Livres et revues

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Jeu, Revue de théâtre n° 174

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Le nouveau numéro de cette publication québécoise trimestrielle, bien connue des gens du spectacle, comprend un dossier Jeunes publics. Ce qu’elle avait fait il y a déjà quatorze ans; depuis les choses ont quelque peu changé dans le monde du théâtre, encore que… semblent dire aussi ceux qui ont participé à ce numéro. Dans son éditorial, Raymond Bertin, le rédacteur en chef, souligne que : « La culture tend des ponts vers l’autre, offre des occasions de rassemblement qui soudent les communautés, fait circuler les fluides sensibles, tous horizons et générations confondues. Nous pouvons nous réjouir, au Québec, du bouillonnement créatif qui nous distingue. Mais la chaîne de création-production-diffusion des arts du spectacle vivant est fragile, maintenue par la passion des individus, dans une trop fréquente précarité. « 

Et ce dossier Jeunes publics en fait état à nouveau. Là-bas comme en France, chaque création d’une des nombreuses compagnies professionnelles du Québec tient parfois d’un petit miracle… Dans ce riche numéro comme toujours servi par une belle maquette signé folio & goretti, Michèle Chanonat, la responsable de ce dossier, témoigne dans un article très fouillé: les femmes, dit-elle, sont majoritaires dans le secteur Jeune public qui se porte bien et les compagnies de marionnettes comme celles de théâtre  sont souvent ambassadrices de son pays à l’étranger. Mais elle se demande: «Serait-ce parce que cela concerne les enfants, et, par conséquent, les femmes? Là-bas comme en Europe, sévit souvent, un curieuse malédiction : nombre d’entre elles sont reconnues comme de bonnes autrices ou metteuses en scène  mais les hommes tiennent à garder les postes de direction!

Ce que confirme dans une interview, Fabrice Melquiot, auteur et directeur d’Am Stram Gram, un théâtre pour enfance et la jeunesse à Genève. Il constate avec indignation qu’il y a bien des programmatrices de festivals en Europe mais que les grandes structures sont dirigées par des hommes et  que l’on délègue la programmation Jeunes publics aux chargées des relations publiques ou aux secrétaires!  Et Michèle Chanonat retrace le parcours de Fabrice Melquiot, auteur insatiable de quelque 80 pièces dont Perlino Comment en 2001 qui inaugura la collection Jeunesse de l’Arche éditeur ou Bouli Miro publié l’année suivante qui sera le premier spectacle Jeune public présenté à la Comédie-Française…

Dans Libérer l’enfance, Marie Fradette qui enseigne la littérature jeunesse à l’Université Laval, voit le théâtre pour jeune public inscrit « dans une société hyper-surveillée qui veut protéger l’enfant pour le mettre à l’abri des hostilités, mais qui a toujours tendance à l’idéaliser ». Elle évoque le cas de Suzanne Lebeau, auteure  maintenant bien connue en France, cofondatrice du Théâtre du Carrousel à Montréal. En 2006, elle avait l’impression de devoir toujours légitimer ce qu’elle faisait et trouve que l’on continue à perpétuer des images fausses sur le public d’enfants. Ils  ne sont pas innocents, dit-elle ni essentiellement heureux mais humains et moins formatés que les adultes… Et plus réceptifs à des spectacles aussi destinés à des adultes. Cet article est illustré de belles photos de Trois petites sœurs de Suzanne Lebeau, de Jusqu’au sang ou presque d’Annie Ranger et de L’Histoire d’un grillon enfermé dans un salon de Claude Gagnon.

©François-Xavier Goudreault

Trois petites sœurs ©François-Xavier Goudreault

Cyrille Planson, dans France: les grandes espérances, un article malheureusement en partie imprimé en blanc sur noir et en petits caractères, ce qui en rend la lecture difficile, regrette que le théâtre pour la jeunesse fasse figure de parent pauvre avec une production mal en point et une économie en grande précarité. Et que la création, malgré une percée du théâtre documentaire à partir de témoignages d’enfants, a du mal à se renouveler. Sans doute à cause d’un manque de formation dans l’enseignement théâtral en France qui devrait être fait par des metteurs en scène reconnus dans ce domaine. Et nombre de compagnies montent ce type de théâtre par choix négatif, ce qui n’arrange pas les choses… Et depuis les merveilleuses créations de Catherine Dasté dans les années 70, es choses piétinent toujours un demi-siècle après.

On ne peut citer tous les articles mais celui où Sophie Pouillot analyse la réception des spectacles par les enfants est tout à fait intéressant. Elle rappelle que les enseignants du primaire comme du secondaire, ont un rôle-clé dans cette histoire puisqu’ils choisissent les spectacles qu’ils feront voir à leurs élèves. Là aussi, elle met le doigt là où cela fait mal: sans initiation ni solide expérience, difficile que de jeunes spectateurs soient sensibles à des pièces dont leur enseignants auraient du mal à parler… Quelque soit le genre: un classique revisité, un texte contemporain qui tient plus de la fable, ou proche des arts plastiques et/ou de la danse, ou encore un dialogue de théâtre documentaire…  Comme s’ils avaient peur de ne pas être à la hauteur. Alors que lire un texte, et au besoin le décrypter, lire aussi des articles parus, voir déjà une représentation du spectacle où ils emmèneront leur élèves coûte un peu d’énergie mais rapporte gros.                    

Un numéro hautement recommandable.

Philippe du Vignal

Jeu est en vente en France dans les librairies théâtrales. Et distribution du Nouveau Monde, 30 rue Gay-Lussac, Paris (Vème). dnm@librairieduquebec.fr

Revue Frictions Hors série n° 9 Siwa plate-forme d’expérimentation

Nous avions déjà signalé  la parution de ce riche numéro spécial de la revue consacré à Siwa, une plate-forme d’échanges et d’expériences entre artiste et penseurs issus du Maghreb, du Machrek et de l’Occident. « L’idée de partage étant le principe de base comme on aura pu le constater, dit Jean-Pierre Han, le rédacteur en chef,  « lors des autres stations de Siwa à Paris, aux Ateliers Berthier de l’Odéon en 2008, aux Bouffes du Nord en 2010 à Vitry-sur-Seine en 2011 »(…) C’est du côté du festival d’Amman en Jordanie qu’il faut chercher les linéaments de l’aventure de Siwa. Quel autre objectif avait cet petites équipe (Yagoutha Belkacem, l’instigatrice de Siwa qu’elle dirige, un cadreur, un responsable son et un journaliste, moi en l’occurrence) à vouloir à faire un film en interviewant plus d’une vingtaine de participants, auteurs, artistes, intellectuels du monde arabe, tous présents à Amman. » Dont le grand metteur en scène irakien Haytem Abderrazak.thumb_resize_X520_eIH6Ok7WAmyiO8B6pio3iNwk3BcLJ3vYTnsd8wQH

Yagoutha Belkacem retrace le parcours d’un festival à Bagdad en 2009 donc en pleine guerre et où elle est retournée l’année suivante pour cette fois un festival international. Puis elle raconte l’expérience qu’elle a vécue à Redyef d’un travail théâtral depuis 2012 avec les habitants pauvres de cette ville minière de Tunisie, et avec notamment le metteur en scène François Tanguy. Ce laboratoire expérimental continue  à existe et à tisser des liens entre des artistes du Maghreb et d’Europe.

Le philosophe marocain Arafat Sadallah dans Siwa : une poétique de l’entrevue  raconte lui comment depuis le début de cette plateforme il y a donc treize ans, il a pu orienter et aiguiser ses questionnements théoriques concernant la représentation dans la pensée et l’art arabes. Il retrace aussi une aventure que fut un travail sur L’Orestie d’Eschyle avec Haytem Abderrazzaq, Célie Pauthe, directrice du Centre Dramatique National de Besançon,  Mokalled Rasem, metteur en scène irakien résidant en Belgique et l’anthropologue tunisien Youssef Sedik qui a traduit le texte en arabe. Un projet qui a avancé à travers des résidences à Besançon à la Fonderie du Théâtre du Radeau au Mans mais aussi à Bagdad. Et filmé par le metteur en scène polonais Janek Turkowski.

L'Orestie au C.D.N. de Besançon Photo X

L’Orestie au C.D.N. de Besançon Photo X

Youssef Seddik, philosophe et anthropologue islamologue,  parle du contexte où eut lieu cette expérience et rappelle la relation étroite que connut la Grèce homérique avec la Phénicie: Un bas relief au louvre représente Agamemnon se faisant initier au culte des Cabires, en grec ancien Κάβειροι, Kábeiroi, de Kabirim, « dieux puissants », divinités mineures objets d’un culte à mystères aux influences phéniciennes, devinrent protecteurs de la navigation Un mot rappelle-t-il qui a encore un usage généralisé dans le monde arabe au sens de grand fort ou puissant. Ce passionnant numéro est illustré d’un très beau portfolio de Lâm Duc Hiên qui a photographié les paysages et les habitants de l’Irak depuis 1991.

Ph. du V.

Frictions France 15 € et étranger : 18 €.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

 


Archive pour juin, 2020

La nouvelle saison du Théâtre de l’Odéon

La nouvelle saison du Théâtre de l’Odéon

 normal-crop-154x154-2130Dans son éditorial,  Stéphane Braunschweig, lucide, souligne d’emblée  le peu de poids que représente finalement le théâtre «face aux drames qui se sont joués dans les hôpitaux et les E.P.H.A.D. Et pourtant, c’est peu de dire que le théâtre nous a manqué: ce lieu où l’on aime se confiner volontairement et ensemble pour traverser les murs du réel. Quelle frustration pour tous les artistes qui n’ont pu présenter leur travail, pour tous les spectateurs qui attendaient de découvrir les sept spectacles que nous avons dû partiellement ou totalement annulés. Notre art est éphémère et nous vivons entourés de fantômes, mais pour que ces fantômes vivent, encore faut-il que des acteurs en chair et en os les aient inscrits dans nos mémoires comme d’intenses rémanences. Nous ne  pouvions nous résoudre à laisser errer tous ces fantômes sans mémoire du printemps 2020.»

Comme dans les autres théâtres, la saison 2019-2020 à l’Odéon est bien finie et ont été, si possible, reportés les spectacles qui avaient dû arrêtés comme La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, mise en scène d’Ivo van Hove (voir Le Théâtre du blog), ou annulés comme La Double Inconstance de Marivaux, mise en scène de Galin Stoev ou enfin Berlin mon garçon de Marie N Diaye par Stanislas Nordey. Les pièces de Christophe Honoré et Tiphaine Raffier ont aussi été annulées et priorité a été donnée à leurs nouvelles créations : Le Ciel de Nantes, une saga familiale et  autobiographique et pour la seconde, La Réponse des Hommes, un spectacle conçu un peu à la manière du  Décalogue de Kieslowski. Et Christiane Jatahy créera  Entre Chien et Loup, inspiré de Dogville, le film de Lars von Trier.

L’Odéon rouvrira donc en septembre, avec Iphigénie de Racine, notamment avec Sharif Andoura, Suzanne Aubert et Chloé Réjon. Pour Stéphane Braunschweig: « Peu à peu  s’est affirmée l’idée que reprendre comme si de rien n’était, ne serait ni souhaitable ni juste. Il m’a semblé que le théâtre pourrait être au contraire l’occasion de questionner cette expérience commune que nous avons vécue paradoxalement repliés sur nous-mêmes.  Cette pièce s’est imposée. On y voit la grande puissance mondiale grecque mise à l’arrêt par un phénomène mi-naturel, mi-divin: les vents sont tombés et l’armée, clouée en Aulide, ne peut faire voile vers Troie. Il y est question des sacrifices à faire pour que ça reparte, pour que les rois du monde continuent à exercer leur volonté de puissance : sacrifice de la jeunesse, sacrifice de l’étranger, sacrifice de ce qui nous relie, habitants d’une même terre. Faisons le pari, une fois encore, que les grands poètes, d’hier et d’aujourd’hui, nous aideront à nous orienter dans le présent. »

Après le succès des Démons l’an passé, Sylvain Creuzevault poursuivra ainsi son aventure avec Dostoïevski et créera Les Frères Karamazov et Le Grand Inquisiteur, une variation autour de la célèbre parabole d’Ivan Karamazov au cœur du roman. Nouvel artiste associé, le jeune auteur et metteur en scène britannique Alexander Zeldin qui avait mis en scène Love, montera Faith, Hope and Charity, dernier volet d’une trilogie consacrée à l’intimité en temps de crise. On pourra voir aussi Antoine et Cléopâtre, mise en scène de Célie Pauthe. Une pièce peu jouée au théâtre mais souvent adaptée au cinéma et celà dès 1906 ! Elle avait été montée par Tiago Rodrigues il y a quatre ans (voir Le Théâtre du Blog). « Leur union, aussi difficile soit-elle, apparaît comme la promesse ou le rêve -envers et contre tous les égoïsmes nationaux, envers et contre tous les replis sur soi- d’une planète commune.»

Stéphane Braunschweig, lui, avait décidé, avant la crise de monter Comme tu me veux une œuvre de Pirandello crée en 1930 à Milan. Elle aussi rarement jouée mais adaptée au cinéma avec Greta Garbo et Eric von Stroheim: cela se passe en 1929 entre nazisme montant à Berlin et fascisme vite triomphant en Vénétie. Et pour la première fois-et c’est rare dans un grand théâtre parisien- on pourra voir le travail avec une troupe panafricaine, du metteur en scène burkinabé Aristide Tarnagda qui présentera Que ta volonté soit Kin (Kin comme Kinshasa). Cette pièce de Sinzo Aanza, un auteur de trente ans qui vit et travaille dans la capitale de la République Démocratique du Congo, avait été créée dans des cours de maisons à Ouagadougou au festival Récréâtrales 2018.

Une riche saison où on a sans doute voulu un équilibre entre classiques et œuvres contemporaines mais sur laquelle plane toujours, comme sur tous les lieux de spectacle, la menace d’un retour de la pandémie. C’est bien en tout cas, un nouveau paysage théâtral qui va se dessiner en France: y aura-t-il le même public et surtout voudra-t-il fréquenter les salles de spectacles. En attenant, tout se passe comme si l’Elysée avec son cabinet noir qui semble prendre les décisions à la place du Ministre de la Culture, avait fait la part du feu, en privilégiant non l’aide aux compagnies mais l’existence des grandes structures qui vont avoir à concilier le retour de publics importants et le respect drastique des règles sanitaires. Ce que soulignait hier Emmanuel Demarcy Mota, le directeur du Théâtre de la Ville-Espace Cardin où des places ont été supprimées dans une salle à la jauge déjà limitée. *Et pourtant « Il n’y aura pas de demi-jauge, comme cela avait été imaginé précédemment », a dit Frank Riester, ministre de la Culture, il y a une semaine. Faudra-t-il porter un masque pour être admis dans la salle, alors qu’hier encore personne n’en portait mais qu’il était obligatoire d’en avoir un pour entrer dans le hall… mais où le directeur lui-même n’en portait pas! Comprenne qui pourra… Enfin les fabricants de gel hydro-alcoolique peuvent se réjouir: il coule à flots un peu partout dans Paris et même les stations de bus en sont équipées.  » Nous vivons une époque moderne », concluait autrefois Michel Meyer, à la fin de ses chroniques sur France-Inter.

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe 2 rue Corneille, Paris (VI ème), actuellement fermé. T:  01 44 85 40 40.£

*Le Théâtre de la Ville restera ouvert tout l’été avec en juillet, un programme de cinq spectacles tout public au tarif unique de 10 € et gratuit pour les moins de quatorze ans et le personnel soignant, des concerts sur la scène extérieure de l’Espace Cardin, des Consultations poétiques, musicales et dansées.
Et en août, une académie Santé-Culture sera ouverte au Théâtre de la Ville -Espace Cardin, dans le cadre du dispositif Vacances apprenantes.

 

La saison 2020/2021 au Théâtre national de la danse de Chaillot

La  saison 2020/2021 au Théâtre national de la danse de Chaillot

chaillot_saison2021_01 © Grégoire Korganow

© Grégoire Korganow

Didier Deschamps a évoqué avec nous la situation après le covid : «Puisque tout évolue dans le domaine sanitaire pour le spectacle, la règle est de s’adapter. Nous sommes prêts à mettre en œuvre les mesures règlementaires d’aujourd’hui, partout dans Chaillot. Mais des créations de la saison Africa 2020, dont le spectacle de Damien Jalet et Kohei Nawa, prévu en mars dernier, sont reportées à l’automne 21 et il a fallu décaler certaines dates : «Ma priorité est d’accompagner les artistes. Nous mettons à la disposition des compagnies les plateaux du théâtre avec toute la technique souhaitable à partir de septembre et sans celle-ci, dès juillet. Quelques répétitions seront ouvertes au public mais avec, au maximum, deux cents personnes, compte-tenu des mesures actuelles. »

La saison débutera le 15 octobre avec trente-cinq compagnies: soit quarante-huit chorégraphies avec quelque cinq cents artistes. Pour la première partie du programme: L’Instant d’avant, le public qui le souhaite, pourra venir avant et après certains spectacles. «Cet instant d’avant désigne l’état particulier des artistes juste avant leur entrée en scène. Il pose la question des rituels mis en œuvre. L’instant d’avant, c’est aussi la notion d’effondrement mais surtout celle de résilience : celui de l’instant d’après.» Avec sur ce thème, After de Tatiana Julien en février et Le Chant des ruines de Michèle Noiret, en mars.

«Le répertoire, second axe de cette rentrée, est un socle pour la création, a dit aussi Didier Deschamps» Ainsi Angelin Preljocaj s’empare du patrimoine avec une création à partir du Lac des cygnes en décembre et  Dominique Brun revisitera ensuite le répertoire de la danseuse Bronislava Nijinska, sœur du célèbre Nijinski. Et cette saison comme les autres, Chaillot invitera plusieurs créations étrangères : notamment les Italiens Salva Lombardo et Johan Inger avec Aterballetto. Puis deux compagnies indiennes seront accueillies  en novembre et décembre.
Et un spectacle très attendu, Gold shower naîtra d’un travail réalisé à la fois par François Chaignaud et Akaji Maro. Un autre programme autour de l’innovation technologique au service de la danse sera mené entre autres, par Bianca Li en novembre, puis Adrien M & Claire B le mois suivant et en janvier par Pontus Lidberg, chorégraphe, danseur et cinéaste qui est le directeur artistique du Danish Dance Theatre à Copenhague. Le programme Premier Pas, un  tremplin de professionnalisation pour jeunes danseurs, associera ensuite Nawal Lagraa, Aït Benalla et Abou Lagraa. Mais on pourra aussi découvrir d’autres spectacles dans la nouvelle brochure.  Didier Deschamps veut « faire entendre la voix de la danse» avec un colloque organisé dès septembre en collaboration avec le  SYNDEAC  et le 21 novembre, imaginée en collaboration avec News Tank Culture, aura lieu une journée de réflexion avec des chorégraphes, interprètes, directeurs de salle, d’école ou de ballets, professionnels ou simples observateurs. Ils seront invités à parler de l’avenir de la danse…
Cette journée coïncidera presque avec le centenaire de cette grande maison ! Le 11 novembre 1920, Firmin Gémier, acteur et metteur en scène très reconnu (1869-1933) inaugurait en effet le T.N.P. ,premier théâtre national populaire qu’il allait diriger en même temps que l’Odéon jusqu’à sa mort.  Jean Vilar, trente ans plus tard, se verra confier par Jeanne Laurent, la direction du T.N.P. avec le grand succès que l’on connait.

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro, Paris (XVI ème) T. 01 53  65 31 00.

La Veillée du Théâtre de la Ville

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© Jean couturier

La  Veillée du Théâtre de la Ville

Quarante-huit heures de spectacle sur deux jours : une sacrée entreprise ! Emmanuel Demarcy-Mota a conçu ce programme Tenir parole pour signifier l’engagement de son théâtre qui a été ouvert au public dès le signal du déconfinement, le 22 juin à 16 heures.

Un pari réussi dans l’observance des règles sanitaires strictes édictées par le Gouvernement et qui, depuis, ont été assouplies. Restent l’incontournable lavage des mains au gel hydro-alcoolique et le port du masque à l’entrée. Puis le spectateur suit un circuit fléché au sol pour aller à sa place, ce qui permet une séparation des entrées et sorties. La distanciation physique est matérialisée par marquage et un auto-questionnaire covid-19 est proposé aux  spectateurs à l’Espace Pierre Cardin, comme au Théâtre des Abbesses.

Consignes sanitaires affichées et certains fauteuils condamnés: cela permet un placement libre des spectateurs soit seuls, soit côte à côte s’ils sont venus ensemble. Mais deux-cent quarante sièges seulement même si, depuis le 21 juin, l’obligation de demi-jauge est levée. Une fois assis, on peut retirer son masque et ne le remettre qu’à la sortie.

 Pour mettre en scène cette Veillée, le directeur du Théâtre de la Ville a respecté les diagonales et géré les lignes sur le plateau, pour maintenir les distances entre les quelque vingt-cinq artistes qu’il a accueilli. Emmanuel Demarcy-Mota a introduit ce programme non-stop préparé en quelques jours, pour pallier au mieux les quarante-huit spectacles annulés depuis mars : «Nous avons essayé d’inventer autre chose, nous n’avons pas voulu faire un spectacle mais une veillée pour les morts et les vivants. »  La soirée réunit une centaine d’artistes et techniciens et s’articule autour des Confessions poétiques réalisées au téléphone pendant le confinement, par des acteurs, engagés à cet effet. Avec aussi des soignants, danseurs de l’Opéra, chanteurs soit: quatre-vingt dix intervenants qui ont appelé près de 6. 500 personnes. Des conversations intimes menées sur rendez vous, en une vingtaine de langues : français, anglais mais aussi chinois, lingala, swahili, espagnol…

ob_c07b57_comediens Les comédiens ont puisé parmi ces échanges enregistrés, les ont réécrits et les restituent en trois tableaux d’une heure chacun, mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota. On peut ainsi entendre une polyphonie de paroles venues de partout. Enfants, vieilles personnes, jeunes gens, pères ou mères de famille se sont entretenus avec les acteurs et certains ont livré leurs sentiments les plus intimes:  colère, tristesse ou résignation mais aussi inquiétude pour l’avenir mais aussi leurs rêveries. En résonance avec les textes des écrivains proposés par ces consultants en fonction de la relation établie. Des paroles du quotidien, des parlers locaux et des langues étrangères s’entrecroisent. « J’ai pris du temps pour habiter chez moi  » dit un menuisier. Un enfant voudrait « devenir minuscule pour aller voir son poisson rouge dans son bocal » et une aveugle raconte son périple à travers la ville désertée et ses lectures en braille. A une femme malade, une comédienne récite:  Je voudrais pas crever de Boris Vian. La poésie sous toutes ses formes est au rendez-vous : on entend Les Amoureux du quatrième étage, une chanson coquine de Jean-Claude Deret auteur et scénariste( 1920-2016) père de Zabou Breitman, un poème érotique de Ghérasim Luca ou un autre, métaphysique d’Henri Michaux et, en leit-motiv, ces mots de Marcel Proust : « Dans le ciel férié,  flânait longuement un nuage oisif  », signe de ces mois vides pour certains, pleins pour d’autres, mais jamais indifférents… Une plongée dans l’air du temps.

Mireille, quatre-vingt huit ans, connaît par cœur la plupart des fables de La Fontaine et dit Le Lièvre et les Grenouilles qui résonne étrangement aujourd’hui : « Lièvre en son gîte songeait/ (Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?) / Dans un profond ennui, ce Lièvre se plongeait :/ Cet animal est triste et la crainte le ronge./ « Les gens de naturel peureux /Sont, disait-il, bien malheureux … “ »  De même, nous interpelle ce monologue prémonitoire  qui ouvre Jeux de Massacre (1970) d’Eugène Ionesco qui clôt le premier temps de cette veillée. En chœur, une vingtaine de comédiens  se répondent du plateau à la salle et nous livrent sa vision cruellement prophétique : « Citoyens de la ville et étrangers. Un mal inconnu s’est répandu dans notre ville, depuis quelque temps. Ce n’est pas la guerre, il n’y a pas d’assassinats, nous vivions normalement, calmement, beaucoup d’entre nous dans le presque bonheur. (…)  Et le comble, ce ne sont pas des cas isolés, un mort par-ci, un mort par-là, cela pourrait s’admettre à la rigueur. Ils sont de plus en plus nombreux. Il y a une progression géométrique de la mort. Nous sommes accablés par une mortalité sans causes connues. Des soldats entourent la ville. Plus personne ne peut entrer et vous ne pouvez plus sortir. Il n’y aura plus de réunions publiques. Les groupes de plus de trois personnes seront dispersés.  Il est également interdit de flâner. Les habitants devront circuler deux par deux afin que chacun puisse surveiller l’autre. Rentrez chez vous, que chacun reste chez soi. Que l’on ne sorte que pour le strict nécessaire. »

Olivier Peigné rejoint alors la troupe et l’on reconnait la voix de ce comédien, si souvent entendue ces derniers temps :cet acteur a enregistré pour la télévision et  la radio les désormais fameuses consignes sanitaires du gouvernement: «Alerte Coronavirus, pour vous protéger et protéger les autres restez chez vous, etc.» Un grand moment où théâtre et réalité se rejoignaient.

Le reste de la nuit a accueilli des artistes amis comme le quatuor Ellipsos qui a offert un Voyage saxophonesque. Emmanuel Demarcy-Mota nous a fait entendre des textes de Ionesco suite, un beau spectacle qu’il avait créé au Théâtre des Abbesses il y a quelques années (voir Le Théâtre du Blog) Et ceux qui sont restés plus tard ont pu voir ou revoir, à trois heures du matin, Portrait de Ludmilla en Nina Simone de David Lescot, interprété par Ludmilla Dabo, lauréate du Prix de la Critique dramatique.

Après cette réouverture, le mois de juillet se prolongera avec cinq spectacles tout public. A suivre donc… 

Jean Couturier et Mireille Davidovici

Spectacle présenté les 22 et 23 juin à l’Espace Cardin-Théâtre de la Ville, Espace Cardin,  1 avenue Gabriel, Paris ( VIII ème) T. 01 42 74 22 77.

theatredelaville-paris.com

 

Un concert de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique

Un concert de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique

Beau moment d’émotion cet après midi salle Favart. Une centaine de jeunes chanteurs disséminés du  parterre jusqu’au deuxième balcon,  et trente-sept invités sur le plateau. Tous respectant les distances et circulations requises aujourd’hui. Jean-François  Sivadier avait adopté ce dispositif inversant le rapport scène/salle  pour sa mise en scène en 1996 d’Italienne avec orchestre.

© Stéphan Brion

© Stéphan Brion

Pendant quarante-cinq minutes ont résonné dans l’écrin rouge et doré, des airs de Leonard Cohen Henry Purcell, Georges Bizet et des Platters,  parfois accompagnés par une petite chorégraphie des jeunes artistes. Cette Maîtrise s’était déjà produite le matin dans la cour du Palais-Royal avec un autre répertoire, tout aussi varié.

Ce moment magique de renaissance, après trois mois de sommeil:  on espère qu’il puisse avoir lieu avec un public important. Olivier Mantei vient d’être reconduit pour trois ans à la tête de l’Opéra-Comique et  ne cache pas son émotion : «Cette Maîtrise, avec, à sa direction musicale, Sarah Koné, vient de se retrouver tout juste ce matin, après cette période de confinement».

Des prix attribués par la Fondation Bettencourt Schueller vont permettre de financer cinq chœurs et cette Maîtrise, pour une opération baptisée : Ensemble enchantons l’été. Avec un programme de concerts prévu jusqu’au 4 octobre.  L’Opéra-Comique rouvrira ses portes au public le  27 juin jusqu’au 4 juillet, avec la reprise du Cabaret horrifique, une création très réussie de Valérie Lesort (voir Le  Théâtre du Blog). Que de bonnes nouvelles pour un public qui a envie de retrouver les émotions d’un spectacle dans une salle…

Jean Couturier

Spectacle vu le 24 juin à l’Opéra-Comique,  1 place Boieldieu, Paris (II ème). T. : 01 70 23 01 31. opera-comique.com Diffusion le 28 juin sur Culturebox.fr www.fondationbs.org

 

      

Zakouski par le Théâtre de l’Unité (deuxième édition)

Zakouski par le Théâtre de l’Unité (deuxième édition)

Plus de kapouchnik cette saison! Ce cabaret mensuel, interrompu pour cause de pandémie, reprendra en octobre si tout va bien mais l’Unité a accueilli son public dans le jardin ensoleillé de sa Maison sur l’ancien site des usines Japy à Audincourt (Doubs). Six acteurs offrent de petits sandwichs, du thé ou du jus de gingembre. Puis ils se lavent les mains,  présentent leur généalogie et évoquent les annulations:  » Tout le monde est annulé ! On vit peu, mais on meurt longtemps ! »

Photo X

Photo X

On entend un extrait du Jules César de Haendel. Il faut trouver le mauvais karma : Seb Dec et Hervée de Lafond incarnent Emmanuel et Brigitte Macron… Eric Prévost interprète, lui, un Edouard Philippe parlant la dette de la France. Catherine Fornal, en s’accompagnant à la contrebasse, chante en polonais. Hervée de Lafond et Jacques Livchine jouent une scène du Dom Juan qu’ils avaient créé autrefois. Le 2 juin, réouverture des bars. Triomphe! On déboulonne les statues des ignobles esclavagistes et on débaptise les rues. Catherine Fornal incarne Adolf Hitler.. qui a eu un nom de rue un seul jour…

Puis il y a une scène avec le professeur Didier Raoult, infectiologue, interprétée par Jacques Livchine qui évoque François Quinette, son beau-frère  récemment décédé, auteur d’un dictionnaire français-russe, œuvre de toute une vie qui a été publié le jour de sa mort. Puis en vrac: un retour de Sibérie, il va faire chaud, ça va fondre:  il faut donc un confinement total et absolu…  Suit une scène d’Eugène Ionesco et un sketch où on voit Edouard Philippe faire à Emmanuel Macron le coup que ce dernier avait fait à François Hollande… Bien vu. Maria, la voisine de Catherine Fornal est morte et elle raconte son enterrement. Les acteurs parlent ensuite formation des policiers et étranglement. Ils chantent Je ne voudrais pas crever de Boris Vian, puis racontent l’épidémie de peste en Picardie dont mourra Charles II d’Orléans (1522- 1545) troisième fils de François Ier et de la reine Claude de France. Il pensait que la peste ne pouvait atteindre un fils de roi comme lui et n’avait pris aucune précaution…  Le spectacle se termine par une bataille d’oreillers comme celle à laquelle, quelques jours avant sa mort, Charles II se livra avec ses compagnons.

Puis, les spectateurs enthousiastes dégustent quelques délicieux zakouskis et parlent entre eux de cette chronique du temps présent, revue et corrigée parfois à la lumière du passé, avec une belle ironie…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 21 juin au Théâtre de l’Unité, 9 allée de la Filature, Audincourt (Doubs). T.  : 03 81 34 49 20.
 www.theatredelunite.com

Les 8  et 9 août à Strasbourg Le Parlement de rue. Le 3 août : Nuit Unique à Quiberon.Le 24 août : Le Rappoporchestra jouera à un mariage dans le Var. Le 29  août : La Conjuration Acte 2 à  Chalain ( Jura).

Les 3 et 4 septembre : Macbeth à Saint-Genest Lherp ( Loire)  puis le 8 septembre, fête de rentrée à Epinal. Le 26 septembre : Reprise du  Kapouchnik  mensuel à Audincourt (sous réserve) et  le 29 septembre : 2500 à l’heure à Epinal.

Les 2 et 3 octobre : Nuit Unique à Calais (Nord). Le 24 octobre : Le Kapouchnik mensuel  à Audincourt

 Les 16 et 17 novembre, création à Epinal de La Toute première fois.

 

 

« Au point du jour » : en ouverture du programme de l’été au Théâtre de la Colline

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© Tuong-Vi Nguyen

Au point du jour : en ouverture du programme de l’été au Théâtre de la Colline

 « Pourquoi ouvrir au moment où nous fermions ?  Hier, c’était la fin de Notre Innocence », dit Wajdi Mouawad, le directeur de la Colline. Ironie du sort: cette “innocence“, il a fallu y renoncer mais les jeunes comédiens qui devaient jouer ce spectacle jusqu’au 21 juin sont là, autour de leur auteur-metteur en scène sur le grand plateau vide.  « Ouvrir, dit-il, parce que c’est notre raison d’être. » (…) « Pour être dans le rapport au monde que la poésie peut apporter. » (…)  « Pour avoir accès au poème, de vivant à vivant. Nous ne savions plus qui nous étions, les uns pour les autres. »

 Moment émouvant que celui où spectateurs et comédiens dialoguent à nouveau. Ce besoin de renouer les liens sera l’occasion pour chacun de dire ce qu’il sent « à la croisée des chemins » et après cette situation traumatique. Pour Wajdi Mouawad, l’été s’ouvre sur l’aube d’un jour « qui brille encore par son absence » et il abordera deux thèmes : la jeunesse et la mort.  Afin de « renommer ensemble nos peurs et de trouver à nouveau le plus petit dénominateur commun à notre humanité. »

Il raconte le destin étrange de Notre Innocence (voir Le Théâtre du blog), remis plusieurs fois en scène et il dit pourquoi il n’a pu le montrer dans la version prévue : éloignée d’un théâtre narratif, le texte était trop en prise avec le monde précédant la covid. « S’attaquer à la génération d’avant nous semblait un peu vain, dit l’un des comédiens. » A la place et, par nature, « davantage attiré par la fiction que par un théâtre essayant de dire le monde d’aujourd’hui », Wajdi Mouawad a proposé à sa troupe de jouer Littoral, qu’il avait créé en 1997 à Montréal et qu’il a repris plusieurs fois en tournée. Une histoire qui met en scène la jeunesse et la mort : une fille cherche une sépulture pour son père : « Le rapport entre les générations et notamment la question du devoir de la plus jeune à l’égard de la plus ancienne sont prégnants dans le récit. Le parallèle est aujourd’hui troublant. »

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© Tuong-Vi Nguyen

 A la fin de Notre Innocence, une fillette demande aux protagonistes trentenaires d’être sublimes, afin de pouvoir prendre exemple sur eux. Wajdi Mouawad retourne la question à ses acteurs : « Ceux qui sont plus âgés que vous, ont-ils été exemplaires ? » Le silence qui s’éternise sur le plateau en dit long et déclenche les rires. Suit, entre comédiens et public, un échange d’opinions … pour arriver à un consensus de bon aloi. « Depuis toujours il a été demandé à chaque génération de s’interroger sur les grandes questions de notre existence » note le metteur en scène qui a donc entièrement réécrit le chœur de Notre Innocence à l’aune de la crise sanitaire. On en entendra la version antérieure, imprécation collective contre les soixante-huitards et la nouvelle versionque les jeunes gens viennent tout juste de mémoriser.  Le texte prend de la hauteur : un chœur d’oiseaux invective, à l’unisson, les humains. Une « race d’assassins » qui sème la mort : « On vous voit, de nos branches, de nos ciels … », vitupère la gente ailée. Les imprécations vengeresses de la troupe renvoient à l’écocide généralisé qui menace la Planète. On y retrouve le style enfiévré, la faconde poétique et le verbe ample de l’auteur. Soit la promesse d’un futur spectacle, « plein de bruit et fureur. »..

 « Il faut écouter la langue et entendre la colère à l’unisson du chœur », commente l’historien Patrick Boucheron, appelé sur scène et lui-même en grande colère contre l’Université. « La colère, ça se travaille, dit-il. C’est un sentiment souverain. L’ire royale.  S’en emparer, c’est s’en prendre au souverain. Avec une parole qui agit avec tact et véhémence.  Selon la formule consacrée : le peuple « grogne ». On parle de la grogne des grévistes. Mais la colère revient à affronter le réel. » Il conclut par cette phrase de l’écrivain russe Joseph Brodsky : « La véritable tragédie, ce n’est pas quand meurt le héros mais quand meurt le chœur.»

 Autre proposition de l’été : La parole nochère.

 « Le nocher, dit Wajdi Mouawad, est le navigateur qui, sur sa barque conduit un passager d’une rive à l’autre. Il est Charon, nocher de l’Hadès. Sa parole serait donc celle qui relie un monde à un autre et qui porte la mémoire de ceux et celles qui nous ont quittés. » En prolongation des Lectures au creux de l’oreille (voir Le Théâtre du blog),  les spectateurs sont invités à parler aux défunts. « En ces jours de glissement de terrain où le monde passe d’une rive à l’autre, c’est là une question qu’un théâtre doit se poser : comment parler de la mort en dehors des statistiques ? Comment aider à faire le deuil ? »

On peut donc venir à La Colline « secrètement rendre hommage aux disparus, s’adresser à eux dans la plus stricte intimité. Ces paroles, enregistrées sur  un disque dur seront enterrées au troisième sous-sol, sous la scène, « une présence radioactive au cœur du théâtre» et ne pourront être exhumées qu’à l’été 2520. Elles pourront aussi être dispersées, telles des cendres anonymes, depuis le toit du théâtre, lors d’une grande fête, après la levée des restrictions sanitaires.

Ceux qui le souhaitent offriront aussi ces paroles, au lieu de les disséminer, à la chorégraphe Kaori Ito pour nourrir sa prochaine création Chers dont la bande-son sera constituée de lettres adressées aux proches que l’on a perdus.  

Cette soirée chaleureuse illustre, s’il en était besoin, l’importance de la présence physique des vivants pour parler aux vivants. Et le plaisir d’être à nouveau ensemble pour écouter la parole des poètes…

 Mireille Davidovici

 Littoral du 7 au 18 juillet.  Répétitions ouverte  du 25 juin au 3 juillet sur réservation (quinze spectateurs par séance) La Colline 15, rue Malte Brun Pars 20e  billetterie@colline.fr T. : 01 44 62 52 52

La Parole nochère du 23 juin au 18 juillet en collaboration avec Kaori Ito  Johanne Peyras : j.peyras@colline.fr

Le palmarès Danse du syndicat de la critique

 Le palmarès Danse du Syndicat de la critique

Malgré l’arrêt de cette saison à cause de la pandémie, les prix Danse ont été tout de même attribués et témoignent bien des tendances actuelles en France. Le Grand Prix du meilleur spectacle  récompense  deux langages différents: Une Maison de Christian Rizzo, directeur du Centre National Chorégraphique de Montpellier avec ex-aequo Body and Soul de la Canadienne Crystal Pite.

Body and Soul ©Julien Benhamou

Body and Soul ©Julien Benhamou

«Créer à l’Opéra de Paris, un corps et une âme,  aura été une expérience extraordinaire pour moi. » Un travail choral rigoureux, d’excellentes lumières et des costumes somptueux ont convaincu la Critique. Ce prix fait aussi du bien à l’Opéra de Paris qui a aujourd’hui quelques soucis… (voir Le Théâtre du blog).

Ex æquo aussi, ont été reconnus Meilleures personnalités chorégraphiques: Lia Rodrigues, artiste associée à Chaillot-Théâtre national de la Danse pour le travail artistique et pédagogique qu’elle réalise depuis plusieurs années dans une favela brésilienne.

Akram Kan Photo X

Outwitting the Devil d’Akram Khan © Jean-Louis Fernandez 

Et Akram Khan pour Outwitting the Devil créé dans la Cour d’honneur au dernier festival d’Avignon, un manifeste sévère contre la destruction inéluctable de la planète par l’homme. Xenos, son dernier grand solo plein de fureur, créé au festival de Montpellier a été programmé à La Villette par le Théâtre de la Ville hors les murs. (voir Le Théâtre du Blog) : « Ma mère m’a dit une fois, que les «récits» de mes spectacles décrivent, révèlent le genre de personne que vous êtes et aspirez à être. Et il est donc vraiment émouvant pour moi que vous reconnaissiez aussi, en me donnant ce prix, les thèmes qui me touchent intimement. »

Cristiana Morganti © Ursula Kaufmann

Cristiana Morganti © Ursula Kaufmann

Et L’Italienne Cristiana Morganti, danseuse-phare du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch, a été élue:  Meilleure interprète, pour Moving with Pina, un solo magique qui  fait revivre l’âme de la grande chorégraphe et qui a été présenté au Théâtre des Abbesses.

 Pour Danser sa peine: Meilleur film de danse de la saison, sa réalisatrice Valérie Müller, a été inspirée par le travail engagé de son mari Angelin Preljocaj avec cinq détenues de la prison des Baumettes II à Marseille. Philippe Verrièle remporte, lui, le Prix du meilleur livre avec la série Regardez la danse ! publié aux Nouvelles Editions Scala.

Le Ballet de l’Opéra de Lyon, dirigé maintenant par Julie Guibert a été reconnu :  « Meilleure Compagnie ». Et le chorégraphe taiwanais Po-Cheng Tsai  (trente-trois ans) a reçu le prix de la Révélation chorégraphique.  On l’avait remarqué pour l’esthétique de Rage présenté au dernier festival d’Avignon.

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Phia Ménard Maison mère © Jean-Luc Beaujault

Phia Ménard qui dirige la compagnie Non Nova, est, elle, récompensée comme autrice de la Meilleure performance pour Contes Immoraux-Partie I – Maison Mère. Elle dit se situer au  croisement de plusieurs disciplines artistiques : « Avec ce prix, je vois aussi la nécessité de remercier les spectateurs pour leur confiance et leur curiosité quand ils défendent  les expériences de théâtre exigeantes. Saluer la « performance » quelle qu’en soit sa définition, c’est reconnaître qu’elle questionne, touche, mais aussi et surtout, c’est dire qu’elle laisse à chacun sa part de compréhension ou de doutes.»

Jean Couturier

Focus Grand Rue Haïti au Studio Boissière à Montreuil

Focus Grand Rue Haïti au Studio Boissière à Montreuil

 
Avec des écrivains, peintres, sculpteurs, photographes, musiciens et performeurs mais aussi DO-KRE-I-S, revue annuelle bilingue (créole, français) et  la revue Intranqu’îllités : au moment où l’on retrouve le goût  de sortir et d’aller à la rencontre de nos contemporains, quoi de plus stimulant que les œuvres engagées de ces artistes de la récupération et de l’imaginaire venus de Port-au-Prince ? L’initiative revient au Studio Boissière,  lieu original et associatif à Montreuil, qui disposait déjà d’une petite collection. Cet ancien studio photo a aussi de très belles archives dont les tirages sophistiqués, voisinent avec des œuvres empreintes de spiritualité et de colère d’artistes de la Grand Rue à Port-au Prince…

Photo d'Henri

Photo d’Henri Roy


Dénuement, sexualité, monstruosité, identité : autant de liens qui tendent les œuvres entre elles, mettant à nu le mode de vie précaire des artistes comme le lien qu’ils glorifient avec les divinités du vaudou. Quelques tableaux et objets de cérémonie complètent l’exposition.


Dans ce lieu plutôt modeste, les organisateurs n’ont eu aucun mal à réinventer les espaces où travaillent les artistes de ce quartier très pauvre de Port-au-Prince, à l’origine du mouvement Atis Rezistans. Des matériaux récupérés : calandres de radiateurs de camion, rebuts métalliques, capsules, éclats de verre, morceaux de tissus, connaissent entre leurs mains une fortune imprévue, une transformation quasi magique. Le monde des vivants et celui des morts conversent dans ces murs :  ici, l’invisible séjourne et la fête des corps ressemble à un exorcisme nocturne.

œuvre de Barbara d'Antuelmo Photo X

Barbara d’Antuelmo
Photo X

 L’exposition rassemble, outre les créations de Françaises Leah Gordon qui a photographié,  entre autres, les festivités pré-carême du mardi gras à Jacmel, une ville du sud du pays et Barbara d’Antuono, peintre, sculptrice. Mais aussi de jeunes créateurs haïtiens : les peintre Hérold Pierre Louis  Hérold et Lesly Pierre Paul Lesly. Et des artistes confirmés: le sculpteur André Eugène, Céleur Jean Hérard, le vidéaste Maksaens Denis, la peintre Catherine Ursin…

Peinture de Catherine Ursin

Peinture de Catherine Ursin

Et des Haïtiens travaillant en Belgique et en France comme Élodie Barthélémy, peintre et sculptrice, Henry Roy, écrivain, photographe et vidéaste… Certains, dont  Pascale Monnin, peintre, graveuse et sculptrice mais aussi  fondatrice de l’Association Passagers des Vents et de la revue IntranQu’îllités, ont déjà exposé aux Biennales de Venise, Miami, Sydney, Port-au-Prince… ou  au Grand Palais, à La Villette ou à la galerie Agnès B à Paris.

 En février dernier, la Grand Rue a dû faire face à un incendie qui a détruit des œuvres mais aussi des ateliers artisanaux. En mars, à l’annonce du confinement, la fondation du mécène Antoine de Galbert a voulu aider le monde de l’art contemporain et le Studio Boissière a pu ainsi bénéficier d’un fonds de soutien pour tous les artistes exposés et on peut  bien entendu acheter aussi des œuvres, ce qui leur permettra de poursuivre leur travail. Vu la situation actuelle particulièrement difficile en Haïti, il s’agit tout simplement pour eux de survie !

 Marie-Agnès Sevestre

 Studio Boissière 268, boulevard Aristide Briand, Montreuil (Seine-Saint-Denis), tous les jours jusqu’au 17 juillet.

Soirée Musique le 24 juin avec Claude Saturne et Jean Mary Louissaint joueurs de  tambours sacrés haïtiens.

Soirée Littérature le 1er juillet avec la revue DO.KRE.I.S.

Le Studio est ouvert dans le respect des normes sanitaires en vigueur, du mercredi au samedi de 13 h à 21 h  ou sur rendez-vous.
Pour l’évolution du programme: Facebook : MAP DANSE ANBA LAPLI Focus Grand Rue ou STUDIO BOISSIERE
Maccha Kasparian : + 33 698 665 267 studioboissiere.montreuil@gmail.com et Catherine Ursin : + 33 614 683 337 catherine.ursin@gmail.com

Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles de Joan Yago

Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles de Joan Yago

La compagnie Le Grand cerf bleu, créée en 2014, s’est constituée sur la base de la pratique  d’écritures dites de plateau, avec un rapport exigeant à la langue. Laureline Le Bris, Gabriel et Jean-Baptiste Tur, formés dans des Ecoles nationales supérieures de théâtre, interrogent les positions respectives de l’auteur, de l’acteur et du metteur en scène, en assumant tour à tour, chacune de ces fonctions traditionnelles. Leur plongée actuelle dans le texte de Joan Yago leur fait faire un pas de côté dont ils affirment tirer le meilleur bénéfice. En effet, ils s’approprient ce que la jeune génération d’auteurs catalans développe aujourd’hui : une approche critique des médias,  une  résistance aux effets compassionnels et le refus d’un théâtre purement « engagé ».

Le collectif Le Grand cerf bleu © Laurier Fourniau

Le collectif Le Grand cerf bleu © Laurier Fourniau

 
Le trio a convié quelques acteurs à partager ce travail d’exploration. Leur expérience n’est pas été inutile pour aborder la construction en portraits, inspirés à l’auteur par des personnes existantes. La parole est donnée successivement à cinq femmes qui, de  plusieurs façons, s’échappent de la norme sociale, voire de tous les schémas  d’un militantisme d’identité : rapport au monstrueux, à la déviance, à l’incertain et donc à l’absurde, à l’ironie et aux retournements imprévus des certitudes du spectateur.

Nous avons pu a pu voir une heure et demi de répétition : le minimalisme de l’écriture dramatique est servi par un jeu direct de prise de parole, à l’image d’entretiens documentaires. Sans s’adresser directement au public, les acteurs l’assigne à la position de témoin, voire de juge de situations pour le moins délicates. Ce public est donc renvoyé aux choix qu’il fait pour lui, aux déviances qu’il est prêt à soutenir, aux fêlures intimes qui sont peut-être aussi les siennes…

 Les thèmes du  corps, de  l’identité, de l’enfance et la liberté de se mouvoir à l’intérieur d’une histoire personnelle, chahutent ces portraits qui pourraient être une sorte de cabinet de curiosités humaines et qui sont autant de symptômes d’une société qui n’est pas au bout de ses surprises… Ce que l’on croit penser, ce qu’on peut imaginer des dérèglements de rapports à la norme, au pouvoir, explosent ici sous nos yeux. Sans afficher de lien direct avec les réseaux sociaux, l’auteur joue de façon subtile avec la fabrication de chaque identité exposée, cachée, recomposée, mensongère, manipulatrice….

Aller toujours plus loin dans la revendication d’une originalité personnelle, comme cet homme de cinquante deux ans, qui est une fillette de six ans : il a besoin de revenir à l’enfance pour construire son être-femme de soi-même de A à Z. Ce que l’auteur impose au personnage: d’un personnage de fiction pourtant bien réel puisque présent sur le plateau, chaque actrice fait entendre en quelque sorte la fable.

La parole, adressée à un interlocuteur présent sur scène, donne un effet documentaire auquel il ne faudrait pas trop se fier: les textes sont très écrits, l’auteur est intervenu de façon très littéraire et créative sur ces témoignages qu’il a glanés au cours de ses explorations dans les replis cachés du Web.

Dernière compagnie à fouler le plateau de Théâtre Ouvert avant sa fermeture définitive fin juin, le Grand Cerf bleu répète, alors qu’a lieu le déménagement.  Concentrée sur les enjeux du spectacle à venir, la compagnie sera à La Mousson d’Eté. Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles et sa traduction ont fait l’objet d’une commande dans le cadre du programme Fabulamundi (*) présent chaque année à ce festival.

Pour les partenaires européens qui ne pourront  accueillir la compagnie aux dates prévues, une forme audio est en préparation. Et Théâtre Ouvert met la dernière main à l’édition du tapuscrit qui sortira en édition bilingue. Enfin le spectacle verra le jour dans les locaux rénovés de Théâtre Ouvert, avenue Gambetta, en février 2021. Toute une histoire, bousculée par l’épidémie mais fièrement accompagnée par ses partenaires…

 Marie-Agnès Sevestre

 (*) Fabulamundi Playwriting Europe (Programme Culture de l’Union Européenne) en partenariat avec la Maison Antoine Vitez (Centre international de la traduction théâtrale)
Les répétitions ont eu lieu à Théâtre Ouvert, 4 bis cité Véron, Paris (XVIII ème) du 2 au 13 juin.

En juillet la version sonore et la version bilingue en catalan et français du texte seront publiées aux éditions Tapuscrit -Théâtre Ouvert.
Mise en espace à la Mousson d’été à Pont-à-Mousson, (Meurthe et Moselle) en août et en septembre, diffusion sonore de  Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles sur la plateforme du programme Fabulamundi – Playwriting Europe.

 Création de la pièce dans le nouveau lieu de Théâtre Ouvert , avenue Gambetta, Paris (XX ème) en février  prochain. 

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