Au Théâtre national de Strasbourg, la saison d’après le covid 19

TNS Visuel de saison 20-21 avec Marie NDiaye par Jean-Louis Fernandez

Marie Ndaye © Jean-Louis Fernandez

Au Théâtre national de Strasbourg, la saison d’après le covid 19

en visio-conférence avec Stanislas Nordey

« On redémarre en se disant : les artistes, on est toujours là, on a des choses à dire et on va les dire. » Stanislas Nordey a présenté sa prochaine saison qui sera pour lui l’avant-dernière au T.N.S. Il précise que rien n’est encore gagné : « On est encore dans le combat, pour que le milieu culturel ne soit pas oublié. On continue à être vigilant sur la question de l’année blanche. Pour nous, l’essentiel a été de protéger les artistes et les techniciens en assurant leurs cachets, même pour ceux qui n’avaient pas encore signé leur contrat.  Nous avons aussi aidé des auteurs en passant commande de douze textes, pour les acteurs du Groupe 45 de l’Ecole. »

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Avec l’interruption de l’une des plus belles saisons en termes de fréquentation et compte-tenu des frais induits, le coût de cette crise s’élève à 400.000 euros. Mais  l’été au T.N.S. sera « apprenant et culturel », comme l’a suggéré Emmanuel Macron. Malgré les polémiques et l’indignation soulevées par la proposition présidentielle, Stanislas Nordey l’envisage comme un moyen de « faire revivre le théâtre et de donner du travail aux artistes qui ont besoin de bosser, avec des choses que l’on fait déjà. On a construit un projet de médiation culturelle avec les spectateurs qui ne partent pas en vacances. On n’allait pas cracher sur ces crédits ! On aura besoin de renforcer l’équipe et ce sera des salaires en plus pour des artistes et des techniciens ». Avec un budget prévisionnel de l’ordre de 300.000 euros, dont il espère obtenir au moins la moitié en subsides supplémentaires, c’est le seul Théâtre National à avoir postulé à ce dispositif, alors que de nombreuses compagnies l’ont fait. Les arbitrages seront rendus rapidement, paraît-il…

 L’équipe, en télétravail, a pu construire un programme de substitution pendant le confinement : Le T.N.S. chez vous*, sur le site du théâtre où les artistes ont réalisé des lectures en ligne. Il a fallu, en même temps, sauver les créations engagées sur la prochaine saison, tout en reportant celles en cours de production. La continuité pédagogique de l’Ecole a aussi été assurée ainsi que le recrutement de la nouvelle promotion d’élèves. Quant au spectacle du groupe 45, Dekalog, il devait se jouer au festival de Montpellier mais il verra le jour en février 2021. Pour leur sortie d’école, Julien Gosselin a adapté le scénario des dix films de Krzysztof Kieslowski portant sur les Dix Commandements, sans se référer aux films : « J’ai abordé le Dekalog comme une œuvre littéraire, à partir du texte publié aux éditions Ballan » dit le metteur en scène, artiste associé au T.N.S.

 Au théâtre, les répétitions ont repris depuis le 16 mai, aménagées en suivant les consignes sanitaires, ce qui s’avère compliqué: le premier protocole de 43 pages était « consternant et inapplicable ».  Les théâtres, publics et privés ont pris rendez-vous avec le ministre de la Culture pour que les jauges soient ouvertes plus largement après l’été : « On demande qu’on nous fasse confiance, qu’on nous traite comme des responsables : on sait gérer le public, une file d’attente … L’essentiel, dit Stanislas Nordey, est que le public se sente en sécurité . »

 La saison 2020-2021 s’annonce avec neuf créations dont trois reportées à cause du Covid, et cinq productions maison. Un programme résolument contemporain  à l’exception de quatre propositions originales autour de Racine. Mithridate, par Eric Vigner avec Stanislas Nordey dans le rôle-titre, un Andromaque à l’infini, à la sauce Gwenaël Morin qui devait être créé au festival d’Avignon avec une distribution de jeunes sortis du programme de formation Ier Acte (des acteurs issus de la “diversité“ ). Bajazet en considérant le théâtre et la peste d’après Antonin Artaud et Racine, mise en scène de Frank Castorf,  Phèdre! du Suisse François  Gremaud, succès d’Avignon  2019 (voir Le Théâtre du Blog). Et aussi  Antigone de Sophocle, mise en scène par Jean-Pierre Vincent. 

Seront notamment accueillis Sœurs de Pascal Rambert et Les Innocents, Moi et l’Inconnue au bord de la route départementale de Peter Handke par Alain Françon  et Nickel de Mathilde Delahaye et Pauline Haudepin, mise en scène de Mathilde Delahaye  (voir Le Théâtre du Blog).

Les autrices seront en première ligne avec sept titres au programme : « J’ai décidé, jusqu’à la fin de mon mandat, annonce Stanislas Nordey, de ne monter que des autrices. Il faut faire bouger les choses, leur donner leur place sur les grands plateaux. » Il mettra en scène Berlin mon Garçon, une commande à propos du jihad, qu’il avait passée à Marie Ndiaye, artiste associée au T.N.S. et qui sera aussi présente avec Les Serpents dans la mise en scène de Jacques Vincey. Et réalisera Au bord de Claudine Galéa (Grand Prix de littérature dramatique 2011)  avec Cécile Brune, tout juste remerciée par la Comédie-Française ! L’écrivaine fera l’objet d’un focus dans le prochain numéro de la revue Parages. On découvrira aussi Superstructure de Sonia Chiambretto, mise en scène d’Hubert Colas et Le Père de Stéphanie Chaillou, d’après L’homme Incertain, adapté par Julien Gosselin. Enfin, Mauvaise d’une dramaturge anglaise, Debbie Tucker Green, qui cartonne outre Manche…

 En marge de cette programmation, et en parallèle, L’Autre Saison initiée il y a quatre ans, se poursuit. Elle présente gratuitement spectacles, lectures, rencontres thématiques, performances, débats et travaux de l’école… « Le TNS s’engage sur plusieurs fronts : la parité, avec des Etats généraux proposés à l’ensemble de la profession ;  le développement durable avec un événement ressemblant artistes, climatologues, sociologues et des commandes sur la question passées à six autrices; la diversité, au cours d’une soirée qui mettra en exergue toutes les initiatives menées au T.N.S. ; le handicap …

 Pour conclure, à la question de son rapport avec le politique, le directeur répond : « Quand on est un Théâtre National, on a un lien plus fort avec les politiques, On les a interpellés.  La seule question : protéger les intermittents. On n’a pas encore de détail sur un éventuel plan de relance. Dans six mois, on verra ce qui se passe.

Ce qui l’a le plus frappé, déstabilisé, dans cette crise ? « C’est notre regard sur tous les petits métiers invisibles, au théâtre.  Par exemple, le bureau de la responsable de l’entretien du bâtiment est au sous-sol ! Et plus largement, la question de l’invisibilité dans notre société. » « Il y a aussi le fait de devoir programmer très à l’avance, cette rigidité : actuellement, on est obligé, pour des questions budgétaires, de prévoir deux ou trois saisons en amont, :  les coproducteurs sont plus difficiles à convaincre surtout pour le répertoire contemporain …  Il y a aussi, avec la multiplication des spectacle proposés en vidéo pendant le confinement et la crainte que le virtuel ne prenne le pas sur le spectacle vivant. Qu’on pense qu’une bonne captation le remplace… ça m’a fait peur, tout comme le mot “présentiel“.»

Une “présentation digitale de la saison“ sera proposée au public le 12 juin à 19 h, en attendant son ouverture en musique, dès septembre avec le festival Musica, où Joris Lacoste livrera Suite no 4 le dernier opus de son  Encyclopédie de la parole (en cours depuis 2007, voir Le Théâtre du Blog )

 Mireille Davidovici

 #TNSChezVous

Théâtre national de Strasbourg, 1 Avenue de la Marseillaise, 67000 Strasbourg. T. : 03 88 24 88 00. www.tns.fr


Archive pour juin, 2020

La Culture est loin d’être sauvée ! Et la C.G.T. organise une manifestation nationale

La Culture est loin d’être sauvée ! Et la C.G.T. organise une manifestation nationale 

6juin

 Un mois après les mesures annoncées par Emmanuel Macron et confirmées par Franck Riester, aucun écrit officiel n’est venu compléter leurs déclarations orales, aucun décret n’a été présenté puis adopté, aucune décision budgétaire n’a été prise. Seul a été annoncé pour les intermittents du spectacle un report de la « borne au 31 août 2.021 » et qui a été acté par un amendement du Sénat.

Conformément aux annonces du Président de la République relatives à la prolongation de l’indemnisation des artistes et techniciens intermittents du spectacle jusqu’à la fin août 2021,  cet amendement fixe au 31/08/2021 (en lieu et place du 31/05/2020 pour les autres demandeurs d’emploi), le terme maximal de la période au cours de laquelle la fin des droits doit être constatée pour permettre l’allongement de la durée d’indemnisation.

Cet amendement « prévoit, dans ce cadre, la possibilité d’adapter les modalités d’application de ce dispositif de prolongation des droits pour les artistes et techniciens intermittents du spectacle. » Mais cela ne signifie nullement que toutes les questions sont réglées et suscite la plus grande inquiétude des professions de la Culture.

101020543_2877240785836261_3206678684056420352_o« Seule la mobilisation du plus grand nombre, déclare la C.G.T. -Spectacle, permettra de sortir les professionnels de la situation catastrophique qui est la leur et elle demande entre autres: « l’ouverture d’une concertation au niveau professionnel sur l’adaptation des règles de l’assurance-chômage qui prolonge les droits des intermittents du spectacle de douze mois augmentés de la période durant laquelle il est impossible de travailler. »

Avec d’abord un plan de refinancement des structures chargées par l’Etat et les collectivités territoriales de missions de services public et qui portent la culture et la diversité artistique auprès des populations partout en France. Et un plan de relance de l’activité, notamment pour le secteur marchand, qui soit doté de moyens comparables à ce qui a été accordé au secteur automobile ou au tourisme. Enfin l’abandon du démantèlement du service public audiovisuel marqué par les baisses de financement de Radio France et de France Télévisions, comme par la suppression de France 4 et France Ô.»

Mireille Davidovici

La manifestation de la C.G.T. Spectacle est prévue à Paris, le samedi 6 juin à midi .

 http://www.fnsac-cgt.com/article.php?IDart=1638&IDssrub=214

 

Avignon : les guides- conférencier.e.s à la porte du Palais

 

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 Avignon : les guides- conférencier.e.s à la porte du Palais

Pas de festival d’Avignon cette année mais, ce mardi 2 juin, le Palais des Papes ouvre ses portes aux visiteurs, avec une Cour d’Honneur qui sera en deuil de ses artistes. Et guides et conférenciers qui font découvrir cet imposant patrimoine aux touristes, restent eux aussi sur le pavé. Ils manifestent sur le grand parvis du Palais… Un peu d’animation  digne des parades théâtrales qui brilleront cette année par leur absence.

 « Avignonnais, Avignonnaises, visiteurs de passage, enfants curieux, dit leur tract, vous ne nous connaissez pas mais pourtant, vous nous avez tous et toutes déjà croisés… Vous nous avez peut être suivis lors d’une visite guidée, ici ou ailleurs. Oui, nous rendons vivant ce qui ne l’est plus mais nous vantons aussi ce qui est animé : les mérites de notre ville, son art de vivre, ses monuments, ses boutiques, ses commerçants, ses musées, ses théâtres

  Aujourd’hui, beaucoup de salarié.e.s ne bénéficient pas du chômage partiel, et pour les autres, les aides de l’Etat compensent à peine les pertes de revenus crées par cette crise. Et de nombreu.x/ses guides conférencier.e.s que vous croisez dans Avignon, vont devoir partir et/ou se réorienter. Pourtant, nous sommes présent.e.s pour faire fructifier les recettes de l’Etat (56,3 milliards d’euros/an de recettes touristiques) et celles des sociétés qui nous embauchent. Mais aujourd’hui, qui est présent pour nous ? Nous sommes seul.e.s et sans ressources. »

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 Leur métier, peu connu et surtout mal reconnu, requiert un solide bagage et surtout un sens de l’improvisation en public, un talent de comédien en quelque sorte. Les guides-conférenciers sont, comme bien d’autres, des artisans de la Culture, en marge des artistes et techniciens qui bénéficient, eux du statut d’intermittent. Cet été pas d’embauche pour ces précaires avignonnais qui sont salariés saisonniers, auto-entrepreneurs, vacataires: pas de chômage ni d’indemnité. Cette année est pour eux une année blanche…

Cette situation n’est pas particulière au site d’Avignon. Beaucoup de villes qui ont perdu cette année leur festival, voient ceux qui travaillent en marge de la Culture laissés au bord du chemin et sans interlocuteur… Le doute plane sur l’avenir de ces « invisibles »,  à l’instar des « artisans du spectacle» réunis en collectif (voir Le Théâtre du Blog) et qui réclament, eux aussi, l’attention des pouvoirs publics.

 Mireille Davidovici

 #Guidesdavignon  #Guideconferencier  #2020jevisitelafrance                        .

Les Francophonies, c’est reparti pour l’automne ! Entretien avec Hassane Kassi Kouyaté

 

Les Francophonies,  c’est reparti pour l’automne ! Entretien avec Hassane Kassi Kouyaté

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Le festival limougeaud, qui va fêter ses trente-sept ans avec une grande exposition en septembre, se décline maintenant en deux saisons (voir Le Théâtre du blog). Il lui a fallu cette année, corona virus oblige, renoncer à son volet littéraire: Les Zébrures de printemps, prévues  en mars. Elles ne pouvaient être reportées pour diverses raisons, explique son directeur : d’abord faute de lieux disponibles;  aussi parce que réaliser ce focus de dix jours sur les écritures en automne et en même temps que les créations, aurait brouillé la visibilité de textes qui doivent exister indépendamment.

« J’ai adoré certains en les entendant, dit Hassane Kassi Kouyaté, mais j’ai souvent été déçu par leur mise en scène. Je ne veux pas opposer les deux mais mettre en lumière les textes eux-mêmes et le travail de la Maison des Auteurs qui contribue à leur diffusion. Par ailleurs, au printemps prochain, ce ne pourra être les mêmes auteurs en jeu : «  Je veux montrer des écritures en cours de création. Or, la plupart de la programmation 2020 concernait des textes qui sont maintenant montés. » Dernière raison invoquée :   » J’avais déjà aussi pris des engagements pour le printemps 2021 en Asie et au Moyen-Orient et passé des commandes d’écriture. » Cependant,  les artistes, techniciens, prestataires de service qui devaient opérer aux Zébrures de Printemps 2020 ont tous été dédommagés. »

 Les spectacles que nous verrons aux Zébrures d’automne, africains pour l’essentiel, sont prévus depuis longtemps et, dit Hassane Kassi Kouyaté : « 90 % des propositions ont pu être sauvées mais nous avons dû refaire des distributions, remplacer les artistes venant d’Afrique qui devaient intervenir,  par des acteurs et musiciens de la diaspora en France. » Il y aura donc neuf créations et trois encore en suspens,  des accueils de spectacles et des événements dont une grande exposition sur l’histoire de ce festival créé en 1983 par Pierre Debauche.  Organisée en partenariat avec la Bibliothèque de Limoges, pôle associé à la Bibliothèque Nationale de France pour  le théâtre et la poésie francophones. Auront aussi lieu des rencontres sur les relations Sud/Nord…Le menu définitif nous sera dévoilé à le fin du mois de juin. 

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 Après trois mois de télé-travail avec son équipe, Hassane Kassi Kouyaté éprouve une certaine frustration : « Cela prend beaucoup plus de temps et s’avère très fatigant, sans compter les incertitudes! Et le résultat n’est pas conforme à nos rêves, même si on invente autrement. Il y a ainsi des projets qui ne verront jamais le jour, comme ceux du Burkina Faso et de Tunisie : l’année prochaine, il n’y aura malheureusement pas de place pour eux ! »

Au-delà de sa propre expérience, le directeur des Francophonies remet en question le fonctionnement du théâtre en France : « C’est notre modèle qui pose problème et le corona virus met en lumière l’impasse où nous sommes: on gère la Culture comme des produits manufacturés! Il faut tout programmer à l’avance pour obtenir des subventions, il faut tout détailler… Alors que la création devrait prendre le pas sur la bureaucratie (comme à l’hôpital !).  On est dans un système marchand.  »

 Et en attendant de faire bouger les lignes, comme le souhaiteraient de nombreux responsables de lieux, festivals et compagnies qui réfléchissent en réseau (voir Le Théâtre du Blog) et en concertation avec ses interlocuteurs étrangers, Hassane Kassi Kouyaté  coiffe sa casquette de metteur en scène pour une nouvelle création qui sera à l’affiche du festival.

 Congo Jazz Band de Mohamed Kacimi 

« Je me posais la question : “ Est-ce que c’est nécessaire de créer pour moi ? – Oui, me suis-je dit, si je fait autre chose.  » Descendant d’une lignée de griots, qu’il considère comme des médiateurs et des historiens de la société, il estime qu’il y a urgence aujourd’hui à parler de l’immigration sous forme d’un théâtre documentaire : «  Il y a une méconnaissance profonde de son origine : la colonisation avec à la clé, pillage des richesses des territoires. Si 10 % des matières premières y restaient, les peuples n’auraient plus besoin de bouger. L’Européen moyen ne comprend pas que les gens sont morts vivants chez eux. C’est mon rôle de griot moderne de parler de ces choses. »

 À cet égard, la colonisation du Congo est, pour lui, exemplaire. À la Conférence de Berlin en 1878, les puissances européennes se sont partagées le continent africain et le roi Léopold II de Belgique reçut cet immense territoire: « Mohamed Kacimi a écrit une fiction historique, une sorte de conte moderne que nous allons aborder du côté musical. Un orchestre sur scène jouera des tubes africains et racontera des histoires… »  Inversion ironique : « Les instrumentistes seront des femmes, et le chœur, des hommes  ! »

Cette comédie musicale, où des personnages fictifs croisent des figures historiques, ira ensuite en Guadeloupe, Martinique et sur plusieurs scènes de l’Hexagone et d’Afrique.

À suivre…

 Mireille Davidovici

 Les Zébrures d’automne, des écritures à la scène  du 23 septembre au 3 octobre.

Les Francophonies, de l’écriture à la scène : 11, avenue du Général de Gaulle, Limoges (Haute-Vienne). T. : 05 55 10 90 10.

 

Arrêtons un moment…

Dans l’abondant courrier que nous recevons, il y a deux lettres qui nous ont particulièrement touché, d’abord celle de Marion Coutris, actrice et codirectrice du Théâtre des Calanques à Marseille. En quelques mots, elle nous dit ce qu’elle ressent de la vie d’un théâtre où ses spectateurs n’ont plus le droit de venir. Et tout l’espoir qu’elle met aussi dans de prochaines retrouvailles quand la machine théâtrale, qu’elle soit petite ou importante, se remettra à fonctionner.

Et Philippe Fourel, le directeur de La Petite Scène à Montélimar (Drôme) ne manque pas d’humour quand il se demande comment un spectacle pourra continuer à être joué, vu les conditions draconiennes actuelles d’accueil du public. Ces deux courtes lettres en disent plus long sur le désarroi et en même temps sur l’espoir de temps meilleurs de directeurs de théâtres que bien de longs communiqués ou déclarations ministérielles. Nos amis allemands sont pragmatiques (voir plus bas) . Mais mieux en avoir les moyens et quant au climat de la salle… il y a sans doute mieux comme rapport avec les acteurs sur le plateau, eux-aussi soumis à des gestes barrière…

Philippe du Vignal

Arrêtons un moment…

C’est par ces mots que commence la Bérénice de Jean Racine. C’est le moment du théâtre qui les convoque et c’est bien du théâtre aussi que ces mots nous parlent. Ils s’adressent aux spectateurs rassemblés. Ils disent le temps qui se suspend et la réalité qui dure. Ils disent que la fable commence…

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Dès le jour où vous, spectatrices et spectateurs, avez déserté par force, les salles de spectacle, le théâtre a cessé d’exister. Parce que votre présence est indissociable de notre action. Nous sommes acteurs d’un jeu de société qui vous comprend, vous toutes et tous. Le théâtre, c’est un art public, en ce sens noble et trivial, et dans la triangulation que constituent l’œuvre, l’artiste et le spectateur, il ne peut manquer un élément pour qu’ait lieu la représentation.

Eh! Oui : nos destins ont partie liée, et même si on sait, on sent votre présence dans le noir de la salle devenue silencieuse, on ne connaît parfois rien de vous. Mais vous nous manquez. Et sans vous, imaginer une saison théâtrale, un événement, une création, est difficile. À vrai dire, cela n’a pas de sens. Car ce n’est pas un métier, spectateur, c’est un désir. Et vous êtes, chacune et chacun, étudiant ou enseignante, médecin ou commerçante, musicienne ou infirmier, chercheuse ou agriculteur, artiste peintre, chauffeur de taxi, architecte, coach sportif, retraité, responsable d’association, séminariste, poète, chômeur, critique de théâtre, coiffeur, employé, chef d’entreprise, commissaire de police, aventurier…

Vous êtes vous, et vous aimez le théâtre, vous représentez le monde, la cité antique, la ville moderne ou le monde rural. Vous êtes autre et vous êtes le sujet du théâtre. Surtout, vous aimez venir retrouver d’autres gens dans cette salle, attendre de nous quelque chose qui provoquera une émotion particulière, ou une réflexion différée. Vous aimerez ou vous n’aimerez pas, ou plus tard. Mais vous reviendrez toujours avec le même désir renouvelé, jamais éteint. Et toujours libre, dans votre capacité de jugement, votre imaginaire, votre participation, votre envie.

Cette liberté inouïe provient bien de la simultanéité d’un moment partagé, qui ne vivra que par l’instant présent.
Ce moment que, seuls, le théâtre, la danse, la musique osent suspendre à l’instant où la lumière diminue dans la salle, vous laissant avec vos correspondances sensibles, vos rêves, vos jardins secrets. Sachez que nous attendons ce moment avec impatience, nous comptons sur vous, pour que la machine humaine du théâtre se remette en marche et que se poursuivre notre Odyssée commune née à Athènes cinq siècles avant notre ère. Nous nous dirons peut-être alors, comme Winnie dans Oh les beaux jours ! de Samuel Beckett :« Oh! Le beau jour encore que ça aura été. Encore un. Après tout. Jusqu’ici.»

Marion Coutris

Bonjour,

 Chic, nous pouvons ré-ouvrir ! Cette annonce mérite une nuance : en espaçant les spectateurs d’un mètre, nous pouvons accueillir 20% du public! Pour notre petit lieu, la-petite-scene-montelimarcela signifie qu’avec seulement 20% de la recette nous ne pouvons payer que la S.A.C.E.M., pas les artistes et ni les techniciens. A moins de demander au public de payer cinq fois plus cher sa place ?

Donc, les théâtres sont ouverts, sans qu’il soit encore possible d’y jouer des spectacles… En attendant de pouvoir accueillir notre jeune public, nous continuons en mode semi-confiné, et voici le troisième épisode du Canapé show : https://www.facebook.com/la.petite.scene.montelimar/. Et les grands peuvent télétravailler en écoutant la Playlist des Chanteurs de La Petite Scène https://soundcloud.com/user-201152517/sets/les-chanteurs-de-la-petite

covidement.

Philippe Fourel

 

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Comparaison n’est pas raison! Le Berliner Ensemble a quelque peu modifié sa salle Afin de respecter les distances physiques, un rang sur deux a été démonté. et les places par deux seront réservés aux personnes appartenant à un même foyer. Elémentaire mon cher Bertolt!

 

Les artistes se mobilisent : un réseau de réflexion

Les artistes se mobilisent : un réseau de réflexion

 Alors que certains pensent reprendre leurs activités comme avant le confinement, des artistes de toutes disciplines ont lancé un appel à la rencontre et à la discussion. Une importante démarche en cours a lieu actuellement sous forme de groupes de réflexion et d’initiatives. Sous l’impulsion des artistes et des compagnies, ils se multiplient en France autour de théâtres, pour interroger et penser métiers et pratiques. Des groupes qui se déploient en un rhizome de rencontres transdisciplinaires « pour expérimenter et définir de nouveaux modèles plus justes, plus solidaires et plus en phase avec les urgences du monde actuel. »

Capture d’écran 2020-05-31 à 17.45.06Selon un communiqué collectif : «Ils désirent s’inscrire ensemble et maintenant dans des réflexions et recherches qui conduisent les saisons à venir et les programmations des lieux culturels. » Ont déjà mis en ligne leurs activités,  des associations comme le Conseil National de la Nouvelle Résistance, A.S.S.I.T.E.J. Scène d’enfance,  Circuit court Artistes et territoire mais aussi  le Centre Dramatique National de Montluçon, la MC 93 à Bobigny  ou  le Théâtre Universitaire de  Nantes. Et l’Office National de Diffusion Artistique, la Fédération des Pirates du Spectacle Vivants. Et des syndicats comme  le S.Y.N.A.V.I. , le groupe “danse“ du S.Y.N.D.E.A.C… Des appels ont été lancés pour que soient réalisés des Etats généraux du off d’ Avignon par les artistes et théâtres d’Occitanie (voir Le Théâtre du Blog). Des rencontre sont aussi prévues par les Gilets Jaunes Intermittents Chômeurs Précaires, HF/ Rhône-Alpes,  ou l’université d’été du Théâtre André Malraux à Chambéry… Cette liste, non exhaustive, s’allonge rapidement et  concerne l’ensemble du territoire comme en témoigne une carte qui recense ces initiatives : appels, tribunes, groupes de réflexion, commissions, rassemblements.. «   Il s’agit de repenser la culture, l’art et le service public à l’ère de la COVID -19. » Une mise à jour se fera en fonction de ceux qui rejoindront le mouvement… Chacun pourra ainsi trouver, dans sa région, de quoi repenser et rendre la culture plus  vivante.

 Mireille Davidovici

http://umap.openstreetmap.fr/fr/map/initiatives-et-groupes-de-reflexion-culture-et-ser_460607?fbclid=IwAR2cxidfKWxiZ2H3y4lpM_RwEerp2osAYuKUCVZ_9ojWw4UW1Lw1arVBGnQ#6/47.205/6.042

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