Et si, en plus, il n’y a personne…

Et si, en plus, il n’y a personne

Depuis Socrate et la naissance de la démocratie, concomitante avec celle du théâtre, les Dieux et les hommes ferraillent dur. Tragos : le bouc. Tragédie. Pharmakós : le bouc émissaire. Celui qui guérit. Origine étrange de la tragédie grecque. Remède à la maladie et mort mêlés. Alain Rey, disparu sur la pointe des pieds il y a quelques jours, savait nous en révéler les croisements.

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Aujourd’hui, la République tâche autant qu’elle le peut, de nous protéger de la fatalité de la maladie et de la mort qui surgit au hasard. Au hasard ? Quel hasard ? La République ne peut pas tout. Face à la crise du covid et au terrorisme. Et il y a des dégâts collatéraux. Les théâtres ont fermé comme les cinémas, librairies, restaurants et lieux nocturnes… Le terrorisme frappe. Obstinément. Le terrorisme, un fascisme qui avance voilé, s’attaque aux fondements de la République, et en cela, il n’est nulle fatalité mais une mortelle volonté d’anéantissement.

C’est intolérable. Mais cela ne sert à rien de dire :  intolérable. Il n’y a pas de mot pour atténuer la douleur du néant posé là au cœur de nos cités, de nos sociétés comme un trou noir sidéral pour nous engloutir, corps et pensée. Néant de la conscience que porte la main de l’homme tournée contre l’homme. Il y a quelques mois, c’était George Floyd et hier chez nous, Samuel Paty puis Nadine Devillers, Vincent Loquès, Simone Barreto Silva et aujourd’hui des habitants de  la capitale autrichienne!

Impossibilité d’ouvrir les portes des théâtres au public, au moment même où nous souhaiterions affirmer que notre art détient dans sa genèse, l’idée de liberté d’expression ici et maintenant! Mais il faut que nous parvenions à porter haut la trilogie: Liberté, Egalité, Fraternité. Il faut le faire, l’inspirer, alors que nous voilà sommés de nous taire par le fait d’un sale virus. Mais un virus ne fait pas taire le désir : la mort, oui.

Désir d’enseigner, de transmettre l’histoire, l’humanisme, ses errements, les joies du langage et de l’écriture, les utopies de la pensée, la liberté des corps qui dansent et pratiquent le sport, qui jouent et chantent, désir d’aiguiser le regard critique, la sensibilité aux arts et aux sciences. Aux enseignants, pédagogues, à ceux qui «marchent avec», nous voulons aujourd’hui dire combien nous sommes solidaires et semblables. Dans le contexte que nous connaissons tous, chères et chers amies et amis, consœurs et confrères, nous annulons notre programmation de novembre, entièrement dédiée à la jeune création mais nous la reporterons. Les artistes connaissent des moments très difficiles, en grande précarité pour la plupart.

Mais nous restons présents, nous consacrerons le temps qui se dilate pendant la crise du covid , pour répéter nos prochaines créations et essayer de transmettre à nos étudiants et compagnons. Comme sut si bien le faire Alain Rey, le goût infini des mots que l’Histoire élabore et déforme, et qui prennent le maquis, quand surgit la doxa de la propagande. Liberté, Egalité, Fraternité : notre République est responsable de notre bien commun, défendons sans conditions le champ d’expression irréductible qu’elle nous livre en partage.

Marion Coutris, co-directrice artistique du Théâtre des Calanques

35 traverse de Carthage, 13008 Marseille. T. :  04 91 75 64 59


Archive pour 4 novembre, 2020

Et si, en plus, il n’y a personne…

Et si, en plus, il n’y a personne

Depuis Socrate et la naissance de la démocratie, concomitante avec celle du théâtre, les Dieux et les hommes ferraillent dur. Tragos : le bouc. Tragédie. Pharmakós : le bouc émissaire. Celui qui guérit. Origine étrange de la tragédie grecque. Remède à la maladie et mort mêlés. Alain Rey, disparu sur la pointe des pieds il y a quelques jours, savait nous en révéler les croisements.

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Aujourd’hui, la République tâche autant qu’elle le peut, de nous protéger de la fatalité de la maladie et de la mort qui surgit au hasard. Au hasard ? Quel hasard ? La République ne peut pas tout. Face à la crise du covid et au terrorisme. Et il y a des dégâts collatéraux. Les théâtres ont fermé comme les cinémas, librairies, restaurants et lieux nocturnes… Le terrorisme frappe. Obstinément. Le terrorisme, un fascisme qui avance voilé, s’attaque aux fondements de la République, et en cela, il n’est nulle fatalité mais une mortelle volonté d’anéantissement.

C’est intolérable. Mais cela ne sert à rien de dire :  intolérable. Il n’y a pas de mot pour atténuer la douleur du néant posé là au cœur de nos cités, de nos sociétés comme un trou noir sidéral pour nous engloutir, corps et pensée. Néant de la conscience que porte la main de l’homme tournée contre l’homme. Il y a quelques mois, c’était George Floyd et hier chez nous, Samuel Paty puis Nadine Devillers, Vincent Loquès, Simone Barreto Silva et aujourd’hui des habitants de  la capitale autrichienne!

Impossibilité d’ouvrir les portes des théâtres au public, au moment même où nous souhaiterions affirmer que notre art détient dans sa genèse, l’idée de liberté d’expression ici et maintenant! Mais il faut que nous parvenions à porter haut la trilogie: Liberté, Egalité, Fraternité. Il faut le faire, l’inspirer, alors que nous voilà sommés de nous taire par le fait d’un sale virus. Mais un virus ne fait pas taire le désir : la mort, oui.

Désir d’enseigner, de transmettre l’histoire, l’humanisme, ses errements, les joies du langage et de l’écriture, les utopies de la pensée, la liberté des corps qui dansent et pratiquent le sport, qui jouent et chantent, désir d’aiguiser le regard critique, la sensibilité aux arts et aux sciences. Aux enseignants, pédagogues, à ceux qui «marchent avec», nous voulons aujourd’hui dire combien nous sommes solidaires et semblables. Dans le contexte que nous connaissons tous, chères et chers amies et amis, consœurs et confrères, nous annulons notre programmation de novembre, entièrement dédiée à la jeune création mais nous la reporterons. Les artistes connaissent des moments très difficiles, en grande précarité pour la plupart.

Mais nous restons présents, nous consacrerons le temps qui se dilate pendant la crise du covid , pour répéter nos prochaines créations et essayer de transmettre à nos étudiants et compagnons. Comme sut si bien le faire Alain Rey, le goût infini des mots que l’Histoire élabore et déforme, et qui prennent le maquis, quand surgit la doxa de la propagande. Liberté, Egalité, Fraternité : notre République est responsable de notre bien commun, défendons sans conditions le champ d’expression irréductible qu’elle nous livre en partage.

Marion Coutris, co-directrice artistique du Théâtre des Calanques

35 traverse de Carthage, 13008 Marseille. T. :  04 91 75 64 59

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