulé…

-Que fais-tu à Paris depuis plus de huit semaines?

-Je ne vois bien entendu aucun spectacle ni aucune répétition mais comme je l’ai dit, je continue à travailler et à beaucoup lire. Entre autres, Débutants, un roman de Catherine Blondeau, la directrice du Grand T à Nantes. Cela se situe à l’’inauguration du musée national de Préhistoire réunit en Dordogne avec Nelson Ndlovu, un archéologue sud-africain, Peter Lloyd, un traducteur anglais installé là depuis quinze ans et Magda Kowalska, jeune femme polonaise qui tient une maison d’hôtes. Mais je lis aussi Les Abattues, un polar de la dramaturge Noëlle Renaude.
Du côté théâtre, je relis la pièce de Bertolt Brecht d’après le roman de Jaroslav Hašek, Le Brave soldat Schweik dans la seconde guerre mondiale que j’avais vue autrefois dans la mise en scène de Roger Planchon avec Jean Bouise au Théâtre des Champs-Elysées. Un grand moment de théâtre…

 Švejk, sculpture d'Adam Przybysz en Pologne


Švejk, sculpture d’Adam Przybysz à Sanok (Pologne)

- Et les captations que de nombreux théâtres nous offrent pour essayer de fidéliser le public en vue d’une rentrée qui reste pour le moins problématique?

- Cela ne m’intéresse pas beaucoup. Claude Régy, mort il y a quelques mois, refusait qu’on enregistre ses mises en scène et il avait raison: c’est une ersatz qui n’a pas grand chose à voir avec un vrai spectacle…

- Et toujours …et encore, le nom qui fait tout de suite problème : Avignon?

-Que dire? Ce festival -qui est un peu à l’image du théâtre actuel- ne pouvait pas continuer longtemps comme cela. Surtout quand on voit les prix de location de salles dans le off. Et faire une édition spéciale du in à la fin octobre ou au début novembre, ressemble à une vaste rigolade! Le public ne sait généralement pas que, derrière tout cela, il y a une question de gros sous! Et qu’il faut honorer les contrats signés et qu’il y a tout un système d’assurances à faire jouer…
En tout cas, je vois mal les choses: comment faire vivre ce festival en hiver ou presque: cela risque fort d’être lugubre. Et quant à l’année prochaine, je crains fort que cela ne reparte comme avant. Olivier Py espérait qu’on prolonge son mandat d’un an. Mais il semble que l’Etat souhaiterait que Stanislas Nordey lui succède et auquel cas, Olivier Py le remplacerait à la direction du Théâtre National de Strasbourg. Ce qui pourrait créer disons quelques mouvements parmi le personnel…

-Cette annulation semble révéler au grand public le malaise de toute la profession théâtrale…

-Oui, bien sûr mais il s’agit, même si on n’en perçoit pas encore toutes les conséquences d’une remise en cause fondamentale qui nous tombe dessus et d’un seul coup: que ce soit les gens de théâtre mais aussi les critiques. Sur quoi allons-nous écrire,  s’il y a très peu de spectacles dans les mois à venir? Et il va falloir que le Syndicat de la critique puisse aider les pigistes en leur accordant de petites bourses. Bien entendu, le travail des producteurs comme des attaché(e)s de presse  va aussi être laminé et un certain nombre va devoir trouver un autre emploi.
Quant à la rentrée théâtrale à Paris, je reste assez pessimiste et ce ne sera pas avant octobre et encore! Mais je ne vois pas comment elle pourrait se faire correctement vu les conditions sanitaires draconiennes imposées dont l’obligation de n’occuper qu’une place sur trois! Et dans les petites salles, cela serait impossible! La lettre à Olivier Royer, le directeur de l’Espace des Arts de Chalon-sur Saône que lui a écrite Matthias Langhoff et que Le Théâtre du Bloga a publiée, est très intéressante. Il a une véritable pensée et une force de proposition devant cette affaire compliquée: cela ouvre au moins  des perspectives et quelques espoirs…

Entretien réalisé avec Philippe du Vignal

Revue Frictions,
Maison d’édition à Paris, 27 Rue Beaunier, 75014 Paris

 

 


Archive pour mai, 2020

Les confinés du Théâtre du Blog parlent aux futurs déconfinés

Les confinés du Théâtre du Blog parlent aux futurs déconfinés

Christine Friedel, critique de théâtre

-Comment vivez-vous cette période sur le plan théâtral et personnel?

-Cela ne change pas grand chose à ma vie  de retraitée, j’ai plein de boulot et je pourrai en avoir encore plus, mais comme j’ai été un peu malade (sans doute légèrement touchée par le corona virus) je sors très peu de chez mon appartement au sixième étage près du Châtelet d’où  je peux voir le ciel et de la verdure… J’ai rencontré par hasard une copine et nous nous sommes parlé à quelque mètres…

La rue Montorgueil en temps normal

La rue Montorgueil en temps normal

Côté théâtre, je regarde comme tout le monde je crois, un certain nombre de captations. Pour ceux qui ont déjà vu un spectacle il y a dix ans voire plus, cela peut donner envie de réactiver des images. Mais cela met quand même le théâtre au niveau d’un défilé de mode, d’une pub et de la grande foire aux images de la télévision. J’ai revu sur le site de la Comédie-Française, la Bérénice de Racine avec Ludmila Mikael et Richard Fontana, hélas disparu. On s’aperçoit que l’on garde très peu d’images, même quand il s’agit de grands spectacles auxquels on a assisté il y a quelque vingt ans  ou plus. Et curieusement, on en a une autre vision. Même les pièce qui comme cette Bérénice ont été  bien filmées manquent toutes de plans d’ensemble, ce qui est pourtant la vision normale d’un spectacle au théâtre… Et les réalisateurs usent et abusent souvent des gros plans, alors qu’on n’est pas au cinéma!

J’ai revu aussi avec plaisir La Grande Magie d’Eduardo de Filippo, dans la mise en scène de Dan Jemmett à la Comédie-Française. Et le très réussi Fantasio que Thomas Jolly avait réalisé avec beaucoup d’invention et de précision; la musique de Jacques Offenbach était finement traitée par les interprètes qui chantaient parfois en faisant le cochon pendu…

Et le festival d’Avignon dans  toute cette affaire?

-Très franchement, cette année, il ne me manquera pas. La première fois que j’y étais allée, j’avais vingt-deux ans et j’étais critique de théâtre à Réforme. Jusqu’à mes trente ans, j’ai suivi chaque festival. Puis de trente à quarante, un peu moins sans doute.  Et de nouveau, surtout depuis que j’écris dans Le Théâtre du Blog, très régulièrement. Mais cette cure de repos, cette pause: après tout, cela n’est pas si mal. Cela dit, de grands spectacles comme ceux d’Angelica Liddell  ou d’Ivon van Hove que j’ai loupé à leur création et dont les créations avaient été programmése cette année, j’aurais bien aimé les voir et en rendre compte…
Quant au off, là aucun regret, aucun manque! Cela n’est plus vraiment un plaisir quand il faut courir sans arrêt et même si, en une semaine, on tombe parfois sur quelques spectacles intéressants. Ce manque de sélection dans le off offrait un avantage mais quand il y a plus de mille spectacles de théâtre sans parler du cirque, de la danse, de la chanson, pas sûr que cette inflation rende plus intelligent! Le système a fonctionné  il y a encore une bonne  vingtaine d’années, quand il y avait deux cents spectacles créés ou qui avaient déjà pas mal tourné. Mais là, c’est trop et refrain connu, la mauvaise monnaie chasse la bonne…

-Comme aux autres collaborateurs du Théâtre du Blog, je vous pose la question: et l’avenir du théâtre en France après cette singulière épreuve où toutes les cartes sans exception sont déjà ou vont être rebattues?

- Oui, comme vous dites, il va y avoir partout du ménage et les professionnels en sont bien conscients! Les gens auront sans doute toujours envie d’aller voir telle ou telle vedette comme Isabelle Huppert  dans  La Ménagerie de verre de Tennesse Williams à l’Odéon (voir Le Théâtre du Blog) et feront valoir les places qu’ils avaient achetées avant le confinement. Sauf, bien entendu, si, comme on le craint, il y a un rebond de cette pandémie.  Les lieux parisiens qui qui disposent pas de gros moyens comme Chaillot, le Théâtre de l’Odéon , la Comédie-Française n’ont pas grand chose à craindre. Mais pour les petits théâtres… une chose est sûre: rien ne sera tout à fait comme avant et il faudra attendre la rentrée en septembre ou  plus sûrement en octobre pour y voir plus clair.

 

Jean Couturier, critique de danse

-Comment vivez-vous ce  confinement?

-A titre personnel, pas trop mal. J’ai la bizarre impression de revivre l’année du concours  de l’internat de médecine où on travaillait cloîtré (beaucoup), où on se nourrissait (vite et mal) et où on dormait ( peu). Avec pour seule petite fenêtre, la radio : c’est à dire France-Inter et France-Culture où j’écoutais avec plaisir l’émission d’Alain Veinstein, Nuits Magnétiques les chroniques de théâtre d’un certain Philippe du Vignal devenu entre autres, notre rédac chef du Théâtre du Blog

En ce moment, je fais du télé-travail pour un centre d’expertises médicales et quelques télé-consultations. Mais je prends aussi le temps de relire mes auteurs favoris comme Boris Vian (Cantilène en gelée), et des pièces d’Heiner Muller et d’Edward Bond…

-Et le festival d’Avignon vous manquera cette année?

- Très franchement, oui. Cela fait plus de trente ans que j’y vais . Malgré la chaleur, les difficultés pour se loger, malgré les courses éffrenées dans le in et mais aussi dans le off pour arriver à voir tous les spectacles que l’on souhaite…2011_festival_8 En fait, c’est une espèce de drogue estivale et il y a des moments uniques comme assister à un spectacle dans la Cour d’Honneur, quel que soit sa qualité. Et aussi  toutes les rencontres que l’on peut faire…

- Comment voyez-vous la reprise à la rentrée?

- Pour moi qui suis médecin, toute salle est potentiellement dangereuse; cela dit, on a bien envie de retourner dans les théâtres mais je respecterai rigoureusement les règles sanitaires: masque porté en permanence (le virus ne descend pas alors dans les fosses nasales puis dans les bronches),  distance obligatoire entre chaque spectateur et gel hydro-alcoolique à volonté et je n’irai pas aux pots après les premières mais cela m’étonnerait que les théâtres en fassent, du moins pour un bon moment…

Comparaison n’est pas raison mais au Japon, les restaurants sont ouverts comme les salles de spectacle mais tout le monde, absolument tout le monde, petits et grands, porte un masque. Ici, il faut que les gens prennent bien conscience que la charge virale  ne diminuera pas tout de suite et, au mieux pas avant juillet. Et je ne vois pas comment  des festivals, même de taille réduite, pourraient avoir lieu en août… Il y a encore beaucoup de paramètres mal connus et il est donc très difficile de faire des prévisions solides: on avait craint que la chaleur ne soit un facteur aggravant. Et même à Naples ou en Afrique, par exemple, au Bénin, ce n’est pas le cas.

Mireille Davidovici, critique de théâtre

-Quelle est votre vie actuelle?

- Je vis cette cela très bien et pas très bien à la fois dans l’Hérault pas loin de Lodève dans ma famille. Je lis des manuscrits pour le concours de Radio France Internationale mais j’écris aussi ds articles sur le volet social de cette crise pour Le Théâtre du Blog. Et sinon, Je me balade une heure par jour dans la campagne, Lodève_-_panoramio_-_Hans_Hagenaars_(1).jpgje fais du vélo d’appartement, j’écoute France-Culture  ou des cours au Collège de France et je fais quarante cinq minutes de yoga par jour. Côté cuisine, je prépare des soupes d’orties et de fanes de carottes…

-Paris vous manque?

- Non, surtout le Paris confiné comme celui où vivent actuellement nos amis. Mais comme tout le monde, je téléphone beaucoup. Et je lis des romans comme La Peste d’Albert  Camus et ceux de Joyce Carol Oat ou de l’écrivaine britannique Zadie Smith que je télécharge sur le site de la Bibliothèque de la Vile de Paris.

-Question rituelle: Avignon?

-Pas de festival cette année, et alors? Cela fera une pause qui était de toute façon nécessaire… Il faut prendre les choses comme elles viennent mais bien entendu, je ne sous-estime pas les retombées énormes qu’il y aura sur le théâtre et le spectacle en général. En tout cas, je ne vois pas bien l’avenir si on prend les mêmes et si on recommence en mettant les bouchées doubles. Il y a de quoi être très pessimiste surtout dans une économie ultra-libérale!
La solution consistant à faire intervenir l’Etat dans les prix de location des salles dans le festival off d’Avignon ne me parait pas réaliste. C’est  aux compagnies  de refuser ce racket institutionnalisé depuis longtemps et d’aller voir ailleurs. Et de toute façon, elles vont pour beaucoup faire faillite et  ne pourront donc plus aller en Avignon mais cette crise va aussi toucher sévèrement tous les métiers dépendant du spectacle. D’abord les intermittents : artistes et techniciens qui, à terme, devront s’inscrire au R.S.A. mais aussi les boîtes de production de télévision comme de cinéma qui font aussi vivre les acteurs de théâtre et les graphistes, attaché (e)s de presse, …

-Et à Paris, comment voyez-vous l’avenir des théâtres et en général des salles de spectacle?

-Franchement, pas bien… Nous avons un espoir grâce aux professionnels militants qui, avec les réseaux sociaux, permettront peut-être aux métiers du spectacle de se réorganiser mais encore une fois les plus faibles des compagnies disparaîtront sauf si elles se fédèrent avec énergie et travaillent à des projets communs intéressants. Et personnellement, j’attends un sursaut des « collectifs » mais soyons clairs, ils devront sortir enfin des stéréotypes du genre  comme la n ième version des Trois Sœurs d’Anton Tchekhov…

 

Elisabeth Naud, critique de théâtre et enseignante à Paris VIII

– Comment vivez-vous la période actuelle?

 - C’est sans doute un paradoxe mais plutôt bien, même recluse dans mon appartement parisien. On a du temps pour ce qui est de la vie quotidienne et pour lire: comme cette Introduction aux auteurs : Valère Novarina, Jean-Luc Lagarce, Edward Bond, Jon Fosse, Bertolt Brecht, Sarah Kane… Et des romans,  je lis aussi actuellement Papa de Régis Jauffret sorti il y a peu. J’ai un temps de vie assez rythmé. Avec d’abord et surtout le télétravail avec mes étudiants à qui j’ai demandé d’écrire un monologue de théâtre puis de le transformer en dialogue, avec pour  seule consigne: une bio-fiction personnelle à partir de grandes pièces antiques, classiques: Oedipe, Médée, La Mégère apprivoisée, Phèdre, Woyzeck mais aussi  celles d’auteurs contemporains: Aziz Chouaki, Eugène Durif, Joël Pommerat.

Chacun lit une pièce et, à partir d’un des personnages, écrit un texte  tout à fait personnel, voire intime, sur un moment de sa vie qui a pu être joyeux ou dramatique. Avec au besoin, une grande part d’invention… Et ils peuvent aussi en réaliser une mise en voix avec vidéo qu’ils m’envoient. Tous les étudiants ont connaissance du travail des autres. Cet exercice de “mentir vrai” permet, me semble-t-il, d’être plus créatif, de réfléchir à ce qu’est une œuvre théâtrale… de lire davantage de pièces  mais aussi d’aller vers la poésie…

- Le festival d’Avignon annulé, cela va vous manquer?

- Désolée mais pas du tout… Cela fera une pause, va  sans doute faire du bien à tout le monde et en tout cas, fera bouger les lignes. Il faut absolument que le in devenu très sélectif  redevienne convivial  et que les prix de places actuellement très coûteux, soit à nouveau abordable. Il faudra sans doute diminuer les jauges et adapter le festival  à cette nouvelle situation sanitaire et…économique.

La mythique Cour d'Honneur

La  Cour d’Honneur à Avignon

Même chose pour le off dont les tarifs de location de salle et de séjours se sont envolés ces dernières années; de toute façon, de nombreuses compagnies déjà endettées à cause de cette crise, ne pourront plus venir en Avignon.  Cela va donc rebattre les cartes…

-Et l’avenir du théâtre en France?

- Là aussi,  les directeurs de salles à Paris et dans les grandes villes devront s’adapter rapidement s’ils veulent garder leur public. Pourquoi pas des places beaucoup moins chères dans les grands lieux subventionnés? Pourquoi ne pas diminuer là aussi les jauges des salles et doubler le nombre de représentations si l’on veut que le public revienne, ne particulier les jeunes qui y vont peu, voire pas du tout?  Personnellement, je n’ai pas peur mais cela dit je choisirai quand même les salles où aller.  Hors de question de s’entasser dans de petits lieux! Mais de toute façon, pourront-ils rouvrir à la rentrée?  Enfin, à quelque chose malheur est bon: cela permettra sans doute de désacraliser le lieu théâtral…
Quant aux petites compagnies, leur situation si l’on en juge par ce qui se passe actuellement, est souvent catastrophique. Là aussi,  il faudra inventer de nouvelles formes et aller jouer ailleurs que dans les salles conventionnelles pour fidéliser le public. Cela n’obéit pas à une  esthétique mais répond  à une nécessité  et implique bien entendu une profonde réflexion de toute la profession mais aussi du Ministère de la Culture. Le théâtre dit privé, aux prix de places élevé,  est fréquenté par un public d’un certain âge donc très soucieux de se protéger du virus. Et ces théâtres parisiens vont eux, en prendre plein la gueule et auront tout intérêt à revoir leur programmation qui est souvent pour rester poli, d’un intérêt très limité…

 –Un motif d’espoir?

- Pas de cynisme mais dans le passé, le théâtre a connu en France des hauts et des bas et si cette crise sanitaire sans précédent permet de faire un certain ménage sur les plans esthétique et financier, on ne peut que s’en réjouir…

Entretiens réalisés par Philippe du Vignal

A suivre: ceux avec Véronique Hotte, Gérard Conio, Edith Rappoport, Béatrice Picon-Vallin et… Philippe du Vignal.

 


Des nouvelles du front : des artistes s’interrogent sur l’après Covid 19

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Laurent Vacher Mireille Davidovici Dominique Bérody David Rofé-Sarfati Montlló Seth Floriane Dané Clara Duverne Jana Klein Stéphane Schoukroun Anne Monfort Emmanuelle Ossena Christophe Raynaud de Lage Johanna Silberstein Alice Trousset

Des nouvelles du front : des artistes s’interrogent sur l’après Covid 19

Sur la plateforme Zoom, on se voit et on se parle sans danger de contagion. Heureux de se retrouver pour quelques échanges et tours d’un horizon qui s’entrouvre depuis l’annonce du déconfinement, prévu le 11 mai… Mais qui reste brumeux après les dernières annonces d’Emmanuel Macron et de Frank Riester (voir le Théâtre du Blog). Olivier Saksik et Manon Rouquet, attachés de presse de l’agence Elektronlibre, ont invité plusieurs artistes à dialoguer avec nous.

 Laurent Vacher

Le metteur en scène prépare un spectacle sur Giordano Bruno, Le  Souper de Cendres programmé en novembre. « Je peaufine le texte, dit-il,  et j’ai eu du temps pour travailler sur l’infini ! Pour la suite, c’est assez énigmatique. Les acteurs sont des machines à postillons. » (…) « J’ai hâte d’être sur le plateau pour voir comment inventer des choses. Avec la technologie…» Il reste optimiste: «Nous allons trouver des façon d’être, de faire, mais l’obligation que les spectateurs soient masqués, c’est un souci.  »

 Simon Delétang

En deuil du festival du Théâtre du Peuple à Bussang (Vosges) fondé en 1895 par Maurice Pottecher, et qu’il dirige, il se trouve face à l’inconnu. La région, fortement touchée par l’épidémie, ne recevra pas de touristes cet été. Les hôtels et centres de vacances restent fermés et l’hôpital le plus proche situé à Remiremont, est encore surchargé. » Quant à Lenz , son spectacle itinérant à travers les Vosges, est reporté sine die (voir le Le Théâtre du blog).

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Théâtre du peuple à Bussang

A peine prévoit-il quelques événements dans le parc du Théâtre du Peuple, à la fin août. Les spectacles programmés cette année le seront à nouveau en 2022. La subvention 2020 a quand même pu être intégralement sauvée. .
Mais on attend une réponse de la Direction de l’emploi et du travail pour les 104 déclarations de chômage à temps partiel qui ont été déposées.

« Il y a, dit-il, une angoisse, surtout chez les comédiens  et si elles n’étaient pas validées, la structure aussi serait en déficit en 2021 car tous les contrats ont été honorés. »


 

La Maison Maria Casarès

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La Maison Maria Casarès à Alloue

Moins de souci pour son festival d’été: Alloue se trouve en zone verte et les rencontres accueillent moins de cent personnes : « Nous revendiquons haut et fort notre petit festival , dit  Johanna Silberstein, codirectrice de ce lieu de création et de résidence (voir Le Théâtre du Blog) et nous espérons toucher un public local venu de Limoges, Poitiers Angoulême…(voir le Théâtre du Blog)   …Les spectacles sont déjà créés. Ils expérimenteront de nouvelles manières d’organiser les « banquets » qui ressemblent artistes et spectateurs, et sont certains que rassuré, le public aura envie de venir … Certains fidèles se sont déjà manifestés. 

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Family Machine

Roser Montlló Guberna et Brigitte Seth

Les metteuses en scène dont nous avions récemment apprécié Family Machine à Chaillot-Théâtre national de la Danse sont confinées ensemble mais en plein travail.  Elles ont pu avancer sur un spectacle musical, initié par la violoniste Florence Malgoire et initialement prévu en juillet au festival Format Raisin: La Merveille du siècle /Portrait musical d’Elisabeth Jacquet de la Guerre (1645/1729). Cette enfant prodige devint la protégée de Louis XIV avant d’imposer un style qui s’émancipera peu à peu du modèle imposé par Lully:  » Hervé Mestron, écrivain et musicien, travaille sur le texte. C’est intéressant de travailler chacun de son côté, puis par Skype avec Florence Malgloire, au violon et avec la claveciniste… »   

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Elisabeth Jacquet de la Guerre

« Ce portrait musical d’Elisabeth Jacquet de la Guerre sera l’occasion d’entendre la voix d’une artiste accomplie à une époque où la bienséance faisait tout pour restreindre le droit des femmes, annonce Hervé Mestron. «  Elle nous parlera d’elle, des bonheurs et des épreuves qui ont ponctué son chemin de vie. Elle nous donnera surtout à entendre sa musique qu’elle considère comme son testament philosophique, où textures et formes codifiées nous restituent l’atmosphère d’une exigence royale toute dévouée à l’art. »

« Pour la mise en en scène, on va se débrouiller, dit Brigitte Seth. « La danse c’est un peu plus compliqué mais il y a des possibilités de répéter sans se toucher. Que ce soit danseurs ou comédiens. Il ne faut pas que les gens se mêlent d’inventer à notre place, les politiques surtout. A nous de trouver les moyens de répéter… »

Dominique Bérody

Ce spécialiste du spectacle et de l’action culturelle  jeunesse connaît bien la question et émet des réserves quant aux discours d’Emmanuel Macron et de Frank Riester à propos de l’éducation artistique. Conseiller artistique et littéraire (Actes Sud Papiers, collection Heyoka jeunesse) La Cour aux ados, festival lancé par Jean-Claude Gal, le directeur artistique du Théâtre du Pélican, à Clermont-Ferrand voir le Théâtre du blog)

 

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La cour aux Ados

 Expert à la  DRAC Île-de-France , la DAC Ville de Paris et Artcena,  il remarque, en observateur éclairé : « Ça fait trente ans que cette question est lancée. Oser dire aux artistes qu’il va falloir inventer, les envoyer faire de l’animation dans les colonies de vacances… Par mépris et ignorance de l’éducation artistique … On aimerait un projet culturel fort. Au lieu de quoi on improvise devant un ministre qui prend des notes, on méprise ceux qui inventent … On n’associe par les partenaires sociaux C’est un mépris fondamental de l’art émancipateur, et de l’engagement des artistes… On leur dénie la responsabilité partagée d’inventer une politique… »

Une colère qui vient en écho aux critiques émises par la profession du spectacle sur la politique actuelle du gouvernement. Et beaucoup n’attendent plus rien d’un État-Providence mis à mal par un libéralisme mercantile et triomphant, comme en témoigne la pétition lancée aujourd’hui : « Nous ne voulons pas qu’on parle à notre place ! Il faut que nous soyons à la table des négociations sur le déconfinement. Nous sommes les seuls à savoir si nous pouvons faire des « mises en scène adaptées » ou proposer d’autres formes en lieu et place des spectacles programmés à l’automne…

 « Il est essentiel de repenser le spectacle et ses rapports de production. Les théâtres sont nos outils de travail et des mandats ont été donnés à des directeur.rice.s. Mais ces services publics nous appartiennent aussi! Prenons le temps de réfléchir collectivement sur nos pratiques : artistes, directions et équipes attachées à des lieux culturels, tutelles, public…« Nous ne voulons pas recommencer comme avant. »

Mireille Davidovici

Pétition :  https://www.facebook.com/1001658452/posts/10219014944976855/?d=n

 *Giordano Bruno, le souper des cendres,   mise en scène de Laurent Vacher, novembre, décembre 2020 et  janvier 2021 au Théâtre de la Reine Blanche. http://www.compagniedubredin.com/Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher, 40 rue du Théâtre, Bussang (Vosges) T. 03 2961 62 47 www.theatredupeuple.com

La Merveille du siècle mise en scène par Roser Montlló Guberna et Brigitte Seth sera notamment présenté aux Journées du Matrimoine .
https://toujoursapresminuit.org/

 Festival d’Eté de la Maison Maria Casarès : Deux riens mise en scè̀ne de Caroline Maydat et Clé́ment Belhache.; Prodige de Mariette Navarro, mise en scène de Matthieu Roy ; Les Noces de Samira Sedira, mise en scène de Jeanne Desoubeaux (Jeune Pousse 2017); Parcours sonore autour de la Correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès du 27 juillet au 20 août.

Maison Maria Casarès, Domaine de la Vergne, Alloue ( Charente). T. 05 45 31 81 22
www.mmcasares.fr

  

Entretien avec Yngvild Aspeli

Entretien avec Yngvild Aspeli

 

Yngvild Aspeli,  directrice artistique de Plexus Polaire, développe un univers visuel qui donne vie aux sentiments les plus enfouis.  images-5Avec des marionnettes à taille humaine, est aussi présent l’acteur-marionnettiste, la musique, la lumière et la vidéo. Metteuse en scène, actrice et marionnettiste, Yngvild Aspeli, a fait ses études à l’Ecole Internationale de Théâtre Jacques Lecoq à Paris, puis à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette (ESNAM) à Charleville-Mézières de 2005 à 2008.

Avec sa compagnie Plexus Polaire, elle a créé : Signaux, Opéra Opaque, Cendres et Chambre Noire. Elle travaille actuellement sur une adaptation de Moby Dick, le fameux roman d’Herman Melville qu’elle devait créer au festival d’Avignon.

-Vous êtes né dans une famille norvégienne?

- Oui, mon grand-père était marin. Il avait une femme nue tatouée sur son bras. De lui, je garde en mémoire comme une odeur de poisson, sel,  goudron et tabac. Un portrait enfumé construit à partir des histoires que ma mère me racontait à son sujet. Notre maison était remplie d’objets étranges, rapportés de ses voyages : un hippocampe séché, un éléphant sculpté en bois d’Inde, des tasses de porcelaine chinoises révélant des portraits de femmes à la lumière, un bébé crocodile empaillé… Mon grand-père venait d’une île de la côte Ouest de la Norvège, avec un petit port rempli de navires et de langues étrangères, de pêcheurs, marins et enfants attendant le retour de leur père…

 - Ce Moby Dick devait être créé cette année à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon. Comment auriez-vous travaillé dans ce lieu avant la crise sanitaire et où en était votre spectacle quand a été décrété ce confinement ?

affiche de Moby Dik

affiche de Moby Dick

 - Finalement nous n’avons pas pu y aller. Avant cela, nous avons eu une première résidence au Mouffetard-Théâtre de la marionnette à Paris en septembre dernier. Puis nous avons travaillé sur la scénographie et la construction des marionnettes à la Nef à Pantin, à la Comédie de Caen et au Théâtre Romain Rolland de Villejuif. Quand la crise sanitaire s’est déclarée début mars, nous venions de commencer les premières grandes répétitions au Nordland Visual Theatre de Stamsund, dans les Îles Lofoten, au nord de la Norvège . Nous sommes restés dans un premier temps confinés et malgré cela, avons poursuivi les répétitions au théâtre. Mais une partie de l’équipe n’a pas réussi à nous rejoindre, comme les musiciens qui ont quand même travaillé à distance avec nous pour avancer la composition et nous avons organisé deux répétitions de chant par Skype. 

 -Comment avez-vous continué? Quelles sont les perspectives d’avenir pour ce spectacle très attendu par le public ?

 - C’est étrange  et la situation a vite évolué avec, chaque jour, de nouvelles informations. Une partie de l’équipe est repartie plus tôt que prévu pour éviter d’être bloquée sur l’île et en Norvège. Un autre partie dont moi, avons choisi de rester. Il n’y a pas de confinement à proprement parler chez nous mais les déplacements sont restreints et le télétravail encouragé. Les répétitions prévues en avril, mai et juin ont été annulées et nous essayons maintenant de tout réorganiser pour créer le spectacle cet automne. Entre temps, nous avançons sur la fabrication des marionnettes et costumes, et sur le scénario… Quant et où jouer on verra bien mais pour le moment, on ne sait rien…

Entretien avec Jean Couturier

www.plexuspolaire.com

 

 

Entretien avec Wittus Witt

Entretien avec Wittus Witt

  Il a travaillé au Kom(m)ödchen de Düsseldorf, au Renitenz-Theater de Stuttgart, au Kammerspiele de Aachen et au Kabarett Die Stachelschweine de Berlin.  C’est un des meilleurs magiciens allemands. La Galerie-W/Zauber und Kunst (Magie et Art) a ouvert ses portes en 2012 à Hambourg.

 Première galerie allemande pour la magie et les arts visuels qui, chaque vendredi soir, se transforme en salon de magie (Zauber-Salon Hamburg). Le maître des lieux, Wittus Witt présente ses nouvelles idées autour d’amuse-gueule et de verres de Prosecco. Comme dans les salons de magiciens du XIX ème siècle. L’un des plus représentatifs en était le Viennois Johann Nepomuk Hofzinser (1806-1875) qui invitait un public bourgeois trié sur le volet…Capture2


Wittus Witt est aussi l’auteur de nombreux livres et d’articles sur la magie. De 1977 à 2009, il a  publié, tous les trois ans, le seul annuaire professionnel environ 1.300 noms du monde entier: Gelbe Zauber-Seiten (Pages Jaunes Magiques). Avec six éditions et 30 000 exemplaires écoulés, son tout premier livre Taschenspieler-Tricks (Tours de poche, 1986) est dans cette discipline, l’un des plus vendus en Allemagne


En 1987, il publie Zauberkaesten, un livre-catalogue richement illustré, sur sa collection de boîtes de magie et destiné aux grandes expositions dans les musées de Munich et de Düsseldorf.

-Comment êtes-vous entré dans le monde de la magie?

- Mon père m’a montré un tour de cartes quand j’avais cinq ans et je suis tombé amoureux de la magie. Quand j’ai pu lire, j’ai demandé à mes parents de m’acheter des livres de magie et pendant de nombreuses années, j’ai appris tout seul cette discipline. Je vivais à la campagne, loin d’une ville et je ne savais donc rien des marchands de trucs ou des clubs de magie.

Quand j’avais douze ans,  un ami d’école m’a montré un catalogue du marchand Joe Wildon. À cette époque (vers 1960), c‘était une personnalité bien connue de Bielefeld, à environ cinquante kms et alors j’ai économisé tout mon argent de poche pour acheter des tours.

-Qui vous a aidé ?
 
– Mes parents m’ont envoyé pour apprendre l’anglais quand j’avais seize ans, dans notre famille qui vivait sur l’île de Wight. Sur le chemin, j’ai dû passer par Londres où j’ai découvert des boutiques de magie et les livres de Davenports, Harry Stanley et Tony Corinda. Je suis devenu très ami avec ce dernier qui m’a invité chez lui et m’a appris sa merveilleux tours à la Slydini.

 Mais je ne voulais pas devenir professionnel et j’ai commencé à étudier les beaux-Arts à l’académie de Düsseldorf avec le célèbre Joseph Beuys. A partir de 1973, pendant mon temps libre, je faisais de la magie dans les rues de Düsseldorf: je devais être l’un des premiers allemands…

 Deux ans plus tard, Jean Pütz, un producteur de télévision, m’a repéré et m’a demandé de participer à une émission. Et depuis je me produis régulièrement  sur les chaînes allemandes. Mais après cinq ans, j’ai dû prendre une décision :  continuer à être designer ou devenir magicien professionnel à plein temps: ce que j’ai choisi. Quand j’ai commencé, j’étais un grand fan de Fredo Lexon, un magicien peu connu mais l’un des meilleurs. Nous sommes devenus très proches- et j’ai appris beaucoup avec lui- et tous les deux, des magiciens « parlants ». De 1993 à 1998, j’ai eu ma propre émission Tele-spell with Wittus Witt où je réalisais de la magie interactive en direct, tous les quinze jours. De 1996 à 1998, j’ai aussi fait des tours interactifs à la radio.

-Comment et où travaillez-vous ?

- D’abord dans tous les endroits  où nous magiciens avons tous pratiqué comme des fêtes, mariages, événements d’entreprise, salons d’industrie… Mais un jour, j’ai décidé de ne plus faire de “close-up“. Pour moi, ce n’était pas une forme d’art. Montrer des tours à des gens qui mangent et qui boivent, n’a rien d’artistique: c’est juste une façon bon marché de raconter des blagues. J’ai alors voulu travailler dans une vraie salle pour que les gens viennent  à moi et regardent mes tours. Fin des années 80, j’ai créé mon premier spectacle et j’ai demandé aux théâtres de me programmer. Mais ils n’étaient pas sensibilisés à la magie qu’ils ne considéraient pas comme un art. Après deux ans d’essais infructueux, j’ai enfin été programmé dans un vrai petit théâtre. Je suis à peu près sûr d’avoir été le premier magicien allemand à avoir ouvert les portes des théâtres1… Un peu arrogant? Oui mais c’est vrai et aujourd’hui, je joue dans ma propre salle à Hambourg, tous les vendredis à 21h.

 -Parlez-nous de votre magazine Magische Welt  (3).

 -Il a été fondé en 1952 par le célèbre marchand allemand W. Geissler-Werry. Après sa mort en 2000, sa veuve m’a proposé d’en être le nouveau directeur et j’ai sauté sur l’occasion. Dès le premier numéro, j’ai changé complètement l’apparence:  plus grande et plus colorée  elle était donc plus professionnelle. Avec une partie pour les informations générales et une autre  pour les tours uniquement.

Beaucoup de magiciens n’aimaient pas cette idée mais maintenant la plupart sont heureux que tous les tours soient rassemblés dans un fichier séparé: très utile quand vous recherchez quelque chose en particulier… Mon objectif était de produire un magazine de magie qui devait ressembler à un « vrai » magazine. Alors que les publications de magie ressemblent très souvent à des ouvrages scolaires!676751806

– Quels sont les magiciens qui vous ont marqué ?

 -Comme je l’ai déjà dit, il y a d’abord eu Fredo Raxon mais plus tard, je me suis aussi intéressé à d’autres artistes : j’aimais aussi beaucoup Gilbert Bécaud et sa façon de faire interagir le public pendant son récital.

 -Quels sont les styles de spectacles qui vous attirent?

 -Je préfère ceux où je peux voir une idée derrière. C’est très ennuyeux de regarder quelqu’un qui montre juste un tour après l’autre. Je veux savoir pourquoi il me montre sa magie et aussi pourquoi  il est  sur scène…

 -Quelles ont été vos influences artistiques ?

 -Joseph Beuys (1921-1986) d’abord. aaa_20120301194744_20120301194753 Auprès de lui, j’ai appris que nous, les magiciens, devons être des êtres humains et nous comporter comme tels. C’est surtout pour cela que je n’aime pas voir les animaux sur scène. Peu importe lequel. Pour moi, faire des tours avec  eux n’est pas humain.

 -Quels conseils donneriez-vous à un débutant ?

 -Apprendre à développer sa personnalité. (Les tours viennent en second). Et  se cultiver, regarder toujours les autres formes d’art pour s’en inspirer.

 -Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?

 -Je suis très heureux qu’il y ait de plus en plus des salles consacrées à la magie. En Allemagne, il en existe une douzaine, très intimes et les gens aiment venir voir un répertoire, peu importe que l’on soit connu ou non.

 -Et en dehors de la magie, que faites-vous ?

-J’écris et je publie des livres sur ma discipline (4), je nage et j’aime… ( 5)

 Entretien avec Sébastien Bazou, mai 2020.


En 1952, W. Geissler, alias Werry et Theodor Wolf, alias Torry, fondent un magazine indépendant: Magische Welt qui paraît trois fois la première année puis six par an à partir de 53.

La série d’exercices mentaux de Gert Graf von Haslingen, publiée sous le titre Q-E-D, est imprimée sur un papier de couleur différente avec une pagination séparée. La série commence au deuxième numéro de la seizième année: 1967 et se termine à la vingt-cinquième année: 1976.
Les premières décennies, MW est surtout une revue spécialisée dans les tours de magie dont la plupart rédigée exclusivement pour le magazine mais la partie théorique a gagné en importance à partir des années 70. Surtout  consacrées à  la parapsychologie à propose de laquelle le Dr Lutz Müller publie les premiers articles. A partir de 74, Werry commence une lutte acharnée contre les charlatans prétendant avoir des pouvoirs surnaturels.
Les contributions à l’histoire de la magie étaient rares dans le journal. Cela a changé quand  Wittus Witt l’a repris; il y avait auparavant publié des articles et une chronique. Et depuis 2000, des articles sur l’histoire de cet art sont publiés régulièrement par le Prof. Dr. Peter Rawert, Peter Schuster, Volker Huber et Richard Hatch.
À partir de 2008, le MW est  imprimé en quatre couleurs avec en moyenne, soixante pages par numéro. L’année suivante, MW évoluera encore, avec un cahier technique des tours en encart séparé au format A5.

La liste des auteurs ayant participé au MW est une sorte de Who’s who de la scène magique internationale avec Max Maven, Jeff McBride, Otto Wessely, Werner Miller, Manfred Zöllner, Markus Zink, Denis Behr, Richard Sanders, Pit Hartling, Thomas Fraps, Andreas Michel-Andino, Bernd Schäfer, Roman Ertl, Jörg Alexander, Stephan Kirschbaum, Stefan Alexander Rautenberg, Levent, Malin Nilsson, Paul Potassy, Flip…

Aujourd’hui, le MW, avec un tirage de 2. 500 exemplaires, est l’un des trois plus grands magazines de magie au monde et le deuxième plus ancien de cet art depuis soixante ans.

Zaubern und Bewaubern (Magie et Enchantement) de Wittus Witt (2008) présente la scène magique allemande actuelle.

65 Zauber-Geschichten (65 histoires magiques), une autobiographie où Wittus Witt va à la rencontre de ses collègues.

 En 2014, Wittus Witt a lancé la première encyclopédie de magie en langue allemande : Zauber-Pedia. www.zauber-pedia.de

http://www.wittuswitt.de/Die_Zauberkunst_des_Wittus_Witt.html

http://www.galerie-we.de/Willkommen.html

http://www.magischewelt.de/

 

 

 

 

Quelques petits cadeaux à saisir encore mais plus pour très longtemps

Quelques petits cadeaux à saisir encore mais plus pour très  longtemps…

Elvire Jouvet 40, conception et mise en scène de Brigitte Jaques

 Le Théâtre de l’Athénée à Paris donne la possiblité de revoir ou de voir ce spectacle mythique avec Philippe Clévenot, 440px-Philippe_ClévenotMaria De Medeiros,MCG-001235-01 Eric Vignier, Vincent Vallier et Maxime Bourotte.
Et pour lequel Philippe Clévenot reçut le Molière de la meilleur interprétation en 1987.

Ne ratez pas ce film; cela vous permettra de revoir ou de voir cet immense acteur qu’était Philippe Clévenot et Maria de Medeiros à ses débuts…


Antigone
un spectacle (en russe, surtitré en français) d’après Sophocle, adaptation et mise en scène de Lucie Berelowitch avec des acteurs russes et Thibault Lacroix

Une mise en scène pas très convaincante mais où on peut  découvrir la musique et le chant du groupe des Dakh Daughters: Natalka Halanevych, Tetyana Hawrylyuk, Solomiia Melnyk, Anna Nikitina et Nataliia Zozul.

La Dame de chez Maxim  de Georges Feydeau, mise en scène de Jean-François Sivadier

Un spectacle créé en avril 2009 au Théâtre national de Bretagne par un des meilleurs metteurs en scène français avec d’excellents acteurs puis joué et capté à l’Odéon pour Arte  Intelligence du texte fourmillant de détails, rythme dans la progression scénique, logique et précision jusque dans l’absurde…
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Georges Feydeau on l’a souvent dit, fait fonctionner une machine qui fait  subtilement partager au public les  aventures où de grands bourgeois et leurs domestiques  sont enfermés. Mais cela exige des acteurs une impeccable maîtrise du jeu. Et cela Jean-François Sivadier sait faire dans un décor très épuré et, quand il dirige entre autres Nicolas Bouchaud et Nora Krief, c’est un grand moment de théâtre comique…

Théâtre et canapé.

Ma chambre froide de Joël Pommerat

Estelle,une  femme de ménage honnête et dévouée, va devenir  le souffre-douleur des employés d’une entreprise. Elle est pourtant persuadée que l’humanité est profondément bonne, elle  essaye de trouver un sens à la cruauté des hommes dans la symbolique des rêves. C’est un bon texte d’un des meilleurs auteurs-metteurs en scène français contemporains avec Valère Novarina. Le spectacle créé en 2011 aux Ateliers Berthier est aussi disponible jusqu’au 20 mai.

La pièce est éditée chez Actes-Sud

www.theatre-contemporain. net

Hedda Gabler d’Henrik Ibsen, mise en scène de Thomas Ostermeier, créé à la Schaubühne de Berlin en 2005. ( en allemand sous-titré en français)  à partir de ce jeudi 7 mai à 18h 30 et jusqu’à minuit. 

 Fille de bonne famille, Hedda est marié à Tesman, un brillant universitaire obsédé par sa recherche et qui convoite un poste à l’université. Mais ce mariage de raison comme on disait autrefois est sans passion ni amour. Tout est prêt pour une explosion… Lovborg, un ancien amant d’Hedda  devenu un auteur de talent talentueux etplus doué que Tesman, va rendre folle l’hystérique et perverse Hedda… 5c93bb912400003300065026

 Dans un décor épuré et froid de Jan Pappelbaum, Thomas Ostermeier  passionné par le théâtre d’Ibsen dont il a aussi monté Un Ennemi du peuple et une très remarquable Maison de poupée, situe la la pièce  de nos jours et montre la grande complexité des liens entre les êtres et leur détresse. Ostermeier accentue le cynisme  des personnages et emmène la pièce vers une sorte de farce macabre…Avec la remarquable Katharina Schüttler. Un grand texte mis en scène avec rigueur par l’excellent metteur en scène allemand. Que demande le peuple?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Schaub%C3%BChne_am_Lehniner_Platz

Et un film : Le Retour de Richard III par le train de 9h 24 d’Eric Bu

Une allégorie du confinement en famille et donc d’actualité. Avec entre autres Sophie Forte et Hervé Dubourjal.A voir gratuitement dans son intégralité jusqu’à… la fin du confinement le 11 maiLe-retour-de-Richard-3-par-le-train-de-9h24-001-620x260

  http://leretourderichard3.com

Philippe du Vignal

 

 

La culture sauvée ? Emmanuel Macron et Frank Riester en direct de l’Elysée

La culture  sauvée ? Emmanuel Macron et Frank Riester, en direct de l’Elysée

 De nombreux professionnels avaient tiré la sonnette d’alarme, en écho aux revendications des structures, des salariés et  intermittents du secteur culturel, Mais le Gouvernement, en particulier le ministre de la Culture, leur opposaient un silence assourdissant. Après par les appels lancés par différents sources et parc celui dans le journal  Le Monde et signé par des personnalités de la Culture, le président de la République réagit enfin… Franck Riester, ministre de la Culture, a essayé, quelques heures avant lui, d’occuper l’espace médiatique mais n’a rien dit de concret. De son côté, Jack Lang réclame dans Le Monde un «new deal» culturel !

 La déclaration d’Emmanuel Macron, était très  attendue après ce désastre qui gèle tout un secteur déjà en crise et maintenu sous perfusion par des mesurettes depuis trente ans…. Une crise ?  Pas pour tout le monde : les prestataires de l’économie numérique, surtout américains, sont optimisés fiscalement et les actions de Netflix sont en hausse vertigineuse! Mais les créateurs traditionnels  comme les diffuseurs sont au bord de la noyade…

Emmanuel Macron, décomplexé, se pose en sauveteur : « Il faut que les lieux de création revivent. Cet été, on ne fera pas de grands événements. On l’a déjà dit. Beaucoup de choses pourront reprendre  à partir du 11 mai, mais en s’adaptant aux contraintes de l’épidémie pour que le virus ne recircule pas à toute vitesse. »

Il annonce que les droits des intermittents du spectacle - quelque 100.000 artistes et techniciens – seront préservés: « Beaucoup ne pourront pas faire leurs heures. Je veux que les droits  des intermittents soient prolongés au-delà des six mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée, c’est-à-dire jusqu’à la fin août 2021. » Le chef de l’Etat s’est dit convaincu qu’il allait «donner suffisamment confiance  pour que, quasiment, on n’en ait pas besoin. On va donner, avec beaucoup de projets, les heures  qui permettront aux intermittents de «ne pas activer ces dispositifs». Par exemple, il souhaite que tous les artistes qui vont bénéficier de ces sécurités s’impliquent dans l’éducation artistique et culturelle. Ils pourraient aller au contact des  jeunes et Frank Riester qui est intervenu après Emmanuel Macron, annonce la tenue d’un Haut Conseil à l’éducation artistique et culturelle, avec le ministre de l’Education nationale « pour que les artistes aillent au-devant des jeunes, y compris pendant l’été ». 

 Par ailleurs, les auteurs -ils ne sont pas intermittents-  bénéficieront d’un fond de solidarité à partir de mi-mai. Ils pourront saisir leur dossier sur un site et pendant quatre mois, se faire rembourser leur loyer et être exonérés de cotisations sociales… Les théâtres doivent commencer à fonctionner, précise Emmanuel Macron : « Les acteurs pourront réinvestir les lieux, notamment pour répéter et nous nous interrogerons fin mai si on peut aller plus loin dans le déconfinement en étant inventifs. Cela devra être discuté avec les maires et les préfets. On va regarder comment on peut articuler les choses avec le public ».

Un fond spécial sera aussi mis en place pour aider les festivals (musique, théâtre, marionnettes, cirque…) Mais les grands rassemblements de plus de 5.000 personnes ne seront pas autorisés avant fin août. Le président souhaite aussi que soit créé un fonds d’indemnisation quand les tournages ont été annulés car les assurances ne couvrent pas les pandémies : « Il faut que les assureurs, les banques, les SOFICA mettent en place un fond d’indemnisation temporaire  avec le Centre National du Cinéma. » Pour que les tournages puissent reprendre au « cas par cas » après fin mai, « Il faut que tous les acteurs soient là. Les régions. Il y a plein de contraintes administratives mais si les ministres pouvaient se mettre ensemble en organisant un petit guichet dédié, ce serait formidable  » Et le Président souhaite « qu’on mette le paquet ».  « Que ce soit [pour] les métiers d’art, les spectacles vivants, la littérature, les arts plastiques. Je pense en particulier aux créateurs de moins de trente ans. » Et il a incité la profession à « inventer une saison hors normes » et « aller chercher les publics parfois oubliés du monde de la culture. »

 Frank Riester qui intervenait peu après a réitéré les annonces du Président et a précisé que  « les mesures annoncées ont été travaillées, identifiées. Des réponses à cette crise qui touche notre humanité ont été données ainsi que des mesures d’urgence visant à protéger cet écosystème.  » Il annonce des prêts garantis par l’Etat, un fonds de solidarité et le report des cotisations sociales et des charges fiscales… Il faudra « ajuster les dispositifs de résilience et de résistance pour accompagner la reprise du secteur culturel. C’est un pacte de confiance car nous sommes convaincus que ces artistes et techniciens proposeront des créations formidables. » Il souhaiterait entre autres, que les « GAFA investissent dans l’audiovisuel (!!) » … Il précise que le Centre national de la musique, « qui vient d’être créé et qui est très fragilisé par la période »sera, quant à lui, doté de nouveau à hauteur de cinquante millions d’euros.

 Troisième temps: discuter et réfléchir à l’amélioration du modèle français. Le ministre de la Culture annonce un point de rencontre fin août avec les artistes après toute cette effervescence. Il va falloir réinventer des formes de spectacle… Avec bon sens et créativité mais en toute sécurité. Viendra alors « le temps de la refondation. Réaffirmer le modèle français. Unique. Que le monde entier nous envie !  », a  conclu le ministre sans donner plus de détails !

 Méfiant, le comédien Samuel Churin, membre de la commission des intermittents et précaires, défie qui qe ce soit de commenter ces annonces  : « Nous avons été échaudés dans le passé des centaines de fois et tant que nous n’avons pas reçu la directive, je ne sais pas ce que ça signifie concrètement.. » (…) » Tant que je ne vois pas sur un papier la façon dont est édictée la règle pour rattraper les choses, je ne peux pas commenter une phrase derrière laquelle on peut mettre ce qu’on veut.  »  La CGT et le SYNDEAC s’interrogent  notamment sur les nouveaux entrants, qui n’ont pas encore assez d’heures pour toucher le chômage (environ huit-dix mille personnes selon la CGT)… D’autre part, le Président et le Ministre semblent ignorer que les heures d’action en milieu scolaire sont contingentées dans le calcul des heures pour l’intermittence !!!!

D’autres voix s’élèvent pour pointer l’absence de mesures concrètes. « Qu’avons-nous appris ? Il faut être précis, inventer, oui, mais dans quel cadre et comment ? Que nous donnent-ils comme autorisation ? Ils doivent aussi inventer un plan concret pour redémarrer », déclare Jean-Michel Ribes directeur du Théâtre du Rond-Point dans le Figaro. On peut aussi constater que la danse reste le grand absent de ces dispositifs… 

Beaucoup de questions restent en suspens A suivre donc…

 Mireille Davidovici

 

Quelques petits cadeaux à saisir (cela ne va pas toujours durer!)

Les Estivants de Maxime Gorki, par le TG Stan

 1904: Anton Tchekhov meurt en Allemagne après avoir bu un verre de champagne.Son
cercueil arrivera à bord d’un wagon où était inscrit: transport d’huîtres…  La même année, Gorki écrit cette pièce qui n’a pas pris une ride -il y a bien des ressemblances avec la situation actuelle en France- et dont la compagnie flamande  fait son miel il y a déjà presque vingt ans. Des ami de la classe aisée, assez oisifs, passent l’’été dans une datcha: on parle éducation des enfants, amour et mariage mais aussi art et littérature. On boit du thé et on bavarde, en profitant du soleil.

Photo X

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Avec une certaine mélancolie, comme si ces personnages savaient inconsciemment que cette existence agréable n’allait pas durer et qu’une révolution approchait à grand pas… « Sur le droit de l’homme à vouloir être leurré ! Vous parlez souvent de  « la vie ». Qu’est-ce que c’est que «la vie » ? Quand vous en parlez, je vois un monstre immense et informe qui exige perpétuellement des sacrifices, des sacrifices humains! Jour après jour, il dévore l’homme tout cru et boit goulûment son sang. Pourquoi ? Je n’en vois pas le sens, mais je sais qu’à mesure que la vie de l’homme se prolonge, il voit davantage de saloperies, de grossièreté, de rudesse et de saletés autour de lui et il aspire davantage à la beauté, à la clarté, à la pureté… »

C’est un des meilleurs spectacles (en français) du TG Stan de et avec Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo, Damiaan De Schrijver, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Minke Kruyver, Frank Vercruyssen et Hilde Wils. Jeu impeccable avec une certaine distance et une certaine ironie par rapport au texte,  dépouillement du plateau, rythme: c’est la marque de fabrique de la fameuse compagnie flamande.  Le spectacle avait été présenté au Théâtre de la Bastille où depuis, le TG Stan est souvent revenu. A voir ou à revoir sans hésiter, même si encore une fois, cela ne remplace pas l’irremplaçable spectacle en vrai…


Sur Vimeo

Ariane Mnouchkine, l’Aventure du Théâtre du Soleil

Un film ( 2009) de Catherine Vilpoux, en ce moment dans son intégralité qui qui retrace le parcours emblématique d’Ariane Mnouchkine : ses inspirations, son rêve de théâtre et son amour du cinéma mais aussi le lien exceptionnel qu’elle a tissé avec le public. 874979986_570A travers de nombreuses archives dont certaines inédites, des extraits de spectacles, séances de travail, entretiens. Tout à fait passionnant

Le Théâtre du Soleil de par son engagement artistique et politique en France et à l’étranger, est entré depuis longtemps dans l’histoire du théâtre contemporain et a été récompensé en 2009 à Oslo, par le prix Ibsen. « Tous ceux qui ont assisté à un de ses spectacles, a dit Liv Ullmann, présidente du jury, en ressortent avec le sentiment d’avoir vécu une aventure. Quelque chose de plus grand que la vie et qui, en même temps, parle de la vie. Un voyage qui replace l’Histoire et la société sous un jour nouveau, qui enrichit l’esprit et le cœur, et dont la force dramatique insuffle au public une foi étonnante en l’avenir ». C’est effectivement bien dessiné, le parcours de la compagnie française la plus connue au monde et qui a fait de la Cartoucherie de Vincennes avec les créateurs des Théâtres de l’Aquarium et de la Tempête, un lieu remarquable du théâtre contemporain…

actuellement sur Viméo

Philippe du Vignal

Et après ? (suite et non pas fin)

Et après ? (suite et non pas fin)

Heureusement dans le paysage en ruines des théâtres, on peut entendre la radio. France-Culture, bien sûr et France-Inter, qui a consacré ce mardi 5 mai à  la Culture naufragée, ou, pour mieux dire, sabordée par la pandémie et le confinement qui s’ensuit. Une objet déjà surnage : dans les propos et questions des journalistes, le premier mot associé à la culture, c’est le mot  théâtre, emblème et métonymie de l’art du spectacle.

Dès le matin, la parole est donnée aux acteurs, metteurs en scène, directeurs de lieux. Julie Deliquet, la nouvelle directrice du Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis, normal-crop-154x154-13904a saisi la balle au bond et le sens des paris fondamentaux: I) Ne jamais oublier qu’on est à Saint-Denis (dans le « neuf–trois ») et que le théâtre doit quelque chose à sa ville et à sa population jeune. II) Utiliser les circonstances exceptionnelles, faire feu de tout bois et de nécessité, vertu et en profiter pour créer. Mais créer vraiment : inventer une complicité, si possible drôle et affutée avec ce malheureux public masqué et “distancié“.

Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre de Rond-Pont à Paris promet que chaque acteur entrant en scène prendra sa température sur scène pour rassurer (!) un public géométriquement clairsemé. Et muselé : défense de rire, sinon d’un rire étouffé, ou de siffler un mauvais spectacle. Là-dessus on peut se rassurer, il y a bien longtemps que le public est devenu trop respectueux!

Les autorités sanitaires inventent de sacrées mises en scène hygiénistes mais ont une méconnaissance totale de ce qu’est le théâtre, puisqu’elles interdisent tout échange sensible, ce qui en est l’essentiel , autant que faire se peut. À réécouter : Macha Makeïev, directrice du Théâtre de la Criée à Marseille AVT_Macha-Makeieff_200s’est donné comme feuille de route : «accueillir et transmettre», et «on invente, on réfléchit». Son projet pour l’heure :  «donner un signal contre la désespérance», pratiquer un théâtre ouvert à de nouvelles inventions artistiques à partir du réel, jusqu’à ce qu’on puisse rouvrir le théâtre. Comme avant ? La tentation est là d’oublier les inventions importantes et l’ouverture, paradoxalement,  que crée le confinement.

D’autres parlent d’argent et il le faut bien. Le directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin annonce pour la réouverture (mais quand?) avec un spectacle de qualité incontestable : mis en scène par Alain Françon et joué, entre autres par André Marcon220px-André_Marcon. Avec un tel programme, le public peut lui faire confiance. Et puis, dit-il, le théâtre est très grand, il serait donc possible  d’y « distancier » les spectateurs. On reste sceptique…

Ne pas oublier le présent :  la réouverture des salles est lointaine et le “théâtre à l’oreille“ continue;  beaucoup proposent, à commencer par la Maison de la Poésie, à Paris avec  des podcasts en direct. Et  la compagnie de Robert Cantarella avec son Musée vivant les 14 et 15 mai (info@robertcantarella.com) et la complicité, entre autres, de l’autrice de théâtre Noëlle Renaude AVT_Nolle-Renaude_9790et d’un programme incluant tous les arts.

Même effervescence  au Nouveau Théâtre de Montreuil: les 9 et 10 mai  aura lieu une série de mini-conférences  pour les enfants et une grande rencontre par Zoom avec les habitants de Montreuil  (contact@nouveau-theatre-montreuil.com et facebook). Deux ou trois gouttes d’eau dans la mer des propositions (heureusement), face au désert des productions et à l’angoisse des travailleurs du spectacle. Avec l’espoir tenace qu’il restera quelque chose de cette résistance après : cette fois le mot n’est pas employé de façon abusive, par pure fanfaronnade et auto-congratulation

Christine Friedel

 

Et l’après confinement? La Danse se rassemble

Et l’après confinement? La Danse se rassemble

Dans toutes les disciplines artistiques, les lignes bougent et à Chaillot, aura lieu une journée de réflexion sur la place de la danse dans la société.  Comme les autres, elle  a été en effet sévèrement frappée  et de nombreuses petites compagnies se trouvent déstabilisées.

Comment rebondir après une telle épreuve ? Danseurs, chorégraphes, directeurs de salles, d’écoles et de ballets sont conviés à une journée de réflexion le samedi 21 novembre 2020 à l’initiative de Chaillot-Théâtre national de la Danse.

Ce sera aussi les cent ans du Théâtre National Populaire, fondé par Firmin Gémier (1869-1933) et dirigé ensuite de façon remarquable par Jean Vilar (1912-1971) qui a aussi créé le festival d’Avignon il y a soixante-quatorze ans… ce que les jeunes gens d’aujourd’hui ne savent pas toujours…

Gérard Philipe et Jean VilarCette journée est conçue et réalisée avec News Tank Culture, média indépendant d’information sur la culture, avec toutes les équipes de Chaillot-Théâtre national de la Danse. Un beau pari sur l’intelligence collective, l’esprit de solidarité et de dialogue….

Philippe du Vignal

Le samedi 21 novembre de 9h à 18h à  Chaillot – Théâtre national de la Danse, 1 place du Trocadéro, Paris (XVIème)

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