La nouvelle saison du Théâtre de l’Odéon

La nouvelle saison du Théâtre de l’Odéon

 normal-crop-154x154-2130Dans son éditorial,  Stéphane Braunschweig, lucide, souligne d’emblée  le peu de poids que représente finalement le théâtre «face aux drames qui se sont joués dans les hôpitaux et les E.P.H.A.D. Et pourtant, c’est peu de dire que le théâtre nous a manqué: ce lieu où l’on aime se confiner volontairement et ensemble pour traverser les murs du réel. Quelle frustration pour tous les artistes qui n’ont pu présenter leur travail, pour tous les spectateurs qui attendaient de découvrir les sept spectacles que nous avons dû partiellement ou totalement annulés. Notre art est éphémère et nous vivons entourés de fantômes, mais pour que ces fantômes vivent, encore faut-il que des acteurs en chair et en os les aient inscrits dans nos mémoires comme d’intenses rémanences. Nous ne  pouvions nous résoudre à laisser errer tous ces fantômes sans mémoire du printemps 2020.»

Comme dans les autres théâtres, la saison 2019-2020 à l’Odéon est bien finie et ont été, si possible, reportés les spectacles qui avaient dû arrêtés comme La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, mise en scène d’Ivo van Hove (voir Le Théâtre du blog), ou annulés comme La Double Inconstance de Marivaux, mise en scène de Galin Stoev ou enfin Berlin mon garçon de Marie N Diaye par Stanislas Nordey. Les pièces de Christophe Honoré et Tiphaine Raffier ont aussi été annulées et priorité a été donnée à leurs nouvelles créations : Le Ciel de Nantes, une saga familiale et  autobiographique et pour la seconde, La Réponse des Hommes, un spectacle conçu un peu à la manière du  Décalogue de Kieslowski. Et Christiane Jatahy créera  Entre Chien et Loup, inspiré de Dogville, le film de Lars von Trier.

L’Odéon rouvrira donc en septembre, avec Iphigénie de Racine, notamment avec Sharif Andoura, Suzanne Aubert et Chloé Réjon. Pour Stéphane Braunschweig: « Peu à peu  s’est affirmée l’idée que reprendre comme si de rien n’était, ne serait ni souhaitable ni juste. Il m’a semblé que le théâtre pourrait être au contraire l’occasion de questionner cette expérience commune que nous avons vécue paradoxalement repliés sur nous-mêmes.  Cette pièce s’est imposée. On y voit la grande puissance mondiale grecque mise à l’arrêt par un phénomène mi-naturel, mi-divin: les vents sont tombés et l’armée, clouée en Aulide, ne peut faire voile vers Troie. Il y est question des sacrifices à faire pour que ça reparte, pour que les rois du monde continuent à exercer leur volonté de puissance : sacrifice de la jeunesse, sacrifice de l’étranger, sacrifice de ce qui nous relie, habitants d’une même terre. Faisons le pari, une fois encore, que les grands poètes, d’hier et d’aujourd’hui, nous aideront à nous orienter dans le présent. »

Après le succès des Démons l’an passé, Sylvain Creuzevault poursuivra ainsi son aventure avec Dostoïevski et créera Les Frères Karamazov et Le Grand Inquisiteur, une variation autour de la célèbre parabole d’Ivan Karamazov au cœur du roman. Nouvel artiste associé, le jeune auteur et metteur en scène britannique Alexander Zeldin qui avait mis en scène Love, montera Faith, Hope and Charity, dernier volet d’une trilogie consacrée à l’intimité en temps de crise. On pourra voir aussi Antoine et Cléopâtre, mise en scène de Célie Pauthe. Une pièce peu jouée au théâtre mais souvent adaptée au cinéma et celà dès 1906 ! Elle avait été montée par Tiago Rodrigues il y a quatre ans (voir Le Théâtre du Blog). « Leur union, aussi difficile soit-elle, apparaît comme la promesse ou le rêve -envers et contre tous les égoïsmes nationaux, envers et contre tous les replis sur soi- d’une planète commune.»

Stéphane Braunschweig, lui, avait décidé, avant la crise de monter Comme tu me veux une œuvre de Pirandello crée en 1930 à Milan. Elle aussi rarement jouée mais adaptée au cinéma avec Greta Garbo et Eric von Stroheim: cela se passe en 1929 entre nazisme montant à Berlin et fascisme vite triomphant en Vénétie. Et pour la première fois-et c’est rare dans un grand théâtre parisien- on pourra voir le travail avec une troupe panafricaine, du metteur en scène burkinabé Aristide Tarnagda qui présentera Que ta volonté soit Kin (Kin comme Kinshasa). Cette pièce de Sinzo Aanza, un auteur de trente ans qui vit et travaille dans la capitale de la République Démocratique du Congo, avait été créée dans des cours de maisons à Ouagadougou au festival Récréâtrales 2018.

Une riche saison où on a sans doute voulu un équilibre entre classiques et œuvres contemporaines mais sur laquelle plane toujours, comme sur tous les lieux de spectacle, la menace d’un retour de la pandémie. C’est bien en tout cas, un nouveau paysage théâtral qui va se dessiner en France: y aura-t-il le même public et surtout voudra-t-il fréquenter les salles de spectacles. En attenant, tout se passe comme si l’Elysée avec son cabinet noir qui semble prendre les décisions à la place du Ministre de la Culture, avait fait la part du feu, en privilégiant non l’aide aux compagnies mais l’existence des grandes structures qui vont avoir à concilier le retour de publics importants et le respect drastique des règles sanitaires. Ce que soulignait hier Emmanuel Demarcy Mota, le directeur du Théâtre de la Ville-Espace Cardin où des places ont été supprimées dans une salle à la jauge déjà limitée. *Et pourtant « Il n’y aura pas de demi-jauge, comme cela avait été imaginé précédemment », a dit Frank Riester, ministre de la Culture, il y a une semaine. Faudra-t-il porter un masque pour être admis dans la salle, alors qu’hier encore personne n’en portait mais qu’il était obligatoire d’en avoir un pour entrer dans le hall… mais où le directeur lui-même n’en portait pas! Comprenne qui pourra… Enfin les fabricants de gel hydro-alcoolique peuvent se réjouir: il coule à flots un peu partout dans Paris et même les stations de bus en sont équipées.  » Nous vivons une époque moderne », concluait autrefois Michel Meyer, à la fin de ses chroniques sur France-Inter.

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe 2 rue Corneille, Paris (VI ème), actuellement fermé. T:  01 44 85 40 40.£

*Le Théâtre de la Ville restera ouvert tout l’été avec en juillet, un programme de cinq spectacles tout public au tarif unique de 10 € et gratuit pour les moins de quatorze ans et le personnel soignant, des concerts sur la scène extérieure de l’Espace Cardin, des Consultations poétiques, musicales et dansées.
Et en août, une académie Santé-Culture sera ouverte au Théâtre de la Ville -Espace Cardin, dans le cadre du dispositif Vacances apprenantes.

 

 


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