Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler, adaptation et mise en scène de Nicolas Briançon

 

Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler, adaptation et mise en scène de Nicolas Briançon

Arthur Schnitzler (1862-1931) écrivain  et psychiatre viennois, symbolise la liaison miraculeuse entre  la médecine et la poésie. Sigmund Freud voyait en lui son double. Pour Heinrich Mann,  son œuvre était la douceur de la vie face à la nécessaire amertume de la mort. D’autres l’ont définie comme la métaphore de l’équilibre chez Anton Tchekhov: entre sensibilité psychologique et dureté objective. Arthur Schnitzler brosse en effet les portraits de jeunes Viennois de la décadence bourgeoise, entre réalisme et impressionnisme. 

© Claude Pocobene

© Claude Pocobene

Cette nouvelle (1924) fut assez vite adaptée  au théâtre mais Nicolas Briançon a effacé la présence des proches de la jeune fille pour, dans ce monologue, privilégier l’intériorisation de l’être. Issue de la bourgeoisie viennoise, elle sera contrainte à l’humiliation pour sauver de la ruine son père, un avocat  en proie à des soucis d’argent, Else passe en effet quelques jours de vacances dans une station thermale italienne où elle reçoit une lettre de sa mère.  Elle la prie de solliciter d’urgence un prêt à Dorsday, un riche marchand d’art et ami de son père qui a perdu au jeu de l’argent appartenant à ses pupilles. Et il sera bientôt arrêté s’il ne peut pas le rembourser.

 Else se décide à aller voir Dorsday et lui explique les difficultés de sa famille. Il consent à ce prêt mais exigera, en échange, de pouvoir contempler la nudité de cette demoiselle dont il semble être amoureux. Se dévêtir devant un homme reviendrait-il à se libérer elle-même ? Else ne sait et réagit violemment. Elle y réfléchit, partagée entre la fidélité envers son père  et son désir d’émancipation. Que choisir ? Abandonner ce père à son destin ou bien se « prostituer »? Hésitant entre des désirs exhibitionnistes et l’envie d’en finir, entre aspiration à être aimée pour soi et espoir de se libérer de sa famille… Ambiguïtés du sentiment, mystère féminin, sexe et angoisse de la mort d’une femme hésitante, à la fois  innocente et audacieuse… autant de leitmotivs qui traversent l’œuvre singulière du célèbre écrivain autrichien…

 Nous suivons l’avancée progressive jusqu’à la fin de ce monologue intérieur, de la pensée d’Else, tiraillée entre la nécessité d’obéir aux injonctions familiales et l‘idée compulsive du suicide: «Rien ne presse. Cette promenade nue à travers la chambre est délicieuse. Suis-je aussi belle que dans la glace ? Approchez, belle demoiselle ; je veux baiser vos lèvres rouges, presser vos seins contre mes seins… Peut-être n’y a-t-il que nous au monde ? Il y a bien des télégrammes, des hôtels, des montagnes, des gares, des forêts. Mais il n’y a pas d’humains. Nous les rêvons c’est tout… Oh ! Je ne suis pas folle. Je suis émue simplement. Et c’est bien normal, quand on est sur le point de se réincarner. Car Else, l’autre est déjà morte. Sans absorber de véronal… »

 Après être descendue au salon, vêtue d’un seul manteau qu’elle ouvre devant le public, elle s’évanouira. On l’emporte; sa tante veut la faire interner mais la jeune endormie ne fait qu’entendre des voix. Alice Dufour excellente de sensibilité et d’énergie, a été nommée aux Molières 2019 dans la catégorie Révélation féminine pou son interprétation dans Le Canard à l’Orange. Habillée d’une robe en dentelle blanche, d’un châle en soie sombre et d’un manteau noir, coiffée d’un petit chapeau élégant, elle évolue avec grâce, dialoguant avec  l’image que lui renvoie son miroir et jouant des images-vidéo d’Olivier Simola. Une mise en scène réussie, conforme aux sous-entendus de l’œuvre d’Arthur Schnitzler. Avec les lumières de Jean-Pascal Pracht et la création sonore d’Emeric Renard pour les bruits feutrés de l’hôtel et des balles sur le court de tennis mais aussi pour les rires et conversations…

 Véronique Hotte

 Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, Paris (VI ème). T. : 01 45 44 50 21.

 


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