Arrêtons un moment…

Dans l’abondant courrier que nous recevons, il y a deux lettres qui nous ont particulièrement touché, d’abord celle de Marion Coutris, actrice et codirectrice du Théâtre des Calanques à Marseille. En quelques mots, elle nous dit ce qu’elle ressent de la vie d’un théâtre où ses spectateurs n’ont plus le droit de venir. Et tout l’espoir qu’elle met aussi dans de prochaines retrouvailles quand la machine théâtrale, qu’elle soit petite ou importante, se remettra à fonctionner.

Et Philippe Fourel, le directeur de La Petite Scène à Montélimar (Drôme) ne manque pas d’humour quand il se demande comment un spectacle pourra continuer à être joué, vu les conditions draconiennes actuelles d’accueil du public. Ces deux courtes lettres en disent plus long sur le désarroi et en même temps sur l’espoir de temps meilleurs de directeurs de théâtres que bien de longs communiqués ou déclarations ministérielles. Nos amis allemands sont pragmatiques (voir plus bas) . Mais mieux en avoir les moyens et quant au climat de la salle… il y a sans doute mieux comme rapport avec les acteurs sur le plateau, eux-aussi soumis à des gestes barrière…

Philippe du Vignal

Arrêtons un moment…

C’est par ces mots que commence la Bérénice de Jean Racine. C’est le moment du théâtre qui les convoque et c’est bien du théâtre aussi que ces mots nous parlent. Ils s’adressent aux spectateurs rassemblés. Ils disent le temps qui se suspend et la réalité qui dure. Ils disent que la fable commence…

Photo X

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Dès le jour où vous, spectatrices et spectateurs, avez déserté par force, les salles de spectacle, le théâtre a cessé d’exister. Parce que votre présence est indissociable de notre action. Nous sommes acteurs d’un jeu de société qui vous comprend, vous toutes et tous. Le théâtre, c’est un art public, en ce sens noble et trivial, et dans la triangulation que constituent l’œuvre, l’artiste et le spectateur, il ne peut manquer un élément pour qu’ait lieu la représentation.

Eh! Oui : nos destins ont partie liée, et même si on sait, on sent votre présence dans le noir de la salle devenue silencieuse, on ne connaît parfois rien de vous. Mais vous nous manquez. Et sans vous, imaginer une saison théâtrale, un événement, une création, est difficile. À vrai dire, cela n’a pas de sens. Car ce n’est pas un métier, spectateur, c’est un désir. Et vous êtes, chacune et chacun, étudiant ou enseignante, médecin ou commerçante, musicienne ou infirmier, chercheuse ou agriculteur, artiste peintre, chauffeur de taxi, architecte, coach sportif, retraité, responsable d’association, séminariste, poète, chômeur, critique de théâtre, coiffeur, employé, chef d’entreprise, commissaire de police, aventurier…

Vous êtes vous, et vous aimez le théâtre, vous représentez le monde, la cité antique, la ville moderne ou le monde rural. Vous êtes autre et vous êtes le sujet du théâtre. Surtout, vous aimez venir retrouver d’autres gens dans cette salle, attendre de nous quelque chose qui provoquera une émotion particulière, ou une réflexion différée. Vous aimerez ou vous n’aimerez pas, ou plus tard. Mais vous reviendrez toujours avec le même désir renouvelé, jamais éteint. Et toujours libre, dans votre capacité de jugement, votre imaginaire, votre participation, votre envie.

Cette liberté inouïe provient bien de la simultanéité d’un moment partagé, qui ne vivra que par l’instant présent.
Ce moment que, seuls, le théâtre, la danse, la musique osent suspendre à l’instant où la lumière diminue dans la salle, vous laissant avec vos correspondances sensibles, vos rêves, vos jardins secrets. Sachez que nous attendons ce moment avec impatience, nous comptons sur vous, pour que la machine humaine du théâtre se remette en marche et que se poursuivre notre Odyssée commune née à Athènes cinq siècles avant notre ère. Nous nous dirons peut-être alors, comme Winnie dans Oh les beaux jours ! de Samuel Beckett :« Oh! Le beau jour encore que ça aura été. Encore un. Après tout. Jusqu’ici.»

Marion Coutris

Bonjour,

 Chic, nous pouvons ré-ouvrir ! Cette annonce mérite une nuance : en espaçant les spectateurs d’un mètre, nous pouvons accueillir 20% du public! Pour notre petit lieu, la-petite-scene-montelimarcela signifie qu’avec seulement 20% de la recette nous ne pouvons payer que la S.A.C.E.M., pas les artistes et ni les techniciens. A moins de demander au public de payer cinq fois plus cher sa place ?

Donc, les théâtres sont ouverts, sans qu’il soit encore possible d’y jouer des spectacles… En attendant de pouvoir accueillir notre jeune public, nous continuons en mode semi-confiné, et voici le troisième épisode du Canapé show : https://www.facebook.com/la.petite.scene.montelimar/. Et les grands peuvent télétravailler en écoutant la Playlist des Chanteurs de La Petite Scène https://soundcloud.com/user-201152517/sets/les-chanteurs-de-la-petite

covidement.

Philippe Fourel

 

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Comparaison n’est pas raison! Le Berliner Ensemble a quelque peu modifié sa salle Afin de respecter les distances physiques, un rang sur deux a été démonté. et les places par deux seront réservés aux personnes appartenant à un même foyer. Elémentaire mon cher Bertolt!

 

 


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