Gangrène de Wadiaa Ferzly, traduit de l’arabe (Syrie) par Marguerite Gavillet Matar

Gangrène de Wadiaa Ferzly, traduit de l’arabe (Syrie) par Marguerite Gavillet-Matar


L’auteure (vingt-neuf ans) née à Damas a été diplômée de l’Institut supérieur d’art dramatique en 2015 et participa ensuite à différents ateliers en Syrie et au Liban et à celui du Royal Court à Londres. Installée à Berlin deux ans plus tard, elle a collaboré à l’atelier d’écriture de la fondation arabe pour l’art et la culture et travaille actuellement sur différentes créations en Allemagne.

 

Mosquée des Omeyades

Mosquée des Omeyades Photo X


Damas, 2015. Une famille déplacée loin des zones de combat. La mère, Amîra, quarante ans , employée de banque ans. Jihâd, mari d’Amîra, employé d’une société de communications, a le même âge. Houmâm, leur fils est un lycéen de dix-sept ans. Najouâ, la sœur d’Amîra, trente-cinq ans travaille est coiffeuse et esthéticienne. Tous loin de la maison qu’ils ont dû abandonner, mais que la mère continue à payer en cachette. « Cela va faire six mois qu’on est partis, dit le père, si on avait eu l’espoir que les choses s’arrangent, on serait retournés. Alors, cette histoire de prêt et de maison, tu peux te l’enlever de la tête ! Notre maison, y en a plus, elle est partie et envolée ! » Le père a perdu son travail  de surveillant car une caméra a enregistré une scène hautement compromettante pour le directeur de la société de communications, patron en train d’embrasser une employée : « Il m’a viré parce qu’à cause de moi la fille a eu honte devant les gars de la sécurité. » Houmâm sèche les cours, enchaîne les petits boulots et les vexations : « Et moi, j’ai un père qui ne m’adresse la parole que pour me couvrir de honte, que pour m’humilier. » Arbitraire, corruption et privations, la tension de la guerre imprègne le quotidien.

 Amîra, décrit ainsi sa voisine de trente-huit ans, Râghida, responsable d’une association caritative, mais soupçonnée de blanchiment d’argent : « Une femme comme Râghida mendiait de l’argent pour les déplacés en allant toutes les nuits dans un bar différent. Chaque fois avec un autre homme. Sans autre but que de jouer avec l’argent. Maintenant, en Europe, elle se la coule douce, tous frais payés, et touche cinq cents euros tous les mois. Alors qu’ici les gens sont vraiment dans le besoin et meurent mille fois par jour. Et tu me parles de Dieu, et Houmâma me parle de justice… »

 Quand son mari dit implorer le Tout-puissant, Amîra lui répond, ironique : « Mais oui, implore ton Dieu ! Sinon, il te saisira et te jettera dans la fournaise… Après tout ce qui est arrivé, tu crois encore qu’il y a un autre enfer que celui que nous vivons. Tu vois, en fait, il pourrait y avoir un enfer, mais pas pour punir les gens, juste pour nous faire changer d’ambiance, pour nous faire vivre quelque chose de différent, parce que sinon, on s’ennuierait, n’est-ce pas ? »

 Faut-il rester, s’accrocher à l’espoir de retourner un jour dans sa maison, ou s’endetter encore et prendre le dangereux chemin de l’exil ? Marie Elias commente cette pièce dont le titre Gangrène qui fait allusion à ce mal rongeant le corps, finit par le tuer et dont on ne réchappe que par l’amputation. C’est la première image de la pièce, celle de la gangrène qui atteint la jambe du père qui accepte d’être amputé pour survivre, d’après Najouâ. Ce corps malade est métaphorique de la situation fragile du pays atteint par la gangrène ; les personnages ne sombrent pas pour autant dans le tragique mais ont une volonté féroce de s’en sortir.

Quelle issue pour eux qui vivent et résistent malgré les échecs ? Face à la guerre, à la corruption et à la misère, faut-il choisir la mort, la fuite ou l’émigration ? Doit-on simplement s’adapter aux circonstances, quand on est démuni de tout ? Perdre son emploi, renoncer à un dédommagement pour le sang versé de Najouâ, la sœur cadette, renversée par un chauffeur de taxi en mal de vengeance. « La pièce n’a pas de héros, mais des antihéros, des personnages faibles qui supportent tant bien que mal leur situation et tentent juste de s’en sortir. L’émigration sera-t-elle la solution ?» Wadiaa Ferzly met en scène avec finesse la vie de ces Syriens, victimes de la guerre.

 Véronique Hotte

Editions L’Espace d’un instant, à l’initiative de Culture Partages et de la Maison d’Europe et d’Orient, avec le soutien du Centre national du Livre.

 

 


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