Un Festival à Villerville :La Maladie de la famille M. de Fausto Paravidino, mise en scène de Théo Askolovitch

Un Festival à Villerville (suite et fin)

 

La Maladie de la famille M. de Fausto Paravidino, mise en scène de Théo Askolovitch

 

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Pour ce jeune acteur et metteur en scène, le dramaturge italien s’exprime ici avec le langage d’une jeune génération faisant fi d’un bien-parlé formel. Et qui s’adresse d’abord à ses pairs dans une pièce qui leur est destinée et qu’elle invente elle-même : «Elle parle, dit le metteur en scène, de nos désirs, de nos peurs, de nos rêves, de nos ennuis, de nos amours et de nos pertes.» Se sentir proche, savoir et pouvoir être un des personnages de cette «maudite» famille et en même temps, capables d’éprouver un lot de haine et à la fois d’amour… Le père Luigi, la sœur dévouée Marta, le frère joueur Gianni et Maria, l’autre sœur sensible qui veut trouver l’amour sont tous mus par une même passion, celle d’exister…Mais près d’eux, il y a aussi les amis Fulvio et Fabrizio, et un médecin consciencieux, narrateur et observateur omniscient qui trouvera plus tard sa voie en se spécialisant dans les maladies tropicales… « Au sein d’une famille qui ne communique pas, la fatalité n’a pas de hiérarchie, dit Théo Askolovitch. Et je me sens proche de ces jeunes gens, de chacune de leurs batailles, deuils et difficultés à dire ce qu’ils ressentent comme à parler aux gens qu’ils aiment. »

Riches de leurs différences, aux origines et aux parcours multiples, ils ont une même rage de vivre, une insolence et une volonté d’en découdre… Et d’inventer un autre théâtre, authentique et personnel. Mélancolie, violence sont ici exprimées dans une composition poétique brutale, avec les références musicales  et cinématographiques d’une nouvelle génération… Sur le plateau,  une classe sociale dont on ne parle pas : les gens de peu et sont évoqués le clip A l’ammoniaque de PLN et le film La Haine de Mathieu Kassovitz. Et cela résonne dans les textes de rappeurs comme Nekfeu : «La vérité blesse et il n’y a qu’aux gens que j’aime, que je mens. »

Marta, la sœur enjouée, joue le rôle d’une infirmière et d’une mère de famille : père, frère et sœur devraient se sentir coupables de ce sacrifice. Son monologue intérieur pourtant n’évoque jamais ce trop-plein de responsabilités. Mais croit-elle, les autres à côté, « boivent, pensent, fument, baisent ». Et dit son frère Gianni: « J’ai une putain de tristesse qui m’est tombée dessus. J’ai l’impression de porter tout le poids du monde sur mon dos, genre Christ dépressif. » Marta, tenace, elle, reprend : « La nuit on est plus tout. Plus heureux, plus tristes, plus casse-couilles. La nuit on parle plus. » Chacun s’en tient à sa propre solitude, quand parler à l’autre tourne à vide et vous tient en porte-à-faux.

La mise en scène de Théo Askolovitch est pleine d’allégresse, malgré les tensions familiales exprimés dans la pièce. Robinson Guillermet et Sherazad Dermé ont imaginé une scénographie nette et éloquente : une table ordinaire, quelques chaises et un paravent séparant ce lieu stratégique des autres pièces. L’extérieur de la maison, domaine de Fulvio et de Fabrizio se résume à une voiture où on entre pour se donner des coups et auprès de laquelle on discute en pleine nuit, hors du monde quotidien et avec des rêves prometteurs.

Théo Askolovitch, Délia Espinat-Dief, Constance Guiouillier, Ghislain Decléty, Tigran Mekhitarian, Louka Meliava et Thomas Rio sont au plus près de leur vérité, dubitatifs ou déterminés, mais toujours habités par une même rage de vivre, loin des obligations formelles et des conventions étriquées, pour être enfin pleinement eux-mêmes,  en quête du « vert paradis des amours enfantines » cher à Charles Baudelaire…

 Véronique Hotte

 Le spectacle a été joué, du 27 au 30 août à Villerville (Calvados).
 
Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, du 16 au 25 novembre (navette gratuite depuis le métro : Château de Vincennes).

 

 

 

 

 

 

 


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