Les libraires confinés font de la résistance !

Les libraires confinés font de la résistance !

 Deux poids, deux mesures:  les boutiques de la F.N.A.C. ont ouvert leurs portes hier vendredi 30 octobre mais les librairies ont l’obligation de rester fermées! En effet, le Premier ministre Jean Castex, considère qu’elles ne font pas partie «des commerces considérés comme essentiels.»  Indignation sur les réseaux sociaux!  Des pétitions circulent dont celle lancée par François Busnel, critique littéraire et animateur de l’émission sur France 5 La Grande Librairie. «Monsieur le Président, faisons le choix de la culture, en rouvrant les librairies ! » Selon lui, le pays se prive de son « meilleur bataillon pour nous permettre d’affronter l’obscurantisme ». «Fermer les librairies, c’est condamner tout un pan de l’économie culturelle  à vaciller, pour certains à disparaître ». *

 Des maires, comme  celui de La Roche-Migenne ( Sarthe) ont pris un arrêté pour autoriser les librairies à ouvrir. Décision aussitôt déclarée illégale par le Préfet. Au Mans, le gérant de Bulle ne digère pas le sort qui est fait aux indépendants:  »Comme lors du premier confinement, les hypermarchés vont continuer à vendre des livres. Et, coup de tonnerre, pour le second, les F.N.A.C. sont autorisées à rester ouvertes… Là, je crois que c’en est réellement trop ! » dit-il, annonçant un rassemblement dans son magasin, avec la presse et ses confrères libraires indépendants.

La librairie La Comédie Humaine à Avignon © x

La librairie La Comédie Humaine à Avignon
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A Avignon, Cyril Dewavrin est entré  en résistance en ouvrant sa librairie La Comédie Humaine, rue du Vieux-Sextier et appelle ses confrères à faire de même. Au nom de l’équité de traitement et au nom de leur survie économique. Dans sa boutique, une centaine de livres commandés par des lycéens attendent leurs destinataires. 

A Montreuil, Folie d’encre propose à ses clients, à la manière de certains restaurants, une vente à emporter. Et à Dijon, le maire  François Rebsamen se bat pour que les librairies puissent continuer à fonctionner. De nombreux auteurs et autrices s’émeuvent dans les médias sur ce mépris des livres au pays dit de l’ « exception culturelle » !

Pour ne pas sombrer dans le ridicule, enfin conscients du problème! Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des finances et de la relance et  Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, ont annoncé, vendredi, que « les rayons livres et culture des grandes surfaces », dont la Fnac, « [seraient] momentanément fermés ». Et ce sera dès aujourd’hui samedi 31 octobre mais cela ne résout rien.

En attendant, une plateforme a été mise en place par les libraires indépendants pour que leurs lecteurs puissent  prendre des commandes en ligne et ne pas les condamner à faire appel à Amazon. A suivre…Mais restons vigilants.

 Mireille Davidovici

 service-client@lalibrairie.com

 Folie d’encre  9 avenue de la Résistance, Montreuil (Seine-Saint-Denis) T. : 01 49 20 80 00.

 Bulle 13 rue de la Barillerie, Le Mans (Sarthe).  T. : 02 43 28 06 23.

Archive pour octobre, 2020

Théâtres et confinement

Chers lecteurs,

Les choses sont enfin claires avec ce nouveau confinement pour essayer de limiter le nombre des contaminations par le coronavirus Et les salles de spectacle dans la France entière fermeront cette nuit sans exception! Cela vaut bien entendu pour tous les types de lieux: théâtres petits ou grands, cirques, chapiteaux, cabarets, music-halls et cinémas. Et comme aussi la dernière fois, les théâtre de rue…

La salle Frimin Gémier au Théâtre National de Chaillot, Paris © Yoann Fitoussi

La salle Firmin Gémier au Théâtre National de Chaillot, Paris © Yoann Fitoussi

« Merci au public qui a soutenu nos spectacles en répondant immédiatement présent dès notre réouverture en septembre, merci aux artistes de les avoir repris avec enthousiasme et ferveur malgré toutes les contraintes de ces dernières semaines, merci à l’équipe du théâtre d’être toujours aussi engagée et mobilisée quoi qu’il arrive. » (…) « Nous fermons La Scala Paris, disent leurs directeurs Mélanie et Frédéric Biessy. Alors que venait d’être inaugurée une petite salle de quatre-vingt places en gradins….


C’est un coup très dur pour toute la profession théâtrale que ce soit à Paris ou partout en France et il y aura inévitablement des dégâts collatéraux, notamment pour les petites salles déjà mises en sérieuse difficulté, quelques soient les aides apportées par le Gouvernement. Toute l’équipe du Théâtre du Blog continuera à vous tenir régulièrement au courant dans toute la mesure du possible, d’abord de la Semaine d’art à Avignon qui fermera, elle aussi ses portes ce soir et de ce qui restera de l’actualité artistique…

© Stéphanie Ruffier

La Nuit unique © Stéphanie Ruffier

Au Théâtre de l’Unité à Audincourt ( Doubs), le 29 octobre, le camion de 20 m3 était chargé pour aller jouer deux représentations de La Nuit Unique  au Fourneau de Brest. « Il y a dix heures de route!  D’autres acteurs y vont en train ou en avion. Nous préparions nos têtes pour ce spectacle de sept heures que nous avons déjà jouée un peu partout (voir Le Théâtre du Blog)… Mais cela genre de représentation ressemble à une épreuve physique. Et une annulation le jour même, c’est très dur à vivre… Vraiment très dur: comme un décès… Dernier repas à la maison Unité, le 29 octobre. On se dit au revoir et rendez-vous début décembre mais économiquement, il est impératif de payer des cachets conséquents aux acteurs pour que leur taux journalier de chômage ne s’effondre pas. En attendant et jusqu’à nouvel ordre, nous allons accueillir des artistes en résidence. Ce sont des professionnels: il faut qu’ils travaillent, qu’ils continuent à préparer l’avenir. Nous attendons en novembre Les Mange-Rouilles, la compagnie Azimut de Montiers-sur-Saulx et le collectif Fléchir le vide de Besançon ( Doubs). »

Le programme du Théâtre du Blog pour ce mois de novembre était bien sûr déjà prêt mais nous ne faisions pas beaucoup d’illusions. En tout cas et encore une fois, nous vous remercions de votre fidélité. Nous devions atteindre en novembre le chiffre de 7.000 articles publiés depuis la création du Théâtre du Blog il y a neuf ans… Mais ce sera pour décembre si tout va bien. Croisons les doigts… Les chiffres de fréquentation ce 29 octobre sont équivalents à ceux de mars dernier Cela fait toujours du bien par où cela passe comme disait Homère, Platon, Paul Ricoeur et Macron…

 Philippe du Vignal

 

 

Festival du Cirque Actuel d’Auch 2020 /2 : trente-troisième édition

 

Festival du Cirque Actuel d’Auch 2020 /2 : trente-troisième édition

Festival du Cirque Actuel d’Auch 2020 /2 : trente-troisième édition

Ghost Light 2©Loup-William Théberge

 Avec quelque soixante-dix représentations de vingt-sept spectacles, malgré un contexte particulier et l’absence de nombreuses écoles et d’animations qui attirent les familles, le public est au rendez-vous et toutes les séances affichent complet. Il fait toujours bon retrouver l’ambiance du cirque:  « C’est plus ouvert que le théâtre, dit l’une des jeunes bénévoles. On est plus dans le partage. »
 Mais on sent les artistes nerveux dans les disciplines de haute précision. Le confinement ne leur a pas permis de s’entraîner pendant plusieurs mois et avec l’annulation des événements de d’été, ils n’ont pas joué depuis longtemps. Auch est donc  le premier grand festival de cirque de la saison et les spectacles que nous avons pu voir, expriment en filigrane une certaine inquiétude chez eux.

 Ghost Light / Entre la chute et l’envol de Nico Lagarde et Ugo Dario

 “Lampe-fantôme“, nom anglais de la « servante » :  une ampoule électrique  qui, sur un haut pied, semble veiller sur le plateau, la nuit. Dans cette maigre clarté, au centre de la scène circulaire, une longue bascule comme animée d’une vie propre, oscille avec lenteur dans un léger gémissement. Les duettistes québécois, élégants, vont se glisser dans la pénombre et évoluer sur cet agrès pendant une heure, accompagnés par la musique crépusculaire du compositeur Félix Boisvert. Deux porte-manteaux sur roulettes, dits « valets de chambre» vont et viennent sur le plateau, pour livrer leurs costumes.

 La bascule devient un terrain de jeu pour des sauts aussi périlleux que prodigieux. Dans un ballet d’ombre et de lumière, les artistes s’envoient alternativement à plus de sept mètres de haut, rebondissent et atterrissent souvent dangereusement. Ils maîtrisent l’art de la chute feinte et les roulés-boulés au sol. La lumière monte, la tension aussi, sur une musique métronomique implacable. Ils s’amusent à nous (se) faire peur ou s’adonnent à des exercices plus ludiques, en traitant leur bascule comme un tourniquet  d’enfant…

La chorégraphie des corps dans le clair-obscur s’organise dans un espace circulaire entre verticalité et horizontalité. Une belle géométrie variable pour un scénario intense où, dans de poétiques contrejours, se tisse une relation intime entre ces artistes. Quand Ugo quitte le plateau, en proie à une certaine lassitude, Nico reste là, désemparé, seul avec le fantôme lumineux ou la veste vide de son partenaire. Seul, sur cette bascule, il ne peut plus jouer. Pour Nico Lagarde et Ugo Dario, artistes virtuoses et inventifs, le cirque n’est pas une aventure solitaire et même les accessoires sont de la partie.

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Low Cost Paradise – Cirque Pardi! ©Philippe Boutelier

Low Cost Paradise création collective du Cirque Pardi!,  mise en scène de Garniouze

 Un brin nostalgique, ce paradis de pacotille dans une atmosphère de cabaret déjanté. “Paradise lost“, annoncent des lettres en tubes fluo… Il faut se faire une raison et, entraîné par la musique d’Antoine Bocquet, danser sur les décombres de notre vieille société.

Cette compagnie basée à Toulouse, a vu le jour en 2011 sous l’impulsion de l’équilibriste Maël Tortel qui est aussi constructeur et machiniste. Depuis, elle balade un peu partout son chapiteau et ses artistes qui maîtrisent tous plusieurs instruments, chantent et jouent la comédie mais peuvent aussi faire des numéros de haute qualité, comme en témoigne ce dernier spectacle, créé l’an passé.

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vivre Circa Tsuica © DR

(V)ivre création collective de Circa Tsuïca, mise en scène de Christian Lucas,  création musicale de Guillaume Dutrieux et Rémi Sciuto

Cette fanfare-cirque du Cheptel Aleïkoum  est un collectif né en 2004 de la quinzième promotion du Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne et basé à Saint-Agil (Lot-et-Cher). D’autres artistes, musiciens, compositeurs, scénographes et graphistes l’ont rejoint mais chacun fait ses propres créations, tout en restant lié à la compagnie.

 Thème central de cette dernière pièce: comment vivre ensemble ? Le public devait être convié à partager ce questionnement mais les circonstances en ont décidé autrement… Pour chauffer la salle, les spectateurs, depuis les gradins,  sont invités à reprendre, en chœur, quelques gestes et notes de musique… « Le public est une partie constituante de notre écriture, car le partage avec l’autre est un désir qui nous réunit », disent les artistes et le chapiteau reste le moyen d’être dans la rue, tout en créant un espace chaleureux unique. »

 Douze circassiens/musiciens évoluent sur des vélos d’acrobatie, tout en jouant de leur instrument. Ils tournent en rond ou traversent la piste qui devient alors une rue où se croisent des personnages. Un SDF, un dragueur, quelques coquettes… passent à pied ou virevoltent à bicyclette. Des amoureux s’embrassent, des hommes se bagarrent tout en faisant nombre d’acrobaties. Un meneur de jeu fait claquer son fouet pour remettre la troupe au pas. Mais les artistes ont tôt fait de reprendre leur liberté, à l’instar de l’oiseau-chanteur qui les accompagne et se perche sur les têtes,  en sifflotant …

 Si le vélo reste l’agrès principal de (V)ivre, il y a aussi quelques jolis numéros de corde et trapèzes volants.  Franck Bodin, Guillaume Dutrieux, Olivier Pasquet, Lola Renard, Thomas Reudet, Charlotte Rigaut, Rémi Sciuto, Matthias Penaud, Maxime Mestre, Cécile Berthomier et Anja Eberhart nous communiquent leur joie de vivre dans une ivresse musicale bon enfant. 

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circo aereo chimaera © Philippe Laurent

 Chimaera, conception et mise en scène de Julia Christ et Jani Nuutinen

Dans un coin perdu de campagne, une cabane en bois. Un homme aux allures de bûcheron est aux prises avec une créature qui vit sous les lattes du plancher et apparaît sous divers aspects. Feu follet, sorcière et autre goule, ces fantasmagories se déploient dans la chaumière… Peu à peu, une figure féminine se dessine et vient folâtrer avec l’homme des bois qui, après avoir tenté de l’éliminer par la magie, l’alchimie ou à coups de hache, se laisse séduire par ces chimères…

 Jani Nuutinen, l’un des fondateurs du Circo Aereo, première compagnie de cirque contemporain en Finlande.  Avec, depuis 2001, plus près de trente créations dans son pays et en France. Svelte et rompue à la danse et à l’acrobatie, Julia Christ qui cosigne la pièce, développe un langage corporel fluide, en contraste avec le physique patibulaire de son partenaire. L’artiste berlinoise est depuis deux ans associée au Sirque-Pôle National Cirque de Nexon (Haute-Vienne). Cet étrange duo mêle acrobatie, manipulation d’objets, théâtre d’ombres et tisse une fable fantastique, proche de l’univers des contes nordiques.

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Perceptions © Eric et Christelle Simon

 Perceptions de Maureen Brown, Benjamin Lissardy et Maryka Hassi, par la compagnie Bivouac

 Le trio artistique de cette compagnie fondée il y a deux ans, a conçu, pour ce nouveau spectacle, un agrès gigantesque, inspiré de la recherche spatiale et des vols paraboliques. L’Oculaire,  dessiné par la scénographe Maureen Brown, est un cadre carré où est incrustée une roue qui tourne sur elle-même ou pivote sur un axe perpendiculaire aux montants. Chaque partie de cette architecture complexe est mise en mouvement par un moteur qui peut aussi se désactiver. Les formules mathématiques inscrites à la craie blanche sur le cadre de L’Oculaire évoquent une savante géométrie de l’espace, domptée par ces acrobates-danseurs.

 Dans les contre-jours qui s’allument à la nuit tombante et sur la musique de Yanier Hechavarria, perché à jardin, évoluent Silvana Sanchirico Barros, Vanessa Petit, Grégoire Fourestier, Antoine Linsale et, parmi eux, Benjamin Lissardy qui a participé à la conception en testant toutes les possibilités du prototype de cet agrès. La mise en scène très chorégraphiée de Maryka Hassi, auteure du scénario avec la scénographe, privilégie le mouvement perpétuel, le passage entre le stable et l’instable.

Les interprètes sont à la fois jouets de l’espace et pilotes de l’impressionnant dispositif. La machine bouscule leurs repères et les force à chercher des appuis. Quand les moteur se désamorce, les corps guident alors les métamorphoses de l’espace. Harnachés, ils volent dans les airs puis se posent…  Ils se laissent glisser dans la roue ou encore utilisent sa barre médiane comme un mât chinois ou un fil de funambule, verticalement ou en diagonale. L’esthétique géométrique, affirmée de Perceptions où la courbe s’inscrit dans l’horizontalité et la verticalité, met en valeur ces acrobaties. Beau et impressionnant. 

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Três © Tomás Amorim

Três , conception et interprétation d’Antonin Bailles, Leonardo Ferreira, Joana Nicioli

 Le groupe Zède, issu de la vingt-neuvième promotion du Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne, propose une variation sur le nombre trois, comme le titre l’annonce.  Ce trio disparate tente de se rassembler autour d’un mât central… D’abord seul, chacun occupe l’espace et développe ses propres figures le long du poteau, prenant de la hauteur et glissant vers le sol. Mais bientôt les mouvements de l’un vont déborder sur l’autre, avant de perturber les acrobaties du troisième…

 Pourquoi ne pas s’y mettre à deux ? Mais alors, que devient le troisième ? Solos, duos, trios se succèdent dans un scénario complexe et la bande-son de Robert Benz rythme une alternance de gestes lents et rapides, une succession de jeux d’équilibre, d’acrobaties au mât mais aussi à terre. Dans le titre:Très, on entend aussi tresse:  un entrelacement serré que les artistes vont faire et défaire, autour de leur agrès, outil d’appui et d’expression, point de convergences et divergences dans leurs cheminements individuels. Au croisement de la danse et de l’acrobatie, inspiré par le jeu des relations humaines, entre accords et désaccords, le groupe Zède nous propose ici un subtil  pas-de-trois.

Mireille Davidovici

CIRCa a eu lieu du 16 au 25 octobre, allée de Arts, Auch (Gers) T. :  05 62 81 65 00.  www.circa.auch.fr

 Chimarea du13 au 15 janvier, Bonlieu-Scène Nationale d’Annecy (Haute-Savoie).

Les 11 et 12 mai, Théâtre de l’Union, Limoges (Haute-Vienne).

Du 16 au 18 juillet Le Sirque, Nexon (Haute-Vienne).

 (V)ivre du 27 novembre au 2 décembre, Espace-Cirque, Antony (Hauts-de-Seine).

Perte de Ruthy Scetbon et Mitch Riley

Perte de Ruthy Scetbon et Mitch Riley 

© Chloé Tocabens

© Chloé Tocabens

Des humoristes féminines, il y en a eu depuis longtemps : Annie Fratellini, Zouc… mais aussi celles issues du café-théâtre comme Anémone, ou du boulevard, Jacqueline Maillan ou Sophie Desmarets. Plus près de nous, plusieurs d’entre elles excellentes et singulières qui,  comme avant, se produisent sur une scène ou par le biais des radios, et télévisions,  ou bien maintenant grâce aux réseaux dits sociaux : Anne Roumanoff, Nicole Ferroni, Chantal Ladesou, Michèle Laroque,  Michèle Bernier, Chantal Lauby, Sandrine Sarroche…. On était impatient de découvrir Ruthy Scetbon qu’on nous présentait comme une clownesse. Cette Cendrillon est passée du statut d’ouvreuse au théâtre de la Scala, à celle d’artiste: on lui a offert d’inaugurer la nouvelle petite salle du théâtre de quatre-vingt places, la Piccola (voir Le Théâtre du Blog).

 Un début de spectacle prometteur :sur la scène vide d’un théâtre, arrive la femme de ménage  qui va faire son travail, seule, comme tous les jours après la représentation. Un personnage qui rappelle celui de La Balayeuse qu’avait incarné il y a une vingtaine d’années, une mime issue de l’école Marcel Marceau, la brillante Néerlandaise Janica Draisma. Cette nuit-là, cette femme de ménage voit le public présent dans la salle… » Nous avons voulu, disent les auteurs, créer une pièce à partir d’un personnage seul, dans un espace vide. Qui est-elle ? Où est-elle et pourquoi est-elle là? Comment réagit-on quand nous sommes vus, regardés ? Comment passe-t-on de la solitude, à la compagnie,  et de l’ombre, à la lumière ? Dans quelle mesure a-t-on besoin des autres et a-t-on vraiment besoin d’eux pour exister? Tout en travaillant autour de thématiques comme la solitude, les relations humaines, le rêve, l’imagination, la réalité. Nous avons simplement pensé, et si cette femme recevait le regard d’un public, si quelqu’un prenait le temps de l’écouter, si elle avait soudain l’opportunité de s’exprimer, de parler de choses et d’autres, de toutes ces choses qui seraient restées d’ordinaire enfermées au plus profond d’elle-même ? »

Ruthy Scetbon fait appel à la pantomime qu’elle a apprise à la célèbre école Jacques Lecoq où elle acquit les techniques d’expression corporelle. Mais assez vite, l’art du mime laisse ici la place à un texte un peu chiche en mots d’esprit, en suspense et en chutes :  ce qu’on appelle des vannes. Il nous a semblé que -sauf erreur de notre part- trois spectatrices riaient (presque!!!) spontanément à la moindre occasion… Et malgré aussi  la présence de camarades-acteurs et la bienveillance du public, ce monologue de quelque soixante minutes n’est pas assez convaincant. Fait encore défaut à Ruthy Scetbon, la parole d’un auteur. A suivre…

Nicolas Villodre

La Scala, 13 Boulevard de Strasbourg, Paris (Xème). T. : 01 40 03 44 30, jusqu’au 30 octobre, les jeudis et vendredis à 18 h 30;  à partir du 3 novembre, les mardis et mercredi à 18 h 30, jusqu’au 26 novembre.


Pour les autres spectacles de la Scala: Attention aux horaires Castex !!!! qui risquent encore d’être modifiés après la déclaration du Macron…

Grande salle : Une Histoire d’amour d’Alexis Michalik à 19 h (horaire inchangé).

 Sirbalalaïka concert du Sirba Octet, dimanche 29 novembre à 11 h et à 18 h, et lundi 30 novembre à 19 h.

 L’Art du rire et l’Art 2 du rire de Jos Houben, à partir du 15 novembre, les dimanches à 15 h et 17 h (horaires inchangés)

 Picolla : 21e ème seconde de Jason Brokers, les samedis 16 h 30 et 18 h30, et dimanches à 18h 30. Représentation exceptionnelle, mardi 17 novembre à 18 h 30.

Concert Nathanël Gouin, mercredi 21 octobre à 19 h.

 Étienne A de Florian Pâque, à partir du 6 novembre, les jeudis et vendredis à 19 h.

 

 

Festival Scènes de rue à Mulhouse: La Tournée du Coq sous le regard d’Hervée Delafond

Festival Scènes de rue à Mulhouse: Chantier! La Tournée du Coq sous le regard de Mariya Aneva Bogdanova et Hervée Delafond

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Deuxième essai d’un spectacle déjà vu en répétition en Franche-Comté sur le lieu d’implantation de la compagnie. Une grande structure pyramidale en bois liées avec des filins retenus par des sacs de sable. On range les bancs, car on ne sait pas  si le spectacle  aura le droit d’être joué vu   la pandémie… Une fille salue. On entend un vacarme musical, tout le monde s’agite et parle en même temps. Musique assourdissante… Trois acteurs veulent créer du lien social sur les racines du monde d’après et du présent. « C’est l’élévation d’un lieu qui nous appartiendra à tous, le Préau. Nous croyons à la création collective. Les associations sont le moteur de la vie citoyenne. (…) Depuis la nuit des temps, les hommes n’ont cessé de construire… »  Ce chantier participatif théâtralisé est fondé sur de grands thèmes comme la transmission des savoir-faire, le rapport au travail, au collectif, à toute cette citoyenneté à réinventer. L’objectif de cette création est d’ériger avec le public, dans ce temps court et suspendu du théâtre, une bâtisse en bois d’utilité générale. Une construction, sorte de « Maison du Peuple », qui tentera l’aventure « d’une démocratie par le faire, disent les acteurs-concepteurs du spectacle Baptiste Faivre, Césaire Chatelain, Mathias Jacques. (…) « Étant tous fils de charpentiers, l’envie d’un spectacle théâtralisé fédérant comédiens et spectateurs autour d’un ouvrage commun nous trotte dans la tête depuis déjà quelques années… Ce sera un chantier avec des destins qui se cherchent, une aventure collective qui se construit et se raconte par le faire ». Une camionnette tire les sacs de sable sans succès, un homme tombe dans un trou, tout monde s’affole et lui pose des questions : « ça va, dit-il,  on continue ! » On entend un discours incompréhensible : »Bedout ! » Les spectateurs doivent se rassembler et s’emparer des cordes. Le fronton se lève mais reste incliné. Le bégayeur se fait siffler, puis retrouve une parole normale : « Périclès en haut du temple, nomme des chefs de groupe: » Sans esclaves, votre civilisation ne tiendrait pas. Il y a quelque chose de pourri au royaume de Grèce. Peuple des opprimés, suivez moi ! ».  Bagarre et on ligote une fille sur une musique de film. « Le poteau là, est plus court que l’autre, on n’est plus charpentier mais enfileur de boulons. Faut aller plus vite ». Une comédienne scie un morceau de bois : « J’ai grandi dans les Vosges! » A jardin, trente personnes relèvent la deuxième paroi : « On va continuer avec le Moyen-Age ». Musique religieuse: on monte la tour centrale qui tourne : « Cathédrales, filles de la cité et des moissons. La bataille de Bouvines restera dans l’histoire, la bataille qui a fait la France. (…) Tout le monde déteste Childéric ! ». Escalades et descentes vertigineuses des acteurs sur des câbles, accompagnés encore par la musique religieuse. La troisième paroi se lève et tous font une prière à genoux. « On pourrait réfléchir à ce qu’on pourrait faire tous ensemble à l’intérieur de votre préau… ». Engueulades : « Réglez vos comptes ailleurs ! On est sur un chantier, la boîte, elle, a coulé ! En deux ans, le patron aura foutu en l’air soixante ans de son existence. » Les sept acteurs boivent un coup sur la travée du haut: «  Et voilà encore un projet qui ne se terminera pas. Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin ! » Un spectacle vertigineux encore en cours de répétition mais  qui a toutes les chances de marquer les esprits. Edith Rappoport

Spectacle en répétition vu à Mulhouse (Haut-Rhin), le 17 octobre.

Oblomov de Nicolas Kerszenbaum, d’après le roman d’Ivan Gontcharov, mise en scène de Robin Renucci

 Oblomov de Nicolas Kerszenbaum, d’après le roman d’Ivan Gontcharov, mise en scène de Robin Renucci

 Aboulie, apathie et manque de désir, sinon celui de se réfugier sur un tas d’oreillers et peluches : ce mal du siècle serait-il celui du nôtre, en ces temps incertains ? Comme dans une interminable adolescence ? Pour le héros, si l’on peut dire, tout se révèle une montagne à escalader. Gérer sa propriété, pour commencer ? Mais plutôt dormir. L’argent tombe, de moins en moins ? On verra plus tard… Cette image de l’aristocrate ruiné hante la littérature russe du XIX ème siècle. Honnête, mais sans projet ni autorité, vaguement « progressiste », il ne fait pas un geste, bercé, en éternel enfant, par un vieux serviteur dévoué qu’il oublie de payer. Oblomov est  le cousin du Gaev de La Cerisaie et d’André, le frère des Trois sœurs…

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Ce roman foisonnant, à la fois réaliste, satirique et philosophique fait vivre tout un monde… Nicolas Kerszenbaum a radicalement élagué le texte pour en faire surgir une pièce très structurée, d’une pureté presque classique et resserrée autour du champion de la sieste et de la légende de l’enfant au brochet qui, pour avoir été bon une fois, reçoit en récompense tout ce qu’il désire. Sous l’amicale pression de son ami Stoltz (« fier » en allemand), Oblomov finit par quitter son divan. Il rencontre Olga, une délicieuse jeune fille à la voix d’ange. Ils tombent amoureux : pour lui, une piqûre de vie et un éveil enchanté à un avenir possible. Pour elle, la jouissance d’avoir trouvé dans son art, une âme sœur et sans doute aussi d’avoir réveillé un cœur endormi (le Prince au bois dormant ? ) Mais, mais… La vie à deux n’est pas si confortable, les projets s’embourbent dans la procrastination. Oblomov s’aperçoit qu’il ne cherchait pas une compagne mais une nounou…  Qu’il trouve dans la cuisine et non dans les exaltations musicales…

L’auteur de la pièce décrit la courbe ascendante et descendante d’un amour mais parle aussi vraiment de la peur de vivre, de la peur du risque. Comme Ivan Gontacharov, il ne condamne pas  ses personnages mais est sans indulgence pour l’égoïsme d’Oblomov, l’honnête homme qui finit par vivre avec sa servante pour être sûr d’être servi. Du reste, il n’est pas ingrat.  Mais Olga, aveuglée par le fantasme de l’amour souverain qu’elle aurait enflammé ? Mais Stoltz, qui récupère la dite Olga et met leur vie au carré, en bon Allemand? Il a un regard  sur eux compréhensif et navré : chacun fait ce qu’il peut… Quant aux serviteurs, « ceux d’en bas », ils n’ont pas le loisir d’être égoïstes!

Et pourtant on les aime tous et cela, on le doit aux comédiens. Une scène particulièrement touchante, dans son économie : celle où l’escargot sorti par force de sa coquille (Xavier Galais), découvre le coup de foudre et il le bafouille à la jeune femme dont la voix l’a traversé (Pauline Cheviller). Une autre scène où modestement, la servante  (Emmanuelle Bertrand) donne à Olga l’enfant qu’elle a eu de Monsieur, pour qu’il ait une vie meilleure. Mère porteuse de l’amitié et de l’amour… Valéry Forestier et Gérard Chabanier, tous deux comédiens formateurs à l’ARIA*, sont avec délicatesse, le vieux serviteur et l’ami qui soutiennent le vacillant Oblomov…

La scénographie de Samuel Poncet fonctionne bien: une chambre ouverte ou fermée, un écran pour visions idylliques et écrin de l’inertie du héros, occupe, on pourrait presque dire encombre, le centre de la scène, comme cet Oblomov qui ne sait pas quoi faire de lui-même. Le metteur en scène n’a pas cherché particulièrement à faire russe : c’est dit et cela suffit. Il ne développe pas non plus une psychologie démonstrative : les comédiens jouent les situations, avec leurs pièges et contradictions. L’émotion affleure et l’on rit, comme chaque fois que le théâtre nous offre un moment de vérité humaine.

Mais on se demande pourquoi l’excellente violoncelliste Emmanuelle Bernard quitte son instrument pour incarner la servante, avec un jeu discret et avec ce que la sincérité apporte de profondeur… Côté cour, comme il se doit. Olga, elle, évolue plutôt côté jardin mais aussi  face public. Bien sûr, les contraintes économiques jouent. Mais cette double présence sur le plateau contient aussi un message secret : et si Oblomov avait été touché par une autre musique, celle -métaphorique- de la servante ? Et si sa vie n’était pas aussi ratée qu’il le croit ? Au point de se laisser mourir: et cela clôt toute inquiétude. On s’aperçoit que rien n’est simple et qu’on n’est pas dans un conte de fées. On n’attribuera pas forcément ces rêveries sur l’art secret d’une prolétaire aux intentions du metteur en scène mais merci à lui de nous en avoir donné l’occasion. C’est aussi le travail du spectateur d’ouvrir les failles qui se dessinent dans cet Oblomov sensible, et généreux en ce qu’il ne laisse aucune place à l’ironie mais tout à l’humour et à la tendresse. Bref, on ne repart pas les mains vides…

Christine Friedel

Spectacle vu aux Tréteaux de France en tournée à Compiègne (Oise).

Le 14 novembre, salle des fêtes, Verneuil-sur-Avre (Eure) ; le 24 novembre, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan (Var), les 27 et 28 novembre, Scène Nationale de Châteauvallon (Var).

Le 9 décembre, Théâtre de l’Union, Limoges (Haute-Vienne).

Le 2 février, Espace culturel des Corbières, Lézignan (Aude).

*A.R.I.A.: Association des Rencontres Internationales Artistiques. Les vingt-troisièmes rencontres auront lieu du 18 juillet au 14 août prochains. Cette association d’éducation populaire fondée en 1998 par Robin Renucci en Corse propose des formations et stages de théâtre se concluant par des représentations en plein air dans plusieurs lieux du patrimoine.

 

 

 

Le Tambour de soie, un Nô moderne de Kaori Ito et Yoshi Oïda

Le Tambour de soie, un Nô moderne de Kaori Ito et Yoshi Oïda

 Histoire de faire comprendre au public que cette Semaine d’Art est un peu différente de l’atmosphère estivale un petit crachin tombe sur la ville, ce premier jour. La direction du festival a bravé d’autres contraintes plus importantes : règles sanitaires drastiques, couvre-feu de dernière minute, changement d’horaire des représentations, etc, avant de réussir à constituer ces neuf jours attendus.

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage


Nous suivons depuis longtemps la danseuse Kaori Ito, (voir Le Théâtre du Blog) qui s’associe pour la deuxième fois avec un comédien mythique de la troupe de Peter Brook, Yoshi Oïda. Accompagnés par le musicien Makoto Yabuki sur des instruments traditionnels japonais, ces  artistes interprètent une pièce de théâtre nô adaptée par Jean-Claude Carrière.  La danseuse répète devant un vieil homme qui fait le ménage dans un théâtre. Elle le séduit et le défie. En vain : celui-ci ne parvient pas à relever le pari qu’elle lui lance: faire résonner un tambour de soie.  « J’ai eu envie de danser, ce que je n’avais jamais fait, dit Yoshi Oïda. Mon rêve était de danser avec mon contraire. » `Même en temps de pandémie, il n’est pas interdit de rêver ; le théâtre permet toutes les audaces, le rêve de l’artiste est communicatif. Cet acteur de quatre-vingt-sept ans dansera une danse funèbre pathétique, face à la folle réponse chorégraphique de Kaori Ito. Rituels de mort et de vie se mélangent dans la Chapelle des Pénitents blancs.

C’est seulement la troisième représentation de cette pièce initiée juste avant le confinement.Aujourd’hui, publics et artistes doivent apprendre à jouer avec le temps, à être patients, à s’attendre mutuellement pour que le plaisir reste entier. Des épreuves sépareront encore ces deux mondes mais le rituel théâtral ne sera pas brisé. L’année 2020/2021 va être riche pour Kaori Ito qui va reprendre nombre de ses anciennes pièces.

 Jean Couturier

 Spectacle vu le vendredi 23 à 15 h et les 24, 25 et 26 à 11 h. Chapelle des Pénitents blancs, Place de la Principale, Avignon (Vaucluse) T. : 04 90 14 14 60.

 

Du 29 octobre au 1er novembre, Théâtre de la Ville, Espace Cardin, Paris (VIII ème).
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Du 17 au 18 décembre, Maison de la culture d’Amiens (Somme)  ; le 26 février,  Théâtre Ducourneau, Agen (Lot-et-Garonne)

La Peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? Performance conçue par Jean-Christophe Meurisse.

La Peste, c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? Performance conçue par Jean-Christophe Meurisse

Avant le couvre-feu, les acteurs de plusieurs générations des Chiens de Navarre et des invités exceptionnels se réunissent pendant une heure pour jouer ou lire, dans la plus totale improvisation, une pièce, différente à chaque fois. Dans une société malade de multiples troubles qui la détruisent peu à peu, l’irrévérence n’est plus de mise et  sur le plateau des Bouffes du Nord, cette parole libre fait du bien. L’humour permet toutes les audaces.

Devant des malles et  costumes de scène qui… ne seront jamais utilisés, six comédiens à la table, munis de micros, feuilles blanches,  gel hydro-alcoolique et masques chirurgicaux. Derrière eux, d’autres attendent leur tour de parole  Ce spectacle rappelle les exercices d’improvisation que beaucoup ont connus dans les cours d’art dramatique. Ces petits-enfants du Théâtre de l’Unité d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine sourient de leurs délires et nous avec.

 

© Stéphane Capron

© Stéphane Capron

La pièce qui change de style à mesure des improvisations, aime se moquer du théâtre lui-même ou soit de son enseignement : «Je comptais faire du théâtre, pas me faire violer ». Soit des thèmes de prédilection comme ceux d’Anton Tchekhov : «Il pleut à la fenêtre » ; « Une chèvre s’est suicidée », « Piotr, tu me dois cinq roubles. »c«  J’aimerais tellement aller à Moscou. » Les artistes s’adaptent aussi à la réalité politique : «Je me méfie des gens du Sud; tout ce que vous pouvez dire avec votre accent, ne vous permet pas d’être légitime.» Parfois l’actualité les rattrape! «Je suis la liberté d’expression, je vais prendre la parole et on me décapite.» Pendant une heure, cette forme d’irrévérence salutaire incite une fois de plus à retourner au théâtre.

Jean Couturier

Jusqu’au 24 octobre, Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris (X ème). T. 01 46 07 34 50..

 

Plateaux d’Harris Gkekas

 Plateaux d’Harris Gkekas

 Bien fait ! est  le titre de la manifestation de rentrée à Micadanses. Il s’applique à cette pièce qui a inauguré ce nouveau cycle de Micadanses. La question esthétique du mélange des genres est résolue sous une forme, disons opératique, mixant musique pop et danse contemporaine. Harris Gkekas, natif de l’Olympe par définition béni des dieux, a, depuis toujours, sans doute «voulu être un artiste». Doué pour la musique, il intervient ici  efficacement , en mode rock progressif des années soixante-dix, aux côtés de l’excellent batteur Didier Ambact, adepte d’un rythme ternaire destiné à pulser ce qu’il faut et comme il faut. Passant de la lyre orphique électrique à la danse, Harris Gkekas s’affirme aussi comme chorégraphe.

© x

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Il juxtapose en les stylisant  et parfois, en les étirant, des exercices de style : solos, portés et travail au sol avec Jamil Attar, Lee Davern, Harris Gkekas et la remarquable soliste Vera Gorbatcheva. Entrées et sorties itératives contribuent à rythmer l’écoulement, autant sinon plus que les parties percussives. Un danseur s’improvise batteur mais…sans la technique d’un Fred Astaire dans A Damsel in distress et dans Daddy Long Legs, ou encore d’un Patrick Belda dans le court métrage Béjart de François Weyergans. La séquence la plus réussie  est sans doute celle des tableaux vivants ou plutôt de sculptures en mouvement. Chaque geste, chaque enchaînement et chaque agencement ont été fignolés. Et interprétés sans le moindre accroc. Nous avons été particulièrement sensible à l’art, la technique et la musicalité de Vera Gorbatcheva. La danseuse, élégante et subtile a été la révélation de la soirée.

Nicolas Villodre

Spectacle vu à Micadanses  20 rue Geoffroy l’Asnier, Paris ( IV ème).

 

Étranges jardins : exposition Arnaud Sauer

Étranges jardins : exposition Arnaud Sauer

 

La médiathèque de Fontenay-aux-Roses rend justice à Arnaud Sauer, artiste et scénographe disparu en 2018, avec une superbe exposition reprenant le titre d’une précédente rétrospective à Lorgues (Vaucluse). On y découvre la vie et l’œuvre aux multiples facettes et aux changeantes matières, au cours d’une quarantaine d’années.

Nous l’avons connu scénographe de spectacles de danse chorégraphiés par sa compagne de toujours, la danseuse Dominique Rebaud et le découvrons réellement maintenant, à l’occasion de cet hommage qui lui est rendu par le maire, Laurent Vastel et l’adjointe à la Culture, Muriel Galante-Guilleminot  de Fontenay-aux-roses, ville d’adoption du couple et où est né leur fils, le compositeur électro-acoustique Félix Rebaud-Sauer qui y a fondé siège sa compagnie, la bien nommée Camargo.

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L’accrochage est une réussite. Les deux grandes salles latérales du rez-de-chaussée donnent une idée de la fécondité du travail d’Arnaud Sauer, de ses recherches formelles, de ses expérimentations graphiques, picturales et photographiques, de ses « périodes »….Naturellement, Nous avons été plus sensibles à certaines propositions qu’à d’autres. Mais l’impression de prolixité domine. En touche-à-tout talentueux, l’homme passe des coulisses du spectacle, au premier plan de la scène. La première salle est vouée au dessin, à la peinture et à la sculpture. Avec un grand nombre de techniques : crayon papier, craie, pastel, lavis, plâtre, résine, acier, etc. Les formats sont tout aussi variés.  Présentés avec soin sur des cimaises ou protégés dans des vitrines. L’éclairage a été finement dosé, comme il se devait, pour faire honneur à un spécialiste de ce domaine.

Le deuxième espace est éblouissant et des projections multi-écrans, donne une idée de la richesse de la production photographique et vidéographique l’art visuel de Sauer. Deux gigantesques mosaïques de diapositives auto-éclairées permettent de suivre la généalogie de l’œuvre, qui va des transparents peints à la main, aux photos analogiques, retouchées ou non, des images d’esprit op-art (à la Bridget Riley) aux images de synthèse réalisées sur ordinateur Atari à la fin des années  quatre-vingt, qui font songer aux expériences des précurseurs californiens James et John Whitney et de l’animateur hongrois Peter Foldès.

Ces deux belles planches contact ou composites de diapos format 6 x 6 et 24 x 36 sont belles en tant que telles. Mais certaines étaient destinées à être agrandies, pour offrir un nouveau cadre aux arts de la scène, grâce à des  carrousels Kodak, comme le firent, au milieu des années 60, aussi bien Alwin Nikolaïs pour le ballet, qu’Andy Warhol pour des « light-shows » pour les concerts rock du Velvet Underground et les pistes de danse.  Et le soir du vernissage, le danseur Wu Zheng s’est fondu/enchaîné aux trames, motifs et matières projetés sur le mur du fond de la salle. Sa performance était soutenue par la musique répétitive et planante de Félix Rebaud-Sauer diffusée par smartphone, amplifiée par la sono.
Le diptyque vaut à lui seul le détour. Réalisé spécialement pour cette exposition-manifestation, des « images pour un film infini », selon  l’expression du réalisateur d’avant-garde Paul Sharits qui avait, comme le cinéaste structurel autrichien Peter Kubelka, réalisé des tableaux avec des photogrammes de ses propres films.

Nicolas Villodre

Médiathèque de Fontenay-aux-Roses ( Hauts-de-Seine), jusqu’au 31 octobre, 6 place du Château Sainte-Barbe. les
mardi : 14:00–19:00, mercredi:   10:00–12:30, 14:00–18:00, jeudi 14:00–19:00 vendredi 14:00–18:00 et samedi    10:00–12:30, 14:00–18:00

 

 

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