Seven Winters, chorégraphie de Yasmine Hugonnet


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©Anne-Laure Lechat

 

Seven Winters, chorégraphie de Yasmine Hugonnet

 D’une rare intensité, la nouvelle création de la chorégraphe suisse basée à Lausanne s’inscrit dans une recherche sur «la dissection physique de l’émotion et un travail anatomique précis sur la dimension sculpturale du mouvement ». Son Récital des postures avait reçu le Prix suisse de la danse 2017 .

 Le titre traduit l’hiver où se meuvent les danseurs (six femmes, et un homme). Les châssis grisés et le sol blanc imaginés par Nadia Lauro mettent bien en valeur leurs  gestes lents dans un silence épais traversé d’infimes vibrations orchestrées par  Michael Nick. Premier tableau : deux femmes, nues, l’une de dos, l’autre de face, dansent en miroir, comme si l’on voyait les deux versants d’un même corps. Cette gestuelle s’ancre dans le déploiement quasi-anatomique de leurs membres. On observe, fasciné, le travail subtil des muscles dans des postures longtemps suspendues qui, peu à peu, se déforment. Ce duo donne le tempo de Seven Winters : « L’apparence statique est illusoire, dit Yasmine Hugonnet. Le danseur émet sans cesse des ondes qui ont une influence sur l’espace. » Le reste de la troupe viendra peu à peu grossir les rangs, avec les mêmes mouvements hiératiques, calqués les uns sur les autres. Comme si les corps se reflétaient en d’infinis miroirs. Ce dédoublement symétrique distingue les anatomies individuelles au sein d’une réciprocité collective.  D’abord nus et espacés, les danseurs reviendront vêtus de gris,  former des structures complexes, s’appuyant les uns sur les autres, comme les éléments d’un jeu d’équilibre… Ils s’assemblent avec douceur, attentifs les uns aux autres.

 De nombreuses combinaisons se font et se défont, au rythme lent d’entrées et sorties furtives. Si un danseur quitte ses partenaires, son absence reste inscrite en creux dans les corps des autres et, quand, dans ce grand puzzle, les interprètes se réunissent par paires, il reste toujours une pièce isolée : la septième, qui tente alors de s’intégrer au groupe. Cette configuration répond à la question de Yasmine Hugonnet : «Comment être un collectif, tout en préservant l’espace individuel de chacun ?  » 

 A mesure que le temps s’écoule, la froideur va se réchauffer avec trois costumes de couleur, et quelques mesures de L’Hiver d’Antonio Vivaldi réveillera un moment les corps. Alternativement nus ou habillés, les interprètes poursuivent leur parcours dans une concentration intense qui atteint son apogée quand une danseuse s’immobilise à l’avant-scène et, en s’étirant à l’extrême, entonne d’une voix de ventriloque quelques extraits de Der Leiermann du Voyage d’hiver de Frantz Schubert Les neiges et la glace ne sont pas loin mais une belle chaîne humaine vient conclure cette chorégraphie exceptionnelle.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 14 octobre à l’Atelier de Paris, route du Champ de Manœuvre, Cartoucherie de Vincennes, Paris 12e   T. 01 41 74 17 07

 


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