Noire d’après Noire-La Vie méconnue de Claudette Colvin, de Tania de Montaigne, adaptation et mise en scène de Stéphane Foenkinos

 

Noire d’après Noire-La Vie méconnue de Claudette Colvin, de Tania de Montaigne, adaptation et mise en scène de Stéphane Foenkinos

©  Giovanni Cittadini.

© Giovanni Cittadini.


Ce récit biographique d’un combat qui dure encore contre la violence raciste et l’arbitraire, a été publié soixante ans après les faits en 1955 et a fait de son auteure la lauréate du prix Simone Veil. Bien après l’abolition de l’esclavage, une personne noire est considérée avec indifférence et mépris davantage encore quand elle est femme. Stéphane Foenkinos convoque sur le plateau l’auteure du roman éponyme, Tania de Montaigne, interprète pudique d’un personnage à l’honneur: elle la  vouvoie, s’adressant à la fois à Claudette Colvin, une héroïne peu connue qui a œuvré à l’émancipation des Noirs, et au public… « Prenez une profonde inspiration, soufflez, et suivez ma voix, désormais, vous êtes un noir, un noir de l’Alabama dans les années cinquante. Vous voici en Alabama, capitale : Montgomery… 
»

 Grâce à la réalisation de Pierre-Alain Giraud, on voit nombre de documents d’archives : paysages urbains ou ruraux de la Cotton Belt, et plus tard, meetings de Martin Luther King, manifestations avec Rosa Parks, et récitals de Nina Simone, Myriam Makeba, Billie Holiday… On voyage de l’Est au Sud des Etats-Unis, avec l’impression de survoler  les terres de coton et d’esclavage: Virginie, Caroline du Nord, et du Sud, Alabama, pour échouer à Montgomery : «Regardez-vous, votre corps change, vous êtes dans la peau et l’âme de Claudette Colvin, jeune fille de quinze ans sans histoire. Depuis toujours, vous savez qu’être noir ne donne aucun droit mais beaucoup de devoirs… »

Tania de Montaigne, silhouette élégante et assurée, poursuit son récit en interpellant le public et le somme de juger par lui-même. Le 2 mars 1955, dans le bus de 14 h 30, Claudette Colvin refusa de céder son siège à un passager blanc et, malgré les menaces,  restera assise, face au conducteur du bus puis à deux policiers agressifs et violents. Elle sera jetée en prison mais plaidera non coupable et attaquera la Ville de Montgomery.

Personne n’avait osé jusque là s’opposer à l’ordre inique établi et elle deviendra l’emblème d’une lutte collective pour la fin de la ségrégation raciale. Prend alors forme ici et là le mouvement historique de libération et d’émancipation d’un joug moral arbitraire. Montgomery est une ville légendaire, où se croisent le révérend Martin Luther King, pasteur de vingt-six ans et Rosa Parks, couturière quarantenaire, pas encore dite « Mère du mouvement des droits civiques et icône de la lutte contre la ségrégation ».

 Noire est l’histoire de cette modeste lycéenne de quinze ans, âgée aujourd’hui de quatre-vingt un ans, ne sr plaçant jamais placée sous les feux des projecteurs et travaillant depuis longtemps à ce qu’on l’oublie. Peu après les faits, Claudette eut un enfant et dût, en proie à des soucis personnels et socio-économiques, quitter la ville pour y revenir plus tard. Tania de Montaigne souriante, gracieuse et sincère a confiance en sa capacité à raisonner et à réfléchir, loin de toute haine, sans amertume ni ressentiment face à un monde aussi absurde et décalé.

 Véronique Hotte

 Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème ), jusqu’au 26 septembre. T. : 01 44 95 98 21.


Archive pour septembre, 2020

Plastique danse flore animée par Frédéric Seguette: Body of Work de Daniel Linehan

Plastique danse flore, une manifestation animée par Frédéric Seguette

Body of Work de Daniel Linehan

Olivia Grandville, François Chaignaud, François Hiffler et Pascale Murtin, Pascale Houbin, Dominique Boivin, Dominique Rebaud, Frédéric Werlé mâtinent danse et performance, transforment chacun de leurs essais, réussissent quasiment tout ce qu’ils entreprennent. Avec légèreté, grâce et humour… Tous artistes décentrés ou, si l’on préfère, excentriques. Comme Daniel Linehan, un Américain sorti de chez le New-yorkais Miguel Gutierrez, passé par l’école bruxelloise d’Anne Teresa de Keersmaeker et qui se partage désormais surtout entre la France et la Belgique.

On pourrait traduire le titre de cette pièce créée l’an passé, littéralement par: corps de travail, corps au travail ou, simplement, corpus signifiant aussi «œuvres complètes» un sens auquel le créateur renvoie  dans sa note d’intention. Son hypothèse, paradoxale : la danse n’est pas une «forme d’art éphémère n’existant que dans le moment de la représentation et disparaissant tout de suite après» mais une mémoire qui s’imprime pour longtemps, pour toujours ?, dans le corps de l’interprète. Les signes chorégraphiques sont donc aussi les marques d’altérations corporelles résultent du durcissement et de l’assouplissement des muscles mais aussi de l’usure et de traumatismes articulaires. Daniel Linehan fait d’ailleurs ici allusion à une vieille blessure au genou ! Chez les danseurs des cicatrices visibles et d’autres qui le sont moins, comme de persistantes traces fantômes et peuvent se réveiller à tout instant…

© villodre 267

© villodre 267

 Body of Work constitue un lieu de mémoire. Un état de corps. Une rétrospective biographique qui ressuscite quinze années de parcours artistique. Un peu dans l’esprit d’un Michel Foucault souhaitant élaborer une généalogie ou une archéologie des concepts, Daniel Linehan nous propose une anthologie, sonore et visuelle, très personnelle. Avec sa voix off en playback, des chants d’oiseaux enregistrés la veille ou quelques heures plus tôt in situ, des commentaires dits par lui au micro, le public est immergé dans une composition quadriphonique réussie signée Christophe Rault et dans des boucles visuelles du temps écoulé sous forme de collage de fragments, florilège d’auto-citations gestuelles et souvenirs enfouis… Sur la scène à l’italienne du théâtre de la Bastille où nous le découvrîmes, au Musée du centre Georges Pompidou, un  salon de la fondation Mona Bismarck ou en plein air: il s’adapte à tous les terrains de jeu.

 Créateur de formes et de dispositifs, auteur d’idées, acteur et actant, comme on disait dans les années  soixante-dix, il ne va pas pour autant jusqu’à mettre en cause le spectacle.  Et son couplet écolo n’est pas plus politique que ça :  comme sa danse, purement formel. Le chorégraphe, ici soliste, brise tout de même le miroir narcissique, dévoile les coulisses sur scène, déserte les planches pour l’orchestre, et l’orchestre pour la nature des origines, celle de l’expression corporelle libre du Monte Veritá en Suisse où enseigna il y a un siècle Rudolf Laban. À Versailles, berceau du ballet académique, Daniel Linehan a pour théâtre un jardin d’Eden avec  de beaux rosiers, cognassiers,  pommiers…

Sa mise à distance des codes de représentation passe par le texte mais surtout, par la danse dont il exploite les tenants et aboutissants. Là où des malins font leur miel de la parlote, voire du concept flou de performance,  en lisant avec difficulté quelques lignes copiées sur le net, Linehan, lui,  donne de sa personne. Il offre son corps à sa science et se met nu. Il baise religieusement au passage un pied de spectatrices élues par lui dans le public environnant. Il recourt à la dramaturgie -un « petit métier » qu’ont prorogé Pina Bausch et le « mundillo » de la danse-théâtre…

Et il évoque des épisodes de l’enfance dont la lente agonie de son père. Il l’illustre par la dépose, à même le sol, de de sa tenue de scène, une défroque, un double dérisoire, une ombre ou un épouvantail décharné. Il ne fait ni dans le narratif ni dans la fiction chère à presque tous ses collègues. Rien d’expressif ni de figuratif chez lui. Sa virtuosité technique, il la prouve, si besoin était, en jouant les derviches tourneurs façon Andy Degroat, quand il reprend un extrait de Not About Everything, le solo qui le fit connaître. En bonus, il nous gratifie d’une routine d’unijambiste qui peut faire songer au numéro de claquettes de Peg Leg Bates, un artiste afro-américain de Caroline du Sud et à la variation surréaliste, contrainte par des béquilles, de la regrettée Graziella Martinez. Cela dit, Daniel Linehan a gardé son côté lunaire. Et l’allure d’un Peter Pan de la danse…

Nicolas Villodre

Spectacle vu le 7 septembre au Potager du Roi, Château de Versailles (Yvelines).

Philippe K. ou la Fille aux cheveux noirs, texte et mise en scène de Julien Villa

Philip K ou la fille aux cheveux noirs © Ph. Lebruman 2020_DSC2121

© Ph. Lebruman


Philippe K. ou La Fille aux cheveux noirs,
texte et mise en scène de Julien Villa 

«Il ne s’agit pas d’adapter une œuvre de Philippe K. Dick, dit l’auteur-metteur en scène. J’ai inventé Philipe K. en me nourrissant pendant un an et demi de cette œuvre gigantesque. » Il s’est plongé dans Loterie solaire, son premier roman, dans Le Maître du haut château et Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques? devenu Blade Runner de Ridley Scott. Soit quelque quarante-quatre romans et une centaine de nouvelles.  Julien Villa a aussi passé deux mois aux États-Unis à peaufiner son scénario avec Vincent Arot  qui joue l’animateur radio dans ce spectacle. Puis le texte a été écrit au plateau à partir des extraits retenus.

 A Berkeley en 1972, à la veille des élections présidentielles, c’est la guerre au Viet nam et le mouvement hippie, Philippe K. apparaît en pleine dépression, obsédé par Richard Nixon. Il est persuadé que le président lui a volé son dernier manuscrit et qu’il hante sa machine à écrire pour lui dicter ses romans. Cloîtré dans sa chambre, bourré de médicaments, il est livré aux psychiatres par Dorothy K. sa «mère carnivore» qui fait des irruptions dans sa tanière. D’autres personnages, fictifs ou réels, vont apparaître comme un ami anglais, des voisins drogués, aussi paranoïaques que lui. Une émission de radio californienne diffuse sa nouvelle L’Imposteur. Une hippie brune s’offre à lui, une “fille aux cheveux noirs“, récurrente dans son œuvre et fantôme de sa sœur jumelle, Jane, qu’il croit avoir tuée à sa naissance… Un figure de la mort qui le hante et qui le fauchera en 1982; il avait cinquante-quatre ans et écrira son dernier livre,  Substance mort, en 1975.

 Qui connaît ce maître de la science-fiction, retrouvera ici un univers où humains et androïdes, imaginaire et réalité se confondent. Philippe K. en avatar de l’écrivain tel qu’il se fantasme dans ses écrits, est ici rêvé par les comédiens. «Il ne s’agit pas seulement d’écrire pour jouer, dit Julien Villa, mais aussi de jouer pour écrire. » Remarquable acteur lui-même, il a dû remplacer au pied levé celui qui était prévu pour le rôle-titre… Autour de lui, les interprètes se fondent dans cette fantasmagorie et s’aventurent de l’autre côté du miroir dans un processus de déréalisation.

La pièce trouve sa cohérence dans un travail collectif et une trame narrative que le metteur en scène a longuement mûrie, en s’inspirant des mises en abyme de livres comme Ubik ou de la nouvelle Souvenirs à vendre, adaptée au cinéma par Paul Verhoeven sous le titre: Total Recall. Les personnages, surgis dans l’appartement et comme venus de mondes parallèles, constituent l’étrange microcosme mental d’un homme engendré par sa propre légende et l’engendrant. Jouant sur l’ambiguïté, avec cette mise en scène très maîtrisée, Julien Villa nous prend par la main, en traçant non un portrait psychologique mais une rêverie théâtrale et poétique. Malgré quelques baisses de rythme, nous sommes constamment surpris et découvrons Noémie Zurletti, en matrone acariâtre et castratrice, Lou Wenzel, excellente en hippie nymphomane, Nicolas Giret-Famin, aux étrangetés d’androïde ou de pin-up bisexuelle. Ils apportent une distance comique salutaire.

Les non-initiés à cette littérature auront envie d’aller plus loin dans cet univers où l’auteur peint, comme celui de Franz Kafka et comme souvent la science-fiction, un capitalisme totalitaire et absurde.  » La réalité n’est qu’une illusion, un simulacre ourdi soit par une minorité pour abuser la majorité, soit par une puissance extérieure pour abuser tout le monde.» écrit Emmanuel Carrère dans Je suis vivant et vous êtes morts, une méditation sur Philippe Kindred Dick. 

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 1 er octobre, programmation, au Théâtre de l’Aquarium, du Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre. Métro: Château de Vincennes (et ensuite navette gratuite). T.: 01 43 28 36 36.

 

Alice de l’autre côté du miroir, mise en scène de Marie-Do Fréval

Alice de l’autre côté du miroir,  mise en scène de Marie-Do Fréval

© X

© X

Cette artiste volontiers provocante au meilleur sens du terme n’a pas baissé les bras pendant le confinement et fait des animations sans relâche avec sa compagnie Bouche à Bouche dans le quartier de la porte de Vanves à Paris depuis des années. »C’est le temps de l’urgence et de notre survie dit-elle, et si l’on ne fait pas le Bouche à Bouche maintenant, demain il sera trop tard. Cette idée que « demain il sera trop tard » existe dans toutes mes écritures. C’est l’urgence, le geste du pompier. C’est un SOS, le SOS donné à la ville et à la société contre l’endormissement. » Avec deux assistants, elle a pris contact avec plusieurs dizaines de personnes qui ont lui raconté leur enfermement. Sur scène, un orchestre de dix musiciens avec des vieux et des handicapés. «Passer de l’autre côté du miroir, les gens sont très malheureux, ils ont des choses qu’on a plaisir à regarder. »

«Magdalena se tirait les cartes tous les jours. Trois vieilles bien en chair discutent au pied de l’immeuble : «Si vous laissez fuir les robinets, tout le monde va être inondé ! » On lui répond: « Je passe tout mon temps sous la douche ». « Il faut écrire une lettre et l’envoyer par mail. Je dois alerter les autorités compétentes. »
Un locataire raconte sa visite d’un appartement. Le public se retourne vers une façade d’immeuble. « Ma petite grenouille, je vais essayer de la retrouver près du bassin. » Un homme en chaise roulante lit son texte : «Si je ne parle pas, je dors. Mon cher voisin, vous êtes un idéal, une force de la nature. J’ai entendu votre chant ! » (…) « Crapaud, je t’attends, je te rêve ». «Il était en fait un prince charmant à qui une sorcière avait jeté un sort. Comment s’est-il transformé en crapaud ? ».

Ce spectacle, qui a été répété par téléphone pendant le confinement, réunit trente personnes de milieu populaire qui dégagent ici une force vitale inédite. Et l’émotion nous a vite submergé. La compagnie Bouche à bouche de Marie-Jo Fréval a publié un livre étonnant de 172 pages qui rassemble cent témoignages des protagonistes de cette aventure, avec des textes remarquables et de belles photos.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 14 septembre, devant le local de la compagnie Bouche à Bouche 2/4 rue du Général Humbert, Paris (XIV ème)

La Guinguette contre-attaque

 

Affiche_CDN_guinguetteLe Centre Dramatique de Besançon ouvre sa saison avec une manifestation de rue: quelque vingt-six spectacles créés par treize compagnies régionales. Ce sont des commandes passées à quatre autrices de la région et il y aussi des manifestations d’art plastique… Et devant une salle bourrée, la soirée s’ouvre d’abord sur une Carte blanche à Anne Pauly, avec Juliette Mouteau qui interprète des extraits de son roman Avant que j’oublie.  Après la mort d’un père alcoolique, sa fille va devoir s’occuper de sa maison délabrée, une caverne d’Ali-Baba qui devient un réseau de signes et de souvenirs pour  elle qui décide de trier ses affaires.« Je ne veux pas savoir, je veux profiter. »  (…) « Dans le fond, je ne regrette rien, je préfère enfourcher la girafe. » (…) « Je ne veux pas savoir qui dans une entreprise a viré vingt personnes. » (…) Je ne veux pas savoir que les grandes entreprises savaient qu’elles allaient virer des gens sans les prévenir. » (…) « Je ne veux pas savoir quand l’envie d’aimer m’a quittée. » (…) « Désormais les fureurs du monde ne me parviennent que par bribes ». Ce solo, élaboré en quelque jours, répondait à une commande d’écriture.

La soirée se termine par un  zakouski du Théâtre de l’Unité.  Assis derrière une table, les sept comédiens se lavent les mains et Seb Dec annonce toutes les annulations dans la région : « Rencontres et Racines annulé, FIMU annulé, Eurockéennes de Belfort annulées, fête de la brocante annulée, fête de la pomme annulée, fête de la B D annulée ! « Tout est foutu, on vit peu mais on meurt longtemps ! »
Hervée de Lafond sautille sur une musique de Friederich Haendel, ce qu’elle faisait autour de sa maison chaque jour à Montbéliard pendant le confinement. Il y a aussi une séquence sur les déménagements: 17 pour Hervée!  20 pour Eric, quatre pour Seb Dec  et huit pour Catherine qui va ensuite chanter en polonais.

Puis on assiste à une scène de L’Avare de Molière jouée par Jacques Livchine  et Hervée de Lafond. Puis à des sketches sur les horaires d’ouverture des bars et à une scène sur Rosa Luxembourg… « Si ça continue, on ne dira plus Colombey-les-deux églises, mais Colombey-les-deux-mosquées… ». Mais aussi sur le trop fameux Code noir de Colbert, mais aussi sur le massacre des Communards, les décrochages des plaques de rue aux noms infâmes et la peste noire en 1.545… Et sur le professeur Raoult discutant avec des médecins sur le coronavirus. Et suivra une scène d’Eugène Ionesco. Et on écoute à la fin  Je voudrais pas crever de Boris Vian…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 17 septembre au Centre Dramatique National de Besançon. Le festival La guinguette contre-attaque! Avec théâtre de rue, performances, théâtre, spectacles jeune public, concerts, kermesse, débats, restauration du 3 septembre au 4 octobre. Les jeudis et vendredis : de 18 h à 22 h. Les samedis et dimanches : de 15 h à 22 h sur le Parvis du C.D.N.

Festival Spot 2020: Killing Robots de Linda Blanchet

 

Festival Spot 2020

Killing Robots conception, écriture et mise en scène de Linda Blanchet

 killingrobotsSeptième édition de ce festival consacré aux formes nouvelles…  Le Théâtre Paris-Villette nous accueille dans ses deux salles dont la plus grande qui a été entièrement rénovée. Une dizaine d’équipes artistiques célèbrent ces retrouvailles devant de nombreux spectateurs masqués.

Hitchbot, robot autostoppeur de première génération, créé en 2014 par une équipe d’ingénieurs canadiens de l’Ontario, a accompli son dernier voyage aux Etats-Unis. Après avoir traversé le Canada, fait un tour en Allemagne et aux Pays-Bas, grâce aux automobilistes qui l’ont généreusement pris en charge, il finira «assassiné» à Philadelphie en 2015.

Cette machine,  haute comme un petit garçon,  parle avec une voix synthétique féminine. Un corps frêle surmonté d’une tête en forme de coupole tournante qui envoie des signaux électroniques sympathiques : sourires, clignements d’yeux… Livré au bon vouloir des voyageurs, il taille la route, relié à un satellite par GPS et, pourvu d’un système de reconnaissance vocale, il est capable d’entretenir une conversation banale mais joviale « sans aborder les sujets politiques et religieux ». Il sait aussi jouer du pouce et lever les bras pour arrêter les automobilistes mais il ne marche pas…

 

Qui a tué Hitchbot? La compagnie Hanna R mène l’enquête et retrace ses derniers jours, s’appuyant sur  les documents de l’époque : «J’aime partir d’une enquête, dit Linda Blanchet. C’est comme une aventure, on ne sait pas ce qu’on va y trouver. »

Sur le plateau, l’équipe se montre au travail et s’interroge sur cette fin étrange. On part sur les pas de cette machine pas très sexy : «un seau d’eau en plastique qui parle », comme il se définit lui-même. De nombreux matériaux ont été récoltés: journaux télévisés, articles de presse, témoignages des dernières personnes qui ont pris Hitchbot en auto-stop et enregistrement d’une rencontre avec David Smith et Frauke Zeller, les «parents» de l’humanoïde. Les chercheurs entendaient  «mesurer ce qu’il y a de meilleur en l’homme» : bonté et capacité de prendre soin de son prochain. Ils seront servis! Leur créature, retrouvée démantelée et sans tête, n’aura pas survécu à son voyage aux État-Unis: pour eux, pas de hasard si ce “roboticide“ a eu lieu dans ce pays de violence…

 Une réplique d’Hitchbot fabriquée pour le spectacle, accompagne les quatre interprètes. On observe comment le contact s’établit entre eux et jusqu’à quel point une machine peut être attachante, au-delà de la curiosité pour la technologie. On peut voir sur des écrans les traces de son voyage grâce aux photos qu’il prenait. Étranges images du monde, capturées de manière aléatoire, à hauteur d’enfant: «Elles m’ont donné le sentiment d’être le témoignage objectif d’une machine sur ce qu’est l’humain du XXI ème siècle, dit la metteuse en scène. »

Les comédiens passent imperceptiblement du statut de narrateurs à celui d’interprètes des personnages qui ont rencontré Hitchbot. Mais cela n’est pas toujours très clair… Pas plus que la démarche de Linda Blanchet! Elle voudrait, dit elle, « essayer de mieux comprendre ce qui est humain et qui ne l’est pas.  » Mais si, au début, nous sommes intrigués, ensuite notre attention fléchit. Sans doute une question de rythme et d’huile dans les rouages de la dramaturgie… Mais Killing Robots s’inscrit par son thème et son étrangeté dans la ligne de ce festival.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 15 septembre au Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès, Paris (XIX ème).  T. 01 40 03 72 23. Le festival Spot continue jusqu’au 26 septembre.

 

Le Mouffetard, nouvelle saison

 Le Mouffetard, nouvelle saison

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Le Rat et le Serpent, © JL Verdier

En ce samedi ensoleillé, Isabelle Bertola, directrice du Théâtre des Arts de la Marionnette, présentait le nouveau programme, tandis que des compagnies jouaient des mini spectacles dans les rues, derrière les devantures de magasins, dans le magnifique jardin du collège des Irlandais ou encore sur la place Georges-Moustaki (indéfectible membre de l’équipe de ping-pong du quartier! ) Soit quarante-huit représentations en deux jours…

Ces scènes en plein air offrent une bonne image des techniques du théâtre d’objets ou de marionnettes pour capter l’imaginaire. Une fois de plus, on a vu la fascination qu’exercent les arts plastiques sur le récit, avec les dessins sur vitrine, le cinéma et les ombres chinoises de Pain Sandwich, une adaptation très libre d’Hansel et Gretel par la compagnie Akselere. Ou les peintures inversées sur les vitres d’un bar, dans Naïades, de la compagnie Agitez le bestiaire: une méditation sur la dissolution, bercée par le bruit de l’eau.  

Le langage était à l’honneur dans le mini-castelet des Ateliers du spectacle : Le Rat et le Serpent  a fait (re)découvrir l »écrivain Jean-Pierre Brisset qui reconstruit Darwin en déconstruisant la langue française, avec une cascade de savoureux calembours. L’art du bruitage, le texte et de petits objets se conjuguaient dans une parodie d’émission radio de la compagnie Elvis Atalac; entre deux publicités impertinentes de coquinerie, une belle adaptation de Petite Neige, un conte terrible de Guy de Maupassant. Le public était massé sur le trottoir : passants figés dans leurs courses ; aux terrasses des cafés, flirts et conversations suspendus.  Tous surpris puis charmés. Ce qui montre bien la vitalité des arts de la marionnette

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exposition au Mouffetard : fonds Théâtre aux Mains nues

Prévu à la fin de la saison dernière, le treizième festival Scènes ouvertes à l’insolite  démarre  ces jours-ci,  avec huit compagnies pour seize représentations.  Le Mouffetard, plutôt que de les annuler, a préféré les reporter. On pourra aussi voir un documentaire produit par Le Théâtre aux Mains nues sur le travail de trois  femmes marionnettistes.

Cette compagnie a élaboré cette saison avec Le Mouffetard. Thèmes privilégiés : le vivre ensemble, le regard sur l’autre, la migration seront abordés avec humour, fantaisie et métaphores. Sur des thèmes comme: que peut-on sacrifier de son identité pour s’intégrer ? Que reste-t-il de notre histoire coloniale ? Que nous disent aujourd’hui les jeunes des « quartiers » sur l’environnement  social et le climat? Seront aussi évoquées des situations comme le handicap avec Du Balai, co-produit avec le festival Imago, Art et handicap en Île-de-France. C’est pourquoi certaines représentations seront traduites en langue des signes. L saison privilégie le travail de jeunes artistes, jamais (ou rarement) vus par les programmateurs.

 Les Mardis du Mouffetard mettront en relation artistes et enseignants, psychanalystes, psychothérapeutes, plasticiens, écrivains…  Au Centre de ressources, des ateliers d’initiation à la marionnette permettront d’explorer le mime et la relation entre l’objet scénarisé et des handicapés, notamment avec des stages sur l’écriture, le geste sans le mot, l’art non-figuratif.   Enfin, du 4 mai au 6 juin,, aura lieu la onzième Biennale Internationale des Arts de la Marionnette, (B.I.A.M.), en partenariat avec Le Carreau du Temple, le Centre culturel suisse, La Coopérative  de rue et de cirque, Le Monfort, le Théâtre Dunois et, bien sûr, Le Théâtre aux Mains nues. Et aussi dans une vingtaine de lieux en Île-de-France.

Jean-Louis Verdier

Scènes ouvertes à l’insolite du 15 au 22 septembre au Mouffetard-Théâtre des Arts de la Marionnette, 73 rue Mouffetard, Paris (V ème). T. : 01 84 79 44 44. www.lemouffetard.com

Pièce d’actualité n°15 : La Trêve, conçu par Olivier Coulon-Jablonka Sima Khatami etAlice Carré.

Pièce d’actualité n° 15 : La Trêve, conçu par Olivier Coulon-Jablonka, Sima Khatami et Alice Carré

 

imageLe metteur en scène avait mis en scène au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers en 2015, une première pièce d’actualité, 81 avenue Victor Hugo, récit d’un collectif de sans-papiers occupant un ex-bâtiment de Pôle Emploi. Cette  nouvelle pièce d’actualité a pour thème les Tours des Gendarmes construites sur le site du Fort d’Aubervilliers et où était logée jusqu’en 2015 la Gendarmerie nationale. Elle a été ensuite temporairement reconvertie en foyers de travailleurs et en centre d’hébergement d’urgence…

 Ces cinq tours, gérées par des organismes différents, accueillent à la fois demandeurs d’asile, travailleurs sans papiers et sans-abri. «Une cité dans la ville, dit  la dramaturge Alice Carré. Sima Khatami, cinéaste, ajoute que leur collectif artistique a pénétré dans l’une des tours, la cité Myriam- qui reçoit des personnes en situation d’urgence.  Elles vivaient dans la rue et sont arrivées ici après avoir appelé le 115. Soit quelque deux cent  personnes en hiver et cent vingt en été. Certaines  pérennisées mais d’autres devant partir à la fin de la trêve hivernale pour que l’on puisse accueillir ensuite d’autres résidents. Covid oblige, cette  trêve du 31 octobre au 31 mars, a été repoussée cette année, jusqu’au 1er juillet. A la manière du cinéma documentaire, les trois intervenants se sont placés en immersion dans les lieux pendant plusieurs mois, avec une caméra posée dans le hall, attentifs au rythme de la vie quotidienne avec ses longs moments d’attente et ses explosions.

 Qui sont ces occupants vivant à l’écart de la ville ? La Trêve nous invite à nous asseoir avec eux, au cœur de l’urgence de leur vie. La caméra s’arrête souvent aux abords extérieurs de la tour, plus rarement dans le hall d’entrée… On fait connaissance avec ces personnes de toute nationalité: bulgare, chinoise, etc. souvent filmées à côté du metteur en scène. Elles livrent leur parole brute sur un muret à l’extérieur ou dans une salle. Le Bulgare Asan Shisev est particulièrement émouvant, visage jeune mais ravagé par la vie, empreint d’une mélancolie profonde dont il se libère de temps à autre par l’humour et une gestuelle comique… Il imite ainsi une assistante sociale de bonne volonté, excessivement positive, en  jupe courte et fumant une cigarette. Et qui acquiesce un peu trop vite aux dires de son interlocuteur ironique,

Olivier Coulon-Jablonka invite Asan Shisev à s’exprimer avec un peu plus d’optimisme: il lui parle de sa jeunesse et lui dit que la vie s’ouvre devant lui, malgré cette douloureuse étape à laquelle il a été forcé. Le spectacle est dédié à sa mémoire, apprendra-t-on, à la fin de La Trêve. Yasmina, mère de onze enfants dont elle est séparée, chante à merveille un chant traditionnel rom, beau et grave, qui a une dimension universelle  ressentie par toutes les communautés. Elle dit sa nostalgie d’un pays perdu, d’une famille laissée au pays ou éclatée, d’un amour disparu…  Elle materne Elizabeth, une jeune fille bouleversée et déroutée, rivée à la musique de ses écouteurs. Quant à Yuerong Ni, il ne parle pas du tout français mais essaye en vain de se faire comprendre, avec la traduction par google sur son téléphone portable, d’un long message en chinois… Le metteur en scène dit qu’il l’aidera à lui trouver un interprète.

 Le spectacle alterne entre le film à l’écran, et la scène et des personnages surgissent des coulisses pour un monologue introspectif. Faouzia Ndoy conte ainsi son aventure après l’assassinat pour des raisons politiques de son père; elle a été forcée de quitter le Congo-Kinshasa pour le Congo-Brazzaville. Enfin, passée brièvement par le Brésil où elle a été violentée, elle arrivera jusqu’à l’hôpital Lariboisière à Paris. Elle aussi a appelé le 115 et a le projet professionnel de devenir plombière, un vrai métier qui n’est pas réservé aux hommes. Toute jeune fille, Ferima Denie, venue d’Afrique occidentale, a été mariée par sa famille contre son gré, telle une monnaie d’échange, à un homme bien plus âgé. Un vendredi, jour de la prière à la mosquée, elle a pu s’enfuir  et aller en ville mais  ses frères l’ont reconnue et battue. Elle a fui encore pour se retrouver en France, chez l’amie d’une amie… Elle a appelé le 115.

 Pascal Fiel a, lui, toujours vécu à Aubervilliers mais a été victime d’un incendie dans son appartement et a perdu son emploi. Il vit aussi dans la tour Myriam et sans vraies perspectives réelles. Le Camerounais Aloune a vingt-huit  ans et son père est diplomate. Il a vécu en Iran d’où il a quitté une école trop difficile et est venu à Paris chez un ami qu’il a connu là-bas. Mais il voudrait être autonome et travailler: lui aussi a appelé le 115. Comme Boualem, un ancien militaire: il a connu la guerre et en garde des séquelles psychologiques tenaces contre lesquelles il se bat : il habite aussi la Tour Myriam. Des vies fracassées qu’il faut dépasser pour vivre, comme en rêvent ces êtres sincères et pudiques..

 Mais l’inquiétude est bien présente : sur les 36 hectares du Fort d’Aubervilliers où se trouvent ces tours, il y a un projet de Zone d’Aménagement Concertée (Z.A.C), porté par Le Grand Paris Aménagement avec 2.000 logements vendre (station ligne 15 du métro et piscine olympique). Les acteurs de ce projet sont Plaine Commune, la ville, Grand Paris Aménagement mais aussi le Préfet de Paris qui doit trancher sur l’expulsion prochaine des habitants des tours. Filmé lui aussi, il joue le jeu de la participation et de son attachement à la Seine-Saint-Denis. Mais il rétro-pédale vite quand l’un des habitants sur la scène accuse l’Etat de son peu d’engagement. Un jugement rapide et définitif, dit le le Préfet, attentif selon lui à l’implication réelle de l’Etat mais aussi à l’investissement moral et physique des travailleurs sociaux présents sur ces territoires en difficulté…

Une voix off dans le noir : comment pourra-t-on reloger ces 460 occupants précaires ? Si le projet se concrétise, on les expulsera et on les poussera encore plus loin à la périphérie de Paris: mission impossible! Un spectacle émouvant qui livre toute l’amertume  d’être au monde.

 Véronique Hotte

La Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson, Aubervilliers ( Seine-Saint-Denis), jusqu’au 25 septembre. T. : 01 48 33 16 16.

 

L’Amérique n’existe pas de Peter Bichsel, mise en scène de Dominique Lurcel (tout public à partir de huit ans)

© Guislaine Rigollet

© Guislaine Rigollet

L’Amérique n’existe pas de Peter Bichsel, mise en scène de Dominique Lurcel ( tout public à partir de huit ans)

 Nous aimons qu’on nous raconte des histoires et celles de Peter Bischel ont une saveur particulière. Journaliste et écrivain, ce Lucernois connut son heure de gloire dans les années soixante avec, entre autres, un premier roman Le Laitier. Chroniqueur apprécié de la Weltwoche et du Tages Anzeiger, il trouvait son inspiration dans les cafés où il improvisait des contes avant de les publier sous le titre Histoires enfantines…

 Ces courts récits se prêtent à une adaptation théâtrale et, sous la direction précise de Dominique Lurcel, Guillaume van’t Hoff nous en livre quelques-uns. Sous les oripeaux d’un vieillard, il prend des allures d’enfant tantôt naïf, tantôt malicieux. Ce petit bonhomme, perdu au milieu d’un tas de cartons, va faire vivre une ribambelle de personnages. Un solipsisme les relie qui les pousse à des comportements bizarres.  Ils vont jusqu’au bout de leur logique, implacable : l’un d’eux apprend par cœur les horaires de tous les trains sans jamais voyager mais sera mis en échec par le service de renseignements de la gare. Alors, il poursuivra son rêve  : apprendre quelque chose que personne ne connaît. Ce vieux solitaire pour sortir de sa routine, rebaptise tous les objets qui l’entourent, jusqu’à ne plus comprendre son ancienne langue. Il y a aussi celui qui ne veut rien savoir et qui doit tout apprendre pour tout oublier, jusqu’à devenir vide comme le rhinocéros cuirassé du zoo…Enfin, le fameux oncle Yodok évoqué par un grand-père gâteux…

 A la fois juvénile et vieillot, Guillaume van’t Hoff nous entraîne dans un univers absurde et poétique : on pense aux Boutiques de cannelle du Polonais Bruno Schultz ou aux illogismes d’Eugène Ionesco. On devine, chez les êtres imaginés par, une solitude extrême, qu’ils peuplent de leurs fantaisies et de leurs rêves. Avec eux, le comédien questionne notre société normative et cherche à prendre la tangente…Malgré un espace de jeu un peu embouteillé par les cartons, il nous fait voyager pendant une heure dix, loin des rivages connus vers d’autres horizons, à la rencontre de vies minuscules et d’une humanité différente… Avec une ironie amusée et amusante .

 Mireille Davidovici

 Du 27 septembre au 26, Essaïon Théâtre 6, rue Pierre-au-Lard  Paris (IV ème).
 T. : 01 42 78 46 42

 Histoires enfantines, traduit.de l’allemand par Claude Maillard et et Marc Schweyer, Gallimard (1971)

 

 

Manifeste, le festival de l’I.R.C.A.M. : Bacchantes de Céline Minard, musique d’Olivier Pasquet, adaptation et réalisation de Thierry Bédard

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© Hervé Veronese Centre Pompidou

Bacchantes  de Céline Minard, musique dOlivier Pasquet, adaptation et réalisation de Thierry Bédard 

 Manifeste, le festival de l’I.R.C.A.M. qui a dû être reporté de juin à l’automne, propose une nouvelle série : Les Musiques-Fictions. Avec, pour objectif, le « mariage» d’une autrice et d’un compositeur pour la réalisation sonore d’une écriture. Ainsi Maylis de Kérangal, Céline Minard et Annie Ernaux ont été associées à des musiciens puis des metteurs en scène et acteurs se sont emparés de cet objet artistique à double entrée pour faire entendre autrement au public, la littérature et/ou la musique.

 Un espace circulaire a été aménagé au milieu de la grande salle du Centre Georges-Pompidou : nous sommes dans la pénombre mais le dôme lumineux va s’animer de tubes fluo de façon intermittente et on entend la voix de Bénédicte Wenders: « Personne ne bouge devant le bunker alpha. » (…)  « Les hommes armés se sont regroupés dans l’ancienne maison du gardien…  Ils attendent les ordres d’un nouvel assaut.»  Cet état de siège n’est pas causé par une guerre mais par l’incursion à Hong Kong de mystérieux terroristes dans la cave à vin la plus sécurisée du monde, installée dans d’anciens bunkers de l’armée britannique !

Nous sommes à Hong Kong,  un typhon s’annonce sur la baie… Dans cette atmosphère apocalyptique, que voix et musique dépeignent, la situation s’éclaircit peu à peu : Jackie Thran et sa brigade d’intervention vont tenter d’élucider cette mystérieuse incursion.  Il s’agit d’un extravagant trio de braqueuses  ! Et l’affaire prend alors un tour grandguignolesque et dérisoire !  M. Coetzer, le propriétaire de la cave, va s’en mêler et l’équipe de Jacky Thran s’affole…

 L »adaptation scénique et musicale de ce roman parodique crée le suspense avec des noirs et des silences et revisite  les codes du polar.  A part celle de la narratrice, les voix des protagonistes, distordues au synthétiseur, flirtent avec une bande dessinée burlesque. Les tubes fluo placés autour du dôme « ambisonique »  et sur ses piliers, diffusent des lumières tournantes, animant l’espace d’écoute de ce texte déjanté. Aux couleurs froides, succèdent des rouges et des roses. La musique, et les voix ont été soigneusement dosées par Jérémie Bourgogne qui ouvre ainsi des espaces fictionnels. On entre alors dans le bunker et l’on peut visualiser les événements…

 Le trottinement du rat apprivoisé de la cheffe de bande résonnent ; un tube de rouge à lèvre équipé d’une micro introduit par Coetzer, le propriétaire de la cave, roule et grésille… Ces repères concrets spatialisent le récit et Thierry Bédard nous laisse percevoir avec justesse l’humour de Céline Minard. Loin de la simple illustration sonore, cet habile tricotage entre voix, musique et éclairages est en prise directe avec la littérature…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 12 septembre au Centre Georges Pompidou, place Georges Pompidou, Paris (IV ème).

Du 16 au 28 novembre, Théâtre de Gennevilliers, 41 avenue des Grésillons, Gennevilliers (Hauts-de -Seine). T. : 01 41 32 26 10

 Manifeste s’est tenu à Paris du  31 août au 13 septembre dans plusieurs lieux parisiens/

 Bacchantes est publié chez Rivages

 

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