Exécuteur 14, d’Adel Hakim, mise en scène de Tatiana Vialle

Exécuteur 14, d’Adel Hakim, mise en scène de Tatiana Vialle

La guerre tue tout, y compris les vainqueurs. Elle a environné puis envahi cet homme qui était du bon côté… Il s’adresse à nous un instant avant la catastrophe qu’il sait finale. Un Adamite, pas un ennemi des Zélites,  juste un peu plus sûr qu’eux, de sa légitime supériorité. On appréciera au passage le jeu de mots d’Adel Hakim sur les élites inversées et les premiers hommes… Et puis il a fallu que la guerre le saisisse par son arme la plus ancienne et la plus efficace : le viol puis le meurtre de sa femme.

 

© giovannicitta

© giovannicitta

Swann Arlaud, si doué pour exprimer l’innocence, n’y parvient pas vraiment dans la première partie du spectacle. On reste à une sorte de distance sans engagement qui, certes, correspond à la situation du personnage mais qui nous laisse en retrait. Mais ensuite, le récit du viol fait basculer l’interprétation. Et l’émotion que l’acteur revendique comme  étant au premier degré, est bien là. Elle appelle pour nous les images de la guerre -de cette guerre-là et de toutes celles dont le monde proche ne manque pas -et elle nous saisit à notre tour. Parfois, la voix et la diction très particulière de Jean-Quentin Châtelain qui avait créé ce texte en 1991, lui ajoutent une étonnante résonance. Fugaces réminiscences que le public partage pleinement avec le comédien.

La scénographie qui réunit outils et épaves du théâtre évoquant le désordre et les fonctionnalités de la guerre, lui permet de trouver un jeu physique intéressant, sans pour autant encombrer la parole, ici essentielle. Dans l’ombre de ce décor désolé, Mahut, percussionniste et multi-instrumentiste, accompagne le parcours du personnage. Pas sur le mode illustratif : plus que les échos de la guerre, on entend une confusion, une tourmente intérieure. Et surtout l’impossibilité du silence.

Cette première pièce d’Adel Hakim (1953-2017) est devenue un classique du théâtre contemporain. Il avait sans doute voulu en la plaçant dans un Orient imaginaire, y faire la synthèse des conflits incessants et bien réels de cette région. Il est allé plus loin en évoquant la complexité de la situation en Palestine avec Des Roses et du jasmin (2015). Ce fut deux ans plus tard sa dernière mise en scène! Mais Exécuteur 14 garde toute sa puissance d’actualité et de vécu. Y compris avec l’intrusion de tout un vocabulaire de base anglo-américain, à la fois incongru et ordinaire comme dans toutes les langues du monde, un «signal faible» du déséquilibre mondial.  Dommage : ce fait de langue ne trouve pas son rythme propre et son oralité et semble donc parfois un peu vieilli et maladroit.

A un rythme qui ne faiblit pas et avec une vraie gravité, cet Exécuteur 14 parfois en demi-teinte, est un moment d’émotion sincère devant ce saccage de l’humanité par elle-même. La pensée du pire, la présence du beau comme bouclier contre la désespérance : une authentique tragédie…

Christine Friedel

Théâtre du Rond-Point, 2 avenue F. D. Roosevelt, Paris (VIII ème), après une interruption indépendante du théâtre, à partir du 15 jusqu’au 23 octobre. T. : 01 44 95 98 00.

 

 


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