Amitié Porno Théo Kolossal, composé d’un récit de Pier Paolo Pasolini et d’exrtaits du théâtre d’Eduardo de Filippo, mise en scène d’Irène Bonnaud

 

 

 

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Amitié Porno Théo Kolossal, un récit de Pier Paolo Pasolini, traduction d’H. Joubert-Laurencin, et d’extraits du théâtre d’Eduardo de Filippo, traduction d’Emanuela Pace, mise en scène d’Irène Bonnaud

Nous n’avions pu voir ce spectacle qui avait été créé l’an passé au festival d’Avignon, à partir d’extraits de pièces d’Eduardo de Filippo, le grand acteur et auteur napolitain (1900-1984) et d’après un récit-scénario de son ami, le célèbre écrivain et réalisateur de films connu, entre autres par Théorème et  Salo ou les 120 journées de Sodome. Il était  haï par l’extrême droite et  l’extrême gauche italiennes et fut sans doute victime d’un assassinat politico-mafieux maquillé en règlement de compte prostitutionnel en 1975 à cinquante trois ans dans des conditions horribles -son visage mutilé était méconnaissable- sur une plage d’Ostie ! Se réclamant du marxisme, ce personnage à scandales avait connu deux fois la prison pour agressions mais avait pourtant été aussi couronné aussi deux fois par l’Office catholique du cinéma! Peu de temps avant sa mort, il avait envoyé ce texte à Eduardo de Filippo qui devait jouer dans son futur film.

Un roi mage du nom de Filippo -cette homonymie n’est pas un hasard- est parti de Naples et va traverser l’Europe et le Proche-Orient en suivant une étoile figurée par une image sur un petit écran suspendu. Il veut aller  jusqu’à Bethléem mais en route, il a de sérieux  ennuis et arrivera bien après la mort du Christ… Irène Bonnaud a conçu une mise en scène sans décor et sans accessoire autre qu’une valise et un ballon de foot. C’est une sorte de conte farcesque en quatre moments avec parfois un dialogue proche du  boulevard, une dosette de Brecht dont Irène Bonnaud est une grande spécialiste (voir sa thèse bien connue Brecht, période américaine, 1941-1947)  et des situations teintées d’absurde. Après tout, pourquoi pas ?

Oui, mais voilà la dramaturgie  et la mise en scène d’Irène Bonnaud, ici, ne fonctionnent pas  bien, même s’il y a des scènes drôles comme cette femme qui accueille son ex pour le 31 décembre. La faute à quoi ? D’abord à un choix discutable : pourquoi être allé chercher ce début de scénario du célèbre et sulfureux cinéaste dont le projet datait de 1966  et dont Eduardo de Filippo aurait été un des personnages principaux. Irène Bonnaud  a mixé ce scénario avec des extraits de pièces du grand auteur napolitain comme La Veuve joyeuse (1931) où de vieux chanteurs d’opérette essayent de persuader le directeur d’un théâtre, de les faire jouer cette œuvre en dix minutes chrono. Il y a aussi Noël chez les Cupiello. Et une autre pièce du grand auteur où une sœur cache à son frère, la mort de sa femme depuis onze mois. Deux noms emblématiques d’une époque : Pasolini et  de Filippo qui attirent tout de suite l’attention. Oui, mais ce ne sont sûrement pas des œuvres majeures ni de l’un ni de l’autre…

Le spectacle qui devait être joué au festival international d’Almeda près de Lisbonne n’a pu l’être et semble ne pas l’avoir beaucoup été depuis juillet 2019. Les reprises, on le sait, c’est toujours difficile. En tout cas, à Figeac,  cette curieuse dramaturgie avait du mal à prendre son envol et la distanciation physique –environ un siège sur trois condamné- n’aidait sûrement pas les choses. Pour ce type de spectacles de tréteaux, ici joué dans un jardin attenant à une église, il faut absolument un public soudé sinon cela ne peut marcher. Et il y a un manque de rythme évident et plusieurs fausses fins… On s’ennuie? oui, un peu et il faudrait sans doute revoir ce spectacle dans de meilleures conditions. Enfin il y a heureusement un trio d’excellents acteurs: Jacques Mazeran, François Chattot et Martine Schambacher. Ils s’imposent oralement et surtout gestuellement pour la comédienne tout à fait  formidable- dès leur entrée en scène et réussissent à donner vie à ce texte aux dialogues souvent un peu faiblards. Et le public ? Il semblait partagé même si les applaudissements furent chaleureux. Mais vu sans doute le prix des places: 22 € !!! aucun jeune ou presque dans la salle… A l’heure où nombre de spectacles sont offerts gratuitement un peu partout -corona virus oblige- il y a là un sérieux problème que Véronique Dô,  la sympathique directrice du festival de Figeac devra résoudre… Même si c’est aussi celui de nombreux festivals dont le In d’Avignon… Sans que cela, semble-t-il, n’ait jusqu’ici bouleversé Olivier Py son directeur…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 28 juillet au festival de Figeac (Lot).
Le théâtre de
Pier Paolo Pasolini est publié chez Actes Sud, 1995, Babel no 177 : Calderón, Affabulazione, Pylade, Porcherie, Orgie, Bête de style et son Théâtre 1938-1965, aux Solitaires Intempestifs, (2005). Et l’œuvre d’Eduardo de Filippo aux Editions Théâtrales.

 

 

 

 

 

 


Archive pour juillet, 2020

Brigades d’art furtif. Suppléments d’âme, dans les parcs et les rues de Genève

 Brigades d’art furtif.Suppléments d’âme, dans les parcs et les rues de Genève

Au Jardin Botanique

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La compagnie de Latifa Djerbi a répondu à un appel d’offres pour l’opération Genève en été avec pendant cinq jours, des spectacles dans les parcs et les rues de la capitale. Dix projets ont été ainsi sélectionnés sur cinq cent. Un enjeu important pour cette jeune créatrice suisse d’origine tunisienne… Elle a rassemblé dix comédien(e)s-musicien(e)s dont deux Chiliens, une Colombienne, et bien entendu  des Suisses: un beau mélange…. Poline, Martina, Lorianne, Stéphanie, Latifa, Yanoé, Elliot, Hipolito et Simon deux fois par jour en fin de matinée et d’après-midi, investissent les rues et parcs de Genève. On peut avoir une chance de les croiser en ayant été avant consulter leur site. Des interventions  d’environ une heure: et cela se passe en fin de matinée ou d’après midi jusqu’au 30 juillet. « Cela pourrait prendre le nom d’art furtif. Ce n’est pas le public qui se rassemble autour des artistes, c’est l’Art. Qui vient à la rencontre des gens.Le quotidien, nous dit Edgar Morin, c’est la prose, les tâches ménagères, etc. Mais l’homme a besoin de s’extraire du quotidien et d’entrer dans un monde plus poétique : regarder l’eau du fleuve qui s’écoule ou un coucher de soleil, écouter le vent qui agite les feuilles des arbres, un oiseau qui chante. »

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Cette brigade d’intervention poétique va répandre dans la rue de multiples poèmes, chants, danses, etc… Ils jouent un extrait de Roméo et Juliette en espagnol dans un jardin intérieur sous un grand cèdre, puis interprètent en musique Il neige sur Bogota au pied d’une pagode rouge. Chacun décline son identité et ses origines. Puis ils jouent et chantent ensemble Belle nuit d’amour, une chanson tirée des Contes d’Hoffmann de Jules Barbier et Jacques Offenbach (1881) devant une terrasse de restaurant et ils récitent des poèmes aux  gens qui y dînent.

L’après midi cela se passe au Parc des Franchises.  Après des exercices, les acteurs chantent La Tendresse interprétée autrefois en 63 par Bourvil puis reprise l’année suivante par Marie Laforêt. Dans la pataugeoire où des enfants se baignent, ils vont se tremper puis dansent en chantant à nouveau. Grosse émotion d’un handicapé à la suite d’un accident de la route.

Au Parc Vasindorf, les acteurs se rassemblent autour d’un filet, près d’une petite fille et d’un petit garçon et  déclament perchés dans les arbres: Je voudrais pas crever de Boris Vian, puis chantent La Valse à mille temps de Jacques Brel: « «Une valse à trois temps Qui s’offre encore le temps, (…), De s’offrir des détours du côté de l’amour, [...],Une valse à quatre temps, C’est beaucoup moins dansant, (…), Mais tout aussi charmant, Qu’une valse à trois temps Une valse à vingt ans, Une valse à cent temps, (…), Une valse ça s’entend, À chaque carrefour, Dans Paris que l’amour, Rafraîchit au printemps Une valse à mille temps, (…), Une valse a mis l’temps… »

On verse de l’eau magique dans les mains d’une spectatrice, puis chacun décline sa généalogie et un poème sur le terrain de sports. Un gros Sri-lankais danse avec les acteurs à côté des agrès. Encore une petite valse sur la pelouse, avant le retour à MottattoM/Jardin divers/Fabrique d’Art. Cette ancienne usine du 20 avenue Giuseppe Motta a été réhabilitée par des artistes, artisans et acteurs culturels; autogérée, elle est vite devenue un centre important de création et médiation artistique..

Au Parc Beaulieu

La compagnie des Grooms se costume à Mottatom, puis se rend près d’une piscine où ne peuvent se baigner que les moins de sept ans. Ils annoncent qu’ils sont mandatés par la ville de Genève pour le bien-être de la population. Ils jouent et chantent Je voudrais pas crever de Boris Vian en français et en espagnol, puis un chant collectif accompagné par un spectateur. Elliot, membre de la brigade,  grimpe sur une grande coccinelle. Chacun se présente, venu de Tunisie, du Chili, de Suisse et de Colombie…

Edith Rappoport

Spectacles vu du 26 au 30  juillet, à Genève.

Tou·te·s debout contre la mise à genoux de la musique

Les théâtres et lieux de spectacles ont été sévèrement touchés par la crise sanitaire actuelle depuis plusieurs mois, comme l’a été l’ensemble de l’écosystème culturel. Les interdictions de regroupements et mesures de distanciation ont aussi des conséquences sur l’intégralité des entreprises de ce secteur, tous genres confondus. Et ce qui représentait encore une vague menace début mars, s’est de plus en plus concrétisé même après le déconfinement. Toute une profession s’interroge sur le paysage de la rentrée… Une chose est sûre: le nombre de spectateurs admis chutera de façon drastique et ouvrir une salle coûterait plus cher que de la laisser fermée… à moins d’augmenter le prix des places, ce qui, par les temps qui courent,  serait bien entendu suicidaire! Reste la solution de jouer en plein air mais cela ne pourra pas durer très longtemps … Bref, nous vivons une époque moderne comme dirait Philippe Meyer!

Ph. du V.

Une place de Figeac © X

Une place de Figeac
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Lettre ouverte au gouvernement Tou·te·s debout contre la mise à genoux de la musique

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Madame la Ministre de la Culture,

Après plus de quatre mois d’arrêt complet et à moins de quarante jours de la reprise habituelle de nos saisons de spectacles, tournées et concerts, nous, artistes, techniciens, producteurs, organisateurs ,prestataires et travailleurs indépendants, professionnels de la musique, réclamons depuis plusieurs semaines un positionnement de votre part quant à une possible échéance de reprise des concerts « en configuration debout ».ou d’une autre à la filière des concerts de musiques dites actuelles dont on sait la forte dépendance de la billetterie et un niveau assez bas de financements publics. Mais pour le gouvernement actuel comme pour le précédent, il semble qu’il y ait deux poids et deux mesures. Comment expliquer en effet qu’ait été autorisée la Fête de la musique, occasion de rassemblements massifs! Comment expliquer aussi qu’on autorise la SNCF à faire cohabiter dans les Intercités et T.E.R. pendant de longues heures ses voyageurs côté à côte sans aucune autre mesure que le port du masque,  si ce n’est pour des raisons économiques? Là, silence radio du Président des riches! Cette Lettre ouverte a le mérite de poser les bonnes questions… On attend maintenant la réponse de M. Castex, Premier Ministre ….

Depuis le 31 mai dernier, il nous est en effet interdit par les décrets n°2020-663 puis n°2020-860 prescrivant les mesures nécessaires pour faire face à l’épidémie, de produire, interpréter, organiser des spectacles en station debout dans les établissements recevant du public. Nous avons pleinement conscience de la situation sanitaire et de ses incertitudes. Cependant, plus le temps passe, plus il y a urgence pour nos professions à relancer l’activité malgré les dispositifs d’accompagnement économique et financier mis en place que nous saluons, mais qui ne sauraient garantir la pérennité de notre secteur.

Notre volonté, vous le savez, est une reprise à 100 % des capacités publiques des lieux à compter du 1er septembre. Cependant, cette date est de plus en plus difficilement envisageable pour des questions inhérentes à la programmation et à l’organisation de tournées. Nous sommes aujourd’hui dans une situation économique, sociale et morale plus que délicate. Nous avons depuis toujours démontré notre sens des responsabilités et notre capacité à appliquer avec rigueur les décisions de l’État et le cadre réglementaire s’appliquant à nos métiers. Avec d’autres professionnels, nous vous avons remis des propositions concrètes dans le cadre de l’élaboration d’un protocole relatif à de possibles aménagements quant à l’accueil du public, en vue d’aboutir avec vous à des scenarii de reprise de nos activités.

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D’autres secteurs (restaurants, cafés, cinémas, clubs sportifs…) ont procédé de la sorte: cela leur a permis d’obtenir une réponse précise de votre part quant à un calendrier de reprise. Aussi personne ne comprend le mutisme nous concernant. Comme le public qui nous interroge de manière insistante et nous dit son envie de reprendre le chemin des concerts.
Nous nous sentons abandonnés et méprisés par nos partenaires publics. A l’occasion de votre nomination, Madame la Ministre de la culture, vous avez dit vouloir faire redémarrer très rapidement les théâtres et les salles de concert dans des conditions sanitaires compatibles avec des conditions économiques viables. Monsieur le Président de la République et monsieur le Premier Ministre, vous avez dit vouloir placer la Culture comme secteur prioritaire de la relance.

Nous ne pouvons plus vivre dans l’expectative et nous vous demandons d’avoir des perspectives claires et cohérentes de scénarios et d’échéances au prochain conseil de défense, afin de pouvoir travailler au redémarrage de nos activités. Nos organisations professionnelles restent à votre disposition pour finaliser avec vous ce protocole, en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés.

Sûrs de votre attention et de votre soutien aux concerts, veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre de la Culture, l’expression de notre parfaite considération.

Contacts : David Fourrier, La Sirène, david@la-sirene.fr T. : 06.34.40.26.35
Didier Veillault, La Coopérative de Mai, didier@lacoope.org T: 06.07.53.03.42
Aurélie Hannedouche, SMA, dg@sma-syndicat.org T. :  06.99.10.75.75

Que voir en juillet, août et plus tard (suite et non pas fin…)

Que voir en août et plus tard… (suite)

Le Souffle d’Avignon

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Peu de vrais festivals cette année… Mais La Mousson d’été à Pont-à-Mousson, comme Un festival à Villerville dans un petit village près de Deauville auront bien lieu mais sous une forme adaptée aux circonstances. Et deux lectures et deux spectacles sont retransmis du cloître du Palais des Papes, en partenariat avec les Scènes d’Avignon: le Théâtre des Carmes que dirigeait ce merveilleux poète qu’était André Benedetto disparu il y a onze ans déjà et dont le fils a pris la relève. Il avait créé le Off d’Avignon avec Gérard Gélas, le directeur du Théâtre du Chêne Noir, un des partenaires avec  le Théâtre des Halles, le Théâtre du Balcon et le Théâtre du Chien qui fume, de cette initiative à laquelle OPSIS TV s’est associée et qui en rediffuse gratuitement une sélection jusqu’au 30 juillet.

 

 

Carte blanche à la compagnie avignonnaise Deraïdenz

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Cette compagnie de théâtre et marionnettes dirigée par Léa Guillec et Baptiste Zsilina, réussit à créer d’étranges et belles images qui rappellent parfois l’univers du grand artiste polonais qu’était Tadeusz Kantor. Avec avec Coline Agard, Etienne Beauny, Hugo Boulanger, Léa Guillec, Charlotte Pigaglio, Sarah Rieu, Joris Savidan et Baptiste Zsilina.

Petit boulot pour vieux clown de Matéï Visniec

Une lecture en soixante-dix minutes dirigée par Virginie Lemoine, avec Serge Barbuscia, directeur du Théâtre du Balcon, Pierre Forest et Richard Martin. Trois vieux clowns qui ont partagé les mêmes pistes avant de se séparer pendant de longues années, répondent à une annonce passée dans le journal « On demande vieux clown » et ils se retrouvent….

Le Jeune homme exposé-Gênes 2001 d’André Benedetto

Une lecture dirigée par Serge Barbuscia avec Bertrand Beillot, Salvatore Caltabiano, Camille Carraz, Fabien Colin, Corinne Derian, Claude Djian et Laetitia Mazzoleni. Un soir d’anniversaire, survient une tragédie dans une famille. De retour d’un forum social, une jeune fille revient à la maison avec le corps de son ami qui a été tué par la police. Le père et son attaché parlementaire, la mère et même la voisine indiscrète comprennent mal que soutenue par son grand-père, cette jeune fille accuse son père de la mort du jeune homme, et refuse que le corps lui soit enlevé.

Le Fond de l’air (l’art) est rouge

Une performance de vingt-cinq minutes créée par la compagnie Alexandre Alexandre Lesouëf avec Manon Prapotnich, Nadir Benlala, Thomas Esnoult, Jordan Malfoy et Thomas Queyrens éditée par Les Films d’un jour.  «Les maux doivent raisonner. Désirer, désobéir, parler des mouvements qui affectent l’histoire des sociétés humaines, la déchirure, le désir de liberté. D’accablement à soulèvement pour jeter sa douleur par-dessus bord. Pour soulever le monde, il faut des gestes, il faut des désirs et des profondeurs. »

Festival de Figeac

Une place de Figeac © X

Une place de Figeac
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Ce petit festival dirigé par  est connu pour la qualité des spectacles présentés. Et il aura bien lieu cette année du 24 au 28 juillet. Vous pourrez y voir notamment deux remarquables solos que Le Théâtre du Blog avait beaucoup aimé:  L‘Enfance, Juliette et les années 70, le second volet après La Mate, une saga familiale écrite et interprétée par Flore Lefebvre des Noëttes. Et Plus grand que moi, solo anatomique,
texte et mise en scène de Nathalie Fillion, avec Manon Kneusé et la voix  de Sylvain Creuzevault.

La Pierre de Rosette  de Joseph Kossuth à Figeac © X

Fragment de l’œuvre de Joseph Kossuth à Figeac © X

Mais aussi voir  Amitié, une œuvre peu connue  du célèbre auteur italien Eduardo de Filippo, grand ami du cinéaste Pier Paolo Pasolini qui avait voulu l’adapter au cinéma mais il avait été assassiné entre temps! La pièce avait été créée l’an passé au festival d’Avignon dans la mise en scène d’Irène Bonnaud. Et ne ratez pas juste à côté du musée Champollion, le très bel hommage à ce génie natif de Figeac qui avait réussi à décrypter les hiéroglyphes. Une œuvre réalisée par l’artiste conceptuel américain Joseph Kossuth: juste une reproduction de la pierre de Rosette mais agrandie et juste posée sur le sol d’une petite place moyenâgeuse. Sans doute l’une des plus remarquables sculptures du XX ème siècle…

 

Anthem de Meredith Monk  

 

© Brand Fret

© Brand Fret

Anthem est le premier volet d’Alarm Will Sound’s new series, Une œuvre inspirée par le concept boudhiste de l’interdépendance de toutes choses dans l’univers. La célèbre chanteuse, compositrice et metteuse en scène semble toujours aussi espiègle et a encore  des choses à nous dire…
Alarm Will Sound fait partie dune longue histoire: Meredith Monk avait réalisé en  2005 au Carnegie Hall un spectacle Night. Cette vidéo faut aussi partie du Mizzou International Composers Festival.
On peut la voir sur  Eventbrite : le samedi 1 er août de 15h à 16 h 30 (heure française).

Philippe du Vignal

 

 

Chalon dans la rue 2020…

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Chalon dans la rue 2020…

Cette trente-quatrième édition de ce festival pour  les artistes de la rue n’aura pas lieu Chalon dans la Rue 2020 n’aura pas lieu sous sa forme traditionnelle. Difficile en effet voire radicalement impossible de faire respecter les règles de distanciation physique à Chalon comme ailleurs. Mais cette année, les artistes de la rue  se sont demandés comment  faire des spectacles compte-tenu de la pandémie actuelle. Il faudrait sans doute travailler pour de petites jauges pour continuer à exister dans le monde après six mois. Comment fabriquer, comment en est on arrivé là ? Il faut maintenir les relations entre artistes et diffuseurs. Chacun doit lire des cartes qu’on leur a distribuées, les gens sont répartis par groupes de trois.

 

  1. Toujours les mêmes compagnies chaque année. Il y a un échange entre les programmateurs et  on s’est interrogé sur l’efficacité d’une programmation mais aussi sur l’idée de faire émerger de nouveaux projets, la notion de festivals-marchés. On peut aussi montrer son travail en off.
  2. Le théâtre de rue est festif. Mais il y a trop de compagnies : Il faudrait les regrouper pour qu’elles puissent se développer. Les cours d’immeubles au festival d’Aurillac ont été utiles pour montrer un travail. Certaine compagnies se sont regroupées pour mieux prendre contact les D.R.A.C.
  3. Le 28 et 29 août il y aura un regroupement à Chalon.
  4. Les offs à Avignon, Aurillac, Chalon, etc..  sont jugés inutiles mais ils permettent de montrer les spectacles avec un engagement économique, de se faire découvrir et repérer.. Oui, mais comment passer ensuite d’un off à un in ?
  5. Une programmation doit être arbitraire : Il faudrait imaginer des collectifs. Les artistes se rassemblent pour des raisons contradictoires.Dans les politiques culturelles, les enjeux économiques prennent de plus en plus de place.
  6. Le repérage dans l’émergence: il y a des rapports de pouvoir et de dépendance. Le programmateur doit-il être un artiste ou faire un travail d’artiste régi des règles de droit ?
    Y-a-t-il un droit à faire de l’art. On est des professionnels mais aussi des êtres humains. Et l’art de la rue ne s’intéresse pas seulement à l’art pour l’art. 

Cette réunion a rassemblé quelques centaines d’artistes qui sont allés s’asseoir au bord du Doubs, observer un équilibriste au lointain et boire quelques boissons. Un programme a été établi pour une Aube,  les 29 et 30 août avec dix compagnies pour jouer devant dix à cinquante personnes, un Lever les 25, 26 et 27 septembre avec sept compagnies, et un Horizon les 30, 31 octobre et le 1er novembre avec déambulations dans la ville, soit une manifestation de plus grande ampleur avec quinze compagnies.

Edith Rappoport

Chalon dans la rue, Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace public, http://www.chalondanslarue.com

Cinquante ans de révolution chorégraphique, du Ballet-Théâtre contemporain au C.C.N. -Ballet de Lorraine, 1968-2018, textes d’Agnès Izrine et Laurent Goumarre,

 

 

Cinquante ans de révolution chorégraphique, du Ballet-Théâtre contemporain au C.C.N. -Ballet de Lorraine, 1968-2018  textes d’Agnès Izrine et Laurent Goumarre,  « entretiens avec » et contributions de Petter Jacobsson et Thomas Caley, Laurent Hénart, Emma Lavigne, Tristan Ihne, Gilberte Bardin, Mathilde Monnier, Laurent Vinauger, Muriel Belmondo, Francoise Adret, James Urbain, André Lafonta, Dominique Mercy, Jean-Albert Cartier, Gérard Fromanger, Ivan Messac, André Larquié, Brigitte Lefèvre, Didier Deschamps, Karole Armitage, Martine Augsbourger, Isabelle Bourgeais, Hélène Traïline, Thierry Malandain, Rudolf Noureev et Maïa Plissetskaïa, Patrick Dupond, Patricia Painot-Bossu, Patrick Germain, Daniel Larrieu, Pierre Lacotte

 

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 Un ouvrage richement illustré et soigneusement imprimé. Depuis 2011, Petter Jacobsson, assisté de Thomas Caley, dirige ce Ballet-Théâtre Contemporain. Les auteurs du livre en font remonter la création à  1968, à Amiens. Il aura fallu en tout cas «un certain temps», comme disait dans les années cinquante, l’humoriste Fernand Raynaud, pour que Nancy, dotée d’un magnifique opéra sur la place Stanislas, fasse la part belle à la danse… Aujourd’hui, elle rayonne, « en région » et « à l’international » comme on dit, grâce au travail accompli par l’équipe actuelle et cet ouvrage le montre bien par les directions qui se sont succédé.  

Henri Langlois et Mary Henri Langlois et Mary Meerson Photo X Photo X

Henri Langlois et Mary Meerson
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Fin des années soixante : la jeunesse se soulève et le monde politique est dépassé. André Malraux, ministre des Affaires Culturelles selon la dénomination de l’époque, n’est plus en phase! Il avait pourtant créé les Maisons de la Culture pour donner l’accès aux arts mais il continuait à vouloir verrouiller Culture et communication.
Comme en témoigne l’affaire Henri Langlois (1914-1977). Ce pionnier de la Cinémathèque Française qu’il créa en septembre 1936 avec, entre autres, le cinéaste Georges Franju, faillit en janvier 68, être viré par André Malraux…. C’était sans compter sur une bande de jeunes cinéastes comme Jean-Luc Godard, François Truffaut mais aussi Maurice Lemaître, cinéaste, peintre et écrivain libertaire (1926- 2018)  et… Daniel Cohn-Bendit qui réussirent à mobiliser l’opinion. Des télégrammes de soutien parvinrent alors du monde entier! Et le Ministre annula piteusement sa décision !

 

 

IX ème  Symphonie de M. Béjart  @ X

IX ème Symphonie de M. Béjart © X

 

Dans un «paysage chorégraphique qui ressemble à un désert» selon Agnès Izrine et Laurent Goumarre, Maurice Béjart et dans une moindre mesure, Joseph Russillo, représentaient la danse «moderne» en France.  Maître de ballet à l’Opéra de Paris, Michel Descombey, favorable au changement, joua un rôle important. Il avait créé en 1966 Le Ballet-Studio au sein même de l’institution pour y développer la recherche chorégraphique. Le célèbre Concours de Bagnolet est créé en 1968 par Jacques Chaurand (1928-2017), danseur et chorégraphe en quête d’un «ballet pour demain. » Le mot féminin : danse et celui, autrement genré de ballet n’avaient pas encore été remplacés, comme le note Agnès Izrine, par la notion assez vague d’« expression corporelle. »

En 68, Jean-Albert Cartier et Françoise Adret sont nommés par l’Etat, à la tête du Ballet-Théâtre contemporain qu’on décentralisa à Amiens. Mais il fallut près d’un demi-siècle pour que s’effectuât le glissement progressif d’un «ballet-théâtre» à l’ancienne,  vers une structure ouverte. De l’avis général, Jean-Albert Cartier ménagea sur le plan artistique, la chèvre et le chou en cherchant à concilier à la fois le ballet, le théâtre, le pays, la région… Ce «vieux gaulliste du Centre droit» innova en proposant à l’artiste de la Jeune Peinture Gérard Fromanger et à Michel Descombey de créer Rouge un ballet sur la musique d’Hymnen de Stockhausen. Pour Brigitte Lefèvre, animatrice avec Jacques Garnier, du Théâtre du silence qui se fixa en 1972 à La Rochelle, Le Ballet-Théâtre était plutôt « post-classique » dans son organisation et sa hiérarchisation, jusqu’à son déménagement, en 1978, à Nancy, après six années passées à Angers, et même après.

Avec Hélène Traïline, une danseuse classique issue des Ballets de Monte-Carlo donc, indirectement, des Ballets russes, Jean-Albert Cartier joua les Diaghilev et invita des têtes d’affiche, à commencer par Rudolf Noureev. Mais en 1988, pourtant « Année de la danse », au lieu d’accompagner le dynamisme de la « jeune chorégraphie » française, ou d’engager un des hôtes de marque qui avaient fait en partie la gloire du festival de théâtre de Nancy comme  Kazuo Ôno, Carlotta Ikeda, Pina Bausch, voire Bob Wilson, Le Ballet français de Nancy nomma Patrick Dupond… un danseur-étoile vieille école »

Avec le changement de millénaire, l’un des représentants du « gang des Lyonnais », Didier Deschamps, devint alors le directeur du Centre chorégraphique national-Ballet de Lorraine, une nouvelle appellation de cette compagnie. Il forma très vite le public local à la danse contemporaine, tous styles confondus. Didier Deschamps semble ici estimer que Jean-Albert Cartier utilisa le B.T.C. comme un tremplin lui ayant permis d’« accéder au monde de l’opéra ». Mais il oublie que le Ballet de Lorraine et son président, l’éminence grise André Larquié, lui apprirent le métier de programmateur, voire l’aidèrent à prendre la direction du Théâtre National de Chaillot ! Et c’est aussi du Ballet-Théâtre Contemporain établissement, dirigé par Petter Jacobsson et présidé par Michel Sala, qu’est sorti du lot l’actuel Délégué à la danse au Ministère de la Culture !

 

Cela nous concerne tous  © Laurent Philippe

Cela nous concerne tous de Miguel Gutierrez
© Laurent Philippe


On doit à Petter Jacobsson et à son équipe un nouvel élan et le dévoilement de nouveaux territoires. Ils ont parfois surévalué quelques petits maîtres exploitant jusqu’à la gauche (ou à la droite..) un filon « performatif » des années soixante-dix… Mais ils ont régalé le public avec le flamboyant Miguel Gutierrez. Les productions et soirées de gala de Jacobsson et Caley sont mémorables. Et ils ont inscrit au répertoire des pièces comme Relâche de Jean Börlin, de Merce Cunningham ou de Trisha Brown et ils ont aussi passé des commandes à des auteurs talentueux comme Olivia Grandville.

 

Nicolas Villodre
Editions Presses du réel, 144 pages (62 illustrations couleur et 38 en noir et blanc). 32.00 €

 

 

 

 

 

La Grande Balade proposée par la Bonlieu Scène Nationale d’Annecy

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Les Filles du Renard pâle (c) JL Verdier

La Grande Balade proposée par Bonlieu Scène Nationale d’Annecy

 A la sortie du confinement, Salvador Garcia a lancé l’équipe de Bonlieu à l’assaut du Semnoz, un plateau qui domine la rive ouest du lac d’Annecy et qui offre un vaste domaine skiable en hiver et des chemins de randonnée en été. Son idée : proposer dans ces alpages, une manifestation pluridisciplinaire, itinérante, sous forme d’une grande balade à la rencontre d’une centaine d’artistes, toutes disciplines confondues.

Aucun programme n’était annoncé, de sorte que les marcheurs, guidés par le son des instruments ou des voix, vont de surprise en surprise.  Habitants des environs, spectateurs fidèles ou randonneurs de passage, ont répondu à l’appel. Et quelque vingt-cinq mille personnes venues respirer l’air des cimes sur ces deux jours et humer les arômes de la Culture, ont rencontré des artistes aussi exigeants sur les sentes qu’à la scène. Preuve qu’une importante scène nationale peut proposer une manifestation de grande qualité ouverte à tous. Rien de mieux pour réveiller le théâtre de la stupeur où l’a plongé le virus et décloisonner les publics.  L’événement a mobilisé l’équipe de Bonlieu au grand complet, des dizaines d’intermittents et de bénévoles, sans compter chauffeurs de bus et opérateurs de la télécabine pour monter les visiteurs au sommet, la balade s’effectuant à la descente …

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Taïkokanou @J-L Verdier

Au sortir de la télécabine, à 1.600 mètres d’altitude, les nuages descendent, déception : on ne verra pas le Mont-Blanc… Mais dans le coton blanc, la batterie de taïkos japonais, grands et petits tambours de la compagnie Taikokanou. Puissants battements de bras de Fabien Kanou, petits coups de baguettes secs de Mayu Sato  pour une cavalcade rythmique avant de finir au gong et à la flûte, tandis que se dispersent  les brumes matinales. Les spectateurs, déjà nombreux, sont rassurés par la réapparition d’un ciel bleu.

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Fanny Perrier Rochas @J-L Verdier

La musique accompagnera toute la descente coordonnée par Blaise Merlin. Avec L’Onde & Cybèle, il organise des itinéraires artistiques (prochainement à Paris : une déambulation le long de l’ancienne voie de chemin de fer, la Petite Ceinture). Il a su enchanter la forêt en postant des chanteurs et des instrumentistes dans les branches, avec Fanny Perrier-Rochas et ses airs byzantins, le Duo Ishtar (luth et harpe) de Maëlle Duchemin et Maëlle Coulange. Suivront des solos de violoncelle, violon et clavecin, au détour d’une clairière, et des duettistes qui mêlent ces cordes suédoises que sont les nickelharpas, à la guitare et la mandole. Le bien nommé Guillaume Loizillon, lui, peuple les herbes hautes de ses Zoophonies,  clameurs électroniques d’une faune imaginaire…

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Chorégraphie Jean-Claude Gallotta (c) JL Verdier

Les cailloux roulent sous nos pieds, on s’arrête et on tend l’oreille aux « jingles » sonores qui jalonnent la descente. Au fur et à mesure, les techniciens finissent d’installer quelques structures complexes et on ne verra donc pas toutes les propositions…

La musique guide aussi les nombreuses pièces présentées sur le chemin. Le saxophoniste Peter Corser soutient d’un souffle continu une chorégraphie de Jean-Claude Gallotta. Arlaud, Angèle Methangkool-Robert et Bruno Maréchal s’accordent et se désaccordent en solo, duo et trio pour une danse narrative fluide sur les vicissitudes de l’amour à trois.

Plus loin, trois musiciens loufoques coiffés de branchages disent la solitude de deux campeurs un peu paumés. En tenue parodique d’Adam et Eve, ils s’interrogent sur l’existence de Dieu. On reconnaît le style déglingué d’Yves Fravega et de sa compagnie l’Art de vivre … Plus poétiques, Les filles du Renard Pâle : Johanne Humblet, haut perchée pendant plus de quatre heures sur un fil tendu entre deux épicéas, manie lentement sa perche en se lovant autour du câble accompagnée par des berceuses au ukulélé.

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Compagnie l’Art de vivre (c) JL Verdier

Sur ce parcours de sept kilomètres, des bénévoles agitent au-dessus de la tête des marcheurs des pancartes invitant à la prudence et à rester à un mètre les uns des autres. Chacun cherche sa place dans l’herbe, au milieu des gentianes, en évitant les chardons et les bouses de vaches,  un enfant sur les épaules ou lové sur les genoux. En contre-bas, parviennent les applaudissements du groupe qui précède : on se sent nombreux et heureux dans cette nature sylvestre. Les artistes ont d’ailleurs joué les ambiguïtés de la faune et de la forêt : ils présentent presque tous une hybridation animale et/ou feuillue qui réveille les enchantements des contes et les peurs de l’enfance.

Des marcheurs prévoyants ont emporté un pique-nique et composent çà et là des campements provisoires…Les multiples propositions que danseurs, acrobates comédiens et performeurs enchaînent cinq à six fois dans la journée, jouent la forêt comme espace poétique et lieu de l’invisible, des esprits et des légendes. Le Semnoz se prête aux créations in situ, inspirées par le relief et la végétation alentour : la danseuse Sandrine Abouav devient une femme-gentiane, ondulant et rampant dans les hautes herbes entre chardons et fleurs des Alpes… Face à elle, Jade et Cyril Casmèze  de la compagnie Le Singe debout se sont métamorphosés en homme-loup et femme-renard, insolites et glapissants. Lise Ardaillon et Sylvain Milliot,  de la compagnie Moteurs multiples, mettent en scène une absence avec une tente vide, des bois de cerf menaçants, une voix off : le campement mystérieux de Sophie, disparue depuis quelque temps déjà ?

Une histoire à imaginer  comme celle de cet homme qui, descendu de l’arbre en dansant au bout d’un fil, gravit un immense talus qu’il débaroule pour regagner son perchoir et, tel Sisyphe, recommence ad libitum… Poétique comme Camille Boitel sait l’être !  Métaphorique aussi, la performance en plein champ de Yoann Bourgeois et Marie Vaudin : sur un plateau carré oscillant sur un pivot central, ils peinent à se rejoindre pour s’asseoir à la table placée au milieu du dispositif, douce ironie sur le couple et ses incertitudes …

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Hafiz Dhaou et Aïcha Mbarek (C) Bonlieu

Sur un petit terre-plein de gazon, entouré de fleurs blanches, dansent Hafiz Dhaou et Aïcha Mbarek, en habits de mariés. La voix de Marguerite Duras aux sonorités sèches, commentant Détruire, dit-elle, nous invite à revenir à l’état d’avant l’éducation, à retrouver la vie intérieure comme facteur de changement de soi…

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Chorégraphie François Veyrunes (c) JL Verdier

Dans une clairière, François Veyrunes a ménagé une échappée belle d’une grande douceur. Un duo féminin, tendre et félin, dansé par Francesca Ziviani et Emily Mézières : la nudité des corps, l’un blond et l’autre brun, qui se mêlent en arabesques sur l’herbe verte, se confond avec la nature bienveillante. Un parapente glisse langoureusement au-dessus d’elles ajoutant une caresse imprévue à la caresse du vent.  Age d’or ou paradis perdu… comme en réponse à la pièce ironiquement tourmentée d’Yves Fravega …

En clôture, Philippe Decouflé, sur un large plateau, joue avec le mode plus classique de la représentation. Huit danseurs pour des pièces courtes aux registres variés qui traversent des périodes de son travail. Peut-être la moins surprenante des propositions réunies au Semnoz.

Nous n’avons pu voir le travail de François Chaignaud, de Fanny de Chaillé et Jérome Andrieu, ni apprécié Chloé Moglia suspendue à son arche, ni le funambule Nathan Paulin. Certains espaces n’étant pas encore prêts au moment de notre passage, ou trop bien cachés !. Impossible de citer tous ces artistes ni toutes les propositions. Chacun a répondu à sa manière à l’invitation, avec une forme d’humilité, un souci de retour aux sources. Aussi avons-nous vécu cette magnifique balade comme une offrande des artistes aux dieux du vent et de l’été, aux arbres et aux oiseaux.

 Mireille Davidovici et Marie-Agnès Sevestre

 

 

Théâtre des Îlets à Montluçon : Une lettre à la Ministre de la Culture

 

Théâtre des Îlets à Montluçon : Une lettre à la Ministre de la Culture

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Groupe de réflexion au Théâtre des Îlets photo Cécile Dureux

Le 7 juillet à Montluçon, le jour de nomination de Roselyne Bachelot rue de Valois, les tables rondes réunies au Théâtre des Ilets-Centre Dramatique National ( voir Le Théâtre du blog) concluaient leurs travaux en adressant une lettre à la Ministre. Elle synthétise les préconisations des groupes de réflexion initiés par des artistes et rassemblant artistes, représentants du public pendant le confinement. L’idée d’une Convention citoyenne sur la Culture est née de ce mouvement.

Mireille Davidovici

« Madame la Ministre,

Depuis hier, et par le plus grand des hasards, au moment même de votre nomination à la tête du Ministère de la Culture, nous, artistes, directeur.ice.s et salarié.e.s de différents théâtres publics, technicien.ne.s, chercheur.euse.s, élu.e.s, enseignant.e.s, acteur.trice.s du monde associatif, spectateur.trice.s, sommes réunis à Montluçon, pour faire suite et relais aux groupes de réflexion sur le spectacle qui se sont créés partout en France en mars 2020. (…)

On compte aujourd’hui une cinquantaine de ces groupes de réflexion dans notre pays et plusieurs autres dans des pays d’Europe. Vous en trouverez le détail dans la carte interactive en lien à la fin de ce courrier. (…) À partir de différents protocoles, tous réfléchissent à une réforme de fond des règles qui régissent actuellement le spectacle, ses outils de travail, ses modes de production et de diffusion, ses relations au public et aux habitant.e.s des territoires où ils opèrent.  (…) « Ces rendez-vous se coordonnent et se poursuivront tout au long de cet été et de la saison prochaine. Ils abordent, entre autres, des questions telles que : – la nécessité de mieux répartir l’argent public et de repenser les critères afférents aux cahiers des charges, aux attributions de subventions et aux labels.

 - la nécessité d’une reconstruction d’un dialogue horizontal entre les tutelles et les différents acteurs de terrain.

 - la nécessité de travailler sur les liens entre les collectivités territoriales et l’Etat en renforçant ses missions régaliennes dans les domaines de la création et de la Culture.

 - la nécessité de redonner aux artistes et aux acteurs des champs culturels et sociétaux, la maîtrise de leurs outils en s’appuyant sur leur expertise et leur savoir.

 - la nécessité de sortir aujourd’hui d’une logique consumériste de la culture, en retravaillant notamment sur les cadres sémantiques actuels, les modes de financement de la Culture et de l’art, la place des artistes dans les maisons de création au-delà des logiques de diffusion, les grands principes du théâtre public et de la décentralisation dramatique.

 - la nécessité de lutter contre la fracture territoriale française et le clivage de plus en plus dangereux pour la démocratie entre les grandes métropoles d’une part, et d’autre part : les régions, les départements d’Outre-Mer, les périphéries des grands centres urbains, les zones rurales, les villes moyennes, … en repensant en profondeur la notion d’équité territoriale et de partage de l’argent public.

 - la nécessité de repenser les champs de l’art et de la Culture dans la transition écologique. (…)

 Nous profitons aujourd’hui de votre prise de fonction, Madame la Ministre, pour vous informer de l’existence ce mouvement, afin que, dans un avenir proche, vous puissiez prendre en compte les différentes préconisations qui sont en train de naître partout en France. Le Théâtre est un lieu où la parole ne prend forme que parce qu’elle est mise en commun.(…)

 En vous souhaitant la bienvenue, nous vous prions de croire, Madame la Ministre, à l’expression de nos respectueuses salutations.

Les artistes, équipes, compagnies, réunies ces deux jours à Montluçon 

Lien sur la carte répertoriant l’ensemble des groupes de réflexions :

http://umap.openstreetmap.fr/fr/map/initiatives-et-groupes-de-reflexion-culture-et-ser_460607?fbclid=IwAR30xBjLUczjQQ7zsjcpVLxtIv80Ibbhv8J9bh_ndvdviJpwKoBFZJHFqWE#6/47.205/6.042

 

Adieu Saskia Cohen-Tanugi

Adieu Saskia Cohen-Tanugi

Photo X

Photo X


Il y a parfois des moments difficiles et le destin a encore frappé cette semaine l’ancienne Ecole du Théâtre National de Chaillot. Jeudi dernier, mourrait à Lorient des suites d’un cancer, son administratrice Christine Le Pen (voir Le Théâtre du Blog), et avant hier lundi, Saskia s’envolait aussi brutalement. Mortes toutes les deux au même âge: soixante ans…Vraiment dur à vivre pour nous qui les avions bien connues. Cette metteuse en  scène de théâtre, scénariste et professeur d’art dramatique, était diplômée du Conservatoire National à Paris et de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Elle avait aussi suivi en Angleterre, une formation au théâtre shakespearien puis joua dans Jamais, plus Jamais, un James Bond avec Sean Connery et ensuite mit en scène Le Marchand de Venise de Shakespeare au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis puis en 84, Docteur X Hero ou le dernier client du Ritz de Mériba de Cades au festival d’Avignon et en 87 Bastien et Bastienne de Mozart.

En 1988, elle vécut en Nouvelle-Calédonie où elle travailla à la préparation du Festival des arts du Pacifique. Elle mit ensuite en scène au studio des Champs-Élysées, Le Banc d’Alexander Gelman et travailla ensuite avec Patrick Grandperret à un scénario sur l’Afrique contemporaine, puis avec Xavier Castano à l’écriture de Veraz dont le rôle principal fut interprété par Kirk Douglas. Saskia Cohen-Tanugi fut aussi chargée d’une étude sur  la programmation du Théâtre 13 à Paris. Elle travailla ensuite à l’élaboration du Vieil Homme et le Molosse pour Greg Germain, actuel directeur de la Chapelle du Verbe Incarné à Avignon.
Puis elle enseigna quelques années à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot. En 1999, elle adapte Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler au théâtre, une pièce récompensée par plusieurs Molière. En 2000, on la retrouve très engagée politiquement dans l’opposition au gouvernement Netanyanhu sur la question des territoires palestiniens sur laquelle elle ne transigeait pas, elle dirige un atelier de théâtre à l’Université hébraïque de Jérusalem et écrira plusieurs œuvres sur le Proche-Orient : Caleb et Yoshua, Judith Epstein, La Vieille Femme du 55 rue Gabirol, Les Deux Jeunes Filles de Netanya, Avant qu’Ophélie ne…, Lettres d’intifada

Personnalité attachante au  parcours atypique, bien aimée de ses élèves de l’Ecole de Chaillot -elle était restée en contact avec l’une d’elles vingt-cinq ans après qu’elle ait suivi ses cours et et lui téléphonait régulièrement…. Et c’est sans doute la marque de fabrique d’une école comme celle-ci que de voir réunis pour ce double deuil des élèves de plusieurs promotions qui ne se connaissaient pas ou peu! Et comme le disait intelligemment Antoine Vitez, un des professeurs de Saskia au Conservatoire National: « Au moins, il se seront rencontrés là. « 

Elle possédait une grande culture théâtrale et artistique et s’intéressait à des formes de pensée très différentes. Mais elle s’était écartée du milieu théâtral parisien et avait choisi depuis une vingtaine d’années, de vivre et d’enseigner en Israël où ses obsèques auront lieu.

Philippe du Vignal

 

Thibaut Lacroix, acteur

 Saskia, actrice, metteuse en scène et autrefois James Bond girl dans Jamais plus jamais, nous fit faire nos premiers pas dans Tête d’Or, Le Partage de midi,  et Le  Soulier de satin de Paul Claudel, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset… Que de souvenirs puissants!  Je me souviens d’une impro qu’on avait faite autour des convois de la mort. On ne manque pas de pathos, quand on est jeune apprenti-acteur! Mais sur un thème aussi grave, elle nous aura réellement communiqué quelque chose d’énorme ce matin-là. Comme nous essayons de jouer, serrés dans des wagons, l’horreur de cette honteuse promiscuité des odeurs de merde et de pisse  et comme nous nous projetions dans la peur et les cris d’une telle immondice, Saskia intervint pour qu’on mette l’accent sur la vie….

Même dans une telle horreur, l’humanité, oppressée de tous les côtés, ne cherche qu’à vivre et à espérer… Nous sourjouions les séparations conjugales et aliénations macabres mais elle nous indiqua des choses très simples et très belles: pour garder une certaine dignité et un certain bon sens dans cet enfer, elle nous dit qu’il nous fallait imaginer autrement les misères. Voir comment la vie se prolongeait malgré tout… Elle vint sur le plateau et inventa un petit dialogue surprenant pour la situation: « Que cette jupe est jolie… c’est de la flanelle ?… – Non, du coton… tout simplement. – Ah oui ?… Comme c’est doux… où l’avez-vous trouvée ? – Dans une petite mercerie des galeries parisienne… -Ah! Bon, laquelle? -Passage Choiseul, entre Sauzaire et la boutique d’un marchand de timbres de collection. -Ah! Je ne savais pas … Je passe souvent devant pourtant..  – Je vous y mènerai  quand nous serons  revenues de tout ça…
Alors une grande émotion nous emplit tous devant cette évidence qu’il faut, coûte que coûte, continuer à voir le positif et à aimer les choses simples de la vie, aussi cruelle qu’elle puisse être.
Voilà ce que je puis dire en ce mardi matin. Je vais tenter de faire une prière pour elle mais à ma façon… Carpe diem avant le Requiem !

Jean Digne, ancien directeur de l’Association française d’Action Artistique et ancien directeur du Centre Culturel Français de Naples

Cela m’a fait beaucoup de peine quand j’ai appris sa mort subite. Je me souviens il y a une trentaine d’années, de longues et magnifiques soirées dans la maison de ses parents, l’été près de Nice tout près de la mer avec Rebecca, ma petite fille, sa mère Tania et Saskia, la sœur de Tania. Je me souviens de la formidable empathie qu’avait Saskia pour les gens et les lieux dont elle se sentait proche. Je me souviens du jour où je l’ai fait rencontrer à Philippe du Vignal et où il lui a proposé de venir donner des cours à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot qu’il dirigeait alors. Je me souviens aussi qu’il y a quelques années, elle m’avait téléphoné quand j’étais en voiture avec lui pour aller voir un spectacle du festival d’Aurillac. Je lui avais passé Philippe: il lui avait caché qui il était et lui avait simplement dit avec un fort accent du Rouergue qu’il la connaissait et qu’il était éleveur dans le Cantal… Saskia ne comprenait rien et lui demandait ce qu’il pouvait bien faire avec moi! Cela avait marché plusieurs minutes avant qu’elle ne s’écroule de rire quand elle avait compris la farce. Il prétendait  qu’en plus de son travail d’éleveur, il dirigeait aussi à Paris une école de théâtre. De son travail artistique et pédagogique en Israël, je le connaissait trop peu et ne pourrais guère parler mais nous nous téléphonions régulièrement. Et j’aimais entendre de si loin, sa voix chaleureuse. Adieu, Saskia, tu vas beaucoup me manquer… Mais je repense à une phrase de Vladimir Nabokov qu’un ami m’avait autrefois dite et que Saskia aurait sûrement aimée: « Et la vie qu’est-elle donc, sinon un autre « cabaret » où les sourires et les larmes s’entrecroisent dans la trame d’un merveilleux tissu bariolé. »


 

En attendant Godot de Samuel Beckett, mise en scène de Yannis Kakleas

En attendant Godot de Samuel Beckett, mise en scène de Yannis Kakleas

 

Cette  pièce devenue culte écrite en 1948, fut publiée en 52 aux éditions de Minuit et créée l’année suivante au Théâtre de Babylone dans une mise en scène de Roger Blin qui jouait Pozzo, avec Pierre Latour, Lucien Raimbourg, Jean Martin, Serge Lecointe  et Louki dans le rôle de Lucky. Le grand auteur refusait les conventions et cherchait à déconstruire les règles de  l’illusion théâtrale… Quatre personnages seulement;  deux attendent un hypothétique et non identifié un certain Godot qui ne viendra jamais…

©Kostis Giokas_

©Kostis Giokas_

Pas d’intrigue mais des jeux verbaux et scéniques. Sur le plateau, une route de campagne avec un seul arbre. Deux clochards, Estragon et Vladimir, répètent en continu des séries de gestes et se livrent à des joutes verbales sans issue. La façon de retirer une chaussure ou un chapeau, faire des calculs de probabilité sur les trois crucifiés et les quatre Evangélistes ou prendre la meilleure pose pour manger une carotte…

Quand le jeu s’épuise, Samuel Beckett rappelle la loi qui régit sa construction : attendre Godot est un principe régulateur mais  sans signification dramatique. Il y a un autre couple : Pozzo et Lucky, une parodie du maître et de l’esclave… Pozzo tient Lucky par une longue corde et manie le fouet : il feint de déclamer une tirade devant le public, ajoutant ainsi un effet méta-théâtral. Et survient alors le monologue, devenu célèbre, de Lucky, avec une sorte de raisonnement logique perverti, allusions burlesques, mais aussi composition sérielle à partir de cellules langagières.

 La mécanique verbale s’emballe et les compères s’emparent du chapeau de Lucky pour interrompre sa logorrhée. Chez eux, pas de psychologie ni d’autonomie de pensée : c’est ce seul couvre-chef qui les anime. Un jeune garçon vient alors, comme pour représenter une délégation de Godot. Au deuxième acte, pas plus d’histoire mais plutôt une une répétition déviée du premier. Des feuilles sur l’arbre mort marquent l’artifice théâtral et les personnages se mettent de nouveau à arpenter la scène. La déconstruction des styles se poursuit avec des tentatives poétiques, séries de mots, essais de tons… Samuel Beckett travaille sur les éléments scéniques et vide leur présence de tout référent. Le temps devient une durée intrinsèque,  puis arrive l’expiration des gestes et des voix…

 Ses personnages chutent mais pas de façon vraiment définitive : Pozzo est devenu aveugle et Lucky muet. Les micro-événements se répètent sans qu’une mémoire s’impose car dans cette répétition, il n’y a aucune ressemblance et les personnages doutent de ce qu’ils ont vu et fait au premier acte. Vladimir et Estragon refont les même gestes, redisent les mêmes mots jusqu’à épuiser leur répertoire et l’interrompre à la fin de la pièce. 

Yannis Kakleas souligne le burlesque et le caractère chaotique de cette farce clownesque. Incompréhensions et quiproquos donnent à la pièce une tonalité comique et un pathétique de la dérision. Le metteur en scène a mis l’accent sur la vanité de l’existence humaine, sur le temps qui passe et la solitude dans la société contemporaine. Avec un décor fidèle aux didascalies de l’écrivain en ajoutant une vieille bagnole, objet métonymique et référence à l’attachement de l’homme à la machine…

Spyros Papadopoulos (Estragon) et Thanassis Papageorgiou (Vladimir) oscillent entre comique et tragique, tout en essayant de surmonter leur naufrage par l’inaction et un entêtement à se parler ou à se jouer la comédie avec quelques gestes cruels. Il faut signaler le jeu exceptionnel avec une belle gestualité d’Aris Servetalis dans le rôle de ce Pozzo qui a réellement besoin de Lucky, pour exister dans un rapport dominant/dominé. Lucky semble exécuter  les ordres! Et Orfeas Avgoustidis montre de façon remarquable un être déshumanisé qui dit toute la misère existentielle.

Aris Kakleas interprète d’une voix neutre, le jeune garçon, personnage énigmatique, messager de Godot et catalyseur du désespoir d’Estragon. La présence muette mais dansante d’Aggeliki Trobouki renforce le mystère et le caractère abracadabrant de Godot, ce personnage invisible mais devenu célèbre… que l’on continuera pourtant à attendre à jamais… 

Nektarios-Georgios Konstantinidis

 

Spectacle en tournée en Grèce, une production de ΤΕΧΝΗΧΩΡΟΣ

 

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