Un festival à Villerville (suite)

Un Festival à Villerville

 Le Monte-plats d’Harold Pinter, mise en scène de Lucie Langlois et Matéo Cichacki

Photo X

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Deux hommes sont enfermés dans un sous-sol sans fenêtre. Ils s’affaissent chacun sur un lit délabré mais  se parlent à peine.  L’un lit son journal de façon approximative, relevant çà et là quelque fait divers absurde, cruel et macabre. Et se mettant à rire seul…L’autre, plutôt angoissé, joue compulsivement et sans arrêt avec une balle, agaçant l’autre et faisant du bruit plus qu’il n’en faut. Il jouit manifestement d’un pouvoir dont l’autre ne peut guère profiter, réduit à l’état de subalterne, d’employé servile, simple exécutant d’ordres supérieurs. Le « faible » n’en finit pas de poser des questions auxquelles le « fort » ne répond pas.

 On comprendra par la suite que ce sont des tueurs à gages attendant, dans un ennui sinistre, l’arrivée de leur prochaine victime. Le «faible», une sorte de clown existentiel sans le savoir, est ici Matéo Cichacki, le nouveau directeur d’Un Festival à Villerville. Très inquiet et peu sûr de lui, gêné par sa non-compréhension des missions qu’on lui donne, il questionne et interroge l’autre qui lui répond de façon évasive et peu claire… Ce dialogue incomplet -failles, silences et manques- rend encore plus grande la distance les séparant. L’attente qui s’éternise devient une épreuve et laisse apparaître les fêlures de chacun. Mais ils ne recourent jamais à un raisonnement logique : l’un semble évacuer les problèmes, l’autre les met en constamment en relief.

Survient un imprévu : le bruit d’un monte-plats de restaurant avec une commande précise. Les deux complices offrent le peu qu’ils ont et ne pourront satisfaire les exigences autoritaires qui s’accumulent en vain. Angoisse et doute grandissent, et les circonstances les pousseront dans une situation comique proche de l’absurde. Humour noir et cynisme, dérision des vœux qu’on pourrait avoir…. Ces compagnons d’armes s’épient dans ce huis-clos blafard et attendent des ordres aléatoires mais n’arrivent à saisir rien de sensé ou logique et se voient submergés par leur anxiété qui aura au moins raison de l’un… Doit-on obéir aveuglément face à l’autorité? Une question que ici pose Harold Pinter. Il semblerait que non… comme en témoignent avec talent Matéo Cichacki et Anton Cisaruk.

 Véronique Hotte

Le spectacle a été joué à Un festival à Villerville, du 27 août au 30 août.

 

 


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