Cinquante ans de révolution chorégraphique, du Ballet-Théâtre contemporain au C.C.N. -Ballet de Lorraine, 1968-2018, textes d’Agnès Izrine et Laurent Goumarre,

 

 

Cinquante ans de révolution chorégraphique, du Ballet-Théâtre contemporain au C.C.N. -Ballet de Lorraine, 1968-2018  textes d’Agnès Izrine et Laurent Goumarre,  « entretiens avec » et contributions de Petter Jacobsson et Thomas Caley, Laurent Hénart, Emma Lavigne, Tristan Ihne, Gilberte Bardin, Mathilde Monnier, Laurent Vinauger, Muriel Belmondo, Francoise Adret, James Urbain, André Lafonta, Dominique Mercy, Jean-Albert Cartier, Gérard Fromanger, Ivan Messac, André Larquié, Brigitte Lefèvre, Didier Deschamps, Karole Armitage, Martine Augsbourger, Isabelle Bourgeais, Hélène Traïline, Thierry Malandain, Rudolf Noureev et Maïa Plissetskaïa, Patrick Dupond, Patricia Painot-Bossu, Patrick Germain, Daniel Larrieu, Pierre Lacotte

 

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 Un ouvrage richement illustré et soigneusement imprimé. Depuis 2011, Petter Jacobsson, assisté de Thomas Caley, dirige ce Ballet-Théâtre Contemporain. Les auteurs du livre en font remonter la création à  1968, à Amiens. Il aura fallu en tout cas «un certain temps», comme disait dans les années cinquante, l’humoriste Fernand Raynaud, pour que Nancy, dotée d’un magnifique opéra sur la place Stanislas, fasse la part belle à la danse… Aujourd’hui, elle rayonne, « en région » et « à l’international » comme on dit, grâce au travail accompli par l’équipe actuelle et cet ouvrage le montre bien par les directions qui se sont succédé.  

Henri Langlois et Mary Henri Langlois et Mary Meerson Photo X Photo X

Henri Langlois et Mary Meerson
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Fin des années soixante : la jeunesse se soulève et le monde politique est dépassé. André Malraux, ministre des Affaires Culturelles selon la dénomination de l’époque, n’est plus en phase! Il avait pourtant créé les Maisons de la Culture pour donner l’accès aux arts mais il continuait à vouloir verrouiller Culture et communication.
Comme en témoigne l’affaire Henri Langlois (1914-1977). Ce pionnier de la Cinémathèque Française qu’il créa en septembre 1936 avec, entre autres, le cinéaste Georges Franju, faillit en janvier 68, être viré par André Malraux…. C’était sans compter sur une bande de jeunes cinéastes comme Jean-Luc Godard, François Truffaut mais aussi Maurice Lemaître, cinéaste, peintre et écrivain libertaire (1926- 2018)  et… Daniel Cohn-Bendit qui réussirent à mobiliser l’opinion. Des télégrammes de soutien parvinrent alors du monde entier! Et le Ministre annula piteusement sa décision !

 

 

IX ème  Symphonie de M. Béjart  @ X

IX ème Symphonie de M. Béjart © X

 

Dans un «paysage chorégraphique qui ressemble à un désert» selon Agnès Izrine et Laurent Goumarre, Maurice Béjart et dans une moindre mesure, Joseph Russillo, représentaient la danse «moderne» en France.  Maître de ballet à l’Opéra de Paris, Michel Descombey, favorable au changement, joua un rôle important. Il avait créé en 1966 Le Ballet-Studio au sein même de l’institution pour y développer la recherche chorégraphique. Le célèbre Concours de Bagnolet est créé en 1968 par Jacques Chaurand (1928-2017), danseur et chorégraphe en quête d’un «ballet pour demain. » Le mot féminin : danse et celui, autrement genré de ballet n’avaient pas encore été remplacés, comme le note Agnès Izrine, par la notion assez vague d’« expression corporelle. »

En 68, Jean-Albert Cartier et Françoise Adret sont nommés par l’Etat, à la tête du Ballet-Théâtre contemporain qu’on décentralisa à Amiens. Mais il fallut près d’un demi-siècle pour que s’effectuât le glissement progressif d’un «ballet-théâtre» à l’ancienne,  vers une structure ouverte. De l’avis général, Jean-Albert Cartier ménagea sur le plan artistique, la chèvre et le chou en cherchant à concilier à la fois le ballet, le théâtre, le pays, la région… Ce «vieux gaulliste du Centre droit» innova en proposant à l’artiste de la Jeune Peinture Gérard Fromanger et à Michel Descombey de créer Rouge un ballet sur la musique d’Hymnen de Stockhausen. Pour Brigitte Lefèvre, animatrice avec Jacques Garnier, du Théâtre du silence qui se fixa en 1972 à La Rochelle, Le Ballet-Théâtre était plutôt « post-classique » dans son organisation et sa hiérarchisation, jusqu’à son déménagement, en 1978, à Nancy, après six années passées à Angers, et même après.

Avec Hélène Traïline, une danseuse classique issue des Ballets de Monte-Carlo donc, indirectement, des Ballets russes, Jean-Albert Cartier joua les Diaghilev et invita des têtes d’affiche, à commencer par Rudolf Noureev. Mais en 1988, pourtant « Année de la danse », au lieu d’accompagner le dynamisme de la « jeune chorégraphie » française, ou d’engager un des hôtes de marque qui avaient fait en partie la gloire du festival de théâtre de Nancy comme  Kazuo Ôno, Carlotta Ikeda, Pina Bausch, voire Bob Wilson, Le Ballet français de Nancy nomma Patrick Dupond… un danseur-étoile vieille école »

Avec le changement de millénaire, l’un des représentants du « gang des Lyonnais », Didier Deschamps, devint alors le directeur du Centre chorégraphique national-Ballet de Lorraine, une nouvelle appellation de cette compagnie. Il forma très vite le public local à la danse contemporaine, tous styles confondus. Didier Deschamps semble ici estimer que Jean-Albert Cartier utilisa le B.T.C. comme un tremplin lui ayant permis d’« accéder au monde de l’opéra ». Mais il oublie que le Ballet de Lorraine et son président, l’éminence grise André Larquié, lui apprirent le métier de programmateur, voire l’aidèrent à prendre la direction du Théâtre National de Chaillot ! Et c’est aussi du Ballet-Théâtre Contemporain établissement, dirigé par Petter Jacobsson et présidé par Michel Sala, qu’est sorti du lot l’actuel Délégué à la danse au Ministère de la Culture !

 

Cela nous concerne tous  © Laurent Philippe

Cela nous concerne tous de Miguel Gutierrez
© Laurent Philippe


On doit à Petter Jacobsson et à son équipe un nouvel élan et le dévoilement de nouveaux territoires. Ils ont parfois surévalué quelques petits maîtres exploitant jusqu’à la gauche (ou à la droite..) un filon « performatif » des années soixante-dix… Mais ils ont régalé le public avec le flamboyant Miguel Gutierrez. Les productions et soirées de gala de Jacobsson et Caley sont mémorables. Et ils ont inscrit au répertoire des pièces comme Relâche de Jean Börlin, de Merce Cunningham ou de Trisha Brown et ils ont aussi passé des commandes à des auteurs talentueux comme Olivia Grandville.

 

Nicolas Villodre
Editions Presses du réel, 144 pages (62 illustrations couleur et 38 en noir et blanc). 32.00 €

 

 

 

 

 


Archive pour 21 juillet, 2020

La Grande Balade proposée par la Bonlieu Scène Nationale d’Annecy

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Les Filles du Renard pâle (c) JL Verdier

La Grande Balade proposée par Bonlieu Scène Nationale d’Annecy

 A la sortie du confinement, Salvador Garcia a lancé l’équipe de Bonlieu à l’assaut du Semnoz, un plateau qui domine la rive ouest du lac d’Annecy et qui offre un vaste domaine skiable en hiver et des chemins de randonnée en été. Son idée : proposer dans ces alpages, une manifestation pluridisciplinaire, itinérante, sous forme d’une grande balade à la rencontre d’une centaine d’artistes, toutes disciplines confondues.

Aucun programme n’était annoncé, de sorte que les marcheurs, guidés par le son des instruments ou des voix, vont de surprise en surprise.  Habitants des environs, spectateurs fidèles ou randonneurs de passage, ont répondu à l’appel. Et quelque vingt-cinq mille personnes venues respirer l’air des cimes sur ces deux jours et humer les arômes de la Culture, ont rencontré des artistes aussi exigeants sur les sentes qu’à la scène. Preuve qu’une importante scène nationale peut proposer une manifestation de grande qualité ouverte à tous. Rien de mieux pour réveiller le théâtre de la stupeur où l’a plongé le virus et décloisonner les publics.  L’événement a mobilisé l’équipe de Bonlieu au grand complet, des dizaines d’intermittents et de bénévoles, sans compter chauffeurs de bus et opérateurs de la télécabine pour monter les visiteurs au sommet, la balade s’effectuant à la descente …

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Taïkokanou @J-L Verdier

Au sortir de la télécabine, à 1.600 mètres d’altitude, les nuages descendent, déception : on ne verra pas le Mont-Blanc… Mais dans le coton blanc, la batterie de taïkos japonais, grands et petits tambours de la compagnie Taikokanou. Puissants battements de bras de Fabien Kanou, petits coups de baguettes secs de Mayu Sato  pour une cavalcade rythmique avant de finir au gong et à la flûte, tandis que se dispersent  les brumes matinales. Les spectateurs, déjà nombreux, sont rassurés par la réapparition d’un ciel bleu.

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Fanny Perrier Rochas @J-L Verdier

La musique accompagnera toute la descente coordonnée par Blaise Merlin. Avec L’Onde & Cybèle, il organise des itinéraires artistiques (prochainement à Paris : une déambulation le long de l’ancienne voie de chemin de fer, la Petite Ceinture). Il a su enchanter la forêt en postant des chanteurs et des instrumentistes dans les branches, avec Fanny Perrier-Rochas et ses airs byzantins, le Duo Ishtar (luth et harpe) de Maëlle Duchemin et Maëlle Coulange. Suivront des solos de violoncelle, violon et clavecin, au détour d’une clairière, et des duettistes qui mêlent ces cordes suédoises que sont les nickelharpas, à la guitare et la mandole. Le bien nommé Guillaume Loizillon, lui, peuple les herbes hautes de ses Zoophonies,  clameurs électroniques d’une faune imaginaire…

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Chorégraphie Jean-Claude Gallotta (c) JL Verdier

Les cailloux roulent sous nos pieds, on s’arrête et on tend l’oreille aux « jingles » sonores qui jalonnent la descente. Au fur et à mesure, les techniciens finissent d’installer quelques structures complexes et on ne verra donc pas toutes les propositions…

La musique guide aussi les nombreuses pièces présentées sur le chemin. Le saxophoniste Peter Corser soutient d’un souffle continu une chorégraphie de Jean-Claude Gallotta. Arlaud, Angèle Methangkool-Robert et Bruno Maréchal s’accordent et se désaccordent en solo, duo et trio pour une danse narrative fluide sur les vicissitudes de l’amour à trois.

Plus loin, trois musiciens loufoques coiffés de branchages disent la solitude de deux campeurs un peu paumés. En tenue parodique d’Adam et Eve, ils s’interrogent sur l’existence de Dieu. On reconnaît le style déglingué d’Yves Fravega et de sa compagnie l’Art de vivre … Plus poétiques, Les filles du Renard Pâle : Johanne Humblet, haut perchée pendant plus de quatre heures sur un fil tendu entre deux épicéas, manie lentement sa perche en se lovant autour du câble accompagnée par des berceuses au ukulélé.

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Compagnie l’Art de vivre (c) JL Verdier

Sur ce parcours de sept kilomètres, des bénévoles agitent au-dessus de la tête des marcheurs des pancartes invitant à la prudence et à rester à un mètre les uns des autres. Chacun cherche sa place dans l’herbe, au milieu des gentianes, en évitant les chardons et les bouses de vaches,  un enfant sur les épaules ou lové sur les genoux. En contre-bas, parviennent les applaudissements du groupe qui précède : on se sent nombreux et heureux dans cette nature sylvestre. Les artistes ont d’ailleurs joué les ambiguïtés de la faune et de la forêt : ils présentent presque tous une hybridation animale et/ou feuillue qui réveille les enchantements des contes et les peurs de l’enfance.

Des marcheurs prévoyants ont emporté un pique-nique et composent çà et là des campements provisoires…Les multiples propositions que danseurs, acrobates comédiens et performeurs enchaînent cinq à six fois dans la journée, jouent la forêt comme espace poétique et lieu de l’invisible, des esprits et des légendes. Le Semnoz se prête aux créations in situ, inspirées par le relief et la végétation alentour : la danseuse Sandrine Abouav devient une femme-gentiane, ondulant et rampant dans les hautes herbes entre chardons et fleurs des Alpes… Face à elle, Jade et Cyril Casmèze  de la compagnie Le Singe debout se sont métamorphosés en homme-loup et femme-renard, insolites et glapissants. Lise Ardaillon et Sylvain Milliot,  de la compagnie Moteurs multiples, mettent en scène une absence avec une tente vide, des bois de cerf menaçants, une voix off : le campement mystérieux de Sophie, disparue depuis quelque temps déjà ?

Une histoire à imaginer  comme celle de cet homme qui, descendu de l’arbre en dansant au bout d’un fil, gravit un immense talus qu’il débaroule pour regagner son perchoir et, tel Sisyphe, recommence ad libitum… Poétique comme Camille Boitel sait l’être !  Métaphorique aussi, la performance en plein champ de Yoann Bourgeois et Marie Vaudin : sur un plateau carré oscillant sur un pivot central, ils peinent à se rejoindre pour s’asseoir à la table placée au milieu du dispositif, douce ironie sur le couple et ses incertitudes …

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Hafiz Dhaou et Aïcha Mbarek (C) Bonlieu

Sur un petit terre-plein de gazon, entouré de fleurs blanches, dansent Hafiz Dhaou et Aïcha Mbarek, en habits de mariés. La voix de Marguerite Duras aux sonorités sèches, commentant Détruire, dit-elle, nous invite à revenir à l’état d’avant l’éducation, à retrouver la vie intérieure comme facteur de changement de soi…

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Chorégraphie François Veyrunes (c) JL Verdier

Dans une clairière, François Veyrunes a ménagé une échappée belle d’une grande douceur. Un duo féminin, tendre et félin, dansé par Francesca Ziviani et Emily Mézières : la nudité des corps, l’un blond et l’autre brun, qui se mêlent en arabesques sur l’herbe verte, se confond avec la nature bienveillante. Un parapente glisse langoureusement au-dessus d’elles ajoutant une caresse imprévue à la caresse du vent.  Age d’or ou paradis perdu… comme en réponse à la pièce ironiquement tourmentée d’Yves Fravega …

En clôture, Philippe Decouflé, sur un large plateau, joue avec le mode plus classique de la représentation. Huit danseurs pour des pièces courtes aux registres variés qui traversent des périodes de son travail. Peut-être la moins surprenante des propositions réunies au Semnoz.

Nous n’avons pu voir le travail de François Chaignaud, de Fanny de Chaillé et Jérome Andrieu, ni apprécié Chloé Moglia suspendue à son arche, ni le funambule Nathan Paulin. Certains espaces n’étant pas encore prêts au moment de notre passage, ou trop bien cachés !. Impossible de citer tous ces artistes ni toutes les propositions. Chacun a répondu à sa manière à l’invitation, avec une forme d’humilité, un souci de retour aux sources. Aussi avons-nous vécu cette magnifique balade comme une offrande des artistes aux dieux du vent et de l’été, aux arbres et aux oiseaux.

 Mireille Davidovici et Marie-Agnès Sevestre

 

 

Théâtre des Îlets à Montluçon : Une lettre à la Ministre de la Culture

 

Théâtre des Îlets à Montluçon : Une lettre à la Ministre de la Culture

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Groupe de réflexion au Théâtre des Îlets photo Cécile Dureux

Le 7 juillet à Montluçon, le jour de nomination de Roselyne Bachelot rue de Valois, les tables rondes réunies au Théâtre des Ilets-Centre Dramatique National ( voir Le Théâtre du blog) concluaient leurs travaux en adressant une lettre à la Ministre. Elle synthétise les préconisations des groupes de réflexion initiés par des artistes et rassemblant artistes, représentants du public pendant le confinement. L’idée d’une Convention citoyenne sur la Culture est née de ce mouvement.

Mireille Davidovici

« Madame la Ministre,

Depuis hier, et par le plus grand des hasards, au moment même de votre nomination à la tête du Ministère de la Culture, nous, artistes, directeur.ice.s et salarié.e.s de différents théâtres publics, technicien.ne.s, chercheur.euse.s, élu.e.s, enseignant.e.s, acteur.trice.s du monde associatif, spectateur.trice.s, sommes réunis à Montluçon, pour faire suite et relais aux groupes de réflexion sur le spectacle qui se sont créés partout en France en mars 2020. (…)

On compte aujourd’hui une cinquantaine de ces groupes de réflexion dans notre pays et plusieurs autres dans des pays d’Europe. Vous en trouverez le détail dans la carte interactive en lien à la fin de ce courrier. (…) À partir de différents protocoles, tous réfléchissent à une réforme de fond des règles qui régissent actuellement le spectacle, ses outils de travail, ses modes de production et de diffusion, ses relations au public et aux habitant.e.s des territoires où ils opèrent.  (…) « Ces rendez-vous se coordonnent et se poursuivront tout au long de cet été et de la saison prochaine. Ils abordent, entre autres, des questions telles que : – la nécessité de mieux répartir l’argent public et de repenser les critères afférents aux cahiers des charges, aux attributions de subventions et aux labels.

 - la nécessité d’une reconstruction d’un dialogue horizontal entre les tutelles et les différents acteurs de terrain.

 - la nécessité de travailler sur les liens entre les collectivités territoriales et l’Etat en renforçant ses missions régaliennes dans les domaines de la création et de la Culture.

 - la nécessité de redonner aux artistes et aux acteurs des champs culturels et sociétaux, la maîtrise de leurs outils en s’appuyant sur leur expertise et leur savoir.

 - la nécessité de sortir aujourd’hui d’une logique consumériste de la culture, en retravaillant notamment sur les cadres sémantiques actuels, les modes de financement de la Culture et de l’art, la place des artistes dans les maisons de création au-delà des logiques de diffusion, les grands principes du théâtre public et de la décentralisation dramatique.

 - la nécessité de lutter contre la fracture territoriale française et le clivage de plus en plus dangereux pour la démocratie entre les grandes métropoles d’une part, et d’autre part : les régions, les départements d’Outre-Mer, les périphéries des grands centres urbains, les zones rurales, les villes moyennes, … en repensant en profondeur la notion d’équité territoriale et de partage de l’argent public.

 - la nécessité de repenser les champs de l’art et de la Culture dans la transition écologique. (…)

 Nous profitons aujourd’hui de votre prise de fonction, Madame la Ministre, pour vous informer de l’existence ce mouvement, afin que, dans un avenir proche, vous puissiez prendre en compte les différentes préconisations qui sont en train de naître partout en France. Le Théâtre est un lieu où la parole ne prend forme que parce qu’elle est mise en commun.(…)

 En vous souhaitant la bienvenue, nous vous prions de croire, Madame la Ministre, à l’expression de nos respectueuses salutations.

Les artistes, équipes, compagnies, réunies ces deux jours à Montluçon 

Lien sur la carte répertoriant l’ensemble des groupes de réflexions :

http://umap.openstreetmap.fr/fr/map/initiatives-et-groupes-de-reflexion-culture-et-ser_460607?fbclid=IwAR30xBjLUczjQQ7zsjcpVLxtIv80Ibbhv8J9bh_ndvdviJpwKoBFZJHFqWE#6/47.205/6.042

 

Adieu Saskia Cohen-Tanugi

Adieu Saskia Cohen-Tanugi

Photo X

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Il y a parfois des moments difficiles et le destin a encore frappé cette semaine l’ancienne Ecole du Théâtre National de Chaillot. Jeudi dernier, mourrait à Lorient des suites d’un cancer, son administratrice Christine Le Pen (voir Le Théâtre du Blog), et avant hier lundi, Saskia s’envolait aussi brutalement. Mortes toutes les deux au même âge: soixante ans…Vraiment dur à vivre pour nous qui les avions bien connues. Cette metteuse en  scène de théâtre, scénariste et professeur d’art dramatique, était diplômée du Conservatoire National à Paris et de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Elle avait aussi suivi en Angleterre, une formation au théâtre shakespearien puis joua dans Jamais, plus Jamais, un James Bond avec Sean Connery et ensuite mit en scène Le Marchand de Venise de Shakespeare au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis puis en 84, Docteur X Hero ou le dernier client du Ritz de Mériba de Cades au festival d’Avignon et en 87 Bastien et Bastienne de Mozart.

En 1988, elle vécut en Nouvelle-Calédonie où elle travailla à la préparation du Festival des arts du Pacifique. Elle mit ensuite en scène au studio des Champs-Élysées, Le Banc d’Alexander Gelman et travailla ensuite avec Patrick Grandperret à un scénario sur l’Afrique contemporaine, puis avec Xavier Castano à l’écriture de Veraz dont le rôle principal fut interprété par Kirk Douglas. Saskia Cohen-Tanugi fut aussi chargée d’une étude sur  la programmation du Théâtre 13 à Paris. Elle travailla ensuite à l’élaboration du Vieil Homme et le Molosse pour Greg Germain, actuel directeur de la Chapelle du Verbe Incarné à Avignon.
Puis elle enseigna quelques années à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot. En 1999, elle adapte Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler au théâtre, une pièce récompensée par plusieurs Molière. En 2000, on la retrouve très engagée politiquement dans l’opposition au gouvernement Netanyanhu sur la question des territoires palestiniens sur laquelle elle ne transigeait pas, elle dirige un atelier de théâtre à l’Université hébraïque de Jérusalem et écrira plusieurs œuvres sur le Proche-Orient : Caleb et Yoshua, Judith Epstein, La Vieille Femme du 55 rue Gabirol, Les Deux Jeunes Filles de Netanya, Avant qu’Ophélie ne…, Lettres d’intifada

Personnalité attachante au  parcours atypique, bien aimée de ses élèves de l’Ecole de Chaillot -elle était restée en contact avec l’une d’elles vingt-cinq ans après qu’elle ait suivi ses cours et et lui téléphonait régulièrement…. Et c’est sans doute la marque de fabrique d’une école comme celle-ci que de voir réunis pour ce double deuil des élèves de plusieurs promotions qui ne se connaissaient pas ou peu! Et comme le disait intelligemment Antoine Vitez, un des professeurs de Saskia au Conservatoire National: « Au moins, il se seront rencontrés là. « 

Elle possédait une grande culture théâtrale et artistique et s’intéressait à des formes de pensée très différentes. Mais elle s’était écartée du milieu théâtral parisien et avait choisi depuis une vingtaine d’années, de vivre et d’enseigner en Israël où ses obsèques auront lieu.

Philippe du Vignal

 

Thibaut Lacroix, acteur

 Saskia, actrice, metteuse en scène et autrefois James Bond girl dans Jamais plus jamais, nous fit faire nos premiers pas dans Tête d’Or, Le Partage de midi,  et Le  Soulier de satin de Paul Claudel, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset… Que de souvenirs puissants!  Je me souviens d’une impro qu’on avait faite autour des convois de la mort. On ne manque pas de pathos, quand on est jeune apprenti-acteur! Mais sur un thème aussi grave, elle nous aura réellement communiqué quelque chose d’énorme ce matin-là. Comme nous essayons de jouer, serrés dans des wagons, l’horreur de cette honteuse promiscuité des odeurs de merde et de pisse  et comme nous nous projetions dans la peur et les cris d’une telle immondice, Saskia intervint pour qu’on mette l’accent sur la vie….

Même dans une telle horreur, l’humanité, oppressée de tous les côtés, ne cherche qu’à vivre et à espérer… Nous sourjouions les séparations conjugales et aliénations macabres mais elle nous indiqua des choses très simples et très belles: pour garder une certaine dignité et un certain bon sens dans cet enfer, elle nous dit qu’il nous fallait imaginer autrement les misères. Voir comment la vie se prolongeait malgré tout… Elle vint sur le plateau et inventa un petit dialogue surprenant pour la situation: « Que cette jupe est jolie… c’est de la flanelle ?… – Non, du coton… tout simplement. – Ah oui ?… Comme c’est doux… où l’avez-vous trouvée ? – Dans une petite mercerie des galeries parisienne… -Ah! Bon, laquelle? -Passage Choiseul, entre Sauzaire et la boutique d’un marchand de timbres de collection. -Ah! Je ne savais pas … Je passe souvent devant pourtant..  – Je vous y mènerai  quand nous serons  revenues de tout ça…
Alors une grande émotion nous emplit tous devant cette évidence qu’il faut, coûte que coûte, continuer à voir le positif et à aimer les choses simples de la vie, aussi cruelle qu’elle puisse être.
Voilà ce que je puis dire en ce mardi matin. Je vais tenter de faire une prière pour elle mais à ma façon… Carpe diem avant le Requiem !

Jean Digne, ancien directeur de l’Association française d’Action Artistique et ancien directeur du Centre Culturel Français de Naples

Cela m’a fait beaucoup de peine quand j’ai appris sa mort subite. Je me souviens il y a une trentaine d’années, de longues et magnifiques soirées dans la maison de ses parents, l’été près de Nice tout près de la mer avec Rebecca, ma petite fille, sa mère Tania et Saskia, la sœur de Tania. Je me souviens de la formidable empathie qu’avait Saskia pour les gens et les lieux dont elle se sentait proche. Je me souviens du jour où je l’ai fait rencontrer à Philippe du Vignal et où il lui a proposé de venir donner des cours à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot qu’il dirigeait alors. Je me souviens aussi qu’il y a quelques années, elle m’avait téléphoné quand j’étais en voiture avec lui pour aller voir un spectacle du festival d’Aurillac. Je lui avais passé Philippe: il lui avait caché qui il était et lui avait simplement dit avec un fort accent du Rouergue qu’il la connaissait et qu’il était éleveur dans le Cantal… Saskia ne comprenait rien et lui demandait ce qu’il pouvait bien faire avec moi! Cela avait marché plusieurs minutes avant qu’elle ne s’écroule de rire quand elle avait compris la farce. Il prétendait  qu’en plus de son travail d’éleveur, il dirigeait aussi à Paris une école de théâtre. De son travail artistique et pédagogique en Israël, je le connaissait trop peu et ne pourrais guère parler mais nous nous téléphonions régulièrement. Et j’aimais entendre de si loin, sa voix chaleureuse. Adieu, Saskia, tu vas beaucoup me manquer… Mais je repense à une phrase de Vladimir Nabokov qu’un ami m’avait autrefois dite et que Saskia aurait sûrement aimée: « Et la vie qu’est-elle donc, sinon un autre « cabaret » où les sourires et les larmes s’entrecroisent dans la trame d’un merveilleux tissu bariolé. »


 

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