Démission de Jean Lambert-wild…

Démission de Jean Lambert-wild… 

Démission de Jean Lambert-wild... dans actualites

© Jean Lambert-wild

Le directeur du théâtre de l’Union-Centre Dramatique National de Limoges, a annoncé sa démission après plusieurs mois de conflits : «Face au profond désaccord d’une partie du personnel du Théâtre et des élèves de l’Académie de l’Union à mon égard, comme à celui de mon projet artistique, j’ai décidé de quitter, au 31 décembre 2020, mes fonctions de directeur du Théâtre de l’Union et de l’Académie. » Une décision courageuse mais devenue inéluctable après cinq ans d’exercice, vu une situation impossible à gérer plus longtemps. Comment en effet réussir à faire vivre un théâtre quand un violent désaccord entre le directeur et l’administration du lieu est permanent…

L’incendie qui couvait déjà, remonte à début octobre mais Jean Lambert-wild en était bien conscient: « Le rapport d’inspection du Ministère que j’ai pu lire en juin dernier m’avait permis de prendre conscience qu’un mal-être s’était exprimé, pointant des incompréhensions liées à ma personne ou au projet que je porte pour le Théâtre de l’Union et de l’Académie de l’Union. J’en avais pris la mesure. C’est pourquoi, j’avais anticipé la possibilité de mise en œuvre d’un audit des Ressources Humaines aujourd’hui accompagné d’une médiation extérieure. Cette proposition est désormais validée par Monsieur le directeur régional des affaires culturelles.Nous devons trouver le chemin du dialogue et concevoir les moyens de sa résolution. Il nous faut construire les conditions de l’apaisement et conserver la confiance de notre public. »

Mais, quelques jours après, lors de la première de L’Occupation d’Annie Ernaux, mise en scène par Pierre Pradinas et jouée par Romane Bohringer, des employés du théâtre de l’Union sont montés sur le plateau -malheureusement, Jean Lambert-wild était absent en tournée avec son dernier spectacle- et ont lu au public une lettre qu’ils avaient adressée à Roselyne Bachelot, ministre de la Culture. Ils accusaient la Direction « mettant ,selon eux, clairement en danger certains membres du personnel et nuisant au bon fonctionnement du théâtre». Des mots impitoyables qui peuvent rendre les choses irréversibles… Selon Annabel Poincheval, une inspectrice à la Direction de la Création artistique au Ministère de la Culture, venue en mars dernier à Limoges comme cela se fait régulièrement dans les C.D.N., il y aurait eu selon son rapport, des «conditions de travail inquiétantes, autant physiques que morales» et aussi une «souffrance au travail». Pour Richard Doudet, avocat représentant une partie des membres du personnel, il y a «des faits graves, précis, concordants et largement documentés, permettant de qualifier la situation, de harcèlement moral au travail». En revanche, nombre de professionnels du théâtre ont soutenu Jean Lambert-wild devant ces accusations de faits très graves, rarement entendues dans le milieu. Que, bien entendu, il récuse: «Les ressentis très forts rapportés dans ces courriers n’ont fait l’objet d’aucune alerte, d’aucune remontée des instances sociales».

Tout se passe comme si avait eu lieu une série de règlements de comptes avec, sans doute à la clé, une volonté sournoise sur fond de jalousies et luttes internes de se débarrasser d’un homme qui n’a pas démérité loin de là… Il y a eu à l’origine de ce tsunami, ce rapport d’Annabel Poincheval. Le personnel et les élèves-acteurs de l’Académie, lui avaient fait part à l’occasion de son inspection (mais il faut signaler qu’elle n’était pas venue pour cela) des difficultés rencontrées, mais, disent-ils, sans résultat. Ils ont alors décidé d’interpeller le public. Annabel Poincheval a trouve « élevé le montant du salaire annuel du directeur. » Les droits d’auteur sur les pièces de Jean-Lambert-wild sont aussi mis en question, au motif que « cela peut, sans sortir du champ purement légal, paraître discutable au regard du salaire déjà perçu et surtout dans le cadre d’une mission de service public. Il faut souligner un des choix dans le fonctionnement comme l’essentiel des charges et produits de tournées pour ses productions.»

Est aussi pointée du doigt, «la communication concernant ses pièces de théâtre effectuée par une salariée, mobilisant du temps de travail de la chargée de communication. Et cette inspectrice enfonce un peu plus le clou: «Sans être, sur le fond, exceptionnelle dans le paysage des C.D.N., cette tendance à concentrer les moyens de création sur le travail d’un directeur dessine un fonctionnement plus proche de la compagnie. Générant ici un faible taux de recettes propres, ce fonctionnement met, à terme, en danger les équilibres budgétaires. »Comprenne qui pourra cette dernière phrase! Comme si les C.D.N. ne devaient pas emmener leurs spectacles en tournée mais faire absolument des bénéfices.

Rappelons à Annabel Poincheval -qui le sait sans doute parfaitement- que les comptes d’un des Théâtres nationaux sont dans le rouge depuis un moment, sans que cela ait des conséquences s pour lui… Quant à la “souffrance au travail”, Jean Lambert-wild en a été informé par ce rapport ,écrit sans trop de nuances, où sont dénoncés, en vrac: « perte de confiance de l’équipe envers une «Direction isolée, souffrance au travail” avec « arrêts-maladie et/ou accidents du travail en hausse » et «conditions de travail inquiétantes, autant physiques que morales auxquelles il s’agira de travailler rapidement pour rétablir un bon fonctionnement du théâtre et la sérénité” (…)«constat inquiétant de l’attitude du directeur vis-à-vis des élèves», «écarts de langage relatés parfois proches de l’insulte», «attitude autoritaire, sans écoute et autocentrée. »

Jean Lambert-wild a répondu aussi sec: d’abord, contrairement aux dires de ce rapport, ses productions, dit-il font un bénéfice de plus 5% ! Il lui aurait été aussi reproché un déficit sur son spectacle La Chanson de Roland… qui n’a pas encore été créé ! Et qui, vu les circonstances, ne le sera pas à Limoges mais en janvier prochain au Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes. Quant son salaire, il dépasse de peu celui de son prédécesseur Pierre Pradinas, dit-il, et il est selon lui justifié puisqu’il dirige depuis quatorze ans un Centre Dramatique National, d’abord à Caen puis à Limoges. Et, dit-il aussi, il n’y a pas eu doublement du nombre d’arrêts de travail : ils sont passés en effet passés de dix à treize entre 2018 et l’an passé. Effectivement, un rapport ministériel doit être exact et précis. « Et aucune alerte, dit-il, des représentants du personnel ou de l’administratrice.

Quant au côté sexiste dont on l’accuse: « Je ne peux, dit-il, que réfuter toute attitude ou remarque sexiste, on est un des premiers théâtres à avoir inscrit la parité. L’ensemble des cadres nommés ou engagés au théâtre sont des femmes, non parce qu’elles sont des femmes, mais parce qu’elles sont très compétentes. Je ne comprends pas… » A la décharge de Jean Lambert-wild, metteur en scène et directeur: un bilan positif, comme en témoignent d’anciens salariés de la Comédie de Caen et une lettre signée par nombre de personnes qui ont travaillé avec lui. Jean Lambert-wild peut être exigeant et ironique, voire un peu dur. Mais, généreux, ce bourreau de travail sait aussi s’excuser. Quant au budget incriminé par Annabel Poincheval, on ne voit pas très bien ce qu’on peut lui reprocher. Et selon des sources bien informées, le Ministère de la Culture n’aurait ensuite rien dit  de négatif sur son exercice budgétaire (un rétropédalage selon les normes actuelles?) Mais il aurait quand même gentiment Jean Lambert-wild poussé vers la sortie!  C’est valorisant -et pas si fréquent- pour un C.D.N. d’avoir un directeur qui écrit des textes et les met en scène, tout cela sans déficit: ce qui n’avait pas été le cas de son prédécesseur à la Comédie de Caen…

Que demande au juste cette dame qui répète le mot: inquiétant comme un mantra? On pourrait aussi se passer d’artiste-directeur dans les C.D.N. et nommer un administrateur qui ferait juste une petite programmation bien sage. On peut reprocher beaucoup de choses, ne pas être toujours d’accord avec certains des spectacles de Jean Lambret-wild -et nous l’avons parfois été- mais il y en a peu qui auront, comme lui, pris des risques et fait bouger les lignes d’un C.D.N. Dans ce cas, bien entendu on ne se fait pas que des amis et il y faut du travail, une sacrée énergie et un souci du bien commun. Jean Lambert-wild, lui, partira de Limoges, sans laisser de trou… De l’Académie, il nous a souvent parlé avec optimisme et, s’il a pu avoir des paroles maladroites envers un ou une élève -qui n’en a pas?-  il n’y a tout de même pas de quoi hurler avec les loups. D’autant qu’il aurait été seulement quelquefois en contact avec les élèves Qu’aurait-on alors dit de Jérôme Savary, quand il avait quelquefois des mots un peu forts, voire durs avec les employés comme avec les élèves de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot… Qui le respectaient et l’aimaient pourtant. Et il les a souvent employés (une trentaine de fois en onze ans !), parfois même pour tenir un rôle important…

Tiens! Justement comme Jean Lambert-wild. Mais les élèves de l’Académie n’ont pas tous eu droit à la parole, on se demande bien pourquoi! Il dit avoir toujours eu «le souci constant du bien-être et de leur sécurité »et  aura aussi -une grande première en France- permis à de jeunes Français d’Outre-mer, de venir acquérir une formation d’acteur à l’Académie, dans une belle ancienne villa au calme, tout près de Limoges. Nous les avons rencontrés une fois ces jeunes originaires du bout du monde. Visiblement recrutés avec soin, ils semblaient bien accueillis par leur camarades de la métropole, heureux et fiers d’être là, même s’ils avaient dû s’habituer au climat un peu rude en hiver. Ils étaient reconnaissants à Jean Lambert-wild de leur avoir donné une telle chance et travaillaient beaucoup. Ce n’est pas rien d’avoir réussi un tel pari. Et il aura aussi fait aménager une salle de répétitions qui manquait  vraiment à ce C.D.N. sans beaucoup de moyens, et su créer des partenariats avec les entreprises du Limousin…

Harcèlement, sexisme, discrimination… comme on l’a écrit, c’est un peu facile et racoleur. Selon une source proche du dossier comme on dit encore, certains salariés disent aujourd’hui avoir été naïfs et intimidés. Nous sommes allés  voir presque toutes les créations de ce C.D.N. depuis l’arrivée de Jean Lambert-wild et avons toujours été très bien accueillis par une équipe soudée. Alors, pourquoi en est-on arrivé à un tel gâchis et à ce qu’il faut bien appeler le lynchage de cet homme qui a sans doute commis des erreurs et maladresses mais qui n’a en rien démérité. Tout cela n’est pas bien glorieux… Le Ministère avait sans doute d’autres chats à fouetter et ne peut pas tout faire.  Mais « mal  nommer les choses, écrivait Albert Camus, c’est ajouter au malheur du monde ». Le Théâtre de l’Union est en effet Centre Dramatique National et appartient donc à la Nation, donc à l’Etat. Il doit être alors aidé, en cas de coup dur, par son Ministère dit de tutelle. Mais il semble qu’il n’y ait pas eu grand-chose de réalisé pour aider ce C.D.N. à résoudre cette grave crise. Maintenant, trop tard, le mal est fait et il faudra un moment pour qu’il retrouve la sérénité! Bon courage au successeur…

Des différends pas faciles à résoudre, il s’en produit dans les Théâtres Nationaux comme dans les Centres Dramatiques Nationaux, ni plus ni moins que dans toutes les entreprises privées… Il y a eu un conflit important avec longue grès à la clé au C.D.N. d’Aubervilliers ( Seine-Saint-Denis) entre son équipe et Marie-José Malis, sa directrice: Entre janvier 2014 et sep­tembre 2018, sur vingt-trois salarié.es, douze sont partie.es en rupture conventionnelle…. Et au C.D.N. de Nanterre ( Hauts-de-Seine), Philippe Quesne en conflit avec la mairie de Nanterre (Hauts-de-Seine) a démissionné. Et à Béthune, la directrice qui avait réussi à maîtriser une crise du même genre, démissionne elle aussi, après la fin d’un second mandat de trois ans, alors qu’elle aurait très bien pu rester… Gentiment poussée, elle aussi, vers la sortie par le Ministère? On peut se poser la question… Le milieu du théâtre est tout, sauf tendre comme on le croit souvent mais, au-delà des conflits de personnes, c’est bien, une fois de plus, le statut même de cette institution, créée juste après la seconde guerre mondiale, qui est devenu obsolète et il serait grand temps d’avoir un peu d’imagination et d’imaginer un statut plus conforme avec notre époque. Quand il y a trois exemples de graves dysfonctionnements en un an, on peut se demander s’il n’y a pas urgence. Roselyne Bachelot ne semble pas très pressée de parler de cette affaire nauséeuse qui ne donne pas une image très forte de ce Ministère…

Philippe du Vignal      


Archive pour 27 novembre, 2020

Sexe, amour et cornichons de N. Helluin et A. Faucher, mise en scène de Mickaël Monnin

Sexe, amour et cornichons de Nadège Helluin et Anaïs Faucher, mise en scène de Mickaël Monnin

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Répétition générale d’un spectacle dans la salle du Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs) qui accueille en résidence cette compagnie. Sexe amour et cornichons doit se jouer dans les collèges et lycées près de Lunéville en Lorraine. C’est un exposé sur l’éducation sexuelle que deux élèves de première font aux plus jeunes. Nadège Helluin et Anaïs Faucher qui ont écrit la pièce, la jouent aussi: « Ce spectacle autour de la sexualité est née d’une création de l’atelier Salmigondis mené par Nadège Helluin en 2015-2016 avec des adolescentes sur les changements physiques et hormonaux liés à la puberté. Ce travail puis les échanges avec les acteurs et spectateurs ont nourri une réflexion plus générale sur la manière d’aborder la sexualité au moment de l’adolescence: quels sont mes propres souvenirs d’ado sur les cours d’éducation sexuelle (et le potentiel traumatisme qui y est lié), les premiers émois et expériences. »

Les actrices ont la trentaine mais incarnent habilement ces jeunes avec leur langage et sont très crédibles… Elles vont se mettre à jongler avec tout ce qui est tabou quand on est adolescent: règles, puberté, et surtout consentement à l’acte sexuel symbolisé par une saynète, Les Cookies. « Est ce que ça te dirait de manger avec moi? J’aimerais bien parler de la taille de la bite», dit Anaïs en se maquillant. «Est-ce que tu te masturbes?» lui demande sa mère. Le viol : « lié à la hauteur de la jupe. La cause d’un viol, c’est toujours un violeur. La sexualité idéale, ça n’existe pas ! » Les actrices décrivent l’acte:  «Tu imagines comme on peut parler de plaisir, à la place de l’orgasme. »

La représentation dure cinquante minutes avec un bon rythme et c’est bien joué. Ensuite, on discute… « La fin n’est pas bien trouvée, dit Hervée de Lafond, codirectrice du Théâtre de l’Unité mais ce que vous faites est important. »Un théâtre très utile qui parle de problèmes que les jeunes gens n’osent pas toujours aborder. Mais mystère… Comment va réagir l’Education Nationale ?

Edith Rappoport

Répétition générale vue le 20 novembre au Studio des Trois Oranges, Théâtre de l’Unité, Audincourt (Doubs). Compagnie Azimuts1 rue de l’Abbaye, 55290 Montiers-sur-Saulx. T. :03 29 78 66 60

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