Le Fil d’Ariane du Théâtre de la Colline

 

 

Le Fil d’Ariane du Théâtre de la Colline

 Face à la coupure  que représente ce deuxième confinement pour tout citoyen et, en particulier, pour les artistes privés de contact avec le public, Wajdi Mouawad entend garder un lien avec lui. Il a donc imaginé plusieurs dispositifs ludiques aux titres attrayants Après les Poissons pilotes qui ont accompagné le premier confinement (voir Le Théâtre du Blog). Familier de la mythologie, il reprend la figure d’Ariane guidant Thésée hors du Labyrinthe. Il file ainsi la métaphore dans un manifeste poétique : « Si le sens est un horizon, voilà que sa ligne semble s’être défaite de son sillon et, voilà qu’elle se relâche brutalement et sous le choc, s’emberlificotant, se tortillant, s’entortillant autour de nous, elle est devenue labyrinthe, dédale. Perdant toute possibilité de rêver le temps, de rêver le futur, l’horizon nous tient désormais prisonnier. » 

© jean-louis_fernandez-1

© Jean-Louis Fernandez


Le metteur en scène et dramaturge déplore la situation mais n’abandonne pas pour autant le terrain, qu’il veut collectif : « Personne ne saurait lutter seul contre l’incertitude. Il faut alors avancer ensemble. Chacun devenant l’appui de l’autre dans un dédale dont nul ne connaît la superficie. Quand en sortirons-nous ? Nul ne peut répondre. Mais avancer chacun dans la capacité qui lui est propre. La nôtre, ici, consiste à être dans le récit, dans les histoires, dans le conte, dans l’oralité, dans la parole, dans la poésie de ce que parler veut dire.» Un combat par les textes, les mots, la poésie : « Avec la parole d’artistes et de spectateurs comme fil d’Ariane, (…) il s’agit de faire de La Colline, un métier à tisser engagé contre nos déchirures.» L’équipe du théâtre et de nombreux artistes associés ne manquent pas de ressources et reste à choisir entre des propositions de participation interactive à distance.

Comme écouter une émission hebdomadaire L’Autre horizon: un rendez-vous avec des artistes, en direct sur Facebook, tous les mardis soirs: « Depuis des pays différents, ils décrivent en temps réel, à celles et ceux qui écoutent, ce qu’ils voient depuis leur fenêtre, qu’elle soit réelle ou imaginaire ». Un cycle qui sera inauguré par Wajdi Mouawad, le 24 novembre à 21 h.

Participer à un récit collectif. Avec Bouche à oreille, on fait circuler par téléphone une histoire, inventée par Wajdi Mouawad. Un premier interlocuteur entend le texte et le transmet à un deuxième, qui le transmet à son tour… Les variations introduites par chacun constitueront un récit final qui sera restitué au théâtre. (A partir du 18 novembre). Il suffit de s’inscrire et d’attendre que le téléphone sonne…Dans le même esprit du jeu du cadavre exquis, il y a un récit fictionnel à plusieurs voix, en vidéo. A la manière des surréalistes qui l’inventèrent, chacun, artiste ou spectateur, doit poursuivre l’histoire à partir de la dernière image de son prédécesseur. Chaque fragment de vidéo sera diffusé sur les réseaux sociaux du lundi au vendredi; et le samedi, on pourra voir l’intégralité de l’histoire. A partir du lundi 23 novembre.

 Avec Poésie en boîtes, La Colline propose de recevoir dans notre boîte aux lettres une enveloppe contenant quelques lignes écrites à la main et choisies par de jeunes volontaires amis du théâtre. Des extraits de textes anciens ou contemporains qu’ils adressent à un destinataire inconnu. Le théâtre propose aussi des travaux manuels poétiques avec Papiers brodés : un puzzle géant de mots à assembler… Chaque participant recevra la poste un mot à broder accompagné d’un fil et d’une aiguille. Les deux cent premiers brodeurs et brodeuses seront invités à la Colline pour assembler chaque mot et faire renaître le texte.

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Charon traversant le Styx de J.Patinier, (1515) Musée. du Prado

La Parole Nochère : ce projet conçu par Wajdi Mouwad et la danseuse Kaori Ito autour de la mémoire des disparus, a dû être annulé mais se poursuit autrement. Par téléphone, les gens peuvent se confier à un artiste quand ils ont perdu un être cher. « Le nocher, dit Wajdi Mouawad, est le navigateur qui, sur sa barque, conduit un passager d’une rive à l’autre. Il est Charon, nocher de l’Hadès. Sa parole serait donc celle qui relie un monde à un autre et qui porte la mémoire de ceux et celles qui nous ont quittés. » (…) « Comment parler de la mort en dehors des statistiques ? Comment aider à faire son deuil ? C’est là une question qu’un théâtre doit se poser ? » Ces paroles, enregistrées sur un disque dur seront enterrées au troisième sous-sol sous la scène, «une présence radioactive au cœur du théâtre»  et ne pourront être exhumées qu’à l’été 2.520. Elles pourront aussi être dispersées, telles des cendres anonymes, depuis le toit du théâtre, lors d’une grande fête, après la levée des restrictions sanitaires. (à partir de samedi 21 novembre).

 En attendant, les artistes travaillent à huis-clos à maintenir le théâtre vivant !

 (à suivre)

 Mireille Davidovici

Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris (XX ème). T. 01 44 62 22 22

https://www.colline.fr/publics/le-fil-dariane

 

 

 


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