En attendant Godot de Samuel Beckett, mise en scène de Yannis Kakleas

En attendant Godot de Samuel Beckett, mise en scène de Yannis Kakleas

 

Cette  pièce devenue culte écrite en 1948, fut publiée en 52 aux éditions de Minuit et créée l’année suivante au Théâtre de Babylone dans une mise en scène de Roger Blin qui jouait Pozzo, avec Pierre Latour, Lucien Raimbourg, Jean Martin, Serge Lecointe  et Louki dans le rôle de Lucky. Le grand auteur refusait les conventions et cherchait à déconstruire les règles de  l’illusion théâtrale… Quatre personnages seulement;  deux attendent un hypothétique et non identifié un certain Godot qui ne viendra jamais…

©Kostis Giokas_

©Kostis Giokas_

Pas d’intrigue mais des jeux verbaux et scéniques. Sur le plateau, une route de campagne avec un seul arbre. Deux clochards, Estragon et Vladimir, répètent en continu des séries de gestes et se livrent à des joutes verbales sans issue. La façon de retirer une chaussure ou un chapeau, faire des calculs de probabilité sur les trois crucifiés et les quatre Evangélistes ou prendre la meilleure pose pour manger une carotte…

Quand le jeu s’épuise, Samuel Beckett rappelle la loi qui régit sa construction : attendre Godot est un principe régulateur mais  sans signification dramatique. Il y a un autre couple : Pozzo et Lucky, une parodie du maître et de l’esclave… Pozzo tient Lucky par une longue corde et manie le fouet : il feint de déclamer une tirade devant le public, ajoutant ainsi un effet méta-théâtral. Et survient alors le monologue, devenu célèbre, de Lucky, avec une sorte de raisonnement logique perverti, allusions burlesques, mais aussi composition sérielle à partir de cellules langagières.

 La mécanique verbale s’emballe et les compères s’emparent du chapeau de Lucky pour interrompre sa logorrhée. Chez eux, pas de psychologie ni d’autonomie de pensée : c’est ce seul couvre-chef qui les anime. Un jeune garçon vient alors, comme pour représenter une délégation de Godot. Au deuxième acte, pas plus d’histoire mais plutôt une une répétition déviée du premier. Des feuilles sur l’arbre mort marquent l’artifice théâtral et les personnages se mettent de nouveau à arpenter la scène. La déconstruction des styles se poursuit avec des tentatives poétiques, séries de mots, essais de tons… Samuel Beckett travaille sur les éléments scéniques et vide leur présence de tout référent. Le temps devient une durée intrinsèque,  puis arrive l’expiration des gestes et des voix…

 Ses personnages chutent mais pas de façon vraiment définitive : Pozzo est devenu aveugle et Lucky muet. Les micro-événements se répètent sans qu’une mémoire s’impose car dans cette répétition, il n’y a aucune ressemblance et les personnages doutent de ce qu’ils ont vu et fait au premier acte. Vladimir et Estragon refont les même gestes, redisent les mêmes mots jusqu’à épuiser leur répertoire et l’interrompre à la fin de la pièce. 

Yannis Kakleas souligne le burlesque et le caractère chaotique de cette farce clownesque. Incompréhensions et quiproquos donnent à la pièce une tonalité comique et un pathétique de la dérision. Le metteur en scène a mis l’accent sur la vanité de l’existence humaine, sur le temps qui passe et la solitude dans la société contemporaine. Avec un décor fidèle aux didascalies de l’écrivain en ajoutant une vieille bagnole, objet métonymique et référence à l’attachement de l’homme à la machine…

Spyros Papadopoulos (Estragon) et Thanassis Papageorgiou (Vladimir) oscillent entre comique et tragique, tout en essayant de surmonter leur naufrage par l’inaction et un entêtement à se parler ou à se jouer la comédie avec quelques gestes cruels. Il faut signaler le jeu exceptionnel avec une belle gestualité d’Aris Servetalis dans le rôle de ce Pozzo qui a réellement besoin de Lucky, pour exister dans un rapport dominant/dominé. Lucky semble exécuter  les ordres! Et Orfeas Avgoustidis montre de façon remarquable un être déshumanisé qui dit toute la misère existentielle.

Aris Kakleas interprète d’une voix neutre, le jeune garçon, personnage énigmatique, messager de Godot et catalyseur du désespoir d’Estragon. La présence muette mais dansante d’Aggeliki Trobouki renforce le mystère et le caractère abracadabrant de Godot, ce personnage invisible mais devenu célèbre… que l’on continuera pourtant à attendre à jamais… 

Nektarios-Georgios Konstantinidis

 

Spectacle en tournée en Grèce, une production de ΤΕΧΝΗΧΩΡΟΣ

 


Archive pour 20 juillet, 2020

En attendant Godot de Samuel Beckett, mise en scène de Yannis Kakleas

En attendant Godot de Samuel Beckett, mise en scène de Yannis Kakleas

 

Cette  pièce devenue culte écrite en 1948, fut publiée en 52 aux éditions de Minuit et créée l’année suivante au Théâtre de Babylone dans une mise en scène de Roger Blin qui jouait Pozzo, avec Pierre Latour, Lucien Raimbourg, Jean Martin, Serge Lecointe  et Louki dans le rôle de Lucky. Le grand auteur refusait les conventions et cherchait à déconstruire les règles de  l’illusion théâtrale… Quatre personnages seulement;  deux attendent un hypothétique et non identifié un certain Godot qui ne viendra jamais…

©Kostis Giokas_

©Kostis Giokas_

Pas d’intrigue mais des jeux verbaux et scéniques. Sur le plateau, une route de campagne avec un seul arbre. Deux clochards, Estragon et Vladimir, répètent en continu des séries de gestes et se livrent à des joutes verbales sans issue. La façon de retirer une chaussure ou un chapeau, faire des calculs de probabilité sur les trois crucifiés et les quatre Evangélistes ou prendre la meilleure pose pour manger une carotte…

Quand le jeu s’épuise, Samuel Beckett rappelle la loi qui régit sa construction : attendre Godot est un principe régulateur mais  sans signification dramatique. Il y a un autre couple : Pozzo et Lucky, une parodie du maître et de l’esclave… Pozzo tient Lucky par une longue corde et manie le fouet : il feint de déclamer une tirade devant le public, ajoutant ainsi un effet méta-théâtral. Et survient alors le monologue, devenu célèbre, de Lucky, avec une sorte de raisonnement logique perverti, allusions burlesques, mais aussi composition sérielle à partir de cellules langagières.

 La mécanique verbale s’emballe et les compères s’emparent du chapeau de Lucky pour interrompre sa logorrhée. Chez eux, pas de psychologie ni d’autonomie de pensée : c’est ce seul couvre-chef qui les anime. Un jeune garçon vient alors, comme pour représenter une délégation de Godot. Au deuxième acte, pas plus d’histoire mais plutôt une une répétition déviée du premier. Des feuilles sur l’arbre mort marquent l’artifice théâtral et les personnages se mettent de nouveau à arpenter la scène. La déconstruction des styles se poursuit avec des tentatives poétiques, séries de mots, essais de tons… Samuel Beckett travaille sur les éléments scéniques et vide leur présence de tout référent. Le temps devient une durée intrinsèque,  puis arrive l’expiration des gestes et des voix…

 Ses personnages chutent mais pas de façon vraiment définitive : Pozzo est devenu aveugle et Lucky muet. Les micro-événements se répètent sans qu’une mémoire s’impose car dans cette répétition, il n’y a aucune ressemblance et les personnages doutent de ce qu’ils ont vu et fait au premier acte. Vladimir et Estragon refont les même gestes, redisent les mêmes mots jusqu’à épuiser leur répertoire et l’interrompre à la fin de la pièce. 

Yannis Kakleas souligne le burlesque et le caractère chaotique de cette farce clownesque. Incompréhensions et quiproquos donnent à la pièce une tonalité comique et un pathétique de la dérision. Le metteur en scène a mis l’accent sur la vanité de l’existence humaine, sur le temps qui passe et la solitude dans la société contemporaine. Avec un décor fidèle aux didascalies de l’écrivain en ajoutant une vieille bagnole, objet métonymique et référence à l’attachement de l’homme à la machine…

Spyros Papadopoulos (Estragon) et Thanassis Papageorgiou (Vladimir) oscillent entre comique et tragique, tout en essayant de surmonter leur naufrage par l’inaction et un entêtement à se parler ou à se jouer la comédie avec quelques gestes cruels. Il faut signaler le jeu exceptionnel avec une belle gestualité d’Aris Servetalis dans le rôle de ce Pozzo qui a réellement besoin de Lucky, pour exister dans un rapport dominant/dominé. Lucky semble exécuter  les ordres! Et Orfeas Avgoustidis montre de façon remarquable un être déshumanisé qui dit toute la misère existentielle.

Aris Kakleas interprète d’une voix neutre, le jeune garçon, personnage énigmatique, messager de Godot et catalyseur du désespoir d’Estragon. La présence muette mais dansante d’Aggeliki Trobouki renforce le mystère et le caractère abracadabrant de Godot, ce personnage invisible mais devenu célèbre… que l’on continuera pourtant à attendre à jamais… 

Nektarios-Georgios Konstantinidis

 

Spectacle en tournée en Grèce, une production de ΤΕΧΝΗΧΩΡΟΣ

 

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