The History of korean western theatre, texte et mise en scène de Jaha Kool

 

The History of korean western theatre, texte et mise en scène de Jaha Kool


Après Lolling and Rolling (2014) et Cuckoo (2017), est créé le troisième volet de la trilogie Harmatia. À quinze ans, le jeune homme, rejoint le club-théâtre de son école. Depuis la scène est devenue sa vie, son champ de réflexion personnelle et artistique, envers et contre tout ! Il y a douze ans
il a assisté à un symposium  sur le centième anniversaire du théâtre coréen. A l’ issue de cet évènement qu’elle ne  fut pas sa surprise et interrogation : «Pourquoi les auteurs les plus joués en Corée du Sud sont-ils Shakespeare, Molière et Ibsen ? Existe-t-il un théâtre contemporain en dehors du répertoire occidental ?» Son esprit ouvert sur le monde et sur l’identité artistique et intellectuelle de son pays, sa sensibilité moderne et créative vont orienter son écriture et son travail théâtral vers l’autobiographie et la performance.

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 À partir de thèmes comme son enfance, sa famille mais aussi de l’existence du théâtre en Corée, naîtra ce spectacle. Avec une volonté esthétique et politique profonde et affirmée chez son créateur : Dans son geste théâtral, il s’agit pour Jaha Kool, d’utiliser la scène pour «fabriquer un monde», son monde. L’objectif ? de «montrer au public comment se construit et peut se transmettre un point de vue ».  Une action d’homme et d’artiste libre. The History of korean western théâtre en est une superbe manifestation ! La nécessité de la transmission, de vaincre le mensonge, d’éclairer les secrets  et la rencontre du passé pour une mémoire de l’Histoire au présent, toutes ces questions parcourent le paysage dramatique de ce spectacle.  La scène nue, laquée blanc, et un  simple module faisant office de table ou de banc, dessus un magnétophone à cassettes et un cuiseur à riz « le Rice-cooker ». Dans le calme de ce plateau, le public s’installe et Jaha Kool assis au sol, fabrique un origami. Soudain noir total et lancement d’une image vidéo où excelle cet artiste-poète. Fascinante, en effet l’écriture de ce troisième volet d’Hamartia où l’espace de l’intime est mis en lumière et où éclatent plusieurs expressions artistiques…La mise en scène ouvre ses portes à diverses disciplines. Une grande place est aussi donnée à la création musicale. Ce spectacle a plus d’une corde à son arc. La pièce n’est pas seulement une œuvre sur le théâtre ou une fresque historique sur la Corée du Sud.  

Cet artiste complet a voulu pour le dernier tableau de cette trilogie, dépasser la forme classique de la conférence-performance. Pour la première fois,  il s’affirme sur scène non pas uniquement  comme acteur ou performeur mais aussi comme «créateur et artiste qui fabrique un monde ». Et quel monde !  Un monde à la fois merveilleux par la beauté des vidéos, par les choix si justes des morceaux musicaux et celui de comédiens uniques comme un cuiseur à riz : «le plus célèbre acteur au monde » et un crapaud sous forme d’origami ! Un trio peu ordinaire qui ne manque pas d’esprit. Nous entrons ainsi dans un monde à la fois singulier, par moments onirique ou aussi rock an roll et inscrit dans une réalité historique et sociale. Comme en témoignent le regard critique et politique sur la culture de son pays d’origine mais encore sur le pouvoir dominant qu’exercent les États-Unis hors de leurs frontières et sur les restes dévastateurs du colonialisme ! Le 22 août 1910, la Corée était en effet envahie par le Japon. Selon Jaha Kool, «la conscience d’une société prend forme sous l’influence de la culture et de l’éducation ». 

Le texte riche d’une parole théâtrale et autobiographique est d’une grande poésie. Audacieuse, simple et perspicace: «Je dois mieux comprendre pour mieux survivre » et souvent pleine d’humour: « Tout est devenu universel ». Ou encore d’une ironie romantique : « Les cicatrices ont le pouvoir de nous rappeler que nous sommes vivants ». La conception du spectacle,  sa scénographie,  permettent au récit d’ évoluer avec subtilité et suscitent une écoute sans faille du public. Les multiples croisements et résonances entre peinture, photos ou films d’archives, musique, vidéo et autobiographie dans la mise en scène, construisent un univers personnel original, transfiguré par une puissance théâtrale et un souffle esthétique, hors du commun. Jaha Kool a su créer un spectacle éblouissant, fort sensible et engagé.  Une oeuvre, profondément contemporaine au sens où le passé n’est plus figé et se confronte au présent et vice-versa.

Cette pièce-poème ouvre un champ d’interrogations sur la théâtralité, la création et son rapport au pouvoir politique. Mais aussi sur la Culture, quand elle est soumise à l’embrigadement sournois d’une autorité.  Son auteur réussit ce coup de maître : Laisser voir et entendre la beauté, parfois violente, du silence et ses secrets.  

 Elisabeth Naud

Spectacle vu le 25 septembre, dans le cadre du festival d’automne au Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XI ème). T. : 01 43 57 42 14.

Du 6 au 11 octobre, festival de Lugano (Suisse).
Du 6 et 7 novembre, Tanzquartier, Vienne (Autriche).
Du 9 au 11 novembre, festival SPRING in Autumn, Utrecht (Pays-Bas) et du 18 au 20 novembre, Le Campo, Gand (Belgique).

 


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