Tout Dostoïevski, de Benoît Lambert et Emmanuel Vérité

Tout Dostoïevski, de Benoît Lambert et Emmanuel Vérité

 Nous avions parlé de ce spectacle il y un an mais il est bon d’y revenir…Que le titre ne trompe personne : non, ce ne sera pas une lecture exhaustive de Dostoïevski. Juste quelques lampées mais lesquelles! Le spectacle commence de façon délibérément rébarbative avec le début des Notes du souterrain ou Carnets du sous-sol, selon les traductions : «Je suis un homme malade…Je suis un homme méchant. Un homme plutôt repoussant. Je crois que j’ai le foie malade. Soit dit en passant, je ne comprends rien de rien à ma maladie et je ne sais pas au juste ce qui me fait mal.» Et pourtant… On ne comprendra jamais vraiment le geste de Raskolnikov, qui tue une rentière jugée par lui parasite et inutile sur cette terre. Mais on comprendra assez vite que ce qui importe est plus le Châtiment que le Crime, et plus encore l’articulation des deux.

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Et qui raconte, cette histoire ? Qui grimpe sur les pentes du volcan ? Charlie, un clown intermittent fou de littérature, d’où sa pudeur avec les textes. Charlie Courtois-Pasteur est né il y  quelques années de la complicité entre Benoît Lambert et le comédien Emmanuel Vérité. Une envie à deux de “petites formes“ qui font parfoisdes spectacles en grande forme : Meeting Charlie ou l’art du bricolage, trousse à outils bien utile en ce monde, Charlie et Marcel,  ou Proust et le western… Charlie a le goût de l’élégance : sous son smoking un peu trop grand, d’occasion (avec la complicité de Marie La Rocca) il porte une chemise imprimée de palmiers : histoire d’en rajouter dans l’élégance. Alourdi sur sa poitrine, par un énorme micro  (si l’on ose cet oxymore) dont il use modérément et s’accompagne de délicats bricolages démonstratifs. Il paraît plus âgé que son porteur, Emmanuel Vérité et chargé d’un passé douloureux ; mais il est pudique et nous n’en saurons rien.

Et Dostoïevski, alors ?  Eh!Bien, il est là, tendu dans le verre de vodka que nous offre Charlie, derrière lui, devant nous, ouvert comme une terrible tentation. Tout Dostoïevski est à la disposition de chacun et il y a du Dostoïevski en chacun de nous, surtout si un être mystérieux comme ce Charlie vient vous en offrir un aperçu fulgurant sur un plateau. De théâtre, évidemment.

Tout cela, c’était avant de déluge, en avril 2019 au Théâtre de la Cité Internationale. Aujourd’hui, et l’on croise les doigts, Charlie s’installe au Théâtre du Lucernaire. À  nous l’attente, la curiosité, la frustration, les chemins de traverse, la magie à deux balles, le rire et la tendresse que nous offre ce spectacle.

Christine Friedel

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris (VI ème) à 19h30 sauf le samedi 17 à 16h. Jusqu’au 29 novembre. T. : 01 45 44 57 34

 

 

 


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