Livres et revues

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Jeu, Revue de théâtre n° 174

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Le nouveau numéro de cette publication québécoise trimestrielle, bien connue des gens du spectacle, comprend un dossier Jeunes publics. Ce qu’elle avait fait il y a déjà quatorze ans; depuis les choses ont quelque peu changé dans le monde du théâtre, encore que… semblent dire aussi ceux qui ont participé à ce numéro. Dans son éditorial, Raymond Bertin, le rédacteur en chef, souligne que : « La culture tend des ponts vers l’autre, offre des occasions de rassemblement qui soudent les communautés, fait circuler les fluides sensibles, tous horizons et générations confondues. Nous pouvons nous réjouir, au Québec, du bouillonnement créatif qui nous distingue. Mais la chaîne de création-production-diffusion des arts du spectacle vivant est fragile, maintenue par la passion des individus, dans une trop fréquente précarité. « 

Et ce dossier Jeunes publics en fait état à nouveau. Là-bas comme en France, chaque création d’une des nombreuses compagnies professionnelles du Québec tient parfois d’un petit miracle… Dans ce riche numéro comme toujours servi par une belle maquette signé folio & goretti, Michèle Chanonat, la responsable de ce dossier, témoigne dans un article très fouillé: les femmes, dit-elle, sont majoritaires dans le secteur Jeune public qui se porte bien et les compagnies de marionnettes comme celles de théâtre  sont souvent ambassadrices de son pays à l’étranger. Mais elle se demande: «Serait-ce parce que cela concerne les enfants, et, par conséquent, les femmes? Là-bas comme en Europe, sévit souvent, un curieuse malédiction : nombre d’entre elles sont reconnues comme de bonnes autrices ou metteuses en scène  mais les hommes tiennent à garder les postes de direction!

Ce que confirme dans une interview, Fabrice Melquiot, auteur et directeur d’Am Stram Gram, un théâtre pour enfance et la jeunesse à Genève. Il constate avec indignation qu’il y a bien des programmatrices de festivals en Europe mais que les grandes structures sont dirigées par des hommes et  que l’on délègue la programmation Jeunes publics aux chargées des relations publiques ou aux secrétaires!  Et Michèle Chanonat retrace le parcours de Fabrice Melquiot, auteur insatiable de quelque 80 pièces dont Perlino Comment en 2001 qui inaugura la collection Jeunesse de l’Arche éditeur ou Bouli Miro publié l’année suivante qui sera le premier spectacle Jeune public présenté à la Comédie-Française…

Dans Libérer l’enfance, Marie Fradette qui enseigne la littérature jeunesse à l’Université Laval, voit le théâtre pour jeune public inscrit « dans une société hyper-surveillée qui veut protéger l’enfant pour le mettre à l’abri des hostilités, mais qui a toujours tendance à l’idéaliser ». Elle évoque le cas de Suzanne Lebeau, auteure  maintenant bien connue en France, cofondatrice du Théâtre du Carrousel à Montréal. En 2006, elle avait l’impression de devoir toujours légitimer ce qu’elle faisait et trouve que l’on continue à perpétuer des images fausses sur le public d’enfants. Ils  ne sont pas innocents, dit-elle ni essentiellement heureux mais humains et moins formatés que les adultes… Et plus réceptifs à des spectacles aussi destinés à des adultes. Cet article est illustré de belles photos de Trois petites sœurs de Suzanne Lebeau, de Jusqu’au sang ou presque d’Annie Ranger et de L’Histoire d’un grillon enfermé dans un salon de Claude Gagnon.

©François-Xavier Goudreault

Trois petites sœurs ©François-Xavier Goudreault

Cyrille Planson, dans France: les grandes espérances, un article malheureusement en partie imprimé en blanc sur noir et en petits caractères, ce qui en rend la lecture difficile, regrette que le théâtre pour la jeunesse fasse figure de parent pauvre avec une production mal en point et une économie en grande précarité. Et que la création, malgré une percée du théâtre documentaire à partir de témoignages d’enfants, a du mal à se renouveler. Sans doute à cause d’un manque de formation dans l’enseignement théâtral en France qui devrait être fait par des metteurs en scène reconnus dans ce domaine. Et nombre de compagnies montent ce type de théâtre par choix négatif, ce qui n’arrange pas les choses… Et depuis les merveilleuses créations de Catherine Dasté dans les années 70, es choses piétinent toujours un demi-siècle après.

On ne peut citer tous les articles mais celui où Sophie Pouillot analyse la réception des spectacles par les enfants est tout à fait intéressant. Elle rappelle que les enseignants du primaire comme du secondaire, ont un rôle-clé dans cette histoire puisqu’ils choisissent les spectacles qu’ils feront voir à leurs élèves. Là aussi, elle met le doigt là où cela fait mal: sans initiation ni solide expérience, difficile que de jeunes spectateurs soient sensibles à des pièces dont leur enseignants auraient du mal à parler… Quelque soit le genre: un classique revisité, un texte contemporain qui tient plus de la fable, ou proche des arts plastiques et/ou de la danse, ou encore un dialogue de théâtre documentaire…  Comme s’ils avaient peur de ne pas être à la hauteur. Alors que lire un texte, et au besoin le décrypter, lire aussi des articles parus, voir déjà une représentation du spectacle où ils emmèneront leur élèves coûte un peu d’énergie mais rapporte gros.                    

Un numéro hautement recommandable.

Philippe du Vignal

Jeu est en vente en France dans les librairies théâtrales. Et distribution du Nouveau Monde, 30 rue Gay-Lussac, Paris (Vème). dnm@librairieduquebec.fr

Revue Frictions Hors série n° 9 Siwa plate-forme d’expérimentation

Nous avions déjà signalé  la parution de ce riche numéro spécial de la revue consacré à Siwa, une plate-forme d’échanges et d’expériences entre artiste et penseurs issus du Maghreb, du Machrek et de l’Occident. « L’idée de partage étant le principe de base comme on aura pu le constater, dit Jean-Pierre Han, le rédacteur en chef,  « lors des autres stations de Siwa à Paris, aux Ateliers Berthier de l’Odéon en 2008, aux Bouffes du Nord en 2010 à Vitry-sur-Seine en 2011 »(…) C’est du côté du festival d’Amman en Jordanie qu’il faut chercher les linéaments de l’aventure de Siwa. Quel autre objectif avait cet petites équipe (Yagoutha Belkacem, l’instigatrice de Siwa qu’elle dirige, un cadreur, un responsable son et un journaliste, moi en l’occurrence) à vouloir à faire un film en interviewant plus d’une vingtaine de participants, auteurs, artistes, intellectuels du monde arabe, tous présents à Amman. » Dont le grand metteur en scène irakien Haytem Abderrazak.thumb_resize_X520_eIH6Ok7WAmyiO8B6pio3iNwk3BcLJ3vYTnsd8wQH

Yagoutha Belkacem retrace le parcours d’un festival à Bagdad en 2009 donc en pleine guerre et où elle est retournée l’année suivante pour cette fois un festival international. Puis elle raconte l’expérience qu’elle a vécue à Redyef d’un travail théâtral depuis 2012 avec les habitants pauvres de cette ville minière de Tunisie, et avec notamment le metteur en scène François Tanguy. Ce laboratoire expérimental continue  à existe et à tisser des liens entre des artistes du Maghreb et d’Europe.

Le philosophe marocain Arafat Sadallah dans Siwa : une poétique de l’entrevue  raconte lui comment depuis le début de cette plateforme il y a donc treize ans, il a pu orienter et aiguiser ses questionnements théoriques concernant la représentation dans la pensée et l’art arabes. Il retrace aussi une aventure que fut un travail sur L’Orestie d’Eschyle avec Haytem Abderrazzaq, Célie Pauthe, directrice du Centre Dramatique National de Besançon,  Mokalled Rasem, metteur en scène irakien résidant en Belgique et l’anthropologue tunisien Youssef Sedik qui a traduit le texte en arabe. Un projet qui a avancé à travers des résidences à Besançon à la Fonderie du Théâtre du Radeau au Mans mais aussi à Bagdad. Et filmé par le metteur en scène polonais Janek Turkowski.

L'Orestie au C.D.N. de Besançon Photo X

L’Orestie au C.D.N. de Besançon Photo X

Youssef Seddik, philosophe et anthropologue islamologue,  parle du contexte où eut lieu cette expérience et rappelle la relation étroite que connut la Grèce homérique avec la Phénicie: Un bas relief au louvre représente Agamemnon se faisant initier au culte des Cabires, en grec ancien Κάβειροι, Kábeiroi, de Kabirim, « dieux puissants », divinités mineures objets d’un culte à mystères aux influences phéniciennes, devinrent protecteurs de la navigation Un mot rappelle-t-il qui a encore un usage généralisé dans le monde arabe au sens de grand fort ou puissant. Ce passionnant numéro est illustré d’un très beau portfolio de Lâm Duc Hiên qui a photographié les paysages et les habitants de l’Irak depuis 1991.

Ph. du V.

Frictions France 15 € et étranger : 18 €.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

 

 


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