Entretien avec Matéo Riz, directeur du festival de Villerville

Entretien avec Matéo Riz, directeur du festival de Villerville

 -Alain Desnot qui a créé et dirigé ce festival pendant six ans, a souhaité passer la main et vous a choisi  pour lui succéder. Quel effet, cela fait,  quand chose exceptionnelle, on est nommé directeur à seulement vingt-trois ans?

 -C’est étrange mais, j’ai par la force des choses, toujours travaillé comme acteur avec des gens plus âgés que moi. Et sans difficulté. C’est un « petit » festival qui se déroule dans un village mais cela implique comme ailleurs  des responsabilités administratives et artistiques. Je demande régulièrement conseil à Alain mais il a choisi cette année de ne pas venir pour qu’il n’y ait pas d’interférences. En raison de la crise sanitaire actuelle, ce sera une édition limitée, mais j’ai voulu qu’elle ait lieu mais cette fois, sur un seul site: le garage.

Photo X

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Ce sera sur le plan de la programmation plus facile à gérer pour le jeune directeur que je suis. Et j’ai mis l’accent sur des auteurs contemporains. Restent les contraintes d’ordre sanitaire qui ne sont pas toujours simples à gérer: distanciation physique, mise en place de parcours avec distributeurs de gel hydro-alcoolique, billetterie et contrôle des entrées, réservation par internet avec quand même un petit quota de places à garder. Mais bon, nous n’avons pas de salle de 300 places, c’est une petite manifestation. Le Nouveau Théâtre Populaire près d’Angers, lui,  accueille 1.500 personnes par jour pendant dix jours ! Mais  question jauge, ce n’est pas nous qui décidons et cela sera réglé au dernier moment. C’est le plus inquiétant…

Comme il a fallu en termes  budgétaires resserrer les boulons, j’ai décidé de pas faire appel à un traiteur et un cuisinier préparera, avec de nombreux bénévoles, les repas pour les artistes, les techniciens et le personnel d’accueil. Et il y aura une buvette pour le public.  Je voudrais que le festival ait une dimension plus ludique et attire davantage de jeunes; l’an prochain, si tout va bien, on mettra en place à leur intention un camping à bas prix.
Toujours dans un souci d’économie, nous avons pu nous faire prêter des logements pour héberger les artistes et négocier des contrats  avec des gîtes ruraux. Et l’Hôtel Bellevue qui nous consent des prix, restera notre partenaire habituel. Ce sont des problèmes d’intendance mais on sait qu’ils sont capitaux dans la bonne gestion d’un festival si l’on veut mettre toutes les chances de son côté. Merci au passage à la municipalité de ce village qui nous soutient. Comme la Région et le Département de Seine-Maritime.  La D.R.A.C. ne le peut pas car je n’emploie pas assez de professionnels: ici la directrice technique est la seule rémumérée. Et moi-même, je ne pourrais pas me payer cette année. Et j’ai juste une jeune administratrice qui, elle non plus, n’est pas  rémunérée mais juste défrayée.

-Autant  dire que vous êtes un peu sur le fil du rasoir… Comment réussissez-vous à faire en sorte que cela puisse quand même fonctionner ?

-Je dois vous avouer que ce n’est pas facile tous les jours, notamment quand il faut cautionner le matériel qu’un grand théâtre nous prête, quand il faut organiser au mieux le transport du dit matériel depuis Paris. Ou quand on dirige toute une équipe de bénévoles… Mais bon, à une quinzaine de jours de la première, tout est dans l’axe et j’ai heureusement avec moi des bénévoles qui sont très motivés…

-Et pour en revenir au programme de cette septième édition hors-normes?

-J’ai essayé dans la mesure du possible de diversifier les choses. Avec des acteurs et metteurs en scène reconnus qui sont déjà venus les années passées à Villerville: ainsi  Sylvie Orcier et Patrick Pineau, créeront Black March, une pièce inédite de Claire Barrabès.Théo Askolovitch avec son équipe, met en scène la pièce bien connue de Fausto Paravidino, La Maladie de la famille M. Et Tigran Mekhitarian réalisera un  Dom Juan de Molière modernisé. Sacha Ribeiro, avec sa compagnie Courir à la Catastrophe mettra en scène Œuvrer son cri une pièce qu’il a conçue. Et je mettrai en scène Le Monte-Plats d’Harold Pinter. il y aura aussi des lectures de textes contemporains, une performance et deux concerts les vendredi et samedi. Et l’an prochain, je souhaiterais qu’il y ait une majorité de spectacles créés in situ. C’est une des marques de fabrique de ce festival….

Philippe du Vignal

 Le festival de Villerville aura lieu du  24 au 26 août.
Réservations à partir du 18 août : par mail (à privilégier) et au  06 71 62 21 57. Et sur place au Garage, 10 rue du Général Leclerc, du 24 au 26 août de 14 h à 19 h et du 27 au 30 août de 10 h à 22 h.

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Archive pour août, 2020

Les Folles échappées des fous de la falaise dans le Jura

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Quand restent juste quelques festivals et fêtes de villages, toute l’équipe de la Franc-Comtoise de Rue, qui regroupe  entre autres, les compagnies Atelier 6B, Bilbobasso, BoxOffice, La Carotte, Entre Terre et Ciel, Equinoctis, Gravitation, Graines de vie, Groupe ToNNe, Les Chauds du Chœur, Les Urbaindigènes, Le Pocket Théâtre, Le Pudding Théâtre, Le Ring Théâtre, Rubato, Simia, Le Théâtre de l’Unité, Le Théâtre Group… C’était sans doute le moment pour elles «d’inventer et de nous rassembler pour échanger, festoyer et envisager l’avenir ensemble ».

Plusieurs compagnies de Franche-Comté s’étaient réunies il y a quelques semaines aux bords du Doubs pour établir un acte radical et poétique de résistance avec La Conjuration de Granvelle (voir Le Théâtre du Blog). Pour Christophe Châtelain, acteur et «metteur en rue», «tout le monde trouve des façons de résister. Il faut profiter de ce moment pour rassembler les intermittents de Franche-Comté, apporter de la poésie et de la beauté. Il faut convoquer tout le monde pour s’emparer à nouveau du dehors et sortir notre épingle du jeu maintenant.

Stéphanie Ruffier, professeur de lettres et spécialiste du théâtre de rue, est l’une des principales animatrices de cette grande opération : «Il y a deux objectifs pour ces compagnies réunies en collectif dans un esprit de lenteur décroissance, proximité, relocalisation, esprit de famille convivialité et théâtre populaire. Nous avons d’abord imaginé une tournée locale passant par les petites routes et s’arrêtant dans une vingtaine de villages pour de courts spectacles. Jacques Livchine, co-directeur avec Hervée de Lafond, prendra en charge la partie artistique de cette odyssée familiale qu’on souhaiterait voir au plus proche des habitants du Jura. Le but est aussi de valoriser le savoir-faire des arts de la rue pour créer un moment collectif d’échange et de partage. »

« Et à la fin août, ces Echappées seront comme une «transhumance » d’une cinquantaine d’artistes dans le Jura rural. Avec six équipes itinérantes. Les unes avec des ânes, les autres avec des vélos et/ou mobylettes, en camping-car ou encore à pied. Elles offriront chaque soir un spectacle gratuit dans des villages. Le budget de l’ordre de 50.000 € étant alimenté, entre autres, par la D.R.A.C. qui a répondu favorablement à la demande la Franc-Comtoise.  Mais il y aura aussi un second volet : la célébration de ce moment unique qu’a été La Falaise des fous. Avec un hommage à Michel Crespin, fondateur du festival d’Aurillac mort il y a six ans. Il créait en 1980 cet événement au bord du lac de Chalain (Jura). Chaque équipe développera son univers propre avec théâtre de rue, danse, marionnettes, récit, mais aussi, chœurs, fanfare… »

Ainsi la compagnie L’oCCasion soit une vingtaine d’artistes et technicien se déplaceront à vélo:  « L’idée ici n’étant pas de produire chaque soir un spectacle bien huilé, avec tous les codes d’un projet professionnel, mais de nourrir une écriture par le chemin parcouru la journée. Pour créer un cabaret semi-improvisé : numéros, chansons ou autres préparés en amont et alternant avec des scènes ébauchées le soir à partir d’une collecte d’ impressions, incidents.  Histoires sans frein serait une sorte de carnet de voyage théâtral.  Les étapes : Mesnay, Besain, Crotenay, Pillemoine, Ménetrux-en-Joux avec arrrivée à Chalain.

La compagnie Box Öffice, elle,  viendra du Jura suisse en fourgonnette avec Little Nemo  un spectacle de marionnettes imaginé par David Eichenberger pour  l’image et par Elise Perrin pour le son et qui mêle paysages réels et personnages de Little Nemo in Slumberland, la fameuse B D de Winsor Mc Cay. Jeu d’ombres chinoises et création sonore unique in situ, pour inviter le public à voyager dans le subconscient de Nemo, un enfant qui, rêve après rêve, s’aventure dans le monde fabuleux de Slumberland, A  cette occasion, la compagnie boxÖffice lance les trois premiers épisodes de la série. Grâce à un dispositif optique, les personnages du subconscient de Nemo viendront se superposer aux paysages traversés : la Chaux-de-Fonds, les chutes du Saut du Doubs et les bords du lac de Chalain. Un rêve différent choisi et mis en scène à chaque escale, en fonction du lieu. Avec textes, chants  et bruitages, beat box, flûte traversière… Les étapes : La Chaux-de-Fonds, Le Saut du Doubs, Mesnay et Chalain.

Toutes les compagnies se dirigeront vers le Belvédère de Fontenu surplombant le lac de Chalain. Avec une grande fête finale le vendredi 28 août en fin de journée, où «sera décidé tous ensemble ce qui sera fait le lendemain samedi 29 et comment. Ce sera plutôt sur deux hectares de prés que nous avons loués, une journée de célébration, rituels et discussions. Pas un nouveau festival, mais plutôt une rencontre professionnelle autogérée, avec des actes artistiques symboliques, des temps forts, des moments de parole… Et l’occasion de faire le bilan de quarante dernières années de théâtre de rue. Un mot d’ordre : autonomie et créativité. Avec une organisation minimale : un ou deux chapiteaux, des toilettes sèches, une buvette, un peu d’électricité… Et bien entendu, dans le respect absolu des mesures sanitaires actuelles.

Philippe du Vignal

Les Echappées du 24 au 27 août, dans les villages du Jura.

Pour ceux qui ont participé à la Falaise des Fous en 1980, merci de joindre Jacques Livchine, co-directeur du Théâtre de l’Unité avec Hervée de Lafond, qui prépare un rituel secret pour la soirée du 28 août.

Propositions et questions : lesfousdelafalaise@gmail.com.

 

Le festival Humour et Eau salée à Saint-Georges-de-Didonne

 Le festival Humour et Eau salée à Saint-Georges-de-Didonne

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 Maintenir un festival contre vents et marées dans les conditions sanitaires actuelles et rassembler un public hétérogène dans cette station balnéaire qui jouxte Royan, reste un pari. Ici, on trouve aussi bien des touristes que des habitants de cette petite ville et des environs, qui bénéficient par ailleurs d’une programmation de spectacles et de films sur toute l’année…

Renouveler le répertoire d’une manifestation créée en 1986, avec une forte exigence artistique et la volonté de présenter l’humour sous toutes ses facettes: grinçant, décalé, poétique, voire irrévérencieux, tient de la gageure. Denis Lecat qui a repris les rênes de ce festival il y quatre ans  (voir Le Théâtre du Blog) et son équipe de dix permanents et de cinquante bénévoles, peuvent être satisfaits:  le public de petits et grands, était au rendez-vous, tous respectueux des gestes-barrière.

Les artistes étaient heureux de pouvoir enfin se produire après des mois d’absence et pour certains, une unique fois cet été!  Comme le chanteur Frédéric Fromet, la compagnie Le Plus Petit Espace Possible ou le collectif Gonzo.

Le programme du festival, à la hauteur des ambitions du directeur, nous a fait découvrir dans la rue comme sur une scène installée dans le stade municipal, de bons spectacles, déclinant les thèmatiques croisées   »musique et bricolage ».

Sur ce thème, un atelier d’écriture, conduit par Julien Barre,  a permis à des spectateurs de présenter une joute oratoire conçue en trois jours : du bel ouvrage compte-tenu du temps imparti. Avec une initiation à la poésie slamée qui donnera à certains l’envie de continuer…

 Delinus 03 une compagnie néerlandaise, a baladé son mini-minibus tout au long de la plage et sur les places, sans vraiment d’horaire fixe. Deux grands gaillards offraient aux spectateurs gagnants à un jeu, un petit tour dans leur minuscule véhicule mais cette année, distanciation oblige, avec deux personnes au lieu des sept qui pouvaient s’y entasser!

 Skryf et Blom

Plus poétique, Gijs van Bon, lui aussi néerlandais, a tracé des phrases de grands auteurs à savourer (Skryf) ou  des fleurs (Blom) à colorier sur le bitume, avec une étrange imprimante géante… déroulant une singulière tapisserie sur le front de mer.

La Fanfare d’occasion

La compagnie le Plus Petit Espace Possible a donné, elle, une aubade jazzy sur la place de la Résistance, utilisant le mobilier urbain comme caisse de résonance : boîte à livres, poubelles et sonnettes de vélo… Tout était bon pour accompagner les accents à la Carla Bley du  saxophone, du trombone et du tuba, tandis qu’une danseuse espiègle incitait les badauds à la rejoindre pour une valse lente…

 Mobylette par la compagnie le Plus Petit Espace Possible

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Photo JL Verdier

Les trois actrices ont exploré leur coffre à jouets et leur batterie de cuisine pour ce spectacle musical avec un tuba, quatre-vingt trois objets et des instruments à vent ou à percussion de fortune.  Sur cette arche de Noé modèle réduit, les pingouins, chassés de leur banquise devenue liquide,  prennent un petit train à vapeur, des oiseaux miniatures se bagarrent à coup de sifflet, un entonnoir abouché à un tube devient la flûte d’un charmeur de serpent ; un lapin et des poissons rejoignent ce bestiaire sonore où tout accessoire se transforme en trouvaille poétique pour quarante minutes de bonheur théâtral…

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Mon Grand-Oncle de Sebastian Lazennec

 Mon Grand-Oncle de et par Sébastian Lazennec  du Groupe Déjà

 L’auteur-interprète nous invite chez son grand-oncle, récemment décédé. Il doit, selon les dernières volontés de l’aïeul, ouvrir son testament en présence de ses amis. Éclopé, le cheveux gras, la mine triste, visiblement le neveu n’en a pas : aux spectateurs d’en tenir lieu. Une odeur de renfermé nous saisit dans le repaire du défunt, amoureux de la montagne et obsédé des chaussures… Le comédien fait revivre son parent et le drame familial commun à travers les trophées qui peuplent cet antre sombre et sinistre. Une drôle et émouvante évocation d’une absence … Et la révélation d’un artiste insolite.

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Constance Photo X

Pot pourri de et par Constance

 La fantaisiste, connue pour ses saillies sur France-Inter, interprète ici une série de portraits féminins. « Quand j’enfile un costume  -j’adore ce mot enfiler- je peux devenir tous les gens. » En bourgeoise bcbg, intello snobinarde, petite fille perverse, mère homophobe et culpabilisante, bonne sœur vouant un culte  «inébranlable » au saint pénis, ou infirmière scolaire hyper-sexy elle se permet les pires blagues salaces.

Cet humour, décalé dans la bouche de cette jeune femme et dégoisé avec brio décoiffe jusqu’au public le plus coincé. Si certains sketches sont moins bien écrits que d’autres ou frisent parfois le vulgaire on ne peut denier à Constance un talent de comédienne, habile à épingler ses personnages. Mais on n’arrive pas à trouver une ligne directrice dans cette enfilade de numéros de bric et de broc.

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Paul Staïcu

 Une Vie de pianiste de Paul Staïcu, mise en scène d’Agnès Boury

 Né d’une famille de grands interprètes, le jeune virtuose quitte sa Roumanie natale pour l’Europe de la liberté. Évasion rocambolesque qui l’amène à gagner sa vie dans des pianos-bars, avant d’entrer au Conservatoire National à Paris… Dans cette autobiographie musicale, il nous raconte avec ses mots et sur son clavier, ses études à l’école de musique de Bucarest, sous la dictature de Ceausescu, où l’on bûchait d’arrache-pied les classiques. Mais on écoutait aussi en douce le jazz -bien sûr interdit-  sur la radio clandestine Free Europe. Paul Staïcu accompagne son récit d’ exercices de style au piano, à la fois époustouflants et drôles.

Il en profite pour inciter les spectateurs à jouer de la musique, surtout ceux qui avaient commencé et qui ont abandonné. Le monde est rempli, dit-il, de musiciens amateurs : d’après un sondage de l’institut B.V.A., ils seraient en France 56 % à «rêver de piano » et 37 % à être passés à l’acte. Quant à avoir persévéré… Tous instruments confondus, ils ne sont que 10 % en activité… Et bien peu sans doute à atteindre jamais le niveau de cet artiste. Avec l’humour en prime. Mélomane ou pas, on apprécie cette Vie de pianiste. Une belle découverte.

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Les Cabanes photo JL Verdier

 Les Cabanes par le collectif Gonzo

 Dans le style musique et bricolage, cette « ballade en stéréo et tôles ondulées » remplit le contrat.  Dans leur cabane en bambous et  en ferraille, un poète et ses deux acolytes nous invitent à un concert joué sur des instruments construits à partir d’objets recyclés. Eric Pelletier est le plus bricoleur du trio et invente de drôles de machines à partir d’éléments trouvés à la déchetterie de Parthenay (Deux-Sèvres) où le collectif Gonzo a élu domicile. Pour les percussions : bouteilles, bidons, casseroles et couvercles prennent des allures de batterie… Une boîte de cigares ancienne devient une guitare et, dans une valise, un petit piano d’enfant converti en boîte à musique et relayé par un mécanisme d’imprimante,  actionne des touches frappant des casseroles… Il y a aussi des gags visuels : un diable sort d’une caisse,  tandis que le poète raconte une fable rurale. Petit Eden,  cette cabane dans les bois façon Walden invôté à des sons et des textes bucoliques, mais on pense à ceux qui, « dans de drôles de cahutes, incrustés au béton des ponts, sont les urbains précaires d’une « condition humaine bafouée,  évoqués dans la dernière chanson de Laurent Baudouin. Une sorte d’art brut musical très réussi.

 D’autres spectacles ont fait le plein, comme ce Concert hydrophonique, une création de la compagnie les Cubiténistes. Avec des récipients en tout genre, manipulés pour faire circuler de l’eau dans des centaines de tubes et tuyaux. Un assemblage de quarante-cinq instruments  : clepsydres, compresseurs, machine à bulles …, deux cents mètres de tuyaux, trois cents de câbles et quarante litres d’eau. Le tout pour créer une symphonie aquatique. On se croirait dans la soute d’un sous-marin. En clôture de festival, Frédéric Fromet, connu pour sa participation à Par Jupiter sur France-Inter, fait entendre de nouvelles chansons, écrites pendant le confinement… à la fois poétiques et polémiques…

Thème de la prochaine édition de ce festival : «Danse et Sauve ta planète ». la chorégraphe Agnès Pelletier en sera l’artiste associée. En attendant, Denis Lecat ouvrira sa prochaine saison culturelle avec une quarantaine de spectacles, au Relais de la Côte de beauté à Saint-Georges-de-Didonne (276 places)  et à la salle multiculturelle de Breuillet (300 places). Il programme aussi plus d’une centaine de films au Relais, salle Jacques Villeret comme au cinéma Le Cristal à Ronce-Les-Bains. Il a aussi créé un festival de cinéma Jeune Public, « Les P’tits devant l’écran ! »

Denis Lecat développe toutes ces actions au sein de l’association Créa (nom local de l’esturgeon) et envisage, grâce notamment au soutien de la nouvelle municipalité, de mener d’autres projets culturels et pédagogiques sur ce territoire qui verrait ainsi son image renforcée par une offre culturelle de grande qualité. 

 Mireille Davidovici

Le festival Humour et Eau salée a eu lieu du 1er au 7 août.

Association Créa, 136 boulevard de la Côte de Beauté, Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime). T. : 05 46 06 87 98.

 Une Vie de pianiste, Studio Hébertot, Paris, du 3 septembre au 27 octobre. www.uneviedepianiste.com

Mobylette et la Fanfare d’occasion : lepluspetitespaceposible.com

Mon Grand-Oncle, Groupe déjà : www.groupedeja.com

Les Cabanes : collectifgonzo@collectifgonzo.fr

Constance/Pot pourri  : www.constance-officiel.fr

Fredéric Fromet chante l’amour : www.fredericfromet.fr

Concert hydrophonique : www.cubiteniste.com

Un message depuis Beyrouth d’Hala Mouganie

Un message depuis Beyrouth d’Hala Mouganie

Cette autrice libanaise, lauréate du Prix R.F.I. Théâtre en 2015 ( voir Le Théâtre du blog) s’est fait l’écho de la colère qui gronde à Beyrouth après l’explosion qui l’a dévastée. «Il y a quelque chose du  soulagement dans la déflagration monstre de ce soir. Et ce ce que subissent les Libanais depuis longtemps est palpable. Puisqu’il s’incarne dans le corps du territoire et celui des hommes et des femmes, il peut porter son nom légitime. Et être reconnu.Ce que que nous peinions à formuler parce qu’il est insidieux, systémique, ancré dans nos moelles épinières jusqu’à en devenir commun, s’appelle: la violence. Elle est politique, émotionnelle, intellectuelle, humaine. Son paroxysme – et sa réalisation la plus cruelle- a été atteint ce soir.

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Je souhaite que demain, une fois notre gueule de bois terminée, nous nous liguions tous pour demander des comptes à cet Etat qui fait défaut, qui nous dépossède, qui nous humilie et nous réduit au désespoir! Il foule au pied notre dignité, et par négligence, a mis en danger la vie d’autrui. Non, pire: il a commis un homicide, des homicides contre son propre peuple. Demain, laissons place à la colère. Amis, vous êtes nombreux à vouloir vous mobiliser. Si vous voulez envoyer une aide financière, je vous en prie, faites en sorte qu’elle arrive directement aux associations libanaises. Elles sont sur le terrain, aussi touchées que nous tous et ont besoin de votre soutien. Et vos sous n’iront pas en frais d’expatriation…

Voici une liste non exhaustive:

LEBANESE RED CROSS : https://www.supportlrc.app/donate/

BEIT EL BARAKA : https://www.beitelbaraka.org/

IMPACT LEBANON : https://www.justgiving.com/crowdfunding/lebanon-relief

LEBANESE FOOD BANKS : https://lebanesefoodbank.org/donate/

OFFRE JOIE: https://www.givingloop.org/offrejoie

BAYTNA BAYTAK (housing help) : https://www.gofundme.com/f/help-beirut-explosion »

Lucie et les chevaux

Lucie et les chevaux

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Cela se passe  dans le  joli village d’Eternoz dans le Doubs. Il y a un campement avec un grand barnum et un bar. Un public populaire mais plutôt âgé va assister à l’auto-entreprise d’une écuyère qui  fait tourner sur la piste deux chevaux un  blanc et un  noir.  Puis un troisième et ils tournent à  sa demande  et font les beaux sur leurs pattes arrière.
Le cheval noir est monté par une cavalière blanche au foulard rouge et une autre cavalière fait coucher son cheval qui s’allonge et se renverse dangereusement. Deux chevaux noirs  avec des bannières blanches s’enfuient en laissant derrière eux une mariée en blanc.
Encore deux chevaux mais cette fois un blanc et un noir:  la cavalière se couche puis se met de bout sur les deux et va ensuite sur le noir pour faire tourner le blanc.

© J. Livchine

© J. Livchine

Arrive alors la mariée avec une ombrelle sur le cheval noir. Elle en descend, fait tourner le cheval blanc en l’attrapant par la queue, le fait marcher au pas en levant les pattes. Il se cabre et se couche, le noir se couche aussi. Elle fait tourner les deux chevaux, les fait se cabrer. Ils font un salut collectif… Un enfant sur le cheval noir virevolte sur la selle.
Ce court mais étonnant et poétique spectacle d’acrobatie équestre est suivi par un concert du collectif Barouf.

Edith Rappoport

Spectacle vu à 38 Grande-Rue à Eternoz, le  2 août.
Les 09, le 16, 23, 30 août. T. : 06.85.65.58.94

 

 

 

  • Plein tarif : 6.00

 

Répétitions publiques de Fuir le Fléau, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois

Répétitions publiques de Fuir le Fléau , textes de Nathalie Azoulai, Emmanuelle Bayamack-Tam, Arno Bertina, Valérie Cachard (de Beyrouth), Lise Charles, Leslie Kaplan, Olivier Kemeid (de Montréal), Philippe Lançon, Laurent Mauvignier, Scholastique Mukasonga, Marie Nimier et Thierry Illouz, Anaïs Vaugelade, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois, 

La grande Halle

La grande Halle Photo X

 « Plaine d’artistes » : à la Villette, on a fait le pari d’une Grande Halle vivante cet été. Pas de grandes manifestations : nous sortons à peine du confinement et  tous les spectacles ont été annulées ou remis. Reste le travail : la Grande Halle ne manque pas de place: les compagnies en ont besoin et  les comédiens ne demandent qu’à travailler : chiche, « côté coulisses » s’ouvre aux répétitions…

Anne-Laure Liégeois connaît bien la Villette pour y avoir monté, entre autres, Embouteillages, avec une trentaine d’auteurs, trente-cinq voitures et une foule de comédiens, dont, en partie, les auteurs. La proposition est cette fois plus frugale et ce dernier week-end, un public motivé  a pu assister aux débuts de Fuir le Fléau.  L’idée trottait dans la tête d’Anne-Laure Liégeois : « Confinée plusieurs semaines, Le Décaméron de Marguerite de Navarre en tête, je mastiquais le mot : fléau. Quel est celui  que l’aurait chacun intimement besoin de fuir aujourd’hui,  en racontant, comme à la Renaissance, une histoire au milieu des champs?  »

Anne-Laure Liégeois

Anne-Laure Liégeois Photo X


La metteuse en scène a demandé à douze auteurs un monologue fait pour être joué sur le « fléau », avec  tout ce qu’ils en auront pu imaginer et en ressentir. Et nous en avons un de taille avec  ce virus et tout ce qu’il transporte de maux subséquents : angoisse, dépression, vertige de l’interrogation sur soi, claustrophobie, soupçons à l’égard des autres et en même temps, sentiment de solitude, absurdité jusqu’à l’humour noir…

Un auteur à découvrir dans le spectacle « en vrai » -mais tous les moments sont vrais- a pensé au fléau de la balance, pas forcément celle de la Justice, celui de l’hésitation, des choix impossibles… Certains textes ne manquent ni d’humour ni de fantaisie, avec, par exemple, un «  éplucheur » de cons : je m’y connais, j’en suis un ! »

Dans la Grande Halle, grande est la distanciation spatiale, sinon sociale avec trois tables éloignées les unes des autres de quelques dizaines de mètres et les petits groupes de spectateurs sont autour des comédiens venus tour à tour lire leur texte. Il y a parfois d’heureuses interférences : un mot d’une autre table vient créer une intéressante dissonance avec le monologue qu’on écoute, l’alléger ou lui donner du poids, l’ouvrir vers un sens inattendu. Il y a aussi, trop présents, des mots parasites. Peu importe : le spectacle final se jouera dans des lieux multiples, en perdant cette tension entre deux textes, mais en concentrant l’attention sur un unique objet d’écoute. Et même quand il s’agit d’une étape de travail, nous sommes déjà au théâtre, curieux et captivés,  donnant un sens à tout, y compris aux « accidents » de plateau. Le public est ainsi: partenaire, et, à sa façon, créateur, et c’est bien pour cela qu’il a été convié. Après chaque séquence de trois textes, il est invité à en parler avec les acteurs et la metteuse en scène, avec un objectif plus approfondi que celui pratiqué habituellement. On connaît les répétitions ouvertes : à une collectivité, scolaire, par exemple  où il s’agit de faire mesurer  à des élèves l’écart et la nature du travail entre la répétition et le spectacle auquel on assistera ensuite. Ici, il s’agit d’inclure  questions et observations de ce public restreint mais de bonne volonté, dans la fabrique même du théâtre.

Celui de la Piscine, à Châtenay-Malabry  (Hauts-de-Seine) où Anne-Laure Liégeois a fait ses premiers pas dans les ateliers du Théâtre du Campagnol, est aussi coproducteur. Marc Jeancourt, son directeur,  a choisi de consacrer au financement -partiel- de Fuir le Fléau l’argent de ceux qui ont demandé que leurs places payées pour les manifestations annulées ne leur soient pas remboursées. Bel acte symbolique, où l’on voit que le « fléau » a aussi de bons côtés.  Cela avait déjà été tenté, sous la forme de préachats, ou d’achats participatifs. Mais on aime bien que les théâtres donnent un sens à eux qui font « l’effort d’être spectateurs »  selon l’expression de Pierre Note.

À La Villette, certains ont pu imaginer un «été apprenant». La priorité, a été non d’aller vers  la formation d’un public, mais que les acteurs puissent travailler à une création et c’est tant mieux. À suivre, donc, cette façon de fuir le fléau pour la saison prochaine (à condition qu’il ne fasse pas de trop grosses vagues) avec ses douze auteurs et  ses six comédiens : Vincent Dissez, Olivier Dutilloy, Anne Girouard, Lorry Hardel, Norah Krief et Nelson-Rafaell Madel.

 Christine Friedel

Ces répétitions publiques ont eu lieu les 1 er et 2 août à la Grande Halle de la Villette, Paris ( XIX ème).
A voir ensuite à :  L’Equinoxe de Châteauroux, Le Volcan du Havre, La Maison de la Culture d’Amiens, La Piscine de Châtenay-Malabry,, La Filature de Mulhouse, Le Manège de Maubeuge,..

 

 

 

 

 

 

 

 

Paris l’été en toute liberté : Instable de Nicolas Fraiseau et Christophe Huysman ; Renverse par Les filles du renard pâle

Paris l’été en toute liberté : Instable et Renverse

 Deux cents  artistes français et étrangers devaient se produire au festival Paris l’été. Mais, après avoir dédommagé les compagnies, les organisateurs ont imaginé une manifestation restreinte de cinq jours qui s’est déroulé principalement au lycée Jacques-Decour, en extérieur. Tous les spectacles (une dizaine), gratuits, ont affiché complet et le public, heureux, s’est déployé dans les larges coursives à colonnades et les cours ombragées de ce bau lycée construit au XlX ème siècle sur l‘emplacement de l’ancien abattoir de Montmartre. Avec un bar ouvert pour l’occasion, le lieu avait des airs festifs. La soirée d’ouverture fut consacrée à la danse (voir Le Théâtre du Blog). Pour cette journée de clôture, nous avons pu voir (entre autres) deux spectacles de cirque. 

Instable-Lyon-23-03-19-HD-006 © Jean-Paul Bajard-min(1)

Nicolas Fraiseau © Jean-Paul Bajard

Instable de et avec Nicolas Fraiseau, mise en scène de Christophe Huysman

Des planches disjointes, sommairement clouées, constituent le plateau de fortune où se produit l’acrobate qui tente de stabiliser cette assise avec des pneus, avant d’entreprendre l’installation d’un grand mât. Constitué de plusieurs tronçons emboîtés les uns dans les autres, cet agrès aura du mal à être dressé pour accueillir in fine les circonvolutions de l’artiste. Installés dans nos transats, nous assistons à ce montage périlleux.

Rien n’est gagné pour Nicolas Fraiseau et, pour lui, mieux vaut savoir tomber, souvent de haut, car son entreprise a tout pour échouer. De l’emboîtage des tronçons du mât, à la fixation de l’agrès au sol, tout part à vau-l’eau : câbles pas assez longs, colonne qui  se démantibule. Lui garde le sourire et recommence. Heureusement, le bonhomme est obstiné, souple, et finalement habile.

« Échoue encore. Échoue mieux », écrivait Samuel Beckett. Nicolas Fraiseau s’y emploie, avec un fatalisme amusé. Instable est une fable sur l’endurance dans un milieu hostile d’un homme qui lutte contre les éléments…  Combat dérisoire : les objets résistent, voire s’animent d’une vie propre, comme ces planches qui se disloquent en émettant des sons inquiétants, téléguidées par une force obscure…  La narration flirte avec l’absurde et Christophe Huysman ménage des rebondissements dans ce spectacle d‘une heure, poétique et plein d’humour. L’auteur-metteur en scène a rencontré Nicolas Fraiseau à sa  sortie du Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne et l’a aidé à développer son projet au mât chinois, un essai de travail sur l’échec et l’accident, d’où est né Instable en 2017.

@La Strada Graz:Nikola Milatovic 5

Johanne Humblet @ La Strada Graz/ Nikola Milatovic

 Renverse par Les Filles du renard pâle

Féline, dans un collant imitation panthère, Johanne Humblet grimpe le long d’une perche et s’immobilise à mi-chemin. On entend la voix d’Emmanuel Macron s’en prendre aux féministes qui demandent le renvoi de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, accusé de viol. Il ne cèdera pas à la pression de la rue, dit-il. En contrepoint,  celle de l’actrice Delphine Seyrig )…  lui donne la réplique : le calme des hommes, selon elle,  n’est pas plus sympathique. Puis la funambule vient, à son corps défendant, démentir cette accusation d’agressivité attribuée aux mouvements de femmes. Avec grâce et souplesse, elle attaque son numéro sur le fil. Sa longue perche, de balancier d’horloge, rythmant une danse sinueuse, devient facteur d’équilibre… Attirée par la grande hauteur, l’artiste teste toutes les possibilités qu’offre son partenaire métallique. Elle s’y tient sur la tête, s’y love, y défie les lois de la gravité … 4,5 mètres de vide sous ses pieds. Accompagnée de deux musiciens qui ont accordé leurs compositions à ses mouvements. Enfin elle se retrouve à la renverse….

Cette forme est créée in situ et adaptée à chaque espace. Imaginée par cette compagnie fondée par Virginie Frémaux et Johanne Humblet à leur sortie de l’Académie Fratellini. Nous avions eu le plaisir d’applaudir la funambule lors de la Grande Balade d’Annecy (voir Le Théâtre du blog) et espérons la retrouver bientôt.

 Mireille Davidovici

 Instable vu le 2 août au Lycée Jacques Decour, Paris (XIX ème) ; Le 9 août, Domaine départemental de Chamarande et  du 21 au 23 avril, Théâtre du Briançonnais, Briançon

Renverse le 19 août, Quelque P’Arts, Annonay (Ardèche) ; le 20 août, Epinouze (Drôme).
Le 3 septembre,  Festival Onze Bouge, Paris (XIème) ; le 18 septembre,  en ouverture de saison du Théâtre Au Fil de l’Eau, Pantin (Seine-Saint-Denis) ; les 25 et 26 septembre, CIAM, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).
Le  3 octobre,  C’est presque encore l’été, Théâtre de l’ECAM, Kremlin-Bicêtre (Hauts-de-Seine)…

 Paris l’été a eu lieu du 29 juillet au 2 août au lycée Jacques Decour, 12 avenue Trudaine Paris (XIX ème). T. : 01 44 94 98  00.

 

Niebo Hôtel, conception et chorégraphie de Christophe Garcia

Niebo Hôtel, conception et chorégraphie de Christophe Garcia

Belle découverte estivale, dans une période difficile…Pendant le confinement, le chorégraphe a imaginé un spectacle dans un hôtel : «Pour jouer et danser quand même. Pour transformer des contraintes en nouvelles règles de jeu. Pour savourer l’intimité d’un lieu singulier, son odeur sa lumière. Pour raconter des petites et grandes histoires. Et en filigrane, pour parler de Magda. »  

©lLucie Baudinaud

©lLucie Baudinaud

Fictif ou réel, le personnage de cette aide-soignante de nuit est logée dans un hôtel dans le cadre des mesures de soutien aux soignants. Première fois de sa vie qu’elle y séjourne.  D’origine polonaise, elle a écrit une lettre destinée à chaque spectateur qu’elle distribue à l’issue de son parcours dans cinq chambres occupées par des couples ou des femmes, des hommes seuls, tous portés par des histoires singulières que leurs danses révèlent.

Pendant cinquante minutes, les artistes nous entraînent dans l’intimité de ces vies. Fragments d’existence entre parenthèses où les corps s’expriment en toute liberté, uniquement rythmés par des variations de lumières : un remarquable travail de Marion Bucher et Simon Rutten ; Mais aussi par des textes et chansons projetés en vidéo, et des extraits de La Mort sans exagérer, un recueil de poésie de Wislawa Szymborska, écrivaine polonaise prix Nobel de littérature 1996.

 Nous nous souviendrons longtemps de ces instants suspendus : un violoncelliste  accompagne les rituels intimes d’une danseuse ; un couple apparaît enlacé sous les lattes du sommier où nous sommes assis… Et de bien d’autres belles images qu’il ne faut pas révéler. Ce spectacle très réussi est au départ une autoproduction soutenue par la Ville et le Centre National de Danse Contemporaine d’Angers. Pendant ce moment unique, l’hôtel continue de recevoir des clients et quand ils croisent les spectateurs, la situation semble d’autant plus étrange.  Dans sa lettre, Magda écrit : «M’allonger seule. Occuper tout l’espace du lit. Avoir le temps de répondre à rien. Inventer des histoires avec mes voisins de chambre. De simples inconnus croisés dans les couloirs sont devenus les membres de ma nouvelle famille. Exit les vrais».

Jean Couturier

Spectacle créé du 28 au 30 juillet à l’Hôtel Saint-Julien, 9 Place du Ralliement, à Angers.

Au festival Le Temps d’Aimer la danse à Biarritz ( Pyrénées Atlantiques ) :  L’Ambition d’être tendre de Christophe Garcia avec sa compagnie La Parenthèse  jeudi 17 septembre à 21 heures au Colisée.

       

 

 

 

 

 

Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Laurent Auzet

 

DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON -

© Christophe Reynaud-de-Lage

Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Laurent Auzet

 Le théâtre prend l’air cet été avec de nombreux événements dont, à Paris, ce Mois d’août de la Culture lancé par la Ville de Paris, dans ses parcs, places et jardins. Quinze millions d’euros ont été mis sur la table par Christophe Girard, alors encore directeur des Affaires culturelles et l’entrée est gratuite. Plusieurs théâtres municipaux ont répondu à un appel à projets dont le Théâtre de la Ville, le Cent-Quatre et le Théâtre 14…

 Laurent Auzet a eu la bonne idée de reprendre son spectacle, joué au Théâtre des Célestins à Lyon en 2015 puis aux Bouffes du Nord à Paris l’année suivante pour l’adapter à des espaces urbains (voir Le Théâtre du blog). Le casque y était déjà de rigueur, pour distiller aux oreilles du public les nuances d’un texte à la rhétorique implacable, porté par deux voix féminines. Une bande-son discrète les accompagne parfois, pour marquer des variations dans la progression dramatique.

 La rue est le décor du marchandage entre Le Dealer et son Client et Dans la solitude des champs de coton trouve naturellement sa place au pied des immeubles du XlV ème arrondissement qui bordent le stade Didot. Quand la nuit s’installe, on devine la silhouette noire d’Anne Alvaro. Elle arpente l’espace, mince dans son blouson Perfecto, dealer obstiné et prédateur qui n’existe que dans le désir de l’autre. Audrey Bonnet, en tenue de jogging, hésitante et fragile, joue l’évitement. Comme un animal flairant le piège, elle court aux quatre coins du stade, pour éviter un projecteur qui l’épingle parfois dans sa fuite : un client bien méfiant, au désir incertain face à une offre tout aussi trouble.

 Dans cette vaste étendue en fausse pelouse, éclairée par la lune, la solitude des personnages parait d’autant plus grande… Et l’entente entre le client et le dealer restera en suspens après un marchandage sans fin auquel seule la violence mettra un coup d’arrêt.  Ici, chacun est prisonnier de la rhétorique de l’autre et se met à nu, pour mieux le posséder. S’imposent, à l’évidence dans ces deux monologues croisés, leur  isolement existentiel et leur souffrance.

 Le texte ne se perd pas dans les quelque six mille m2 de la pelouse et les coursives du stade que les comédiennes investissent grâce à leur capacité vocale, finement relayée par les casques et qui l’emporte sur une présence corporelle évanescente. Le dispositif leur permet de parler de façon naturelle, mais leur face-à-face est dilué et la tension dramatique distendue… Le poids des désirs cumulés du Dealer et du Client nous échappe….

Reste la beauté poétique du texte.  Anne Alvaro a des inflexions agressives, avant de se trouver désarçonnée par le refus de sa partenaire qui répond toujours à côté de son offre et l’attaque à son tour. La métaphore du commerce pour parler du désir trouve ici un écho particulier, d’autant qu’elle est filée par des femmes. Cette transposition nous fait entendre autrement la violence de la sexualité masculine si bien décrite par Bernard-Marie Koltès lui-même : «L’échange des mots ne sert qu’à gagner du temps avant l’échange de coups, parce que personne n’aime recevoir des coups, et que tout le monde veut gagner du temps.»

 Émane de cette mise à distance, un certain humour, surtout dans la partition d’Anne Alvaro. Patrice Chéreau qui connaissait si bien l’homme et son œuvre pour l’avoir montée in extenso, écrivait dans Le  Monde du 19 avril 1989, trois jours après la mort de son ami : «Il ne supportait pas que l’on qualifie ses pièces de sombres ou désespérées, ou sordides. » (…) « Elles ne sont ni sombres ni sordides, elles ne connaissent pas le désespoir ordinaire, mais autre chose de plus dur, de plus calmement cruel. »  Et, dans le même article,  à propos de Dans la Solitude dans les champs de coton qu’il avait créé en 1987 (initialement avec Laurent Malet et Isaac de Bankolé, puis repris fin 1987- début 1988 avec Laurent Malet et lui-même dans le rôle du Dealer) :  » “Il n’y a pas d’amour il n’y a pas d’amour ”,  Bernard demandait qu’on ne coupe surtout pas cette phrase qui le faisait sourire de sa façon si incroyablement lumineuse. » (…) « Il voulait qu’on la regarde, cette phrase, bien en face sans faire trop de sentiments. »

Et quelques soient les réserves de certains, ce spectacle rend un fidèle hommage à un grand poète dramatique.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 1er août au Stade Didot, Paris (XV ème)
Le 2 septembre, Parvis de la B.N.F. Paris ( XIII ème)
Les 3 et 4 septembre : lieu surprise !

https://www.billetweb.fr/dans-la-solitude-des-champs-de-coton-roland-auzet&src=agenda

 Le mois d’août de la Culture à Paris se poursuit jusqu’au 15 septembre

 

 

Festival Paris l’été en toute liberté

(C) Gestuelle

(C) Gestuelle

Festival Paris l’été en toute liberté

François Alu a reçu carte blanche pour la soirée d’ouverture  de  ce festival réduit à une semaine. Nous le suivons depuis qu’il a intégré le ballet de l’Opéra de Paris jusqu’à ses propres créations dont Hors-Cadre en 2017, (voir Le Théâtre du blog). Il sera rejoint par Sébastien Barrier, associé à cette soirée d’ouverture et par Luna Peigné, Nicolas Sannier et Elena Ramos.

La salle ressemblait à une bruyante colonie de vacances avec ensemble des responsables culturels et le « grand public ». Dans la première partie, Sébastien Barrier, artiste atypique souvent programmé au Montfort, a essayé de capter l’attention sans y réussir vraiment : « Je ne vais pas mendier le silence mais j’en ai besoin. » ( … ) « Je ne suis pas venu vous évangéliser en terme de politesse mais respecter au moins les spectateurs qui essayent d’écouter.» Les gens de danse ne sont pas les plus drôles et ils peuvent partir. »  Certains l’ont aussitôt pris au mot et ont quitté la salle… Après une heure trente, le public a été invité à suivre le spectacle dans une autre cour, debout autour d’une scène surélevée, ont pu enfin voir de près ces artistes souvent inaccessibles. Luna Peigné, du ballet de l’Opéra, a révélé sa beauté dans un extrait de La Mort du cygne. François Alu l’a rejoint pour interpréter Sylphide à sa manière.

Après une pause, nous avons découvert Cher Parents, une pièce humoristique écrite par  François Alu en l’honneur de ses parents confinés avec lui. Nicolas Sannier jouait François Alu et Elena Ramos, sa mère. Enfin, moment très attendu et réussi, Les Bourgeois de Ben Van Cauwenbergh, musique de Jacques Brel, qui a permis au danseur de montrer sa agilité habituelle. Mais Sauf peut-être dans la dernière partie, ces trois longues heures n’ont pas réussi à captiver les professionnels et le public affidé, venus applaudir le premier danseur de l’Opéra de Paris. Ils semblaient encore confinés dans leur tête. Les uns heureux de se retrouver autour d’un verre et les autres ne comprenant pas qu’il ait fallu attendre si longtemps pour découvrir ces quelques pas de danse. Seul le lycée Jacques Decour, lieu toujours aussi magique, offrait à la soirée des airs de festival.
Mais pas facile de retrouver l’esprit d’une grande fête, évanoui depuis  l’apparition du coronavirus!  Le masque était obligatoire dans l’enceinte du lycée mais beaucoup n’ont pas respecté cette mesure. Faut-il rappeler que la Culture n’est pas immunisante ?

Jean Couturier

Festival Paris l’été en toute liberté, du 29 juillet au 2 août, lycée Jacques Decour, 12 avenue Trudaine Paris (IX ème). T. : 01 48 06 52 27.

 

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