L’Art de conserver la santé d’Ondine Cloez

L’Art de conserver la santé d’Ondine Cloez

Un objet théâtral dansé très original où  la chorégraphe a inventé, au sens où celui qui découvre un trésor est réputé être son  « inventeur» un texte savoureux Ensemble de préceptes d’hygiène et de soin de l’École de Salerne.  Ce recueil de quelque soixante-dix poèmes rédigés en alexandrins  a été compilé au XIII ème siècle puis traduit en français par Monsieur Levacher de la Feutrie au XVIIIe siècle. Les curieux, mis en appétit -car il y est question de l’art de se nourrir, bien sûr– pourront le trouver sur Gallica, le site de la Bibliothèque Nationale.

Ondine Cloez et ses  consœurs Clémence Galliard et Anne Lenglet se sont posé la question : bougeait-on au XIII ème siècle comme aujourd’hui ? Le langage du geste était-il le même ? Plus qu’aujourd’hui, la langue est riche en occurrences du mot : tomber… Amoureuse, enceinte, en pâmoison, en extase, en décrépitude ou Dieu sait quoi.
Ces chercheuses expérimentant pour notre plus grand plaisir toutes sortes de chutes bien maîtrisées. Se serrait-on la main pour se dire bonjour ? Le geste semble attesté depuis l’Antiquité grecque mais sait-on jamais… Elles esquissent des saluts, testent différentes démarches et rappellent au passage qu’il y eut au moyen âge d’illustres femmes médecins (médecines ?), dont La Trotula à Salerne (Italie). Elles goûtent quelques tisanes. Mais le plus délicieux, ce sont les chansonnettes écrites sur les fameux préceptes de bonne santé.

Et pour commencer : « L’art ne saurait des hommes éterniser les jours / Et  le mal quelquefois brave tous les secours. / Si tu veux de tes ans, prolonger la durée / Soupe peu ; du vin pur ménage la verrée / Marche après le repas, ne dors point dans le jour. » Ou encore plus simple : « Es-tu sans médecin, je t’en vais donner trois /Gaîté, diète, repos ; obéis à leur lois ». Le reste est à l’avenant et de bon sens : on dirait un manuel « bio » du bien vivre d’aujourd’hui. Connaître son corps et ses limites mais aussi en explorer la liberté, prendre plaisir à des gestes insolites et bienveillants, regarder autour de soi et se pencher sur les « simples », mot beaucoup plus joli pour désigner les herbes qui soignent que « plantes médicinales ». Bref, vivre en bonne camaraderie avec la Nature, sachant que nous en faisons partie.

On a quand même un reproche à faire à ce spectacle insolite et plein de charme : il faut souvent tendre l’oreille. On veut bien que l’art de conserver la santé  le mérite mais le parler naturel a ses inconvénients : on n’entend pas toujours bien le texte -donc  une impression pour le public d’entre soi et d’être un peu exclu. Eh! Les filles ! On est là. Quoi qu’il en soit, on a bien fait de venir. Avec ces sentences, on a oublie la pandémie et le masque sur le nez. Et une dernière : « Si tu veux être sain, lave souvent ta main ».

Christine Friedel

Festival d’automne. Spectacle joué du 13 au 18 octobre au Théâtre de la Bastille, 76rue de la Roquette , Paris (XI ème).

Les Laboratoires d’Aubervilliers ( Seine-Saint-Denis) du 12 au 15 novembre.

 

 


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