Que voir maintenant et ensuite cet été? (suite)

Que voir maintenant et ensuite cet été? (suite)

A Paris:

Chaillot-Théâtre national de la Dan

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Invité: Angelin Preljocaj avec le ballet qu’il avait créé à l’Opéra de Paris en 2012. Avec un extrait du Parc qui sera dansé par Jordan Kindell et Verity Jacobsen sur la musique du Concerto n°23 de Mozart, interprété par la pianiste Khatia Buniatishvili et l’Orchestre national de France.

En direct sur France 2 et France Inter mardi 14 juillet, à 21h 15


Et un Bal masqué au Cent-Quatre…

Avec le  DJ Emile Omar, le dimanche 19 juillet à partir de 15 h.

Cet ancien programmateur de Radio Nova, offrira un  » élixir aux saveurs caribéennes francophones d’hier à aujourd’hui, avec quelques épices d’Afrique et d’Amérique latine ».

Accès libre mais masque obligatoire.

 

Le Cent Quatre, 5 rue Curial,  Paris (XIX ème).  Métro Riquet. Ouverture du mardi au  vendredi de 12h à  19 h et le week-end de 11 h à 19 h; fermeture le lundi. Vente en ligne et billetterie : T.  01 53 35 50 00

 

Les Tréteaux de France du 18 juillet au 30 août, sur les îles de loisirs du Port aux cerises de Cergy-Pontoise et de Saint-Quentin-en-Yvelines…

Britannicus, la célèbre pièce de Jean Racine dont Roland Barthes disait: « Néron est l’homme de l’alternative ; deux voies s’ouvrent devant lui : se faire aimer ou se faire craindre, le Bien ou le Mal. […] Dans Néron, le Mal va se fixer. Et plus encore que sa direction, c’est ce virement même qui est ici important : Britannicus est la représentation d’un acte, non d’un effet. L’accent est mis sur un faire véritable : Néron se fait, Britannicus est une naissance. Sans doute c’est la naissance d’un monstre ; mais ce monstre va vivre et c’est peut-être pour vivre qu’il se fait monstre. » Une création de Robin Renucci dans une scénographie quadri-frontale.

Faire forêt, Variations Bartleby de Simon Grangeat, mise en scène de Solenn Goix.

 Bartleby, un copiste consciencieux, travaille dans le cabinet d’un juriste de Wall Street. Un jour son patron l’appelle pour examiner un document mais le scribe répond à la surprise générale : « Je préfèrerais ne pas ». Le personnage créé par Melville est devenu un symbole de la résistance passive, à travers sa formule devenue célèbre. Ne pas faire ce que l’on me demande, ne pas être celui qu’on attend, ne pas faire partie du système ? « Cet « effet Bartleby » m’intéresse dit Solenn Goix et  plutôt que de faire une énième adaptation de la nouvelle, j’ai proposé à Simon Grangeat dont l’écriture est éminemment politique, d’explorer le lien entre un employé d’un « bullshit job » – un terme de l’anthropologue américain David Graeber – et un Zadiste, ou comment un rond-point occupé devient une forêt où on peut enfin construire sa cabane… »

Deux spectacles jeune public: Venavi de Rodrigue Norman, mise en scène d’Olivier Letellier

©j Jm Lobbé

Frissons ©j Jm Lobbé

Frissons, conception de Magali Mougel et Johanny Bert, mise en scène de Johanny Bert

Retour de Bal d’après La Peur des coups de Georges Courteline, mise en scène Gérard Chabanier

Le Premier Homme d‘Albert Camus, un texte qu’on avait retrouvé dans le coffre de sa voiture après l’accident qui lui avait coûté la vie il y a soixante ans. Lu aussi récemment par Charles Berling, ici  dans une conception de Bertrand Cervera et Robin Renucci

Et des ateliers gratuits animés par les comédiens des Tréteaux de France; ils s’adressent à toute personne voulant partager une pratique exigeante, constituante de lien social et de vitalité. Aucune connaissance spécifique  requise. Pour seul ou en groupe, découvrir le plaisir des mots, des gestes…

Philippe du Vignal

 


Archive pour juillet, 2020

Le Grand Ecart de Max Bouvard

Le Grand Ecart de Max Bouvard

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Nous sommes accueillis avec une soixantaine de spectateurs dans le beau jardin d’une maison particulière à Cussey-sur-Lison (Doubs), un petit village de soixante-cinq habitants. Sur le plateau, un écran de cinéma, un fauteuil sur un chariot et un vélo. « C’est mon premier film et pas encore terminé dit Max Bouvard. Et très autocentré. C’est par le maximum de subjectivité qu’on atteint l’objectivité ! »
Pendant quatre-vingt dix minutes, il va jouer son C. V.  et  raconter  comment fils de paysan jurassien, il deviendra acteur. Un vrai documentaire où il nous dépeint avec précision son milieu d’origine puis son atterrissage dans le monde des intermittents du spectacle. Très drôle: on passe des silences habités de sa famille, aux échanges souvent vifs du milieu du théâtre.

Le plus émouvant: quand il récite à sa mère en train de mourir de longs passages d’Oncle Vania d’Anton Tchekhov qu’il a joué avec le Théâtre de l’Unité . Suit un film sur le petit écran: Max se promène dans un parc avec une glacière : »Je suis à Roubaix. Dans la glacière, il y a le placenta de ma fille ! Ma deuxième fille est née à la maison. Kenza, la copine de ma fille a des bleus. » Puis on voit une ferme achetée par quatre familles, la maison d’enfance. Puis une fête après le festival de Clermont-Ferrand .

Max Bouvard

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« Il y a un écart entre le milieu d’origine et ce qu’on est devenu. Nous sommes des clowns et c’est comme ça qu’on fait passer des choses essentielles. Chez nous, on est paysans de père en fils depuis dix générations. Personne ne lisait, sauf ma grand-mère. Soixante-deux personnes sont venues écouter ses histoires. Pourquoi je le sais ? Il y en a qui le disent. ». Il montre les livres dans un panier. On voit ce feuilleton en film qui fait revivre son grand livre écrit en 1973. « Tous les quinze du mois, je m’aperçois que je n’ai pas le salaire de mes aspirations. On n’avait pas les mots pour dire qu’ on était heureux. Je suis parti car j’étais terrorisé d’être coincé comme mes parents. » Le père donne son carnet à Max en lui disant : »C’est le résumé d’une vie de con ! »

Enfin à Saint-Amour dans le Jura, tout près du village natal de Max, on voit l’acteur se filmer devant la tombe de Firmin Gémier, le père du théâtre populaire…. Un riche témoignage psycho-sociologique où tout est vrai et sincère. Et passionnant:  chacun peut s’y retrouver: nombreux  ceux qui ont quitté la famille de leur enfance pour une autre famille, un autre milieu social. Ce spectacle en cours d’évolution réjouit et rassemble les spectateurs invités ensuite à boire un verre.

Edith Rappoport

Cussey-sur-Lison, le  10 juillet.

Au Théâtre des Ilets à Montluçon, Carole Thibaut rebat les cartes

Au Théâtre des Ilets à Montluçon, Carole Thibaut rebat les cartes

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Copyright Florian Salesse

 La directrice de ce Centre Dramatique National annonce la couleur : la saison 2020-2021 ne sera pas comme les autres, comme dans beaucoup de théâtres. La  brochure de saison Rebattre les cartes est présentée sous forme d’un jeu de cartes où on peut lire l’avenir : quatorze créations et une quinzaine d’artistes associés, dont une bonne part féminine. Le jeu se décline en : automne, hiver, printemps mais sans préciser les dates exactes. En effet, dans l’incertitude actuelle des jauges autorisées, certains spectacles devront en effet être prolongés…

Le «plus petit Centre Dramatique National, en terme de budget» a, depuis trois ans, fait le plein de public avec un répertoire surtout contemporain et vingt-cinq créations coproduites. Fidèle aux Fédérés : Olivier Perrier, Jean-Paul Wenzel et Jean-Louis Hourdin), fondateurs du lieu en 1985, Carole Thibaut veut continuer à irriguer un territoire essentiellement rural, avec aussi, une programmation hors-les-murs: «Les gens n’entrent plus dans les théâtres, alors on sort et il y a eu plus de cent représentations en itinérance“.  Mohamed Rouabhi a écrit En voiture Simone!, une série de saynètes destinéee à être représentée par la jeune troupe des Îlets qui va  jouer sur les places de village dans une camionnette rouge et jaune. Ses trois mais bientôt cinq apprentis-comédiens ont le statut de compagnon, garanti par le G.E.I.Q. Théâtre de Lyon (Groupement d’Employeurs pour l’Insertion et la Qualification) et se frottent à la réalité de la Décentralisation mise en place après la seconde guerre. Ils participent à des lectures, ateliers, créations pendant deux ans… et la troisième année, acquièrent le statut de professionnel.

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Nadège Prugnard
Crédit photo Florian Salesse

 Rémi De Vos livre une petite comédie post-coronavirus hilarante avec une conversation par skype  entre un ami incarcéré et un bobo confiné. Les jérémiades du second semblent bien dérisoires comparées à la condition du premier. On pourra aussi voir aussi à Montluçon, de cet auteur, Sosies, mise en scène d’Alain Timar et Occident, mise en scène et jeu de Carole Thibaut et Jacques Descorde. Plus loin, Olivier Perrier et Monique Brun, sereins, nous font partager Le Vieil Homme de Louis Aragon et La Maison des morts de Guillaume Apollinaire. On  retrouvera ces comédiens qui appartiennent à l’histoire du lieu dans Les Hortensias de Mohamed Rouabhi, mise en scène de Patrick Pineau. On entend aussi un extrait du Journal de grosse Patate, un gamin savoureusement boulimique de Dominique Richard. Cette lecture annonce des spectacles Jeune Public à venir. Et il y a trente autres performances théâtrales, chorégraphiques ou circassiennes au détour des sentiers…

Les artistes se mobilisent : un réseau de réflexion

A l’issue de la crise sanitaire, les artistes et directeurs de lieux se posent de nombreuses questions comme Carole Thibaut (voir Le Théâtre du Blog)*. Ils verraient bien s’organiser des États Généraux de la Culture, comme en avait conçus le regretté Jacques Ralite, alors député et rapporteur du budget du Cinéma à l’Assemblée Nationale.  « La Culture se porte bien, pourvu qu’on la sauve»: titre de l’assemblée générale du 9 février 1987 au Théâtre de l’Est Parisien. Mais depuis, rien n’a changé sinon en pire. La directrice du C.D.N. de Montluçon souhaite « réfléchir à ce qui fait notre aventure théâtrale, ici, aux Îlets. Comment inventer d’autres façons de travailler, comment en faire une Maison du peuple et des artistes, dans la ligne toujours de la Décentralisation. Les théâtres publics de plus en plus soumis à des logiques de l’offre et de la demande, à des normes de plus en plus restrictives, sont parfois victimes d’une assimilation (souvent inconsciente) des limitations de nos libertés artistiques. »

Réunis en ateliers, l’équipe du théâtre, des artistes, des partenaires associatifs et des spectateurs ont analysé la situation et avancé des propositions, parfois radicales ! L’atelier éthique propose des actions éco-responsables comme le stockage et le recyclage des décors et costumes ; de mutualiser le matériel et les coûts administratifs, d’éviter des tournées aux dates isolées en inventant avec les partenaires régionaux des itinéraires géographiques cohérents, et de produire et diffuser en « circuit court ».

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Photo Cécile Dureux

L’atelier liberté artistique évoque la “ folie administrative“ des demandes de subvention, les cahiers de charges aberrants et déplore le désengagement des politiques vis à vis de la culture. Un peu de « désobéissance civile » serait salutaire en forçant le dialogue avec les politiques. « On est dans le temps du calcul , dénonce un participant. Les artistes sont dominés par la libéralisme et devraient agir en tant qu’alliés des publics qui n’ont accès à la liberté. » Pour cela, il faut transgresser les esthétiques dominantes pour toucher les territoires. Sans tomber dans le piège de l’animation ou du divertissement que demandent les élus…. On évoque aussi le consentement tacite au tout sécuritaire… Renforcé ces derniers temps. 

 Moins utopique,  l’atelier Economie du théâtre étudie les différents statuts des artistes, techniciens, et des équipes permanentes. Comme le précédent atelier, il envisage la mutualisation du matériel ou un groupement d’employeurs d’un territoire pour assurer du travail aux artistes qui sont rémunérés en cachets et aux techniciens,  eux, rémunérés en heures… Alors que nombre d’entre eux font partie intégrante d’une création théâtrale. Le statut de l’intermittence est largement discuté : pour certains le C.D.I. rassure et ne peut nuire à la créativité mais pour d’autres,  c’est le contraire. Dans un théâtre comme celui des Îlets, l’emploi de quatre techniciens permanents équivaut à l’engagement de douze intermittents à long terme et huit ponctuels… Le problème de l’emploi vient aussi de la «festivalisation» généralisée du spectacle et des calendriers saisonniers. On observe des pics de production entre octobre et février car les subventions demandées en fin d’année sont notifiées de mars à juillet l’année suivante. Un élu dit, lui, que le vote des budgets obéit à cette temporalité…

Bien d’autres questions seront traitées pendant ces deux jours et une synthèse sera ensuite publiée. Rebattre les cartes semble difficile mais s’avère pourtant indispensable…

 Mireille Davidovici

Les 5 et 6 juillet, Théâtre de Îlets, Espace Boris Vian, 27 rue des Faucheroux, Montluçon (Allier).  T. : 04 70 03 86 18.

 * http://theatredublog.unblog.fr/2020/06/02/les-artistes-se-mobilisent-un-reseau-de-reflexion/

 

Une répétition d’Urgence par la compagnie H K C

Une répétition d’Urgence par  la compagnie H K C  au Théâtre national de la Danse de Chaillot

Après un long sommeil due à la crise sanitaire, ce grand théâtre est à nouveau en ordre de marche: réconfortant… Les metteurs en scène Anne Rehbinder, Antoine Colnot et le chorégraphe Amala Dianor entament leur huitième semaine de répétition d’Urgence dont l’une au studio Maurice Béjart à Chaillot.  Un projet de cinq jeunes de quartiers sensible en banlieue lyonnaise, issus du hip-hop et repérés par la Maison de la Danse.

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Crédit photo Anne Rehbinder

Cette création qui devait être présentée à la Biennale de la danse à Lyon cet automne, a été décalée. Ces jeunes gens de condition modeste, à l’étroit dans leur logement, ont dû entretenir leur condition physique par un entraînement en ligne et en faisant du yoga. Le principe même de leur spectacle fondé sur une interaction avec le public, est remis en cause : comment faire devant une salle clairsemée?

Aujourd’hui, ces artistes répètent dans des conditions habituelles et dansent individuellement pour chaque spectateur. Puis ils se retrouvent pour une valse collective rythmée sur une musique originale d’Olivier Slabiak.: «Le sourire est le premier signe de communication vers le spectateur, dit Antoine Colnot,  il ne suffit pas de le regarder, il faut être avec lui. » Un danseur chuchote son texte : «J’ai dansé pour vous, la danse a rempli mon corps. » Ce parcours d’émancipation culturelle passe par le texte et la danse à la fois. La suite des répétitions se fera à Saint-Brieuc, puis à Lyon, avec une première représentation à la Passerelle, scène nationale de Saint-Bieuc, le 6 octobre.
Prochainement, en partenariat avec le Théâtre National de la danse et Radio-France, le 14 juillet au soir au Champs de mars : le pas de deux du Parc d’Angelin Preljocaj où les danseurs s’enlacent? Transmission en direct sur France 2.

Jean Couturier

Du 7 au 10 janvier prochain, Théâtre national de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro, Paris (XVI ème).  T. : 01 53 65 31 00.

Théâtres documentaires. Des scènes pour la santé et la recherche historique

Théâtres documentaires.  Des scènes pour la santé et la recherche historique

 
Le marathon #aidelesmedecins (#pomogivratcham en russe) est un beau moment dans l’activité des théâtres russes pendant le confinement (voir Le Théâtre du Blog). Les témoignages des principaux acteurs de l’actuelle pandémie venus des hôpitaux, étaient repris par des acteurs parfois célèbres dans la Russie toute entière. Ils devenaient ainsi des porte-parole émouvants et suscitaient l’empathie ou le débat politique.

Des lectures filmées diffusées sur le site de chaque théâtre qui se passaient le relai l’un après l’autre et soir après soir, incitaient d’autres médecins ou membres du personnel soignant, à écrire à leur tour, anonymement ou sous leur nom, ce qui se passait ou ce qu’ils ressentaient. Toutes ces prises de parole, tous ces actes d’une grande saga tragique encore inachevée constituent des archives pour le futur,  ce « temps d’après » comme on dit. Ils sont déjà consultables sur les sites des théâtres. Un immense chœur d’acteurs unis se retrouve ainsi au service d’un peuple souffrant.

Ce grand documentaire en numérique, diffusé en direct,  est aussi destiné aussi à favoriser la récolte des fonds pour des hôpitaux qui manquent de tout. Au service de ceux qui se dévouent pour soulager les souffrances, soigner, et guérir,  mais aussi de ceux qui, peu confiants en la parole officielle, veulent être informés. Cela nous semble être un exemple digne d’être étudié et suivi. Donner la parole aux médecins, infirmières, témoins, parents des malades ou de morts à qui ils n’ont pu faire un dernier adieu, peut être un sujet brûlant pour les théâtres publics. Des médecins ont  été invités sur les plateaux  de télévision et  d’autres…s’y  sont invités. D’autres encore qui se disaient experts sans rien savoir du tout, y ont péroré.  

Le centre hospitalier se situe dans le village de Golokhvastovo, à 60 kilomètres au sud-ouest du centre de Moscou. AFP/Andrey Borodulin

Un centre hospitalier rapidement construit dans le village de Golokhvastovo, à 60 kilomètres au sud-ouest de Moscou. ©AFP/Andrey Borodulin

Ce n’est pas à ceux-là qu’il faut donner la parole sur la scène -elle n’est pas un plateau de télévision- mais aux  médecins qui ont écrit ou continuent de le faire. En notant ou reformulant ce qu’ils ont vu et vécu avec leurs patients. Les corps n’étaient pas les seuls touchés mais aussi les esprits, les âmes et les inconscients. Ecrire aide aussi à mieux traiter les patients du  lendemain. Un ami médecin auquel nous avions parlé du phénomène russe, a lu sur son ordinateur deux petits chapitres, magnifiques, qui parlent de situations que nous avons tous plus ou moins partagées et qui nous aident à réfléchir à ce qu’on a appelé une  guerre mais qui n’en est pas une. Les mémoires des hôpitaux et cabinets médicaux sont des sources vives pour nous aider à dépasser les traumatismes que nous avons tous vécus mais souvent de façon solitaire.

Un chercheur  en histoire vient de lancer un grand projet sur un autre thème brûlant aujourd’hui, l’esclavage. Il s’agit  de construire un nouveau récit de l’abolition de l’esclavage en Afrique du Nord. « Si la fin de l’esclavage et son abolition ont fait l’objet de nombreuses recherches, son histoire est si diverse et si complexe que nombre de ses dimensions n’ont pas encore été étudiées. » M’hamed Oualdi, historien du Maghreb au Centre d’histoire de Sciences Po, consacre un projet. Il vise notamment à en révéler les dimensions transnationales à travers l’examen des écrits d’esclaves au Maghreb. Ce projet novateur a été retenu et financé par le Conseil européen de la recherche ».(1)

N. Murad expliquant à Trump pourqu-ui elle a reçu le Prix Nobel Donald Trump écoute la nobel de la paix 2018, i  © Alex Brandon/  AP / SIPA

Nadia Murad expliquant à Trump visiblement peu au courant pourquoi elle a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2018  © Alex Brandon/ AP / SIPA

Un épisode récent a convaincu ce chercheur  de la nécessité de partir de témoignages d’esclaves : il a assisté à celui de Nadia Murad, une femme yazidie, esclave sexuelle de l’État islamique en Irak, au Security Council Meeting en décembre 2015 (2).  Il va donc travailler sur des témoignages écrits de captifs dans le monde musulman depuis le XVIII ème siècle jusqu’à l’entre-deux guerres : «Pour un premier groupe d’esclaves, ceux venus du sud de l’Europe et se retrouvant au captivité au Maghreb, jusqu’au début du XIX ème siècle, les archives européennes débordent de pétitions et suppliques adressées par ces captifs en Europe à une autorité espagnole, italienne ou française pour obtenir leur libération. Parallèlement, des esclaves maghrébins parvenaient eux aussi à transmettre à leurs souverains et à leurs parents, des suppliques rédigées en langue arabe. »

Les publications relatives à ce projet seront bien sûr autant d’interventions scientifiques sur l’histoire de la Méditerranée, du Maghreb, de l’esclavage et de son abolition. Mais dit M’hamed Oualdi « Nous espérons aussi qu’à terme, des hommes et femmes de théâtre se saisiront des voix d’esclaves que nous aurons mises au jour, pour les ranimer et les faire revivre sur les planches en diverses langues. » Et il a envisagé dès le début de ses recherches,  que la plateau théâtral soit comme un écho incarné de ses recherches scientifiques. La scène documentaire se faisant souvent l’écho des voix oubliées (3). Il demande lui-même l’aide, la collaboration des  metteurs en scène de théâtre.

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Au festival d’Aix-en-Provence 2008, Peter Sellars avait monté, en mettant l’accent sur la question de l’esclavage,  Zaïde, un opéra inachevé de Mozart. Et il avait aussi organisé parallèlement un colloque de deux jours: Pour en finir avec l’esclavage … Dont l’histoire ne se limite pas en effet à la colonisation européenne ou à la traite des noirs vers l‘Amérique, mais elle est beaucoup plus longue, complexe, et toujours pas terminée… Ce qui apparaissait avec brutalité dans ce colloque avec des témoignages de victimes d’esclavage sous une forme actuelle et qui avaient été recueillis par l’association marseillaise Esclavage Tolérance Zéro. Opéra et projet documentaire étaient associés  sur scène et en dehors de la scène, dans un acte d’une radicalité très peu vue à Aix-en-Provence. Peter Sellars affirmait alors, lors d’un entretien où il s’expliquait sur ses choix : «La culture n’est pas une distraction. Elle aide à affronter nos gouffres comme nos petites lâchetés. Elle cicatrise le tissu blessé, celui de l’individu comme celui d’une société tout entière ».  
Cette phrase toute simple, où art et recherche définissent la culture, incite à approfondir ces chemins dans une époque inédite où la maladie rôde, où les blessures saignent partout et où tous les repères semblent disparaître.

Béatrice Picon-Vallin

[1]  Voir Cogito le magazine de la recherche , 15 juin 2020 https://www.sciencespo.fr/research/cogito/home/la-longue-fin-de-lesclavage-au-maghreb/?fbclid=IwAR2kQrT9U5-bvSdApGXdSjuWeryzWfW2dM7fFcIb_JDIhPAyU4geSHMhw0o

[2] Elle a  par la suite obtenu le prix Nobel de la paix.

[3] Voir Les Théâtres documentaires, deuxième époque (2019).

Que voir maintenant et ensuite cet été? (suite)

Que voir maintenant et ensuite cet été? (suite)

A Paris

 

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Chaillot-Théâtre national de la Danse s’associe au Concert de Paris pour fêter demain mardi 14 juillet les cent ans du Théâtre National populaire fondé par l’acteur et metteur en scène Firmin Gémier.

Invité le Ballet qu’Angelin Preljocaj avait créé à l’Opéra de Paris en 2012. Avec un extrait du Parc qui sera dansé par Jordan Kindell et Verity Jacobsen sur la musique du Concerto n°23 de Mozart, interprété par la pianiste Khatia Buniatishvili et l’Orchestre national de France.

En direct sur France 2 et France Inter mardi 14 juillet, à 21h 15

Et un Bal masqué au Cent-Quatre…

Avec le  DJ Emile Omar, le dimanche 19 juillet à partir de 15 h.

Cet ancien programmateur de Radio Nova, offrira un  » élixir aux saveurs caribéennes francophones d’hier à aujourd’hui, avec quelques épices d’Afrique et d’Amérique latine ».

Accès libre mais masque obligatoire.

 

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Le Cent Quatre, 5 rue Curial,  Paris (XIX ème).  Métro Riquet. Ouverture du mardi au  vendredi de 12h à  19 h et le week-end de 11 h à 19 h; fermeture le lundi. Vente en ligne et billetterie : T.  01 53 35 50 00

 

 

 

Les Tréteaux de France du 18 juillet au 30 août, sur les îles de loisirs du Port aux cerises de Cergy-Pontoise et de Saint-Quentin-en-Yvelines…

Britannicus, la célèbre pièce de Jean Racine dont Roland Barthes disait: « Néron est l’homme de l’alternative ; deux voies s’ouvrent devant lui : se faire aimer ou se faire craindre, le Bien ou le Mal. […] Dans Néron, le Mal va se fixer. Et plus encore que sa direction, c’est ce virement même qui est ici important : Britannicus est la représentation d’un acte, non d’un effet. L’accent est mis sur un faire véritable : Néron se fait, Britannicus est une naissance. Sans doute c’est la naissance d’un monstre ; mais ce monstre va vivre et c’est peut-être pour vivre qu’il se fait monstre. » Une création de Robin Renucci dans une scénographie quadri-frontale.

Faire forêt, Variations Bartleby de Simon Grangeat, mise en scène de Solenn Goix.

 Bartleby, un copiste consciencieux, travaille dans le cabinet d’un juriste de Wall Street. Un jour son patron l’appelle pour examiner un document mais le scribe répond à la surprise générale : « Je préfèrerais ne pas ». Le personnage créé par Melville est devenu un symbole de la résistance passive, à travers sa formule devenue célèbre. Ne pas faire ce que l’on me demande, ne pas être celui qu’on attend, ne pas faire partie du système ? « Cet « effet Bartleby » m’intéresse dit Solenn Goix et  plutôt que de faire une énième adaptation de la nouvelle, j’ai proposé à Simon Grangeat dont l’écriture est éminemment politique, d’explorer le lien entre un employé d’un « bullshit job » – un terme de l’anthropologue américain David Graeber – et un Zadiste, ou comment un rond-point occupé devient une forêt où on peut enfin construire sa cabane… »


©j Jm Lobbé

Frissons ©j Jm Lobbé


Deux spectacles jeune public: 
Venavide Rodrigue Norman, mise en scène d’Olivier Letellier.

Frissons, conception de Magali Mougel et Johanny Bert, mise en scène de Johanny Bert.

Retour de Bal d’après La Peur des coups de Georges Courteline, mise en scène Gérard Chabanier.

Le Premier Homme d‘Albert Camus, un texte qu’on avait retrouvé dans le coffre de sa voiture après l’accident qui lui avait coûté la vie il y a soixante ans. Lu aussi récemment par Charles Berling, ici  dans une conception de Bertrand Cervera et Robin Renucci.

Et des ateliers gratuits animés par les comédiens des Tréteaux de France; ils s’adressent à toute personne voulant partager une pratique exigeante, constituante de lien social et de vitalité. Aucune connaissance spécifique  requise. Pour seul ou en groupe, découvrir le plaisir des mots, des gestes…

 

Le Théâtre du Peuple à Bussang

Suite à l’annulation de la saison d’été, Simon Délétang, son directeur n’a pas voulu faire à sa place un « mini Bussang ».  Au lieu de huit cent spectateurs par séance dans la grande salle, il y en aura cinquante maximum et en extérieur. Pour la première fois dans l’histoire de ce théâtre, le public sera placé du côté forêt,  face aux portes ouvertes. Ce dispositif scénographique -peu de lieux en disposent- est une forte idée de son créateur Maurice Pottecher qui créa le Théâtre du Peuple en 1895 : il ouvrira, au début du XX ème siècle, le fond de scène avec deux grandes portes coulissantes afin «d’assainir l’art au contact de la nature… Simon Delétang l’utilisera « à l’envers » et cela rappellera au public la situation exceptionnelle que nous vivons actuellement, puisqu’il verra derrière le groupe Fergussen…des centaines de sièges vides.

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«Nous défendons principalement le théâtre de texte, dit Simon Délétang, mais cet été nous allons croiser les disciplines en proposant une rencontre entre un texte et un univers musical électro-rock.

 Et nous avons demandé au groupe Fergessen installé dans les hauteurs de Saint-Dié (Vosges) de venir à Busssang. Avec un seul technicien pour les accompagner. Nous aimons les décors, effets et  costumes mais cette fois, il y aura juste des micros et des synthétiseurs, peut-être un tapis…. «   (…)  « J’ai repensé à la notion de consolation. Face aux mesures sanitaires drastiques imposées au milieu culturel et à l’impossibilité de présenter le programme ambitieux dont nous rêvions depuis deux ans, nous avons eu envie de réagir et d’apporter à notre manière, une consolation sous la forme de petit spectacle en fin d’été.

Et j’ai tout de suite imaginé quelque chose à partir d’un texte court et définitif de Stig Dagerman que j’ai lu, il y a plus de vingt ans.  Et d’une beauté philosophique sidérante : un hymne à la vie et à la liberté. J’ai rencontré Michaela et David du groupe Fergessen en arrivant dans les Vosges, en 2016  dans une émission de télé locale et leur univers m’a tout de suite touché. Leur douce mélancolie teintée de rock, de voix sublimes s’unissant à la perfection et leur capacité à proposer des univers très différents aux rythmes électro-rock.

 Je leur ai donc proposé de créer cette forme avec moi » (…). « Je dirai le texte au micro mais soutenu par leur création musicale, face au public et à cette forêt mythique. C’est une ode à la liberté, au libre arbitre, à la prise de conscience qu’être soi peut être déjà une force considérable. Et selon Heiner Müller : « Ce dont on ne peut pas parler,  il faut le chanter ».

Théâtre du Peuple, 40 Rue du Théâtre du Peuple, Bussang (Vosges). T. : 03 29 61 50 48.


Instable par Les Hommes penchés

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C’est un solo où Nicolas Fraiseau est aux prises avec un mât instable, relié à deux câbles, qui est toujours en équilibre instable. penche. L’équipe n’a cessé de travailler pour reprendre au plus vite l’échange capital avec le public. Elle  se remet en route avec le mât, les pneus et les planches d’Instable. » Nous avons tous pu estimer intimement combien nous sommes farouchement attachés à nos libertés fondamentales et sommes impatients de retrouver un public. Instable se jouera en juillet et août en Ile-de-France puis à l’automne en France, à travers l’Europe et le Canada.

En partenariat avec le Festival Paris l’été, le samedi 25 juillet, en extérieur, au Square du Théâtre du Garde-Chasse, Les Lilas (Hauts-de-Seine).
Festival Paris l’été, dimanche 2 août à 17 h, en extérieur au Lycée Jacques Decour, Paris XVII ème) e
t le dimanche 9 août, dans le parc du Domaine départemental, 38 rue du commandant Arnoux, Chamarande (Essonne). T. : 01 60 82 52 01.


Les Tempos d’été du Métronum à Toulouse

 

Claudia et Sylvain de Supamoon © Radio France - Sébastien Giraud

Claudia et Sylvain de Supamoon © Radio France – Sébastien Giraud

 

Le 8 juillet, Ouverture avec Supamoon, un concert en transat (RnB alternatif/Pop)

Le 16 juillet: Ciné sous les étoiles: Sherlock Junior de Buster Keaton  États-Unis, 1924, Comédie, 43 min, un film muet en ciné-concert avec Arthur Guyard au piano et Rémy Gouffault à la batterie 
Le 18 juillet Supamoon – Concert en Transa (RnB alternatif/Pop)
Le 23 juillet, Ciné sous les étoiles: Sugar Man, un documentaire ( 2012)  1h 25  de Malik Bendjelloul.
Le 25 juillet, Concert en Transat avec Moonlight Benjamin. 
Le 30 juillet, Ciné sous les étoiles : Les Chats Persans de Bahman Ghobadi, film iranien (2009 )  en v.o sous titrée en français.

Les 24 et 31 juillet à 15h, La Fabrique de la musique avec des conférences participatives,  en partenariat avec la Bibliothèque de Toulouse : Les chansons des Beatles.

Le Métronum, scène des musiques actuelles, 2 Rond-Point Madame de Mondeville, Toulouse. 
Philippe du Vignal

 

Littoral, écriture et mise en scène de Wajdi Mouawad

©Tuong-Vi Nguyen

©Tuong-Vi Nguyen

Littoral, écriture et mise en scène de Wajdi Mouawad

L’auteur et metteur en scène a réouvert hier avec émotion le théâtre de la Colline devant un public qui lui a très chaleureusement manifesté son soutien. Créée en 1997 au Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal, dans le cadre du Festival des Théâtres des Amériques, l’oeuvre marqua ses premiers spectateurs, malgré -et peut-être grâce à- une durée peu banale pour l’époque (presque cinq heures). Explosait à la scène un talent littéraire évident et l’œuvre était portée par une équipe de jeunes acteurs qui osait tout. Mention spéciale à Steve Laplante dont l’interprétation restera dans les mémoires.

Wajdi Mouawad reprit Littoral à diverses périodes de sa vie : au Festival d’Avignon puis à celui des Francophonies en 1999. Ensuite à Rome, Bruxelles, Beyrouth, Chambéry… Dix ans plus tard, artiste associé au Festival d’Avignon, il fut invité à y présenter l’ensemble des quatre pièces du Sang des promesses dont Littoral constituait le texte inaugural : un fleuve émotionnel à qui il fit subir une cure d’amaigrissement. Aujourd’hui, vingt-trois ans après sa création, le directeur de La Colline propose une nouvelle approche de son histoire et oriente le miroir vers le monde féminin. Wilfrid, interrompu au moment d’un coït mémorable par l’annonce de la mort brutale de son père, devient Nour, un soir sur deux. Une belle idée qui permet de rassembler deux distributions en alternance et de regrouper la plupart des jeunes acteurs de Notre innocence à sa création. Ce qui redonne à l’effet de génération 97, le souffle de la jeunesse d’aujourd’hui.

Avec la même économie : trois chaises, deux seaux et un balai, il retrouve l’état de nécessité qui a baigné la création de cette pièce, avec à la fois l’urgence de prendre la parole et une pauvreté totale des moyens. Ironiquement il fait descendre des cintres, en ouverture, une centaine d’accessoires et de costumes disponibles, sur le très grand plateau de La Colline, pour retourner ensuite à ces modestes accessoires et à un trait sur le sol aux dimensions initiales de la scène de Montréal. Retour aux sources affirmé…

 Le voyage de Wilfrid/Nour pour aller enterrer son Père, est une sorte d’Odyssée du temps présent, depuis le monde occidental vers le monde oriental. Il accostera aux rivages dévastés, familiers de nos écrans : guerre civile, villages détruits, assassinats sauvages, disparition de familles entières. « Dans les villages, les morts ont pris toute la place » et tous les jeunes sont orphelins. Le père mort de Wilfrid/Nour devient le père de chacun. A mesure des rencontres, les patronymes de ceux qui ont été vaincus, sont criés à la face du ciel. Partis  ou morts ? L’appel de ces noms, simplement énoncés, devient le monument aux morts virtuel d’une génération perdue. Et nous sommes glacés devant ces presque encore enfants qui cherchent à rester vivants avec tout ce qui est mort en eux. Wajdi Mouawad ne donne aucune précision géographique sur ces univers traversés qui sont autant ceux de la mémoire que du rêve. Mais comment garder la puissance de sa mémoire et de ses rêves d’il y a vingt ans ? Il réussit à mettre à distance toute nostalgie et fait confiance à cette bande de jeunes gens auxquels il a remis sa jeunesse.

Des décalages se font pourtant sentir, le temps et l’espace diffèrent… Wajdi Mouawad lui-même a opéré sa propre translation géographique :  il n’est plus au Québec mais en France. Et les rivages où accoste Wilfrid/Nour sont plus connus du public français, que de celui de Montréal, une ville qui n’a pas connu la guerre et qui fut peu concernée par l’actualité du Moyen-Orient.
Cette œuvre, reçue au Québec comme la recherche identitaire du personnage central assimilé à l’auteur, devient à Paris une forme de confrontation politique avec une partie du monde en décomposition. La violence n’est plus tant celle du malheur familial de Wilfrid/Nour (mère morte à la naissance, père enfui)  que celle d’une innocence tranquille, brutalement sommée de se confronter aux effets de la guerre.

 Ces glissements sensibles n’entament pas l’intérêt  que l’on porte au spectacle et il y a la verdeur audacieuse des moyens employés et la fantaisie débridée des acteurs. Wilfrid est encore un peu dans les rêves de l’enfance et se croit accompagné d’un « Chevalier » protecteur, grandiloquent et bagarreur (une « Chevaleresse » pour Nour) tout comme il s’imagine héros d’un film en train de se tourner. Sans souci des conventions habituelles du théâtre, Wajdi Mouawad use des champ et contre-champ du cinéma. Citation des temps héroïques de son théâtre, retour aux fondamentaux du théâtre de tréteaux : l’imagination est au pouvoir. Reste la question de l’exil qui traverse encore et encore la vie et les créations de Wajdi Mouawad. Ici, au tout premier plan, celui volontaire de Wilfrid/Nour vers des racines familiales pour enterrer enfin le corps du Père. Au bout du voyage, la découverte que la guerre pouvait être aussi parfois, le temps de l’enfance et de l’amour.

 Et alors la figure du Père, toujours présent et loquace, même mort, prend toute sa place poétique : il ne veut pas être emmené par les flots, il ne veut pas disparaître. Il aime encore trop les femmes, la vie, le hasard et les souvenirs de son enfance. Il faudra bien pourtant que cette jeunesse se décide à le faire couler au fond de la mer pour espérer construire autre chose…

Wajdi Mouawad sera-t-il un jour le Père qui accepte enfin de disparaître ? A la cinquantaine, il est au milieu du gué et son théâtre porte, tout en délicatesse, la marque du temps qui passe.

 Marie-Agnès Sevestre

 Jusqu’au 18 juillet, Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte-Brun Paris (XX ème).

Ca va, ça va le monde ! Un cycle de lectures proposé par Radio France Internationale

 Un cycle de lectures proposé par Radio France Internationale :  Ca va, ça va le monde !

 Le festival d’Avignon, annulé, devient cette année Un rêve d’Avignon. Tout au long du mois de juillet, des créations uniques (podcasts, documentaires, fictions), et des pièces qui ont marqué l’esprit des spectateurs,  seront diffusées sur les stations et plateformes de l’audiovisuel public partenaires du festival, dont Radio France Internationale.

Le programme de lectures publiques d’auteurs francophones, accueilli rituellement au Jardin de Mons, avec le chant des cigales et parfois l’irruption intempestive des cloches des églises voisines, se transporte cette semaine à la Cartoucherie de Vincennes, avec la complicité du Théâtre de la Tempête.  La décision a été prise dans l’urgence, alors même que la réouverture des théâtres n’était pas actée, dit Pascal Paradou en charge et à l’initiative du cycle de ces lectures.  Sans les trompettes de Maurice Jarre annonçant le début des spectacles mais « avec la ferveur d’une aventure radiophonique sans cesse réinventée ». 

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Photo Pierre RENE-WORMS

 Les enregistrements publics, en très petit comité, permettront à R.F.I. d’être au rendez-vous de son auditoire, présent sur les cinq continents. Les lectures sont dirigées alternativement par François Rancillac et Catherine Boskowitz, deux familiers des territoires lointains de langue française, deux voyageurs du théâtre contemporain. En ce début juillet, dans la fraîcheur d’une soirée en plein air légèrement venteuse et un quasi huis-clos de plein air, imposé par les conditions sanitaires, François Rancillac a lancé la première lecture du cycle avec Zone franc(h)e du jeune auteur camerounais Edouard Elvis Bvouma.  Lauréat du prix S.A.C.D. de la dramaturgie francophone 2016 pour A la Guerre comme à la game boy, puis du prix R.F.I. théâtre 2017 avec La Poupée barbue, il est très souvent accueilli en résidence d’écriture, entre autres aux Francophonies de Limoges. Ses œuvres sont publiées par les éditions Lansman. Donc ce n’est pas un inconnu pour qui a un œil attentif aux écritures venues d’Afrique et assurément c’est une voix originale.

 Le texte est porté par Ibrahima Bah, Fatima Soualhia-Manet et Claude Guyonnet. Cela se passe dans un centre de rétention : zone pas très claire entre ailleurs et ici, hier et aujourd’hui, pour qui essaye d’obtenir le droit d’asile. Histoire malheureusement bien connue à laquelle l’auteur ajoute le piquant d’un demandeur obstiné, un peu poète et très roublard, qui déclare sa flamme à Madame la France…

« L’Inspecteur de la brigade des refoulements » joue son rôle, un peu pervers, de débusqueur de fausses motivations tandis que  l’Avocate commise d’office finit, elle, par tomber amoureuse de son drôle de client et voit en lui l’opportunité de changer de vie et, pourquoi pas, de filer… en Afrique ! Savoir où vivre, quelle mémoire trimballer avec soi et quelles ruses employer pour être au rendez-vous de ses désirs, tels sont les talents que doivent déployer tous les candidats à l’exil européen…  Le texte n’est sans doute pas le plus original d’Edouard Elvis Bvouma, dont on avait apprécié l’implacable vision des déchirements dus aux guerres civiles africaines. Ici, il laisse un peu traîner des situations tristement bien connues et mobilise plus que nécessaire les explications de son candidat au visa. Mais on se laisse prendre par le personnage le plus original : L’Avocate, qui trouve chez son client une possible pirogue pour ses désirs refoulés.

 Edouard Elvis Bvouma reste un auteur à suivre. On aimerait que les metteurs en scène français, assez frileux quand il s’agit de monter des textes africains contemporains, fassent voyager son théâtre au-delà des cercles habituels du réseau dit francophone.

 Marie-Agnès Sevestre

 Diffusion vidéo sur Facebook mercredi 15 juillet à 11 h : Un Rêve d’Avignon et sur R.F.I. samedi 8 août à 17h 10.

A suivre :
Victoria K, Delphine Seyrig et moi et la petite chaise jaune de Valérie Cachard, texte lauréat du Prix R.F.I. Théâtre 2019 (Liban), mise en voix de Catherine Boskowitz.

Diffusion vidéo sur Facebook lundi 13 juillet à 11 h et sur RFI samedi 25 juillet à 17 h 10.

Traces, discours aux Nations africaines de Felwine Sarr (Sénégal), mise en jeu d’Aristide Tarnagda.Diffusion vidéo sur Facebook mardi 14 juillet à 11 h. et sur R.F.I. samedi 1er août à 17 h 10.

Entre deux souffles, le silence… de Pierrette Mondako (République du Congo), mise en voix de François Rancillac. Diffusion vidéo sur Facebook jeudi 16 juillet à 11h. Et  sur R.F.I. samedi 15 août à 17 h 10.

Démocratie chez les grenouilles de Jérôme Tossavi (Bénin, mise en voix de Catherine Boskowitz. Diffusion vidéo sur Facebook vendredi 17 juillet à 11 h. Et sur R.F.I. samedi 22 août à 17 h10.

 Les Filles de Salimata Togora (Mali), mise en voix de François Rancillac. Diffusion vidéo sur Facebook samedi 18 juillet à 11 h. Et sur R.F.I. samedi 29 août à 17 h 10.

Ersatz de et par Julien Mellano

 

Ersatz de et par Julien Mellano

Dans le cadre de Retrouvailles au Nouveau théâtre de Montreuil

Ersatz de Julien Mellano création 2018

©Julien Guizard

Le spectacle proposé pour cette réouverture de quelques jours, malgré son titre, n’a rien d’un ersatz (en allemand : objet de remplacement). On redécouvre ici un talentueux manipulateur d’objets et membre du collectif d’artistes rennois AÏE AÏE AÏE. Nous avions déjà apprécié son Nosferatu au théâtre Mouffetard, il y a deux ans (voir Le Théâtre du blog)

 Seul devant une table lumineuse, avec, pour tout compagnon, un fémur humain, Julien Mellano a l’air d’un conférencier guindé mais ne prononcera pas une parole. A peine bouge-t-il que le moindre de ses gestes résonne étrangement, à la manière d’un robot mal lubrifié. Amplifiés par un dispositif sonore, sa mâchoire grince, ses vertèbres et poignets craquent, ses déglutitions deviennent des cataractes stomacales…

 De son pupitre, il extirpe des objets qu’il assemble méticuleusement: une boîte de carton devient un ordinateur ;  un cerveau en ficelle, une souris. A partir de découpes en carton, d’autres savants dispositifs prennent forme sous ses doigts habiles, clignotent et mêmes fument… Dérisoires copies d’objets virtuels de notre quotidien… ou de notre futur.

 Metteur en scène et scénographe, cet astucieux bricoleur, dont les créations s’inscrivent au croisement du théâtre et des arts plastiques, dit s’inspirer « des questions que soulèvent l’idéologie transhumaniste, la cybernétique, l’intelligence artificielle ». Quel avenir nous réservent les techno-sciences,  aventure à la fois fascinante et angoissante ? Face à ces inquiétudes, il se penche sur les racines de notre humanité. Le masque qui le téléporte sur une autre planète aura tôt fait,  grâce à quelques manipulations, de se transformer en tête de singe. Qu’il coiffera… Ainsi revenu à nos premiers ancêtres, il allume un petit feu et brandit son fémur. Image finale émouvante qui rejoint l’épilogue de 2001 Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.

Ersatz met gentiment en boîte nos angoisses devant une déshumanisation programmée. Ce solo à la fois rigoureux et réjouissant, après son succès dans le Off d’Avignon l’an dernier poursuivra une tournée au long cours. Les retrouvailles avec le Nouveau Théâtre de Montreuil, histoire de se dé-confiner, se poursuivront du 3 au 11 juillet avec quelques concerts sur le parvis du théâtre.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le  27 juin  au Nouveau Théâtre de Montreuil, 10 place Jean Jaurès, Montreuil (Seine-Saint-Denis) T. : 01 48 70 48 90.

Les 8 et 19 septembre, La Halle aux Grains-Scène Nationale de Blois  et du  22 au 24 septembre,  Festival Titirimundi de Ségovie (Espagne).

Du 14 au 18 octobre, Théâtre de la Marionnette à Genève (Suisse).

Le 8 décembre, Le Lux-Scène Nationale de Valence (Drôme) et du 10 au12 décembre, Théâtre Nouvelle génération, Lyon  (VIII ème).

 

 

La Carotte fête ses vingt ans avec Trainfernal

 Trainfernalun cabaret musical explosif par la compagnie de la Carotte…

 Cette compagnie qui a fêté ses vingt ans avec ce spectacle, crée des spectacles accessibles à tous qu’elle joue dans le Jura Nord où elle s’est installée en 2002 mais aussi ailleurs en France. Dans les théâtres et salles des fêtes, sous les chapiteaux, dans les festivals de rue, granges, voire même les champs… Des spectacles écrits et mis en scène à partir de la parole des habitants, aux répétitions ouvertes.

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La célébration de cet anniversaire s’est passé à Gendrey, un village du Jura de 450 habitants mais, raisons sanitaires obligent, en plein air, dans le parc intercommunal. On pouvait voir d’abord une exposition, avec remise des prix d’un grand concours de faux gâteaux d’anniversaire géants. Puis on a retrouvé sur scène l’ensemble des douze anciens et nouveaux acteurs de la Carotte avec ce spectacle musical de 90 minutes qui eut un grand succès à ses débuts et ensuite…
On est dans une gare mais aucun décor, juste une guitare, deux bancs et un parapluie. Embarcation immédiate à bord du train en direction de Noulpart. Le train s’arrête toujours à la même gare et tourne en rond. Mais ses passagers vont, comme dans un polar, disparaître les uns après les autres! Avec chansons, humour, mime et  bruitages ! 

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On entend: «Le train 8.704 va entrer en gare. » Une femme suivie de quatre enfants marche à la recherche d’une valise. Valentina, une  jeune fille, chante: «Excusez moi, laissez-moi passer, je me suis trompée d’escalier !» Un homme (Seb Dec), bouquet à la main, ramasse un gant perdu et court après Valentina: « Je devais me rendre à Moscou, j’étais mort de faim !» Puis, on entend une annonce pour un train italien en correspondance pour Milan. Encore une autre annonce: «La personne ayant abandonné ses bagages est priée de se rendre quai n° 3. » Un employé présente plusieurs valises et deux femmes se prosternent sur la table  où on les a posées…

Un chef dirige les chansons accompagnées à l’accordéon dont Love me tender du compositeur américain Poulton d’après une vieille mélodie et chantée en 1956 par Elvis Presley, puis chez nous par Eddy Mitchell et aussi par Johny Hallyday… Une des femmes ouvre la valise et on jette des confettis. Puis les  chanteurs qui rugissent et aboient ! Enième annonce:  «Le train à destination de là où il va, va partir. On est à la gare de Noullepart !» Danses à six personnages avec mouvements ridicules et déséquilibrés puis  en rond. Et ils chanterontnt Sometimes, I feel like a motherless child, ce negro spiritual mythique, composé aux États-Unis avant l’abolition de l’esclavage en 1865 et interprété entre autres par Louis Armstrong en 1956. Une jeune fille, percutée, titube et tombe.« Nous arrivons en gare de nulle part, il faut détourner le train.» Avec quelques acteurs et musiciens, ce train infernal réjouit un public enthousiaste…

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Et en fin de soirée, a eu lieu le concert tout à fait comique de trois musiciens cévenols, les frères Jaccard. Merci pour ce spectacle chaleureux et bon anniversaire à la Carotte…


Edith Rappoport

Ce cabaret musical explosif a été joué à Gendrey,  les 3 et 4 juillet.

La Carotte, 37 rue de la République, 39700 Orchamps. T. : 03 84 81 36 77.  contact@lacarotte.org
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