Diane Selfportrait de Fabrice Melquiot, mise en scène de Paul Desveaux

Diane Selfportrait de Fabrice Melquiot, mise en scène de Paul Desveaux

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage


Ça commence avec les caresses de guitare de Michael Felberbaum, et avec la double et belle image d’un corps de femme dans une baignoire, présente sur le plateau et en grande image en fond de scène. C’est la matrice de cette histoire : le suicide de la photographe Diane Arbus, à quarante-huit ans,  en 1971. Alors la narration peut commencer. Des moments de vie: rencontre entre Diane, quatorze ans et son futur mari,  bras de fer avec sa mère, éloignement de la photo de mode et du glamour pour aller vers les marginaux, les êtres à part et surtout une méthode de travail : rencontrer son sujet. On n’a pas dit objet : un portrait se produit à deux.

Anne Azoulay, qui porte la figure de Diane sur ses épaules, le fait remarquablement. Engagée, exigeante et sérieuse, sans y perdre en vitalité. Quand elle interpelle la salle, scrutant tel ou tel spectateur à la recherche d’un “sujet“, elle a toute l’obstination et l’impatience de l’artiste en pleine création : je pressens ce que je veux voir, ce que je veux faire, mais il faut que cela advienne et que cette rencontre ait lieu.  Et je n’en suis pas maîtresse… Finalement, l’actrice fait venir des gradins l’artiste Jean-Luc Vern qui prêtera son corps tatoué à une nouvelle et élégante performance.

Les autres duos sont tout aussi forts : avec Paul Jeanson (Allan Arbus) qui commence par danser son rôle, puis avec la grande et puissante Catherine Ferran, sociétaire honoraire de la Comédie Française, dans le rôle de sa mère et l’énigmatique et paradoxalement discrète Marie-Colette Newman, vedette de cabaret aux jambes interminables, pailletée et perruquée,  jouant les humbles dames de compagnie.

Acteurs impeccables, belle scénographie et musique en partie improvisée de Vincent Artaud et Michael Felberbaum, à la bonne distance de l’émotion : à ce troisième volet de la  trilogie américaine de Paul Desvaux et de son équipe, après un premier volet sur Jackson Pollock et un deuxième sur Janis Joplin, il ne manque rien… Sinon peut-être une chose: le spectacle reste à l’abri. Diane Arbus, quittant le monde luxueux de la mode, allait chercher dans les rues de New York, une vérité toujours inaccessible, une effraction. Un visage, une personne, une ombre, qui ouvrait sur de l’inconnu, sur quelque chose ayant à voir avec la douleur. En noir et blanc et au format: 6x 6, pour commencer.

Le titre du spectacle devrait être Portrait de l’artiste en Diane. Fabrice Melquiot et cette personne vivante qu’est  une troupe ont cherché en Diane Arbus l’esprit créatif d’une époque, mais aussi, avec admiration, le carburant de leur création : l’insatisfaction -qu’il faut bien finir par mettre de côté- d’un travail repris encore et encore et la probité d’un regard.  Mais en restant sur la terre ferme. Diane Arbus, comme Janis Joplin, a trop bien incarné le danger qu’il y a, à chercher la faille…

Parallèlement à cette création et pour tenir le pari des Plateaux Sauvages, Paul Desvaux et la photographe Pauline Le Goff ont animé un atelier sur le portrait pour une dizaine de volontaires du quartier. À l’heure des selfies, ces miroirs déformants, cela vaut la peine d’y réfléchir en s’inspirant de ce qu’il y a de fondamental dans l’œuvre de Diane Arbus : le portrait d’une personne comme fruit d’une rencontre. Le “sujet“ donne autant que le photographe. Sinon l’étincelle et la profondeur manquent à l’image. Le pari des Plateaux Sauvages : que des ateliers partagés entre artistes et population créent cette rencontre. On oublie le mot : animation. Il n’est pas vilain en lui-même mais il a été dévalorisé. Et on revient à un autre qui fait encore plus peur : « éducation populaire ». Chiche ! Le but n’est pas seulement de former un public pour le théâtre ou si l’on veut : une clientèle mais de le rendre plus actif et de faire en sorte qu’il donne envie d’ouvrir les yeux. « Y a qu’à », dirait Sisyphe mais Albert Camus nous rappelle qu’il faut l’imaginer heureux…

Christine Friedel

Les Plateaux Sauvages, fabrique artistique et culturelle de la Ville de Paris, 5 rue des Plâtrières, Paris (XX ème) jusqu’au 9 octobre. T. 01 83 75 55 70 

                                         

 


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