Amitié Porno Théo Kolossal, composé d’un récit de Pier Paolo Pasolini et d’exrtaits du théâtre d’Eduardo de Filippo, mise en scène d’Irène Bonnaud

 

 

 

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Amitié Porno Théo Kolossal, un récit de Pier Paolo Pasolini, traduction d’H. Joubert-Laurencin, et d’extraits du théâtre d’Eduardo de Filippo, traduction d’Emanuela Pace, mise en scène d’Irène Bonnaud

Nous n’avions pu voir ce spectacle qui avait été créé l’an passé au festival d’Avignon, à partir d’extraits de pièces d’Eduardo de Filippo, le grand acteur et auteur napolitain (1900-1984) et d’après un récit-scénario de son ami, le célèbre écrivain et réalisateur de films connu, entre autres par Théorème et  Salo ou les 120 journées de Sodome. Il était  haï par l’extrême droite et  l’extrême gauche italiennes et fut sans doute victime d’un assassinat politico-mafieux maquillé en règlement de compte prostitutionnel en 1975 à cinquante trois ans dans des conditions horribles -son visage mutilé était méconnaissable- sur une plage d’Ostie ! Se réclamant du marxisme, ce personnage à scandales avait connu deux fois la prison pour agressions mais avait pourtant été aussi couronné aussi deux fois par l’Office catholique du cinéma! Peu de temps avant sa mort, il avait envoyé ce texte à Eduardo de Filippo qui devait jouer dans son futur film.

Un roi mage du nom de Filippo -cette homonymie n’est pas un hasard- est parti de Naples et va traverser l’Europe et le Proche-Orient en suivant une étoile figurée par une image sur un petit écran suspendu. Il veut aller  jusqu’à Bethléem mais en route, il a de sérieux  ennuis et arrivera bien après la mort du Christ… Irène Bonnaud a conçu une mise en scène sans décor et sans accessoire autre qu’une valise et un ballon de foot. C’est une sorte de conte farcesque en quatre moments avec parfois un dialogue proche du  boulevard, une dosette de Brecht dont Irène Bonnaud est une grande spécialiste (voir sa thèse bien connue Brecht, période américaine, 1941-1947)  et des situations teintées d’absurde. Après tout, pourquoi pas ?

Oui, mais voilà la dramaturgie  et la mise en scène d’Irène Bonnaud, ici, ne fonctionnent pas  bien, même s’il y a des scènes drôles comme cette femme qui accueille son ex pour le 31 décembre. La faute à quoi ? D’abord à un choix discutable : pourquoi être allé chercher ce début de scénario du célèbre et sulfureux cinéaste dont le projet datait de 1966  et dont Eduardo de Filippo aurait été un des personnages principaux. Irène Bonnaud  a mixé ce scénario avec des extraits de pièces du grand auteur napolitain comme La Veuve joyeuse (1931) où de vieux chanteurs d’opérette essayent de persuader le directeur d’un théâtre, de les faire jouer cette œuvre en dix minutes chrono. Il y a aussi Noël chez les Cupiello. Et une autre pièce du grand auteur où une sœur cache à son frère, la mort de sa femme depuis onze mois. Deux noms emblématiques d’une époque : Pasolini et  de Filippo qui attirent tout de suite l’attention. Oui, mais ce ne sont sûrement pas des œuvres majeures ni de l’un ni de l’autre…

Le spectacle qui devait être joué au festival international d’Almeda près de Lisbonne n’a pu l’être et semble ne pas l’avoir beaucoup été depuis juillet 2019. Les reprises, on le sait, c’est toujours difficile. En tout cas, à Figeac,  cette curieuse dramaturgie avait du mal à prendre son envol et la distanciation physique –environ un siège sur trois condamné- n’aidait sûrement pas les choses. Pour ce type de spectacles de tréteaux, ici joué dans un jardin attenant à une église, il faut absolument un public soudé sinon cela ne peut marcher. Et il y a un manque de rythme évident et plusieurs fausses fins… On s’ennuie? oui, un peu et il faudrait sans doute revoir ce spectacle dans de meilleures conditions. Enfin il y a heureusement un trio d’excellents acteurs: Jacques Mazeran, François Chattot et Martine Schambacher. Ils s’imposent oralement et surtout gestuellement pour la comédienne tout à fait  formidable- dès leur entrée en scène et réussissent à donner vie à ce texte aux dialogues souvent un peu faiblards. Et le public ? Il semblait partagé même si les applaudissements furent chaleureux. Mais vu sans doute le prix des places: 22 € !!! aucun jeune ou presque dans la salle… A l’heure où nombre de spectacles sont offerts gratuitement un peu partout -corona virus oblige- il y a là un sérieux problème que Véronique Dô,  la sympathique directrice du festival de Figeac devra résoudre… Même si c’est aussi celui de nombreux festivals dont le In d’Avignon… Sans que cela, semble-t-il, n’ait jusqu’ici bouleversé Olivier Py son directeur…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 28 juillet au festival de Figeac (Lot).
Le théâtre de
Pier Paolo Pasolini est publié chez Actes Sud, 1995, Babel no 177 : Calderón, Affabulazione, Pylade, Porcherie, Orgie, Bête de style et son Théâtre 1938-1965, aux Solitaires Intempestifs, (2005). Et l’œuvre d’Eduardo de Filippo aux Editions Théâtrales.

 

 

 

 

 

 

 


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