Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles de Joan Yago

Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles de Joan Yago

La compagnie Le Grand cerf bleu, créée en 2014, s’est constituée sur la base de la pratique  d’écritures dites de plateau, avec un rapport exigeant à la langue. Laureline Le Bris, Gabriel et Jean-Baptiste Tur, formés dans des Ecoles nationales supérieures de théâtre, interrogent les positions respectives de l’auteur, de l’acteur et du metteur en scène, en assumant tour à tour, chacune de ces fonctions traditionnelles. Leur plongée actuelle dans le texte de Joan Yago leur fait faire un pas de côté dont ils affirment tirer le meilleur bénéfice. En effet, ils s’approprient ce que la jeune génération d’auteurs catalans développe aujourd’hui : une approche critique des médias,  une  résistance aux effets compassionnels et le refus d’un théâtre purement « engagé ».

Le collectif Le Grand cerf bleu © Laurier Fourniau

Le collectif Le Grand cerf bleu © Laurier Fourniau

 
Le trio a convié quelques acteurs à partager ce travail d’exploration. Leur expérience n’est pas été inutile pour aborder la construction en portraits, inspirés à l’auteur par des personnes existantes. La parole est donnée successivement à cinq femmes qui, de  plusieurs façons, s’échappent de la norme sociale, voire de tous les schémas  d’un militantisme d’identité : rapport au monstrueux, à la déviance, à l’incertain et donc à l’absurde, à l’ironie et aux retournements imprévus des certitudes du spectateur.

Nous avons pu a pu voir une heure et demi de répétition : le minimalisme de l’écriture dramatique est servi par un jeu direct de prise de parole, à l’image d’entretiens documentaires. Sans s’adresser directement au public, les acteurs l’assigne à la position de témoin, voire de juge de situations pour le moins délicates. Ce public est donc renvoyé aux choix qu’il fait pour lui, aux déviances qu’il est prêt à soutenir, aux fêlures intimes qui sont peut-être aussi les siennes…

 Les thèmes du  corps, de  l’identité, de l’enfance et la liberté de se mouvoir à l’intérieur d’une histoire personnelle, chahutent ces portraits qui pourraient être une sorte de cabinet de curiosités humaines et qui sont autant de symptômes d’une société qui n’est pas au bout de ses surprises… Ce que l’on croit penser, ce qu’on peut imaginer des dérèglements de rapports à la norme, au pouvoir, explosent ici sous nos yeux. Sans afficher de lien direct avec les réseaux sociaux, l’auteur joue de façon subtile avec la fabrication de chaque identité exposée, cachée, recomposée, mensongère, manipulatrice….

Aller toujours plus loin dans la revendication d’une originalité personnelle, comme cet homme de cinquante deux ans, qui est une fillette de six ans : il a besoin de revenir à l’enfance pour construire son être-femme de soi-même de A à Z. Ce que l’auteur impose au personnage: d’un personnage de fiction pourtant bien réel puisque présent sur le plateau, chaque actrice fait entendre en quelque sorte la fable.

La parole, adressée à un interlocuteur présent sur scène, donne un effet documentaire auquel il ne faudrait pas trop se fier: les textes sont très écrits, l’auteur est intervenu de façon très littéraire et créative sur ces témoignages qu’il a glanés au cours de ses explorations dans les replis cachés du Web.

Dernière compagnie à fouler le plateau de Théâtre Ouvert avant sa fermeture définitive fin juin, le Grand Cerf bleu répète, alors qu’a lieu le déménagement.  Concentrée sur les enjeux du spectacle à venir, la compagnie sera à La Mousson d’Eté. Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles et sa traduction ont fait l’objet d’une commande dans le cadre du programme Fabulamundi (*) présent chaque année à ce festival.

Pour les partenaires européens qui ne pourront  accueillir la compagnie aux dates prévues, une forme audio est en préparation. Et Théâtre Ouvert met la dernière main à l’édition du tapuscrit qui sortira en édition bilingue. Enfin le spectacle verra le jour dans les locaux rénovés de Théâtre Ouvert, avenue Gambetta, en février 2021. Toute une histoire, bousculée par l’épidémie mais fièrement accompagnée par ses partenaires…

 Marie-Agnès Sevestre

 (*) Fabulamundi Playwriting Europe (Programme Culture de l’Union Européenne) en partenariat avec la Maison Antoine Vitez (Centre international de la traduction théâtrale)
Les répétitions ont eu lieu à Théâtre Ouvert, 4 bis cité Véron, Paris (XVIII ème) du 2 au 13 juin.

En juillet la version sonore et la version bilingue en catalan et français du texte seront publiées aux éditions Tapuscrit -Théâtre Ouvert.
Mise en espace à la Mousson d’été à Pont-à-Mousson, (Meurthe et Moselle) en août et en septembre, diffusion sonore de  Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles sur la plateforme du programme Fabulamundi – Playwriting Europe.

 Création de la pièce dans le nouveau lieu de Théâtre Ouvert , avenue Gambetta, Paris (XX ème) en février  prochain. 

 


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